II. Mesures de protection contre les piqûres des moustiques
— La destruction des moustiques étant une opération difficile, nécessairement limitée à un petit nombre de localités qui peuvent en supporter les frais, et, dans ces localités elles-mêmes, la destruction n'étant souvent que partielle, il est nécessaire de recourir à d'autres mesures de protection; le choix de l'habitation, l'émigration sur les hauteurs pendant la saison insalubre, le soin d'éviter les sorties nocturnes en pays palustre, la protection mécanique contre les piqûres des moustiques constituent les principaux moyens dont on dispose dans ce hut.
1° Choix de l'habitation. — Le choix de l'emplacement de l'habitation a, en pays palustre, une importance capitale.
Dans une même ville, on trouve souvent des quartiers salubres, à côté de quartiers sur lesquels sévit le paludisme.
Les parties les plus élevées d'une ville, les rues les plus centrales, les plus habitées, donnent le maximum de préservation et doivent être par conséquent recherchées; on évitera, au contraire, les habitations situées dans les parties basses, sur les bords des cours d'eau. Le voisinage des cultures, des jardins, est dangereux2.
Les personnes qui habitent des maisons isolées dans la campagne sont beaucoup plus exposées à contracter le paludisme que celles qui habitent dans des villes et, dans les villes, c'est la population des faubourgs qui paie à l'endémie le plus lourd tribut.
On a vu (p. 87) que H. malavisé se trouve souvent, à l'état permanent, dans le sang des enfants indigènes, ce qui facilite beaucoup la propagation du paludisme.
Le nombre des Anophèles infectés dans les cases indigènes au Congo s'élève parfois à 20 p. 100 3. Les Européens ne devraient donc pas habiter dans le voisinage immédiat des indigènes; un intervalle de 800 à I 000 mètres devrait exister entre les habitations qu'ils occupent et celles des indigènes.
1. Fr.-Fav. Monticelu, La profllassi biôlogica nèlla Iolta contro la malaria, A tu del n. ïttit. d'incoraggiamento di Napoli, 1906.
2. Perronnet, Reuue gén. de clin, et de thérap., 1890, p. 472.
3. Dutton et Todd, Rapport déjà cité sur l'expéd. dans l'Etat indép. du Congo.
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Les moustiques aiment les coins sombres, les réduits mal aérés; il faut tenir grand compte de cette donnée dans la construction et dans l'aménagement intérieur des habitations en pays palustre. Les chambres, couloirs, escaliers, etc.. seront bien éclairés et faciles à ventiler, on évitera tous les coins sombres, les alcôves, les cabinets noirs. Les murs seront enduits d'une peinture de couleur claire, vert tendre par exemple; on supprimera les draperies qui servent d'abris aux moustiques.
Le rez-de-chaussée des habitations est, en pays palustre, plus malsain que les étages.
Lorsqu'on habite des baraques ou des maisons qui n'ont qu'un rez-de-chaussée, le lit doit être élevé autant que possible au-dessus du sol. Les habitants de la campagne romaine qui sont obligés de passer la nuit dans la plaine dorment sur des échafaudages de 3 m. de hauteur.
Le voyageur et le soldat choisiront avec soin les emplacements de leurs camps en pays palustre; ils résisteront à l'attrait des rives fleuries et ombragées des rivières et gagneront, le soir, les hauteurs.
Les marins trouveront dans leurs navires un abri excellent.
L'expérience a appris, depuis longtemps, aux habitants des pays palustres qu'il est dangereux de passer la nuit dans la plaine, que les villes et villages doivent être construits sur les hauteurs, et qu'une des mesures les plus efficaces qu'on puisse prendre pour se protéger contre le paludisme consiste à se réfugier, pendant la saison endémo-épidémique, sur les plateaux ou dans la montagne.
2° Stations d'altitude dans les pays chauds. — Lind préconisait, dès 1768, l'installation de stations sanitaires sur les lieux élevés
J'ai déjà eu l'occasion de dire que, pour obtenir l'action préservatrice, il suffit souvent d'une faible altitude.
