Bonnet, Traité des fièvres inlermit., Paris
FIÈVRES LARVÉES
partie malade; car elles sont en petit ce que les fièvres intermittentes sont en grand. » (Op. cit., p. 46.)
Dutroulau critique l'expression de fièvre intermittente larvée, qui doit être abandonnée, suivant lui1.
« La forme latente des pyrexies paludéennes, écrit E. Collin, n'est pas aussi commune qu'on le pense généralement; du moins elle se montre fort rarement en Afrique. Le seul symptôme positif sous lequel ces fièvres aiment parfois à se masquer est la céphalalgie rémittente ou continue et, si j'en juge par ce que nous observons en ce pays, les auteurs me semblent avoir chargé outre mesure leur tableau des fièvres larvées. Faut-il en conclure que cette forme latente et capricieuse ne sait plus se produire là où régnent souverainement les types manifestes et fortement prononcés, ou bien ne serait-ce pas une raison de croire que bon nombre de fièvres larvées existent moins dans la nature que dans l'imagination des nosographes? » (Rec. mém. de méd. milit., 2e série, t. IV, p. 121.)
Les fièvres larvées semblent plus communes dans les pays tempérés que dans les pays chauds; elles ont été signalées comme fréquentes par les médecins du Caucase; elles paraissent aussi plus communes chez l'enfant que chez l'adulte.
D'après Lozinsky, les formes larvées du paludisme s'observent surtout chez les sujets débilités par une maladie antérieure, tandis que les individus sains et robustes ont des formes franches.
La localisation se fait souvent sur les organes ou les tissus qui ont déjà souffert; on trouve là une application de la théorie des loci minoris resistentiœ, ou, autrement dit, des points faibles.
D'après Zakhariane, le nombre des parasites est beaucoup moindre dans les fièvres larvées que dans les autres formes du paludisme et l'hypersplénie est peu prononcée.
Triantaphyllidès admet que, chez les sujets qui ont été touchés par le paludisme, l'infection laisse à sa suite une diathèse ou prédisposition morbide indépendante de toute altération organique appréciable2, diathèse qui reste latente ou qui, sous l'influence de causes occasionnelles, se traduit par des troubles variés dont le point de départ paraît être dans le système nerveux et principalement dans le grand sympathique. Les troubles morbides dépendant
1. Dutroulau, Traité des malad. des Européens dans 1rs pays chauds, voir notamment p. 212.
2. Triantaphyllidès, De la diathèse palud. nu Caucase, Grèce médicale, 1898-1809.
àe La diatbèse palustre se produiraient chez des sujets n'ayant plus d'hématozoaires. La théorie est ingénieuse, niais bien hypothétique. Il est vraisemblable que le paludisme agit souvent comme cause prédisposante, en affaiblissant l'organisme, en diminuant sa résistance aux autres agents morbigènes.
A. Névralgies. Céphalalgie. — La névralgie intermittente est la forme, je ne dirai pas la plus commune, mais la moins rare des fièvres larvées.
Strack, Arloing, Nepple, Bonnet de Bordeaux, Duhoué, Lagrelette, Béni-Barde, ont cité des faits de névralgie intermittente d'origine probablement palustre
Tantôt la névralgie intermittente s'accompagne d'un mouvement fébrile, tantôt elle est apyré tique.
Les névralgies delà cinquième paire, surtout celles des branches sus ou sous-orbitaires, sont les plus fréquentes ; viennent ensuite celles du nerf occipital, des nerfs intercostaux et du sciatique2.
La névralgie sus-orbitaire palustre s'accompagne d'une injection plus ou moins forte de la conjonctive, de photophobie, de larmoiement et c'est probablement à cette névralgie qu'il faut attribuer les cas d'ophtalmie intermittente signalés par quelques auteurs.
Les personnes chez lesquelles le paludisme se manifeste par une névralgie intermittente ont souvent des prédispositions qui expliquent cette localisation.
L'action adjuvante du froid, qui n'est pas douteuse, permet de comprendre pourquoi la névralgie palustre a été observée plus souvent dans les pays tempérés que dans les pays chauds.
Il ne suffit pas qu'une névralgie ait le caractère intermittent, ni même qu'elle disparaisse après l'administration de la quinine, pour qu'on soit autorisé à dire qu'il s'agit d'une fièvre larvée.
Des névralgies, des névrites traumatiques même, peuvent donner lieu, en dehors de toute influence palustre, à des douleurs intermittentes qui cèdent à l'emploi de la quinine.
1. Strack, Obs. med. de febribus intermit., 1785, p. 107 el suiv. — Arloing, Fièvres larvées, Jonm. gén. de méd. de SédîUot, 1SIG. — Nepple, Essai sur les [lèvres rémittentes et interm., Paris, 1828, p. 127. — Bonnet, Traité dos (lèvres intermit, 1883 — Duboué, De l'impaludisrae, 18G7, p. 180. — Lagrblette, Dp la seiatiuuo. Tli Paris 1870, p. 232. — Béni-Barde, Traité d'hydrothérapie, 1871. - Marotte. Névralgies périodiques; Ârch. gén. de méd., 1852, t. XXX, p. 237 et 405. - Hallopeai . Art. Névralgies du Diction, de méd. el de chir. pratiques, 1877. — \erneuil, Du paludisme considéré au point do vue chirurgical, Paris, 1883, p. 10.
