‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 165 sur 283 · M ÉLAN ÉMU · texte numérisé non relu

M ÉLAN ÉMU

Haspel mentionne la pigmentation anormale de la rate, du foie et de la substance grise du cerveau au nombre des altérations qu'il a rencontrées le plus souvent chez les sujets morts de fièvre palustre '.

C'est très probablement à la mélanémie palustre que se rapportent les observations publiées par Tigri, en 1857, sous le titre de Peau bronzée et rate noire*.

Meckel le premier reconnut que la coloration brunâtre de certains viscères, chez les sujets morts de fièvre palustre, dépendait d'une accumulation de pigment dans le sang3.

Peu après, Virchow constatait l'existence de nombreux éléments pigmentés dans le sang et clans la rate d'un homme mort de fièvre intermittente''.

Dans sa Pathologie cellulaire (trad. franç., Paris, 1861, p. 184), Vircbow rend compte en ces termes de ses recherches sur la mélanémie : « Je trouvai, dit-il, des cellules à pigment dans le sang du cœur d'un malade sujet à la fièvre intermittente et dont la rate était depuis longtemps volumineuse. Meckel n'avait trouvé que des granules de pigment et de petits amas de granules. Les cellules que j'observais avaient une grande analogie avec les globules blancs du sang, elles étaient sphériques, allongées parfois, à noyaux; leur intérieur était sablé de granules noirâtres plus ou moins volumineux. Dans ce cas, la rate était aussi noirâtre et volumineuse. »

Heschl, Planer" et surtout Frerichs°ont donné de bonnes descriptions de la mélanémie palustre.

Frerichs décrit bien les altérations produites par la mélanémie dans les différents organes : foie, rate, poumons, reins, cerveau. 11 signale dans le cerveau, à côté des particules de pigment, « des concrétions incolores et hyalines qui obstruent certains vaisseaux capillaires et qui sont reconnaissables à leur puissance réfringente ». [Op. cit., p. 493.)

Frerichs a vu que le pigment est tantôt libre, tantôt renfermé dans des éléments qui sont des leucocytes ou des corps hyalins.

1. Haspel, Malad. de l'Algérie, Paris, 1850, t. I. p. 333, l. H p 318

T,G"'', Gaz- mélL dc Toscane> «57; anal, in Gaz. hebdom. de méd. et de ,•/„>.,

18D7, p. ■iiSh.

3. Meckel, Zeilschr.f. Psychiatrie v. Damerow, 1847, cl Deutsche Kiinik, 1850

4. Vmcnow, Arch.f. i.aihnl. anal. r. Damerow, 1818, t. II, p 594

5. Heschl, Zeitschr d Gesellschaft d. lerzte, Wien, 1850. - Planer, même Rec, 1854 o. Frerichs, Traite des malad. du foie, trad. franc.

Laverait, Traité du Paludisme. 2' édition. 23

Rarement, écrit-il, Les granules de p%jm«pl sont isolés. « La plupart «lu temps plusieurs sont n'unis en groupe, au moyen d'une substance pâle, soluble dans l'acide acétique et dans les alcalis caustiques. Ces conglomérats présentent des formes très diverses, il eh est de ronds, de longs; d'autres ressemblent à des boudins ou sont irrégulièrement ramiliés. Il n'existe pas de limites membraneuses bien nettes, la substance unissante hyaline qui possède les propriétés de la fibrine, enveloppe ces conglomérats d'un liséré tantôt mince, tantôt plus large, mais dont les contours restent indécis. » (Op. cit., p. 493-494.)

Frerichs a compris le rôle important que les éléments pigmentés du sang jouent dans la pathogénie des accidents cérébraux du paludisme, mais il a méconnu absolument la nature de ces éléments. D'après lui, c'est dans la rate que se forme la plus grande partie du pigment, et la cause principale de la mélanémie est la stagnation du sang dans les sinus veineux de ce viscère.

Frerichs avoue qu'il ne peut expliquer pourquoi la production de pigment manque ou du moins est beaucoup moins considérable dans un grand nombre d'autres hyperémies de la rate, dans celles notamment qui accompagnent la fièvre typhoïde, la pyémie et la fièvre intermittente simple.

On voit que Frerichs ne regardait la mélanémie, ni comme une lésion constante du paludisme, ni comme une altération spéciale à cette affection; il est à remarquer cependant que toutes les observations de mélanémie qu'il donne se rapportent au paludisme.

En 1857, Charcot parlant de la mélanémie du cerveau dans les fièvres palustres accompagnées d'accidents cérébraux écrit : « Cette altération n'existe pas dans tous les cas; on la rencontre dans des fièvres où les troubles cérébraux n'ont pas existé; elle n'est pas proportionnée à l'intensité des symptômes; comment comprendre enfin qu'une lésion permanente puisse occasionner des désordres qui reparaissent et s'effacent tour à tour, suivant, un type parfois très régulier? Mais, ces réserves étant faites, il n Vsl pas impossible d'admettre que l'obstruction des vaisseaux capillaires du cerveau et des méninges par les corpuscules de pigment puisse avoir, lors qu'elle existe à un haut degré, une certaine part dans la production de quelques accidents des fièvres comateuses. L'onstacle qu'une pareille lésion apporte au cours du saaag prédispose évidemment à la formation des foyers d'apoplexie capillaire, des ramollissements cérébraux, des hémorragies méningées que l'on rencontre

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