Des stations sanitaires ont été créées sur les hauteurs dans un grand nombre de pays palustres.
C'est aux Indes que ces établissements ont pris le plus grand développement; on n'envoie pas seulement dans ces stations des malades ou des convalescents ; pendant la saison la plus chaude, et la plus dangereuse au point de vue des fièvres palustres, la plupart des Européens vont y chercher un refuge; ce sont, comme
!. Lind, Malad. des Européens dans les pays chauds, t. I, p. 260.
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disent les Anglais, des villes de santé (heallh ciliés), ou encore des résidences d'été (summer stations)1.
L'Inde est une des régions les plus chaudes du globe : dans le Pendjab, la température s élève souvent, pendant l'été, à 50° à l'ombre; d'autre part, l'endémie palustre sévit avec une grande intensité sur les côtes; il était donc indiqué d'établir des stations sanitaires sur les contreforts de l'Himalaya, dans le nord de l'Inde; sur les Ghattes et les Nilghiris, dans l'Inde méridionale; c'est ce que les Anglais n'ont pas manqué de faire.
Les principales stations sanitaires de l'Inde anglaise sont :
Dans la présidence de Bombay : Povnah à 563 m. d'altitude, Matherau à 749 m., Mahabalechwar ou Malcompet à 1437.
Dans la présidence du Bengale : Dardjiling à 2 250 m.
Dans la présidence de Madras : Bangalore à 924 m., Outakamound à 2 200.
Dans le Pendjab : Dharmsala à 1950 m., Dalhousie à 2 243 m., Simla à 2160.
Dans le Koumaon : Almora à 1815 m., Ranikhet à 1650 m., Landour à 2 190.
Outakamound est la ville de santé la plus importante de l'Inde méridionale; d'origine moderne, elle a déjà pris un grand développement. La culture du quinquina y a été importée en 1860 et y a prospéré; des forêts de Cinchona couvrent une grande partie du plateau du Nilghiri, sur lequel se trouve cette station.
Dardjiling, Landour, Almora, Ranikhet, Dalhousie, Simla sont devenues aussi des centres importants. « Dès qu'arrive la saison des chaleurs, les routes qui mènent de la plaine vers Simla se couvrent de convois et d'équipages qui portent à la ville de santé les hauts fonctionnaires de Calcutta, suivis de leurs employés; quelques-unes des principales administrations de l'Etat émigrent même chaque année, à ce moment, de l'une à l'autre cité. » (Vincent et Burot.)
Les villes de santé de l'Inde ont été reliées par des voies de communication faciles et rapides avec les ports et les grands centres; elles sont utilisées, dans une large mesure, par l'autorité militaire; officiers et soldats européens y passent une grande partie de la saison la plus dangereuse.
I. Vincent et Burot, Les altitudes dans les pays paludéens de la zone torride. Acad. de médecine, 20 oct. 1800. — G. Ueynaud, lievue d'hygiène, octobre et novembre 1000. — Dem.mleh, Le Tonkin et le régime des sanatoriums, Ga:. des eaux, 3 mars 1904.
PROTECTION CONTRE LES MOUSTIQUES
Le climat de Ceylan, très chaud et insalubre sur les côtes, est très sain sur les hauteurs. Pendant la saison chaude, les Européens désertent en masse les ports de Colombo, de Pointe de Galle et de Trincomaly pour se rendre à Kandy, à 518 m. d'altitude, et à Nowéra-Élia, à 1 890 m., principale ville de santé de Ceylan.
Les Hollandais ont créé, à Java, plusieurs villes de santé : Salatiga, à 574 m. d'altitude, Tosari, à 1 780 m., etc., qui ont contribué, pour une grande part, à abaisser le chiffre de mortalité des Européens, si élevé autrefois dans cette colonie.
L'Indo-Chine ne possède pas encore de stations sanitaires; il est à désirer que nous suivions, dans cette colonie, les exemples que nous ont donnés les Anglais aux Indes et les Hollandais à Java.
