Rangé, Arch. de méd. nav
2. E. Collin, Rcc. mém. de méd. milit., 1848, 2' série, t. IV, ... 12S
Laveran, Traitô du Paludisme, 9" édition. -y
ÉTIOLOGIE
^ Au sanatorium de Tosari, pour éviter les rechutes de fièvre chez les convalescents de paludisme, le même observateur a dû interdire à ses malades les excursions dans la montagne ».
6° Alimentation mauvaise ou insuffisante. Eau de boisson de mauvaise qualité. — Une alimentation mauvaise ou insuffisante constitue une cause prédisposante.
Des individus bien nourris, qui font usage de boissons toniques (café, thé, vin), résistent mieux à l'infection palustre que des individus mal nourris et qui ne boivent que de l'eau.
L'adduction d'eau pure, dans des localités palustres qui ne possédaient auparavant que des eaux de mauvaise qualité, a produit maintes fois de si heureux effets sur l'état sanitaire, que beaucoup d'observateurs ont tiré de ces faits des conclusions favorables à l'origine hydrique du paludisme.
Hippocrate et Rhazès admettaient que les eaux marécageuses employées pour la boisson pouvaient produire la tuméfaction de la rate et des fièvres intermittentes rebelles. Hippocrate, parlant des hommes qui boivent des eaux marécageuses, dit : « Ceux qui en font usage ont toujours la rate volumineuse et dure. » (Œuvres complètes. Trad. de Littré, t. II, p. 27.)
Raymond, cité par Alibert2, attribue les fièvres pernicieuses qui régnent à Middelbourg et aux environs à la mauvaise qualité des eaux.
Pringle signale, parmi les causes des fièvres des pays marécageux, l'eau malsaine qu'on y boit communément.
Félix Jacquot cite plusieurs faits qui tendent à prouver que les eaux potables jouent un rôle important dans la pathogénie du paludisme, celui-ci entre autres emprunté à Pereyra de Bordeaux : « Les habitants des Landes bordelaises et de plusieurs points du département de la Gironde boivent de l'eau marécageuse; or, ceux qui filtrent cette eau sur des filtres en charbon ne contractent pas la fièvre palustre, qui sévit au contraire avec intensité sur ceux qui ne prennent pas cette précaution. » 3
Bettinglon et Moore ont observé aux Indes des faits qui témoi-
1. KonLnnucGE, Mnlnria nnd Hôhenklimn in don Tropon, Arch. f. Schiffs u. Troprn
Hygiène, 1898.
•» Alibert, Traité des lièvres pernicieuses, p. 288.
3. Félix Jacquot, De l'origine miasmatique des lièvres endémo-épidémiiiues, Ann. d'hyyiène publ. ci de méd. lég., 1854.
CAUSES ADJUVANTES
gnent dans le même sens1; dans tel village, la fièvre a disparu depuis qu'on a creusé un puits et qu'on ne fait plus usage de l'eau des marais; dans tel autre, les habitants qui boivent de l'eau de source sont épargnés presque complètement, tandis que ceux qui boivent de l'eau stagnante sont très éprouvés par les fièvres; Blower a relevé, pour certaines communes d'Angleterre, des faits analogues.
Au mois de juillet 4 834, 120 militaires s'embarquent à Bône (Algérie) sur un navire sarde, VArgo; pendant la traversée, qui est longue et pénible, ces militaires sont obligés de faire usage d'une eau très mauvaise, puisée près de Bône, dans un endroit marécageux, tandis que les hommes de l'équipage boivent une eau de bonne qualité; 13 militaires meurent pendant la traversée et, à l'arrivée à Marseille, 98 sont déposés à l'hôpital du Lazaret, « offrant, dit Boudin, les signes les moins équivoques de l'intoxication paludéenne sous toutes les formes, sous tous les types et portée sur quelques-uns au plus haut degré de gravité, ou, si l'on aime mieux, de perniciosité ». Au contraire, les matelots sont épargnés.
« Ce fait démontre d'une façon péremptoire, ajoute Boudin, que la matière paludéenne, à l'état liquide comme à l'état gazeux^ absorbée par la surface gastro-intestinale comme par la surface bronchique, provoque également l'intoxication. » (Traité des fièvres intermittentes, 1842.)
Cette interprétation a été souvent discutée. On a dit que la nature palustre des accidents observés chez les soldats de VArgo n'était pas démontrée, qu'il s'agissait peut-être d'une épidémie de fièvre typhoïde2.
Il est difficile de croire que Boudin se soit mépris complètement sur la nature des accidents qu'il observait et que les malades qui présentaient, selon lui, « les signes les moins équivoques de l'intoxication paludéenne sous toutes les formes sous tous les types », aient eu la fièvre typhoïde, mais on peut admettre que les militaires de VArgo étaient impaludés nu moment de leur embarquement et cela d'autant mieux qu'ils venaient de Bône. J
■Sraass r«rj»^ 1 «
ÉTI0L0GIE
Parkes 1 et de Chaumont2 insistent sur ce fait, qu'en Angleterre, les fièvres palustres ont disparu dans beaucoup de localités à partir du moment où les habitants ont pu se procurer de l'eau de bonne qualité et n'ont pas été contraints de faire usage pour la boisson d'eaux stagnantes, marécageuses. C'était de l'eau ayant cette origine qu'on buvait tout récemment encore à Sheerness, à l'embouchure du Medway, où la fièvre intermittente était si fréquente (De Chaumont).
