Vivie, Ann. d'hygiène et de mt'd. colon., 1903) U VI. p
PROTECTION CONTRE LES MOUSTIQUES 557
Vincent et Burot pensent que le séjour de la Grande Canarie conviendrait très bien aux sujets anémiés et impaludés venant de la côte occidentale d'Afrique.
La proximité de la France rend discutable, pour l'Algérie, la création de stations d'altitude; il semble bien que, là aussi, cette création préconisée, dans ces dernières années, par bon nombre de médecins algériens, pourrait rendre des services.
A la Jamaïque, des stations d'été ont été établies pour les troupes européennes dans les montagnes Bleues; les forêts de Hope Gardens et la station de Newcastle, à une altitude de 1 158 m., ont, ajuste titre, une grande réputation de salubrité.
A la Guadeloupe, nous avons depuis 1841 le camp Jacob qui, malgré sa faible altitude (545 m.), est salubre; cette station a contribué beaucoup à diminuer le cbiffre de la mortalité des troupes européennes à la Guadeloupe.
La Martinique a été dotée du camp de Balata.
A Chypre, le camp établi au mont Troados a rendu de grands services à l'armée anglaise.
3° Choix de la saison pouu les voyages et les expéditions en pays palustre. — Nous avons vu que, dans la plupart des foyers palustres, les fièvres ne régnent que pendant une partie de l'année dite, à cause de cela, période endémo-épidémique; en Algérie et en Italie, par exemple, on ne contracte presque jamais la fièvre palustre pendant les mois de décembre à juin; pendant ces six mois d'hiver, on peut vivre sans se préoccuper du paludisme. Les Anophèles ont disparu. Le voyageur qui dispose de son temps doit choisir cette époque salubre pour visiter les pays palustres.
Lorsqu'on fait une expédition dans des contrées palustres, il faut choisir une saison favorable pour le débarquement des troupes, et traverser aussi vite que possible les zones les plus insalubres qui sont celles où. abondent les moustiques.
A ce point de vue on peut citer, comme un modèle, l'expédition des Anglais sur la Côte de l'Or en 1895 1 .
L'expédition fut organisée pour le mois de mars qui est, dans cette région, le plus salubre, et les mesures furent si bien combinées, que les troupes anglaises n'eurent pas à séjourner une heure sur le littoral; elles purent s'engager immédiatement sur une route de plus de 180 km. de longueur, exécutée par la main-d'œuvre
1. Expédition contre les Asehanlis, Revue militaire de l'étranger, sept. 1896, p. 193.
PROPHYLAXIE
indigène, garnie de huttes de bambous renfermant des supports de lits et approvisionnée d'eau aux principaux gîtes d'étapes.
Les graves épidémies de fièvres palustres observées dans l'île de Walcheren sur l'armée anglaise (1809) et à Madagascar, sur le corps expéditionnaire de l'armée française (1895), montrent d'une façon saisissante les dangers auxquels on s'expose quand on néglige ces règles.
En 1809, l'armée anglaise débarqua à Walcheren en pleine période de fièvres, et séjourna dans cette île insalubre.
A Madagascar, nos troupes restèrent longtemps sur le littoral.
Lorsqu'on habite une région palustre, on apprend vite à connaître les localités les plus malsaines; on évitera de fréquenter ces localités pendant la saison endémo-épidémique, et surtout de les parcourir ou d'y séjourner pendant la nuit.
Comme le dit Lind, il y a d'ordinaire « des cantons sains dans les pays les plus malsains » (op. cit., t. I, p. 269).
4° Danger des sorties nocturnes. — C'est un fait bien connu, dans les contrées palustres, qu'il ne faut pas sortir avant le lever du soleil, ni rentrer chez soi après son coucher.
On s'explique facilement aujourd'hui le danger des sorties nocturnes, puisque les Anophèles ne piquent que le soir et pendant la nuit.
Les ouvriers qui sont obligés de veiller et de parcourir la nuit des régions insalubres, sont particulièrement éprouvés par le paludisme, de même les chasseurs qui vont à l'affût de nuit.
Les laboureurs, les moissonneurs, les ouvriers employés à des travaux de terrassement ou de dessèchement des marais quitteront la plaine avant le coucher du soleil et gagneront les hauteurs voisines ; s'il s'agit de travaux importants, nécessitant la présence d'un grand nombre d'ouvriers, on élèvera des baraquements à une distance suffisante des chantiers.
On ne commencera pas les travaux avant le lever du soleil.
On ne laissera pas, la nuit, les fenêtres ouvertes si elles ne sont pas garnies de toiles métalliques.
Lorsqu'on est obligé de coucher en plein air, il est recommandé d'allumer de grands feux ; grâce à l'établissement de feux qu'on déplaçait au fur et à mesure que les travaux avançaient, on a pu arriver, sans grand péril, à assainir en Tunisie une vaste surface marécageuse (Ramel).