Vincent et Burot estiment que les plateaux qui s'étendent entre le ïonkin méridional et l'Annam, d'une part, et la vallée du Mékong, d'autre part, se prêteraient très bien, après les travaux de déboisement nécessaires, à l'installalion de villes d'été pour nos soldats et nos fonctionnaires.
Tel est le plateau des Boloven, à 950 ou 1 000 m. d'altitude, entre Bassac et le port de Tourane, c'est-à-dire vers le centre de nos possessions. Pour faire communiquer ce plateau avec la côte, il suffirait d'une voie ferrée de 200 à 250 km., bien moins longue que celle qui relie Calcutta à Dardjiling.
On trouve sur le plateau des Boloven, « avec le sol le plus fertile, les conditions d'existence et le climat du midi de l'Europe, les pins, les chênes, les châtaigniers, les charmes; l'étendue de ces plaines mamelonnées est telle qu'on pourrait y établir, en ilehors des sanatoria, des résidences et des villes de santé, de vastes exploitations agricoles. » (Vincent et Burot.)
A la Réunion on a créé, dans les montagnes qui s'étendent du nord au sud de File, plusieurs stations sanitaires : Salazie, à 900 m. d'altitude; Saint-François, à 400 m.; Cilaos et Mafat.
Salazie, la principale de ces stations, est à 52 km. de Saint-Denis ; la température moyenne de l'année y est de 18°; les variations diurnes sont très marquées, aussi ne doit-on envoyer à Salazie que des convalescents qui ne sont pas trop anémiés.
Il existe à Salazie une source thermale bicarbonatée sodique et ferrugineuse, très efficace dans la cachexie des pays chauds.
Saint-François, qui est à trois heures seulement de Saint-Denis,
PUOI'llYLAXIK
est une station d'été très commode pour les troupes; les variations atmosphériques sont moins marquées qu'à Salazie et la température s'y élève moins qu'à Saint-Denis.
On a vu (p. 58) que la station de Cilaos avait été malheureusement envahie par les Anophèles et par suite par les fièvres. Il serait facile semble-t-il de remédier à cet état de choses en détruisant les moustiques dans cette station où les collections d'eau stagnante sont rares.
A l'île Maurice, les Anglais ont créé Curepipe à 580 m. d'altitude et à 25 km. de Port-Louis. Tous les négociants européens remontent à Curepipe avant la tombée de la nuit et redescendent le matin à Port-Louis pour leurs affaires. Depuis la création de Curepipe, une amélioration notable s'est produite dans l'état sanitaire des Européens; en dehors de l'influence de l'altitude, la séparation des Européens des indigènes a joué sans doute un rôle dans cette amélioration1.
A Madagascar, l'île de Sainte-Marie, Vohémar, Diégo-Suarez, où l'on étahlit des sanaloria lors de l'expédition de 1884, durent être abandonnés à cause de leur insalubrité.
En 1895, le sanatorium établi à Nosi-Comba, dans une bonne situation, à proximité de Nosi-Bé, où passent les courriers réguliers et où l'on trouve des approvisionnements de toute sorte, ne donna pas les heureux résultats qu'on en espérait; les accès de fièvre y étaient moins fréquents qu'à Majunga, mais les diarrhées y étaient beaucoup plus nombreuses, à cause du froid et de l'humidité ; tous les malades envoyés à Nosi-Comba durent être évacués sur la France.
Depuis lors, la situation s'est améliorée; Yivie constate, en 1903, que le sanatorium de Nosi-Comba qui se dresse en pleine mer, à 600 m. d'altitude, rend de grands services aux malades anémiés par le paludisme 2.
Au Soudan on a cherché, à plusieurs reprises, à établir des stations sanitaires sur les hauteurs; ces tentatives n'ont pas abouti jusqu'ici.
Les Anglais ont résolu de fonder, en mémoire du prince Henri <le Battenberg, un sanatorium sur la côte occidentale d'Afrique, mais l'emplacement n'a pas encore été définitivement choisi.