Dans les pays les plus malsains, des voyageurs disent avoir réussi à se préserver des fièvres palustres en ne faisant usage que d'eau bouillie pour la boisson.
Ch. Blanc, qui a parcouru des régions très insalubres en Abyssinie, insiste beaucoup sur l'utilité de cette mesure prophylactique; un officier anglais qui ne but, comme Ch. Blanc, que de l'eau bouillie ou filtrée avec soin, fut préservé comme lui, tandis que toutes les autres personnes faisant partie de la même mission furent atteintes de fièvre ou de dysenterie 3.
Vandyke Carter\ Mansons et la plupart des médecins des Indes admettaient récemment encore que l'infection palustre pouvait se faire par l'eau de boisson. « Les fiévreux de l'hôpital de Greenwich sont pour la plupart, dit Curnow, des marins appartenant à des navires ayant pris de l'eau de rivière à Savannah, à Rangoon, aux embouchures du Danube ou du canal de Panama; souvent ils ont contracté la fièvre sans avoir atterri dans ces régions palustres, tandis que la malaria est très rare parmi les équipages des paquebots qui touchent aux mêmes ports, mais font usage d'eau distillée. » (Soc. R. de méd. et de chir. de
Londres, 1896.)
R. Vaggener a cité plusieurs faits à l'appui de l'origine hydrique
du paludisme6.
Les villages de Warrington et de Wolsey (Philadelphie), autrefois très salubres, alors que la population faisait usage d'eau de
i Parkes, Traité d'hvgiène, 3° édit., Londres, 1869, p. 71.
2; De Chaumont, Sur la transmission de la lièvre palustre par les eaux potables.
Revue tfhygiene, 1870, p. 102.
3 Ch Blanc, Notes médicales recueillies pendant un voyage en Àbyssuue, Ga..
'^Z^C^Sc^. S£ ÎÎÏ-. officersof the Arny oflndia, GdcuUe, 1888. 5. VS!S, SOC. royale de méd. cl de chir. de Londres, 1880. Anal, m Bullctm méd.,
18SNl YaooENBB, De l'eau de boisson Somme CÛUS0 du paludisme, New Orléans med. andsurg. journ., 1891-1892.
CAUSES ADJUVANTES
source, sont devenus des foyers de paludisme depuis qu'on y fait usage de l'eau de puits peu profonds.
Chaillé, professeur à ïulane University (Louisiane), a signalé que les personnes qui faisaient usage de l'eau de puits étaient atteintes de fièvre intermittente, tandis que celles qui buvaient de l'eau de citerne en étaient indemnes. Le même fait a été constaté par Vaggener sur des soldats en garnison à Pensacola (Philadelphie).
Richard H. Lewis, de la Caroline du Nord, a observé deux familles vivant porte à porte et buvant, l'une de l'eau d'un puits peu profond, l'autre de l'eau de pluie conservée dans des baquets de bois; les membres de la première de ces familles étaient constamment atteints de fièvre, alors que tous les membres de la deuxième en étaient indemnes.
Le personnel d'une propriété située dans la Camargue est très éprouvé par les fièvres; à la suite d'une épizootie qui règne sur les chevaux, on se résout à faire bouillir l'eau de boisson ; dès lors, les fièvres deviennent très rares.
Deux propriétés sises en Camargue sont éloignées de 4 km. environ; dans l'une, les vendangeurs boivent de l'eau filtrée, il n'y a pas de fièvres; dans l'autre, on fait usage d'eau de puits ou d'eau provenant des roubines; sur 300 ouvriers, 40 seulement au bout d'une semaine sont indemnes de fièvre 4.
Pendant les travaux de dessèchement des marais de la Crau, on a mis fin à une épidémie de fièvres palustres en construisant des citernes étanches qui fournissaient de l'eau potable aux ouvriers.
A Marnia (Algérie), l'eau de boisson arrive, par une conduite qui traverse des marécages, dans un bassin-filtre qui attire des nuées de moustiques; la mauvaise qualité de cette eau paraît être une des causes de la fréquence des fièvres palustres dans cette localité 2.
L'expérimentation a montré que l'ingestion d'eau marécageuse provenant des localités les plus insalubres ne suffisait pas à provoquer la fièvre.
SalomoneMarino a fait ingérer à 25 individus qui se trouvaient dans une localité salubre, de l'eau puisée dans des localités
1. P. Delamare. L'infection palud. en Camargue par l'ingestion de l'eau, Revue scientif., 20 oct. 1895.