‹ Traité du paludismeChapitre 32 sur 291 · I3DD · texte numérisé non relu

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ans de suite que les premiers cas de fièvre de première invasion se produisent vers lu fin de juin, les derniers dans le courant de novembre; de décembre à mai, on n'observe que des rechules chez d'anciens palusEres. Pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre, les cas de fièvre se multiplient avec une rapidité qui explique la dénomination â'endèmo-épidéinie.

Sur le littoral de l'Algérie, à Bùne, à Philippeville, la période fébrigène est un peu plus étendue qu'à Gonstantine.

1. L. CoLiy. Traité ilcd llèvri-n iiitermillf nli's. |>. I.ÏS.

7* ÉTIULÛGIE

La figure I, empruntée h la Statistique médicale de l'armée française, donne pour I8ÎI0 la inorlidité et la morlalité dues au paludisme en Al^ùrie ; on voit, au jiremier coup d'œil, que la morbidité, très faible en hiver, atteint son maximum aux mois d'aoj et de septembre et que la mortalité a son maximum au moi d'octobre, ce qui est la règle.

En Grèce, IVndémo-épidémie est aussi marquée qu'en Italie cl en Algérie; elle se produit pendant les mois de juillet, août, sepleuibre et octobre.

Dans les nagions tropicales et juxta-tropica1es, l'en démo-épidémie est moins bien limitée, mais là aussi il existe une période d'ui salubrité relative.

Au Sénégal, on n'observe guère pendant les deux premii trimestres de l'année que des rechutes; c'est pendant les pluies les orages du troisième trimestre que les fièvres augmentent àé' fréquence et. c'est pendant les premières sécheresses du quatrième trimestre qui activent l'évaporation du sol, qu'elles prennent toul« leur intensité'.

A la Guyane, où la différence entre les saisons est moins li cliée qu'au Sénégal, les fièvres se répartissent plus égalem< entre les quatre trimestres; mais elles sont beaui^oup moins nombreuses et moins graves pendant les six mois frais que pendant les six mois de chaleur accablante entremêlée d'orages qui terminent l'année. C'est le troisième trimestre qui est le plus chai de même aux Antilles*.

2° i'adj; sl"!/iianles. Marais. Étangs. lîiziêres. Pluies abondantt^ inondalitms, etc.. — Le marais constitue le milieu d'élection comme l'indiquent les dénominations de fièvres maremmatiques. fièvres palustres ou paludéennes, impaludisme ou paludisme.

Beaucoup de contrées ont été assainies depuis qu'on a fait disparaître les marais en drainant et en cultivant te sol, en endiguant les cours d'eau et en empêchant ainsi la production de marécages sur leurs borda.

C'est lorsque les marais se dessèchent en partie, pendant l'été, qu'ils dcvienuenl dangereux ou bien lorsqu'on procède h leur d< sèchement sans prendre les précautions nécessaires.

On comprend que, dans un grnnil nombre de pays, la zone lîl

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CAUSES ADJUVANTES 7!»

raie soit fébrigène : la mer apporte sans cesse sur les côtes des débris de toute sorte, et surtout du sable ou des galets, qui exhaussent le rivage et qui constituent ce que de Beaumont a appelé le cordon itttoral; les eaux de pluie, au lieu de s'écouler à la mer, s'arrêtent derrière le cordon littoral et constituent des marais, si le sous-sol est imperméable. C'est ainsi que les maremmes de la Toscane et beaucoup d'autres marais se sont formés.

D'autre part, les débris de toute sorte entraînés par les fleuves forment des barres ou des deltas marécageux : deltas du Nil, du Sénégal, du Gange, du Mississipi, du Danube, du Rhône (île de la Camargue), etc.

Les marais salants, lorsqu'ils sont bien établis et exploités d'une façon régulière, ne sont pas insalubres*. Mélier constate que les douaniers dont les postes sont situés au milieu des marais salants sont moins exposés à contracter la fièvre que ceux dont les postes se trouvent en dehors de l'exploitation. Les marais salants qui sont abandonnés et qui se transforment en marais f/àts sont, au contraire, une cause non douteuse d'insalubrité.

Dans la région de Marennes et de Broua^^e, la période pendant laquelle les marais salants occupaient la plus grande surface et étaient le mieux entretenus a été très prospère, l'endémie palustre n'a pris une grande extension que lorsque l'exploitation des marais salants a été abandonnée presque partout et que les salines sont devenues de vulgaires marais.

Ce qui arrive dans les salines abandonnées est facile à comprendre : les canaux qui amenaient l'eau et qui devaient la faire écouler s'envasent, les eaux douces et les eaux salées se mélangent, et pendant les chaleurs de l'été la vase est mise à nu sur un grand nombre de points.

Les fossés souvent mal entretenus qui, dans le Midi, entourent les salines sont une cause d'insalubrité (Milieu).

Les marais inixtes, c'est-à-dire dans lesquels il y a un mélange des eaux douces et des eaux salées, sont particulièrement favorables au développement du paludisme.

Les étangs lorsqu'ils ont, dans toute leur étendue, une profondeur d'eau suffisante ne sont pas insalubres; c'est la (fiieue des étangs, partie alternativement submergée puis asséchée, qui est dangereuse (Burdel).