5° Protection mécanique contre les moustiques. — A. Monsti-
PROTECTION CONTRE LES MOUSTIQUES
quaires. — Depuis longtemps, les moustiquaires sont en usage dans les pays chauds, là où abondent les moustiques. Il est incontestable qu'une moustiquaire bien installée protège, pendant la nuit, contre les piqûres des moustiques et qu'elle constitue, par suite, un bon moyen de défense contre la fièvre palustre ; on a noté souvent que, dans une même localité, dans une même habitation, les personnes qui faisaient usage de moustiquaires étaient indemnes de paludisme, tandis que celles qui négligeaient de prendre cette précaution en étaient atteintes1.
Malheureusement, les moustiquaires sont souvent installées d'une manière défectueuse ou dans un mauvais état d'entretien et elles remplissent alors très incomplètement leur office.
La moustiquaire ne sera pas suspendue au plafond au moyen d'un anneau; le lit sera surmonté d'un cadre de même grandeur que lui qui supportera la moustiquaire en tulle solide, à mailles ni trop larges, ni trop étroites; des mailles trop étroites gênent la circulation de l'air, des mailles trop larges laissent passer des moustiques. La partie de la moustiquaire qui recouvre le cadre doit être en tulle, comme le reste, et non en toile; il importe, en effet, de ne pas gêner la circulation de l'air. Le cadre ne sera pas suspendu trop haut; la personne qui occupe le lit doit pouvoir, en se tenant debout, tuer les moustiques qui auraient réussi à s'introduire sous la moustiquaire.
La moustiquaire ne doit pas traîner sur le sol où elle se salirait, mais il faut qu'elle soit assez longue pour qu'on puisse rentrer le bord libre sous le matelas; quand on ne prend pas cette précaution, les moustiques réussissent à s'introduire par la partie inférieure.
On visitera souvent la moustiquaire pour s'assurer qu'elle n'est ni trouée, ni décousue. Le matin et le soir, on détruira les culicides qui auront réussi à pénétrer à l'intérieur.
La moustiquaire sera fabriquée en tulle blanc et entretenue dans un état de grande propreté; les moustiques dont la couleur est brunâtre se voient bien sur un tissu blanc et sont facilement détruits.
La moustiquaire doit être suffisamment éloignée de la surface du corps pour que les moustiques ne puissent pas piquer au travers du tulle.
loÔoRpR2°ï' "ied' JOWml' 22 jui,let 1899- ~ Emily' Arrh- dc mM- nmale< octobre
l'HUlMIYLAXIK
La moustiquaire sera modifiée pour l'usage des voyageurs et des soldats en campagne qui doivent souvent se coucher sur le sol; la moustiquaire peu volumineuse, facilement transportable, sera construite de manière à pouvoir être suspendue dans la tente; le bord inférieur sera garni de toile.
B. Protection méthodique de l'habitation au moyen de toiles métalliques. — Si bien installée que soit la moustiquaire, elle ne protège que lorsqu'on est au lit; or, les Anophèles piquent souvent le soir, avant l'heure du coucher; la moustiquaire est d'un emploi assez incommode dans les pays chauds; elle gêne la circulation de l'air autour du dormeur et rend, par suite, la chaleur plus fatigante; enfin, si la moustiquaire est mal entretenue, trouée ou décousue, comme il arrive trop souvent, elle n'est plus d'aucune utilité.
La protection méthodique de l'habitation, au moyen de toiles métalliques, pare à ces inconvénients et remplace avantageusement les moustiquaires.
Dans le midi de la France, en Camargue notamment, il est d'usage depuis longtemps de protéger l'habitation contre les mouches et contre les moustiques en garnissant les fenêtres de châssis sur lesquels sont tendues des toiles métalliques, mais c'est seulement depuis que le rôle des Anophèles dans la propagation du paludisme a été mis hors de doute, que ce mode de protection a été appliqué d'une façon méthodique.
De nombreuses expériences ont été faites dans le but de rechercher quelle était la valeur de cette mesure prophylactique '.
Dès 1899, quelques-unes des gares des lignes ferrées qui traversent les régions les plus insalubres de l'Italie ont été protégées. Ces essais ayant donné des résultats favorables ont été étendus progressivement; aujourd'hui toutes les hahitations des employés des chemins de fer italiens, dans les régions palustres, sont protégées contre les moustiques, au moyen de toiles métalliques qui garnissent les portes et les fenêtres.
Des essais ont été faits aussi pour protéger des chaumières de bergers ou de paysans.
Grassi, Celli, Baldi, di Mattei, Procaccini, Postemski, de Luca, Serafini et Pcserico, Kicchi, Fontana, Mariotti-Bianchi ont publié des résultats favorables à l'emploi des toiles métalliques '.
