Trousseau, Clinique méd., 3° édit., 1868, t. III. p
3. Jacquot, Gaz. méd. de Paris, 1848. — Camuav, Traité des m&lad. des pays chauds et spécialement, de L'Algérie.
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hommes qui se livrent à un travail très fatigant vivent en général dans de mauvaises conditions hygiéniques; ils passent la nuit à proximité des chantiers, dans des locaux mal abrités, où ils sont la proie des Anophèles et comme, parmi les nombreux travailleurs réunis pour ces grands travaux, un certain nombre sont déjà atteints de paludisme, les Anophèles s'infectent facilement et propagent la maladie
Dans les pays chauds, on forme des camps de travailleurs dans lesquels les indigènes vivent avec leurs femmes et leurs enfants2; on a vu plus haut quelle était la fréquence du paludisme chez les enfants indigènes et combien la permanence des hémamibes dans leur sang les rendait aptes à propager la maladie.
Les travaux de terrassement favorisent la formation des mares d'eau stagnante et par suite la pullulation des culicides; toutes les fois que j'ai visité un chantier de terrassement un peu étendu, j'y ai trouvé des mares d'eau stagnante.
Il est plus difficile de comprendre comment, dans des localités d'ordinaire salubres, de grands travaux de terrassement peuvent provoquer l'apparition du paludisme. Il faut d'abord remarquer que cette apparition n'est pas constante; si les travaux de creusement du canal de l'Ourcq ont été l'occasion à Paris d'une petite épidémie de paludisme, les travaux de construction du métropolitain qui ont bouleversé le sol d'un grand nombre de rues dans tous les quartiers de Paris n'ont pas donné lieu, que je sache, à un seul cas de paludisme. Il est probable que, lors du creusement du canal de l'Ourcq, les mares d'eau stagnante abondaient et que des Anophèles s'y sont développés; on peut admettre aussi que, parmi les travailleurs, il y avait des individus atteints de paludisme, des Italiens par exemple, qui s'embauchent souvent pour des travaux de ce genre.
Lorsqu'on exécute des travaux de terrassement, même en pays palustre, et qu'on prend des précautions minutieuses pour soustraire Jes travailleurs aux piqûres des Anophèles, on constate que les fièvres ne se développent pas.
En Corse, un ingénieur chargé de combler un marais m'a dit que ses terrassiers étaient tous en bonne santé (je visitais les travaux au mois de septembre), mais qu'il faisait exécuter rigoureusement les prescriptions suivantes : les travailleurs quittaient les
l. H. Wright, The malarial fevers of British Malaya, Sinjmpore, 1001. - otepii rns et Chhistophers, Reports to the malaria Commitlee, M déc. 10(11. Lavkiian, Traité du Paludisrao, Q« édition. G
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chantiers avant le coucher du soleil et il leur était défendu de passer la nuit à proximité de ces chantiers où ils ne revenaient qu'après le lever du soleil.
Sambonet Low qui ont passé tout un été dans une des localités les plus insalubres de la campagne romaine, sans prendre d'autre précaution que de se retirer le soir dans une maison bien protégée contre l'accès des moustiques, se sont livrés à un travail de fouilles jugé très dangereux par les Auteurs et cependant ils n'ont pas contracté la fièvre
Le fait suivant, cité par Kermorgant2, est d'autant plus intéressant qu'il a été recueilli par des personnes qui étaient sans' parti pris et qui paraissent même avoir été étonnées des résultats obtenus. Une Compagnie de dragage, qui creuse des canaux en Cochinchine dans une région où règne la fièvre des bois, s'est très bien trouvée de la construction de vastes cages en toile métallique pour mettre ses employés à l'abri des piqûres des moustiques. Les cas de paludisme ont été rares. La Compagnie cherchait surtout à protéger ses employés contre les moustiques et il s'est trouvé que celte protection a été efficace aussi contre le paludisme.