I. Mèlier, Rapport sur les inarnis salants, Mém. de l'Àcad, de méd.y 1847.

70 ÉTIOLOGIE

« Toutes les fois que la démarcation est nettement accomplie entre la terre et l'eau, écrit J. Arnould, la salubrité est assurée et irautant plus que Teau collectionnée est plus constante et plus profonde. » (Nouv. élém. d'hygiène, 2** édit., p. 142.)

Les fi;rands étangs de la Corse sont beaucoup moins dangereux i\uo les mares et les ruisseaux mal curés qui les entourent.

Les étangs mis à sec périodiquement sont particulièrement dangereux.

L*existence de marais proprement dits, de marais types, n'est [MIS nécessaire d'ailleurs ' ; des plaines basses, mal drainées ou maintenues dans un état constant d'humidité par une nappe d'eau souterraine abondante et superficielle, des terres mal irriguées, des rivières, des canaux ou des fossés mal entretenus et mis à sec pendant l'été, suffisent au développement du paludisme.

Dans les marais Pontins et surtout dans la campagne romaine, les marais proprement dits sont rares, mais la couche d'eau souterraine se trouve à une faible profondeur et Técoulement des eaux se fait très difficilement par suite du défaut de déclivité du sol et de l'imperméabilité des terrains sous-jacents.

Armieux a admis dans ces cas l'existence de marais soutei^rains; cette expression a été critiquée avec raison; une nappe d'eau souterraine, infiltrée dans le sol, ne saurait être assimilée à un marais.

On sait depuis longtemps que les rizières favorisent le dévelop- [)enient du paludisme; en Italie, en Camargue on a constaté l'insalubrité de la culture du riz-. Les rizières, a dit Vivarelli, produisent du riz et des fièvres graves; la récolte du riz peut manquer, celle des fièvres est toujours abondante'.

L'essai d'installation de rizières dans la Camargue a donné naissance à une grave épidémie de paludisme (Boileau de Cas-

TELNAU).

Au Tonkin et à Madagascar, les rizières sont une des causes principales de la gravité de l'endémie palustre.

1. F. jACQroT a insista avec raison sur w poiiit (laii> st's IU'.IutcIu's sur los causes «h's (h'vics à (|uiui|uiua {(iac. inM. d.' Paris, ISiS;.

2. UoiLKvu DE (lASTELN.vr. Anmdf:i d'hi/iju'in', IS50. I" simI»', l. XI. NI, p. .*V27. — Tar- DiEU, Art. Ki/.iKKEs (>( liirt. dliyj. ptibl., 2" ôdil. IS02. — K. HEAri^HAND. Art. Rizières in Dirt. t'itryelop. des Sr. nii'd. — F. I*EZZA, Mti dcUn Soc. i»er tjli St. d. malaria^ t. V, I». 415 et l. VI, p. 217. — F. Tlsim. mèinr lier., l. VI. p. :i2l.

.1. ViVAiiELLi, nlv par Reaugrand, op. cit.

CAUSES ADJUVANTES 77

A. Lacour a trouvé de nombreuses larves d'Anophèles dans les rizières du Haut-Tonkin *.

Les rizières sont particulièrement insalubres lorsque Teau nécessaire à la culture du riz est stagnante; lorsqu'elle circule dans des rigoles, l'insalubrité est moindre (province de Verceil en Italie, une partie de la Chine).

Les oseraies, les aulnaies, pour Tinstallation desquelles on utilise les bas-fonds souvent inondés, à proximité des cours d'eau, se prêtent bien au développement de l'endémie palustre; il en est de même des roxUoirs^ c'est-à-dire des mares d'eau stagnante dans lesquelles le chanvre et le lin sont déposés jusqu'à ce qu'ils aient subi une fermentation qui permet de séparer le liber des autres parties de la plante; de même aussi les fossés des places fortes qui sont alternativement inondés et mis à sec.

Les marécages qui se produisent le long des cours d'eau, à la période des basses eaux, sont une cause d'insalubrité bien connue. Les rives du Pô, del'Adige, du Tibre, du Danube sont insalubres; en Algérie, les mares qui se forment au printemps le long des cours d'eau se peuplent rapidement de larves dWnopheles et on s'explique ainsi leur influence nocive.

Si le marais constitue le milieu le plus favorable au développement du paludisme, il ne suffit pas, par lui-môme, à produire l'endémie, même dans les conditions de climat les plus favorables, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire plus haut en étudiant la répartition du paludisme à la surface du globe.

Boutlin le premier a insisté sur ce fait remarquable qu'il existe sous les tropiques, comme ailleurs, des marais qui ne sont pas fébrigènes.

A la Nouvelle-Calédonie, le paludisme n'existe pas, bien qu'on rencontre des marais qui ont tous les caractères objectifs des marais fébrigènes. Les forçats libérés qui défrichent un sol vierge, au voisinage des marais, ne contractent jamais la fièvre palustre. Nouméa, qui est située au voisinage d'un marais où l'eau douce se mélange à l'eau salée, condition très favorable au développement du [»aludisme, est salubre; les fièvres palustres y sont inconnues*.

Pominay a signalé l'innocuité des marais des hauts plateaux du Sud Oranais^

i. A. i^ACin'R, L«»s riziiTcs de la liauli* région du Tonkii» et le |>ahidisme, Bcvue ind'>-chini)ii(\ 'JO décembre i904.

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