‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 219 sur 283 · I. L. Guinon, Soc. méd. des hôp., 12 février · texte numérisé non relu

I. L. Guinon, Soc. méd. des hôp., 12 février

•> E de Celeuium, Alti délia Soc. p. nli St. délia malaria, Rome, 1904. 3. BAihwArch.de méd. milit., 1885, t . VI, p. 320. - Voir aussi Hosenbusch, med. Presse, 13 avril 1890, et G. Gheswell, Lancet, 1er mai 1897.

QUININE *'y

Deux soldats, voulant se purger, se trompèrent de bouteille et, au lieu de prendre du sulfate de soude, absorbèrent une solution de sulfate de quinine, soit 12 gr. environ de sel pour chacun d'eux.

Une demi-heure après l'absorption du médicament, ces deux hommes furent pris de crampes d'estomac et de vomissements, pâleur de la face, dilatation des pupilles, respiration courte, refroidissement, pouls petit, irrégulier, ralenti, parfois insensible; bourdonnements d'oreilles; tendance à la syncope.

Chez l'un des malades, les accidents allèrent en s'amenda nt, l'autre succomba dans une syncope.

Ces faits montrent bien que le sulfate de quinine est surtout un poison du cœur; ce sont les accidents cardiaques qui ont dominé la scène dans les deux cas et qui ont déterminé la mort dans l'un deux.

Il est très rare qu'il faille donner plus de 3 gr. de sulfate ou de chlorhydrate de quinine par jour, même dans les accès pernicieux ; les exemples qui précèdent prouvent qu'on peut sans danger dépasser cette dose; néanmoins, sauf le cas d'accès pernicieux, on ne prescrira pas, à un malade qui n'a jamais pris de quinine, de dose supérieure à 1 gr. dans les 24 heures, à prendre en plusieurs fois.

Il importe que le clinicien soit prévenu que la quinine peut provoquer des symptômes inquiétants, tels que délire, vertiges, ivresse quinique, vomissements, hyposthénisation du système nerveux, afin qu'il ne confonde pas ces symptômes avec ceux de la fièvre, ce qui le conduirait à augmenter encore les doses du fébrifuge.

2° Iléuiofjlobiniirie quiniquê1. — Chez certains malades atteints de paludisme, la quinine, administrée môme à faible dose, donne lieu à l'bémoglobinurie; les urines deviennent rougeâtres ou noi-

1. Tom.yselu, Rivisla clinica di Bologna, 1 S78, p. 119. — Ugiietti, Lo Sperim., 1878. — Kaiumitsas, Ballet, gén. de thérap., 30 juillet, 1879. — Pampoukis, Élude sur les fièvres palustres de Grèce, Paris, 1888. — Pampoukis et ChomÀtianos, Rech. clin, et expérim. sur l'hémoglobinurie quinique, Progrès médical, 1888. — Tomaselli, Sur l'intoxication quinique, Congrès du la Soc. italienne de méd. int., Rome, 20 oct. 1888. — Sp. Kanbllis, Arch. de méd. nav., 1888, p. 470. — P. Moscato, Ga:. degli ospitali, 1890, n01 17-19. — Hare, Vaughan, De la quinine dans l'hématurie malarienne, Assoc des méd. américains, 7" réunion, 1892. — P. Moscato, Gaz. med. Lombarda, S juin 1890, et Giornale internaz. délie scienze mediche., 31 mars 1897. — Raoul Dumas, Arch. de méd. nav., avril 1807. — Grocgo, Hérnoglobinurie quinique chez les malariques, La Setlimana med., 2janv. 1897. — Below, Ewald, Soc. de méd. berlinoise, 30 juin 1897. — Tomaselli, L'intoxication quinique et l'infection malarienne, Catane, 1897.

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râtres, elles renferment de l'albumine et de l'hémoglobine; on n'y trouve pas en général de globules sanguins.

C'est un médecin grec, le Dr Yerétas, qui le premier a signalé, en 1858, les hématuries provoquées par la quinine; D. Konsolas en 1859, Papavassiliou en 1861, Rizopoulos en 1872, Karamitsas en 1874, ont publié des faits confirmatifs de ceux observés par Verétas; Tomaselli en Italie (1878) a bien décrit cet accident de la médication quinique et il a montré qu'il s'agissait, non d'hématurie, mais d'hémoglobinuiïe.

Parmi les auteurs dont les travaux ont contribué à faire connaître l'hémoglobinurie quinique, il convient de citer encore P. Moscato en Italie, ïheophanidis, Pispiris, Pampoukis et Chomatianos en Grèce.