4° Culture. Végétation. — L'influence, sur l'endémie, de la culture du sol et de la végétation plus ou moins abondante qui le couvre paraît d'abord difficile à interpréter. Le paludisme règne dans des plaines dénudées et non cultivées; L. Colin a été jusqu'à attribuer le paludisme à la puissance végétative du sol non utilisée par la culture3; mais l'endémie palustre est non moins grave dans des pays où la végétation est luxuriante comme à la Guyane et à Java.
Les données que nous possédons aujourd'hui sur le rôle des culicides dans la propagation du paludisme permettent d'expliquer ces faits en apparence contradictoires.
Lorsque le sol est mis en culture, il doit être aménagé à cet effet; on assure l'écoulement des eaux de pluie, au besoin on draine le sol; les plantes, les arbustes et les arbres drainent le sol par leurs racines et l'assèchent. Le boisement régularise l'écoulement des eaux pluviales, il empêche les cours d'eau de se transformer en torrents dont les crues rapides entraînent des inondais Sambon et Low, Report on two expérimente on tfae mosquilo-mnlaria theory, Ucd.-Chir. Transactions, 1901, t. LXXX1V. p. 497.
2. Instruct. concernant les mesures à prendre contre les maltul. rmlëm., ipïilm, et contagieuses, Paris, 1003.
3. L. Colin, Traité des lièvres inlermil., Pans, 18/0, et Traite des maladies epid..
Paris, 1879, p. 120.
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dons. Les sources sont captées, les marais sont desséchés, les cours d'eau sont endigués et les conditions favorables au développement des culicides disparaissent de plus en plus.
La culture intensive du sol a en outre pour effet d'enrichir la région où elle se pratique; par suite, le bien-être de la population augmente et nous verrons plus loin que la misère et les conditions hygiéniques mauvaises accroissent la gravité de l'endémie.
L'abandon de la culture du sol produit naturellement des effets inverses, on en peuteiter de nombreux exemples.
La campagne romaine, bien cultivée, riche et peuplée au siècle d'Auguste, est devenue, à la suite des invasions des barbares, un désert des plus insalubres.
La Sologne, florissante sous Henri IV, était devenue au commencement de ce siècle, à la suite de l'abandon de la cul tare du sol, une des régions les plus misérables et les plus insalubres de la France.
Si la culture du sol a en sénéral de bons effets, certaines cultures qui nécessitent des irrigations abondantes peuvent avoir une influence contraire. Nous avons vu que les rizières dans lesquelles l'eau stagne favorisaient le développement de l'endémie.
Des jardins fortement irrigués, comme ils doivent l'être dans les pays chauds, deviennent une cause d'insalubrité. La végétation luxuriante entretient l'humidité du sol, les culicides trouvent facilement sur le sol, ou même dans certaines plantes, de l'eau stagnante en quantité suffisante pour se reproduire et les feuillages touffus dans lesquels l'air circule difficilement leur fournissent d'excellents abris. On conçoit donc que les jardins qui entourent les maisons soient d'autant plus dangereux, en pays palustre, qu'ils sont plus abondamment irrigués.
En résumé, la culture du sol produit des effets favorables quand elle s'oppose au développement des Anophèles, des effets défavorables quand elle le favorise.
5° Altitude. — « Le moyen de se soustraire aux maladies dans les pays chauds est, ditLind, de se retirer sur les coteaux un peu élevésoù l'air soit tempéré; cet asile propre à la conservation de la santé peut se trouver dans presque toutes les parties du monde. » (Op. cit., t. I, p. 218.)
Sur les collines ou les montagnes, sur les hauts plateaux, la température est plus basse que dans les [daines, les eaux ont un écoulement facile et rapide et forment rarement des maré-
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cages; d'autre part, les lieux élevés sont généralement bien ventilés et les moustiques recherchent les localités basses, bien abritées et mal ventilées, on s'explique donc que le paludisme n'aime pas les lieux élevés.
L'expérience a appris depuis longtemps aux populations des pays palustres cette influence heureuse de l'altitude.
Les habitants de la campagne romaine fuient la plaine pour la montagne pendant la saison des fièvres.
De même en Corse, en Algérie. Le mot arabe qui signifie terrains bas, plaine : liemma, veut dire aussi fièvre1.