I. Grassi, Accad. dei Lincci, 1000, t. IX, fasc. 0, et Relation de L'expér. faite sur les employés de chemin de fer dans In plaine de Capaccio, Milan, 1901. — A. Celli, La
PROTECTION CONTRE LES MOUSTIQUES
Je crois inutile de donner en détail les expériences faites en Italie sur la protection des habitations, il me suffira de dire que ces expériences ont été assez décisives pour que la loi italienne du 2 novembre 1901 ait rendu cette protection obligatoire, en pays palustre, pour tous les employés et ouvriers du gouvernement.
Les chiffres suivants donnent une bonne idée des résultats obtenus '.
Sur un total de S 165 personnes protégées plus ou moins complètement, il y a eu 20 p. 100 de récidives et 3,3 p. 100 seulement de fièvres primitives.
Sur 4 363 personnes protégées complètement, la proportion des récidives a été de 21,1 p. 100, celle des fièvres primitives de 1,9 p. 100 seulement.
Sur 802 personnes protégées incomplètement2, la proportion des fièvres primitives a été de 10,9.
Chez les personnes non protégées, habitant les mêmes localités que les personnes protégées et servant de contrôle, la proportion des individus atteints de fièvre s'est élevée souvent à 40 et 60 p. 100 ; dans un cas, elle est montée à 96 p. 100.
Il faut dire que, dans ces expériences, la quinine a été souvent donnée préventivement, en même temps qu'on protégeait l'habitation et qu'il n'est pas toujours facile de faire la part qui revient à chacune des deux méthodes prophylactiques. Théoriquement, la protection mécanique contre les moustiques devrait suffire mais il est très difficile d'obtenir une protection complète, les personnes qui habitent la maison protégée sont souvent insouciantes et peu soigneuses; les portes restent ouvertes, on sort le soir ou la nuit sans prendre les précautions nécessaires, etc. On conçoit donc que les résultats soient meilleurs avec l'emploi simultané de la quinine a titre préventif et des toiles métalliques, qu'avec la protection seule de 1 habitation.
1900, t. XXVIII, p. I89.-Phoc™i ÏLTrff AIattei, Centralbl. /. „„,,•„„. ,„,,,
La campagne antimalarique delà TroitZle ini """" ,""'"/"' l901" " Pos™*'. r'" l90°. Rome, loin. - ])F r La n. S tienne dans la campagne romaine
Ricchi, Fontana même Rec l V - m!» 9 l 'n"'"r'"' l902' '" P- 279.- :'l juillet 1904 et 31 mai 1005.' Mamotti-Bianchi, Gwrn, med. del ir Esercito,,
'/ ,"' délia Soc. p. gli si. délia malaria, 1002, t. III D 632
- ^ '"tC inC°m^« «~ elle e^S'au3£ charabxes acoucher
Uveran, Traité du Paludisme, <2« édition.
ou
563 PROPHYLAXIE
Ferrero di Gavallerleone qui a expérimenté les différentes méthodes de prophylaxie du paludisme sur les troupes occupant, pendant l'été, les forts insalubres des environs de Rome, donne les résultats suivants : les soldats qui étaient protégés contre les moustiques à l'aide de toiles métalliques et qui prenaient de la quinine préventivement, n'ont été atteints de paludisme que dans la proportion de 1 ,74 p. 100; ceux qui, protégés de même, ne prenaient pas de quinine, ont été atteints dans la proportion de 2,67 p. 100. Les fièvres étaient très communes et très graves dans la population civile au voisinage des forts sur la garnison desquels l'expérience a porté et les Anophèles étaient nombreuxdans ces forts
Mariotti-Bianchi rendant compte d'une expérience faite au camp de Talamone, très insalubre, constate que les moyens de protection mécanique n'ont pas donné de bons résultats; les portes des chambres restaient ouvertes, les toiles métalliques étaient souvent en mauvais état et, le matin, on pouvait récolter de nombreux Ano])heles dans le casernement. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'emploi préventif de la quinine ait donné des résultats meilleurs que les toiles métalliques2.
Je connais une autre expérience de protection mécanique de postes militaires qui a échoué également, par suite de l'insouciance des hommes qui occupaient ces postes; les toiles métalliques étaient criblées de coups de baïonnette. Les soldats sont de grands enfants qui aiment à détruire, mais le commandement a de si puissants moyens d'action sur eux, que la protection mécanique des casernements, dans les localités insalubres, sera réalisée quand on le voudra. Il faudra commencer par faire des conférences aux officiers et aux soldats, pour leur apprendre la gravité des fièvres palustres, la cause de ces fièvres et le rôle des moustiques dans leur propagation; du jour où officiers et soldats seront convaincus que les piqûres des moustiques donnent la fièvre, on ne fera plus de trous aux toiles métalliques ou bien ces détériorations seront vite punies et réparées.
L'expérience suivante a été faite dans l'île Formose par l'autorité militaire japonaise.
Dans la même localité, et pendant la saison des lièvres, une compagnie, composée de 115 hommes, a été protégée complète-