DE L'INTERMITTENCE
Le paludisme aigu s'accompagne de congestions passagères du foie et de la rate; les organes congestionnés reprennent vite leur volume normal quand la fièvre a disparu.
A la longue, l'irritation produite par la présence des microbes et par les congestions répétées, donne naissance à des phlegmasies chroniques qui, naturellement, se localisent de préférence sur les viscères qui sont le siège d'élection des parasites.
La rate présente constamment, chez les individus qui ont eu plusieurs atteintes de fièvre, des altérations inflammatoires : splénite interstitielle, périsplénite; dans la cachexie palustre, on observe une véritable cirrhose hypertrophique de la rate.
La cirrhose du foie vient, par ordre de fréquence, après celle de la rate,, on peut citer ensuite la néphrite et la pneumonie chroniques; dans tous ces cas, le point de départ des lésions inflammatoires est dans les petits vaisseaux; il s'agit de cirrhoses vasculaires.
Les lésions de l'inflammation chronique, une fois constituées dans un viscère, peuvent persister et s'aggraver après guérison du paludisme; on observe des cirrhoses du foie et des néphrites d'origine palustre chez des malades qui n'ont plus, depuis longtemps, d'accès de fièvre intermittente et dans le sang desquels on ne trouve plus trace des parasites du paludisme.
La cirrhose hypertrophique de la rate persiste longtemps après la guérison du paludisme.
De I 'intermittence des accès et des causes qui agissent pour déterminer le type fébrile. — L'intermittence n'est pas un caractère constant de la fièvre palustre. Dans les pays chauds, aux Indes notamment, la fièvre prend la forme continue presque aussi souvent que l'intermittente.
La fièvre intermittente n'a pas toujours un type défini et, chez un même malade, le type est variable, enfin les fièvres à type bien défini présentent souvent elles-mêmes des irrégularités : accès anticipants ou retardants, etc.
D'autre part, l'intermittence n'est pas spéciale aux accidents d origine palustre.
Elle a été notée fréquemment dans des névralgies qui ne pouvaient pas être soupçonnées de s'être développées sous l'influence (lu paludisme, voire même dans la névrite traumatique1.
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La fièvre hectique des tuberculeux est une intermittente quotidienne, seulement les paroxysmes se produisent le soir, et résistent à la quinine, contrairement à ce qui a lieu dans la quotidienne d'origine palustre.
Certaines affections du foie provoquent des accidents intermittents '.
Chez des sujets indemnes de paludisme, les traumatismes de la rate peuvent donner lieu à des accès de fièvre périodiques2; il en est de même du cancer de la ratea.
Ceci dit, il faut reconnaître que l'intermittence est un des principaux caractères des accidents d'origine palustre et que les types tierce et quarte ne s'observent guère en dehors du paludisme.
Sydenham admettait que l'accès de fièvre était dû à l'accumulation de la matière morbifique dans le sang, pendant l'apyrexie, et que, à la suite de l'accès, cette matière était éliminée par la sueur; Trousseau pensait au contraire que la cause de l'intermittence était dans le système nerveux4.
L'intermittence peut dépendre en effet de ce que Sydenham appelait la matière morbifique, c'est-à-dire, en langage moderne, du microbe et de ses produits, ou bien du système nerveux.
Chez les malades atteints de fièvre intermittente, c'est au début des accès qu'on trouve les parasites en plus grand nombre dans le sang; après les accès, les hématozoaires disparaissent plus ou moins complètement de la grande circulation.
Dans la fièvre récurrente, les spirilles apparaissent de même dans le sang de la grande circulation au moment des rechutes et disparaissent dans les intervalles d'apyrexie.
On devait donc être tenté d'expliquer les accès intermittents d'origine palustre comme les paroxysmes de la fièvre récurrente.
Ainsi que Roux et Chamberland l'ont fait remarquer, dans la
1. Charcot, Leçons sur les malad. du foie et des voies biliaires, Paris, 1877. — J. Magnin, Fièvre intermittente hépatique, Paris, 1869, Th. de Paris, rééditée en 1898. — J. Cyr, De la périodicité de certains symptômes hépatiques, Areh. gin. de méd., mai 1883. — Bodowicz, De la fièvre internait, symptom. de la lithiase biliaire. Th. Paris, 1878. — Pick, Contrih. ù l'étude de la lièvre internait, hépatique, 15e Congrès allam. de méd. int., juin 1897, et Congrès intern. de médecine, Paris, 1900.
2. Verneuil, Du paludisme considéré au point de vue chirurgical, 1883, p. 4. — iMatiion, De la splénite Iraumatique. Th. Paris, 187C. — Audouard croyait que l'altération de la rate était la cause de la fièvre intermittente (Journ. gin. de méd.. mai et juin 1823). Nous verrons plus loin qu'on a observé cette fièvre chez des malades auxquels on avait enlevé la rate.