Karamitsas cite l'exemple d'un étudiant qui était atteint d'hémoglobinurie dès qu'il prenait du sulfate de quinine, même à la dose de 0 gr. 30.

Sp. Kanellis, Pampoukis et Chomatianos, P. Moscato ont observé des faits semblables.

R. Koch a cité des exemples d'hémoglobinurie produite (chez des individus palustres) par la quinine à doses très faibles : 0 gr. 50, 0 gr. 25 et même 0 gr. 10'.

H. Ziemann a cité le cas d'un sujet (palustre) chez lequel la dose de un centigramme de quinine provoquait de l'hémoglobinurie 2.

Carreau, Clarac, Boyé, W.-G. Ross et G. Low, Vincent, Plehn ont publié des cas d'hémoglobinurie quinique3.

D'après Tomaselli, la quinine pourrait produire, non seulement l'hémoglobinurie, mais aussi une fièvre ictéro-hématurique, facile à confondre avec la fièvre ictéro-hématurique des pays chauds4.

Les symptômes de la fièvre quinique ictéro-hématurique seraient les suivants : trois ou six heures après l'ingestion de la quinine, le malade est pris de frisson avec tremblement généralisé; la face pâlit et se couvre de sueurs froides; une douleur gravalive se fait

1. R. Koch, Zciischr. f. Hyg., 1899, l. XXX; voir Qotammenl Ois. 17. p. 325.

2. H. Ziemann, Congrès internat, de méd., Paris, 1900 (sect. de méd. colon.). Comptes rendus, p. 144.

:!. Caiuirau, Oc la methémoglobinurie quinique, Pointe-à-Pttre, Guadeloupe, 1891. — Clarac. Deux cas d'hémoglobinurie quinique, ireh. de méd. nav., avril 1896. — Botéj Notes de pathol. exotique, Ann. d'hyg. et de méd. colon., 1902. p. (107.— W.-G. Rosi

et G. Low, Hémoglobinurie ex périt itale dans un ras de bilieuse hémoglobinuriquei

Journ. oflrop. med., 1" mni 1901). — 11. VINCENT, Soc. de Biologie, 10 décembre 1905. — Plehn, Soc. de méd. interne de Berlin, 21 mai 1900.

4. Tomaselli, Congrès de la Soc. italienne de méd. interne, Rome, octobre 1888.

sentir clans les lombes, les vomissements bilieux sont incessants.

A ces symptômes qui constituent la première période de l'intoxication et dont la durée varie d'une à trois heures, succède une élévation considérable de la température qui, dans l'aisselle, peut monter jusqu a 42° et n'est jamais inférieure à 39°, S. L'hyperthermie est en proportion de la gravité des accidents. A ce moment surviennent des hématuries abondantes. Les émissions d'urine persistent et sont souvent accompagnées d'évacuations alvines séro-bilieuses, et de dyspnée; toute la surface du corps prend une teinte ictérique.

Dans les cas légers, la dyspnée, la diarrhée et l'ictère peuvent manquer; mais les vomissements, les douleurs lombaires et l'hématurie sont des phénomènes constants.

Les urines sanguinolentes contiennent des hématies altérée s des cylindres fibrineux, des cellules épithéliales et du pigment biliaire. On observe tantôt l'hémoglobinurie et tantôt l'hématurie ; la première est plus fréquente.

Au bout de 24 ou 28 heures, l'accès se termine par une défervescence rapide, mais la mort peut se produire dans le collapsus

(ToMASELLl).

On a vu (p. 282) que quelques observateurs ont été jusqu'à faire rentrer toutes les fièvres bilieuses hémoglobinuriques dans le cadre des accidents produits par la quinine ; je crois avoir montré que cette opinion n'était pas admissible; je ne reviendrai pas ici sur cette discussion.

Lépine a observé in vitro l'action de la quinine sur le sang du chien, du mouton, du porc et a constaté que la quinine détruit beaucoup de globules rouges.

H. Vincent a constaté que les sels de quinine déterminaient in vitro une hémolyse rapide, surtout dans le sang des paludéens prédisposés à l'hémoglobinurie.

Mais ces observateurs ont employé, dans leurs expériences, des doses de quinine bien supérieures à celles qui peuvent provoquer chez l'homme l'hémoglobinurie.

Stephens et Christophers ont recherché in vitro le pouvoir héfïiolytique de la quinine sur le sang normal et sur le sang de malades atteints de bilieuse hémoglobinurique ; ils ont trouvé que ce pouvoir était le môme pour le sang des malades et pour le sang normal. Le sérum d'un des observateurs qui avait- absorbé 2 gr.

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de quinine élait sans action hémolytique sur le sang d'un des patients '.