2. Weir Mitcheel, Dos lésions dos nerfs, trad. franc., 1874, p. 231.
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Le type des accès a une grande importance au point de vue du diagnostic étiologique. La névralgie vulgaire, lorsqu'elle est intermittente, donne lieu à des paroxysmes quotidiens ou irréguliers; les types tierce et quarte réguliers se rencontrent très rarement en dehors du paludisme.
Il sera important à l'avenir de compléter le diagnostic de névralgie palustre par l'examen histologique du sang et de constater la présence de l'hématozoaire du paludisme
Cronquist (de Malmoë) a ohservé, chez quinze enfants, une céphalalgie intermittente qui cédait à l'emploi de la quinine et chez hon nombre de ces malades il a pu constater l'existence dans le sang des hémamibes du paludisme2.
B. Zona. — Masson a observé, chez un malade atteint de paludisme et de sciatique, une éruption vésiculeuse sur le trajet du nerf sciatique; dans un autre cas, il a vu une névralgie palustre tierce de la moitié droite de la face avec éruption de petits boutons3.
Moursou cite plusieurs faits semblables; dans un cas de névralgie sciatique, il existait à la jambe une éruption pemphigoïde avec suffusion hémorragique à la base des bulles qui avaient le volume d'un pois4.
Girard a observé une névralgie intercostale palustre avec zona s.
D'après J. Winfîeld, le zona serait souvent d'origine palustre6.
C. Urticaire et autres éruptions cutanées. — L'urticaire, qui n'est pas rare chez les malades atteints de fièvre intermittente, pourrait, d'après quelques observateurs, se montrer comme seule manifestation du paludisme et avec une forme intermittente bien caractérisée.
Vôlcker a cité le cas d'un soldat en garnison dans un pays palustre qui fut atteint d'une urticaire intermittente à type tierce
i. Lobza de Mexico iùi pas réussi, dans plusieurs cas .le névralgie intermittente constater la présence dos hématozoaires du paludisme (2° Congrès de médecine panmencaui, Mexico, nov. 1896). Je n'ai pas encore eu, pour ma part, l'occasion
ami
raSSf tels Sane d<?S aCCèS dG nûvra'8'ie intermittente d'origine palustre
2 Cronquist, Contrib. à l'étude de la malaria larvée chez les enfants, Arch. de méd. dru enfants, novembre 1899.
3. A. Masson, Fièvre intermit. dans la vallée de Cbambéry, cité par Yeuxbujl, op. ca.f p. 47.
4. Moursou, Arch. de méd. nav., 1880, 3° série, t. XXX1U, p. 435. o. Lite par Catrin, Le paludisme chronique, p. 66.
o. Winfîeld, Rech. hématol. sur le zona, New-York mcd. Joum., 1893.
sans fièvre; le sulfate de quinine, donné après le troisième accès, enraya le retour de la dermatose '.
Brocq a observé, chez une femme qui habitait plusieurs mois de l'année une contrée palustre, une éruption intermittente qui siégeait sur le nez et qui se reproduisait tous les matins. L'éruption était constituée par un groupe de papulo-vésicules géantes au nombre de 7 ou 8, qui se formaient sur une plaque érythémateuse et qui donnaient lieu à un suintement séreux abondant. La quinine amena rapidement la guérison 2.
D. Hémorragies. — Les hémorragies intermittentes sont signalées par la plupart des auteurs comme une des formes des fièvres larvées 3.
L'épistaxis intermittente d'origine palustre est décrite par Casimir Medicus, Lordat, Bottex de Lyon, Verneuil4.
Honsz cite un cas d'épistaxis abondante, revenant d'une façon périodique, à l'heure des accès d'une fièvre intermittente récidivée5.
On trouve dans la thèse de Dusault une observation d'épistaxis intermittente d'origine palustre.
Verdalle a publié deux cas d'épistaxis palustre6.
Dans son Traité des maladies des reins, Rayer rapporte plusieurs cas d'hématuries intermittentes arrêtées par les préparations de quinquina.
Des faits semblables ont été signalés par Béringuier, W. Keesteven7 et Day8.
Malherbe a publié un cas d'entérorragie qui lui a paru être d'origine palustre 9.
Honsz cite un cas de fièvre intermittente qui se manifestait par des hématémèses, du mélœna et des vomissements bilieux; ces accidents disparurent rapidement sous l'influence de la quinine.
1. Vôlcker, Viertel.f. Denmt., 1879, cité par H. LeRoux, Art. Urticaire du Diction, encyclop. des se. méd.
2. Brocq, Irruptions d'origine palustre, Ann. de dennat. et de syplut., 1800, 1.
3 Verneuil, op. oit. - Feuilladb, Th. Paris, 1885. - Otis Mangon, Traite des hémorragies intermittentes, ISSO (en anglais). - Dusault, Rech. sur les hémorragies primitives d'origine palud. Th. Montpellier, 1887.
ï Casimir Medicus, Traité des malad. périod. sans (lèvre. Trad. franc Pans, 1790 - Lord vr, Traité des hémorragies, Paris, 1808, p. 204, 208, 209, etc. - Bottex. Gaz.'mM. de Paris, 1831, p. 207. — Verneuil, Du paludisme considère au point de
vue chirurgical, p. 14. . .n,,,
5. Honsz, Paludisme en Algérie Rapports avec quelques maladies. Th. 1 ans, 188d.
G. Verdalle, Soc. méd. des Mp., 20 avril 1901.