Au Mexique, les fièvres palustres, communes et graves sur les côtes, disparaissent à mesure qu'on s'élève sur les hauts plateaux; à Mexico, bien que la ville soit entourée de lacs et de marais, bien que la température moyenne soit assez élevée, l'endémie palustre n'a plus que très peu d'importance.
Dans l'Erytrée, le paludisme est limité aux régions basses dans lesquelles fourmillent les Anophèles; il est inconnu à 1 800 n,. au-dessus du niveau de la mer2.
Aux Indes, les Anglais ont établi, sur les hauts plateaux, des stations sanitaires ou villes de santé dans lesquelles la plupart des Européens se réfugient pendant les mois les plus chauds de l'année qui sont aussi les plus dangereux au point de vue du paludisme.
Les Hollandais ont fait de même à Java.
Nous aurons à revenir plus loin sur les bienfaits des stations sanitaires établies sur les hauteurs dans les pays tropicaux (V. Prophylaxie).
L'altitude qui suffit à mettre à l'abri des fièvres est souvent peu considérable.
A la Guadeloupe, le sanatorium qui a été créé sous le nom de camp Jacob est salubre3, bien qu'il soit situé seulement à 545 m. au-dessus du niveau de la mer.
Dans une même ville, on peut trouver à quelques centaines de mètres les uns des autres, des quartiers insalubres et des quartiers salubres.
La ville de Constantine est construite a G00 m. d'altitude sur une énorme masse rocheuse; à 130 m. environ au-dessous,
l I'éiueh, De l'hygiène en Algérie, t. I, i>. 238.
•'. MOZBTTI et 0. Mbmmo, La malaria dans la colonie lîrylréc, MU delta Soc /><■/• .//.
st. d. malaria, Rome, 1004, t. V.
3. Des cas de paludisme oui été signalés dans ces dernières années au camp Jacob.
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se trouve la vallée du Rummel; les personnes qui habitent Constantine ne prennent presque jamais la fièvre palustre; au contraire, parmi celles qui habitent dans la vallée, très peu échappent au paludisme, et aux portes mêmes de Constantine, au Bardo, on observe les fièvres palustres sous leurs formes les plus graves.
De même à Bône : les habitants de la ville haute, construite sur les collines hien ventilées qui bordent la mer, sont à l'abri du paludisme, tandis que ceux de la ville basse lui payent aujourd'hui encore un lourd tribut, malgré les travaux d'assainissement qui ont été effectués et qui ont produit déjà d'excellenLs résultats.
Mais, à côté de ces faits, on en peut citer d'autres qui témoignent que, clans les régions chaudes du globe, le paludisme peut sévir à des altitudes de 1 000 à 1 200 m.
Dans le Haut-Tonkin, l'endémie palustre s'observe dans des localités situées à 800 et à 1 000 m. au-dessus du niveau de la mer '.
A Java, le paludisme s'observe dans les montagnes de l'Ouest jusqu'à 4 000 pieds de haut2.
Nous avons vu (p. 35) qu'à Madagascar les vallées des hauts plateaux étaient envahies, sur un grand nombre de points, à des altitudes de 1 100 m. et qu'à Tananarive même l'endémie avait acquis une grande intensité.
A la Réunion, l'endémie s'est étendue aux stations de Salazie et de Cilaos (1 000 à 1 200 m. d'altitude) naguère salubres.
L'altitude n'est un obstacle à l'extension du paludisme qu'autant qu'elle réalise des conditions défavorables au développement des Anophèles et de //. malavisé dans ces culicides : température trop basse, absence d'eau stagnante, ventilation énergique, et l'on conçoit que ces conditions ne soient pas toujours réalisées dans les régions tropicales, même à des altitudes de 1 000 à 1 200 m.
6° Action des vents. — On a remarqué depuis longtemps que les localités bien ventilées sont en général salubres, tandis que celles qui sont situées dans les bas-fonds où l'air circule mal sont insalubres \
Cette action bienfaisante des vents s'explique par ce fait que les . culicides (nient les endroits bien ventilés, tandis qu'ils pullulent dans les bas-fonds où l'atmosphère est tranquille.