L'hémoglobinurie quinique est très rare, si l'on tient compte de l'énorme quantité de quinine qui est consommée dans un grand nombre de régions du globe pour le traitement et la prophylaxie du paludisme; d'autre part, sa fréquence n'est pas en rapport avec les doses de quinine qui sont prescrites.

Maillot qui donnait de la quinine à des doses très élevées n'a jamais observé l'hémoglobinurie. Pendant mon séjour en Algérie, je n'en ai pas non plus noté un seul cas.

Les essais faits chez les animaux pour provoquer l'hémoglobinurie quinique ont donné des résultats négatifs2.

Il est évident que l'hémoglobinurie quinique ne se produit que chez des individus prédisposés, et que le paludisme est une des causes prédisposantes les mieux établies ; presque tous les malades chez lesquels l'hémoglobinurie quinique a été observée étaient des palustres, mais on ne doit pas oublier que c'est surtout dans le paludisme qu'on prescrit la quinine.

ïommasi a publié un cas d'hématurie quinique chez un malade atteint de fièvre typhoïde; P. Moscato a observé cet accident 2 fois chez des typhoïdiques, 1 fois chez un leucémique3.

J'ai retrouvé dans mes notes l'observation d'un malade, non palustre, qui soigné à Paris pour une fièvre typhoïde légère a eu une grave hématurie après avoir pris 0 gr. 50 de sulfate de qui-

nine *.

L'hémoglobinurie peut se produire à la suite de l'emploi de l'antipyrine, de la phénacétine, de la salipyrine, de la phénocolle, de l'euquinine.

Cardamatis, Vellopoulos, Teophanidis ont observé des cas d'hémoglobinurie euquinique. On a aussi signalé, en Grèce et en Italie, des cas d'hémoglobinurie à la suite de l'ingestion de fèves vertes ou de fleurs de fèves. Comme le dit Cardamatis, l'hémoglobinurie fabique peut être rapprochée de l'hémoglobinurie quinique.

1 Stephens et CiiRisroPHEns, neports to the malaria Committee, Londres, 6 juillet 1900.

2 Dickson, Th. Lyon, 25 novembre 1896. — Menai, Policlinico, 15 octobre 1897.

3. P. Moscato, Sulla intossieazionc chinica nella inlczione typhoïde e nella leucémie, Milan, 1898. , ... __x.„

4. 11 est curieux de constater que le sulfate de quinine a doses élevées a été préconisé pour combattre les hémorragies. Voir notamment Liégeois, Journal des praticiens, 22 novembre 1900.

Le sulfate de cinchonidine ne donnerait pas lieu, d'après Pampoukis, à l'hémoglobinurie et devrait être substitué au sulfate de quinine chez les malades sujets à cet accident.

11 résulte des recherches de Vincent que l'on peut prévenir l'hémoglobinurie quinique en prescrivant, aux sujets prédisposés, le chlorure de calcium (4 à 6 gr. chaque jour par les voies digestives ou 1 à 2 gr. dissous dans de l'eau physiologique, par la voie hypodermique). On peut, chez certains malades, provoquer à volonté l'hémoglobinurie en donnant de la quinine et prévenir cet accident en faisant prendre du chlorure de calcium avant de donner de la quinine '.

Dans les cas d'hémoglobinurie quinique, le chlorure de calcium n'est pas seulement préventif, il a aussi, d'après Vincent, des propriétés curatives; il se comporte comme une sorte de substance antisensibilisatrice ou antialexique, en tout cas comme un agent antihémolysant remarquable.

3° Éruptions quiniques. — Les exemples d'exanthèmes développés sous l'influence de la quinine ne sont pas très rares2; on a vu déjà plus haut que des éruptions accompagnent souvent les accidents généraux d'intoxication.

L'exanthème quinique a tantôt l'aspect de l'urticaire, tantôt celui de la scarlatine et son apparition s'accompagne parfois d'autres troubles morbides, comme dans les faits de Floyer, de Rizu, de Kobner, de Moscato et de Gorbatchov.

Witherspon a observé un exemple remarquable d'érythème scarlatiniforme quinique3. Il s'agit d'une dame, âgée d'une quarantaine d'années, qui 15' environ après l'ingestion d'une dose de quinine présenta les accidents qui suivent : prurit intense et sensation de brûlure commençant par les extrémités et se généralisant rapidement à tout le corps, puis rougeur et tuméfaction de la peau, congestion de la conjonctive avec sécrétion lacrymale profuse, œdème de la face, bruits dans les oreilles, tuméfaction de la langue, rougeur scarlatiniforme du pharynx, céphalalgie,

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