‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 264 sur 283 · Hey, Areh. de méd. nav., 1871, p · texte numérisé non relu

Hey, Areh. de méd. nav., 1871, p

EMPLOI PItÉVENTIF DE LA QUININE o»1

En 1841, lors de l'expédition du Niger, l'emploi préventif de la quinine n'eut, paraît-il, aucun succès, mais nous ne savons pas à quelle dose la quinine fut prescrite; dans le voyage de Livingstone au Zambèse, cette mesure prophylactique se montra également peu efficace

Dès 1848, C. Huet affirme l'efficacité de l'emploi préventif du quinquina : « Il est bien constaté aujourd'hui, écrit-il, et c'est un fait complètement acquis à la science, que le quinquina pris à certaines doses et à certains intervalles peut mettre parfaitement à l'abri de l'intoxication paludéenne les individus séjournant au milieu des marais réputés les plus insalubres ». (Th. Paris, 1848.)

En 1851, Raoul, chargé de la rédaction d'un guide hygiénique à l'usage des navires de commerce à la côte occidentale d'Afrique, préconise l'emploi préventif de la quinine. « Si la quinine n'empêche pas toujours la fièvre, écrit-il, elle garantit au moins certainement de la fièvre pernicieuse ». Un grand nombre d'observateurs ont confirmé cette assertion.

Au Sénégal, Raoul perscrivait 0 gr. 50 de sulfate de quinine aux matelots de retour d'une corvée à terre.

Pendant la guerre de Crimée, les Anglais firent usage de la quinine à titre préventif2, et aussi pendant l'expédition de Chine, en 1859.

Dans la marine anglaise cette pratique est depuis longtemps réglementaire. « Conformément au neuvième article des instructions données aux médecins de la marine royale, écrit Al. Bryson, on observe les règles suivantes chaque fois que, dans les régions tropicales, on envoie des hommes à terre pour y chercher de l'eau ou des vivres, ou pour y être employés à un labeur fatigant : au moment où, le matin, les hommes quittent le navire, et le soir, quand ils reviennent, le médecin administre à chacun d'eux une drachme d'écorce de quinquina pulvérisée dans un demi-verre de vin; après avoir pris le médicament, chaque homme reçoit un demi-verre de vin pur, qu'il boit immédiatement. Quand le vin manque à bord, on le remplace par de l'eau-de-vie étendue d'eau. »

Pour démontrer les effets salutaires de cette mesure, Bryson cite les faits suivants. « Vingt matelots et un officier devaient être

1. Griesingbr, Traite des malad. infectieuses. Trad. Crâne.., 2" édit., 1X77. p. '.17.

2. Lettre de A. Smith, citée pin- van Puren, Rapport a la Commission sanitaire des Etats-Unis. Evans, Essais d'hygiène el de thérapeutique militaires, Paris, IXOo.

PROPHYLAXIE

envoyés à Sierra-Leonc, pour y travailler pendant la journée; aux matelots on administra l'écorce de quinquina, l'officier refusa d'en prendre; ce fut la seule personne qui eut la fièvre. Plus tard, on détacha deux chaloupes de YHydra pour explorer la rivière Sherbo; elles restèrent absentes pendant une quinzaine; chaque jour, les hommes prirent du quinquina dans du vin, conformément aux instructions qu'ils avaient reçues. Pas un seul homme ne fut atteint de la fièvre, quoique la région explorée passât pour une des plus insalubres de la côte. L'équipage d'une troisième chaloupe séjourna pendant deux jours seulement dans la même région et à la même époque; les hommes n'avaient pas pris de quinquina, tous furent attaqués, excepté l'officier qui commandait la chaloupe l. »

Sur la proposition de Al. Bryson, le sulfate de quinine fut substitué au quinquina en poudre dans les stations de la côte d'Afrique. On versait une forte solution alcoolique de sulfate de quinine dans plusieurs fûts de vin, de manière que 30 gr. de vin renfermassent environ 0 gr. 25 de sulfate de quinine; les rapports de Sibbald, Heath, Henderson, F. Huppart, L.-J. Hayne, médecins de la marine royale anglaise, sont très favorables à cette manière de faire.

« Pendant que nous faisions du charbon à Sierra-Leone, écrit Sibbald, le temps était très humide, et nos matelots, ainsi que les officiers, furent fréquemment exposés à la pluie; on donna un supplément de grog et de quinine à chaque homme. Un officier, qui ne croyait pas à l'action prophylactique de la quinine, refusa d'en faire usage. 11 fut le seul qui prit la fièvre. Elle eut une issue funeste.

« Des hommes de l'équipage du Pluton remontèrent le Pongo et restèrent 25 jours sur ce fleuve. Tous prirent du vin de quinine, quotidiennement, en doses régulières; toutefois l'un d'eux ayant vomi après la première dose, cessa d'en prendre. Il fut le premier à tomber malade; il n'y eut qu'un seul autre cas de fièvre parmi ces hommes 2. »

« Pendant notre séjour dans la rivière de Lagos, dit Heath, on administrait le vin de quinine matin et soir aux hommes de l'équipage. Je crois que tous en prirent, à l'exception de deux aspirants

1 . Rapports médicaux de In marine britannique, Med. Times and Gazelle, Londres, Janv. 1854, van BtmEN, op. cit., p. 52.

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