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Lettre inédite de M. le Dr Casser, 3 juin

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palustres1. Chezles individus sains e,t robustes, cette ingestion ne provoqua que quelques nausées; chez les individus plus délicats, on observa des troubles gastro-intestinaux, les individus atteints de maladies chroniques eurent de la fièvre qui disparaissait avec la cessation de l'emploi de l'eau suspecte; enfin chez les malades qui avaient eu antérieurement la fièvre, on observa des rechutes et on vit les hématozoaires reparaître dans le sang.

Zeri2 et Baccelli3 sont arrivés, comme Salomone Marino, à conclure que l'infection palustre n'était pas d'origine hydrique.

L'action des eaux de mauvaise qualité, provenant de localités palustres, ne peut plus être invoquée aujourd'hui qu'au titre de cause prédisposante ou aggravante, très active il est vrai, en raison probablement des troubles digestifs que provoquent ces eaux.

7° Influences morales dépressives. — La grande mortalité par le paludisme des relégués et des transportés à la Guyane (V.~p. 67) prouve bien l'action favorisante des influences morales dépressives.

L'action des causes débilitantes s'explique facilement : c'est une loi générale que les organismes affaiblis deviennent la proie des parasites de toute espèce, alors que les organismes sains et vigoureux leur opposent une résistance plus grande; il semble, comme l'a dit Pasteur, que la vie repousse la vie qui veut se greffer sur elle.

8° Influence de la race. — Les hommes appartenant à toutes les races sont sujets au paludisme, mais la race noire présente une résistance plus grande que les autres races, comme en témoignent les faits suivants.

En 1841, trois navires anglais, Y Albert, le Wilberforce et le Soudan, remontèrent le Niger; les équipages se composaient de 148 blancs et de 188 nègres; un mois après l'entrée dans le Niger, 130 blancs sur 148 étaient atteints de fièvre, 40 succombèrent; des 188 noirs, 11 seulement eurent de légères atteintes de fièvre palustre, aucun ne mourut.

Sur les 188 nègres, 183 appartenaient à la côte d'Afrique; c'étaient surtout des Kroomen; aucun de ces nègres africains ne

1. Salomone Marino, Riforma med., 1890, p. 1502, cl Sicilia medica, 1891. a" 2,

^fc Zw», L'eau potable et la malaria, /?. Accad. med. di Roma, 1890 et Art*. deW htit. d'Jgiene sperim. d. Univ. di Roma, 1890,11, p. 123. ,ono „» -v>

3. Baccelli, Ucber (las Wesen (1er Malaria, Deutsche med. Wochenschr., 1892, n J2.

CAUSES ADJUVANTES

fut malade. Les 25 autres étaient originaires des Indes occidentales, ou des États-Unis, et ils avaient passé quelque temps en Angleterre, c'est à ce groupe qu'appartenaient les 11 hommes qui

prirent la fièvre '.

En 1845, la plupart des Européens qui étaient à bord du steamer Y Éclair, en station sur les côtes d'Afrique, moururent de fièvre palustre, tandis que sur 40 Kroomen qui faisaient partie de l'équipage, aucun ne fut atteint; à l'arrivée en Angleterre, 5 seulement de ces nègres eurent une fièvre légère.

Le major Forbes a signalé aussi l'immunité des nègres pour le paludisme à Geylan; c'est grâce aux travailleurs nègres que l'on put achever les routes qui traversent cette île.

La grande résistance au paludisme des individus de race noire n'est pas douteuse, aussi les nègres sont-ils de très utiles auxiliaires dans les pays palustres 2.

Pendant la guerre du Mexique, les nègres venus du Soudan ont rendu de grands services dans les terres chaudes, grâce à l'immunité remarquable qu'ils présentaient, non seulement pour les fièvres palustres, mais aussi pour la fièvre jaune.

A Sierra Leone, la substitution des troupes noires aux troupes européennes a diminué beaucoup la mortalité dans l'armée anglaise 3.

Dans les hôpitaux de Saint-Louis et de Gorée, sur 100 malades européens, on compte 36 entrées pour fièvres palustres alors que, sur 100 malades noirs, on ne compte que 9 entrées pour cette cause 4 .

La Statistique médicale des troupes coloniales pour l'année 1903 donne les chiffres suivants concernant l'Afrique occidentale française. Troupes européennes; morbidité palustre : 690; mortalité : 7,5 pour 1000 hommes d'effectif. Troupes indigènes (composées de nègres) ; morbidité palustre : 12,45; mortalité : 0,3 pour 1000 hommes d'effectif.

La Statistique de l'armée des Indes néerlandaises montre aussi

1. William, Médical History ol' the expédition to the Niger, London, 1843, cité par Graves, Clin, méd., Trad. française, 3" édit., t. I, p. 483.

2. Boudin, Acclimatement des races humaines sur divers points du globe, Rec. mém. de med. rtuUt., 3° série, t. XII, XIII et XV. - L. Laveran, art. Antaoon.sme du Dielion, encyclop. des se. méd. - Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2" edit., Paris, 1868, p. 147.

3. A. Iloiuus, art. Sierra Leone du Diction, encyclop. des se. méd.

4. A. Uoiuus, art. Sénégambie du Diction, encyclop. des se. méd.

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la fréquence des fièvres palustres chez les Européens, leur rareté chez les nègres 1 .

Au Soudan, au Cordofan, les fièvres palustres n'épargnent pas complètement les indigènes, elles sont même assez communes pendant l'hivernage, mais, en général, elles ne présentent pas chez eux de gravité.

A Madagascar, comme partout ailleurs, on a constaté que la race noire est celle qui offre le plus de résistance au paludisme. Viennent ensuite les métis (Comoriens, Sakalaves du Nord), puis les Algériens; enfin, sur le même rang à peu près, les Européens et les Hovas. Les compagnies formées de Hovas fondent rapidement dès qu'on les envoie en pays palustre2.

On ne recrute plus comme soldats, à Madagascar, que des indigènes à peau noire, ce qui a exercé une heureuse influence sur la mortalité des troupes par le paludisme3.

A la Guyane, tous les essais de colonisation faits par les Français et les Irlandais ont échoué; les condamnés arabes auxquels on a donné des concessions au Maroni n'ont pas mieux résisté; les accès pernicieux étaient moins fréquents chez eux que chez les Européens, mais la cachexie les atteignait inévitablement. Il en a été de même pour les Hindous et les Chinois. Les nègres seuls ont résisté.

Maurel cite le fait suivant. En 1883, un établissement pénitentiaire fut fondé sur la rive gauche de l'Oyapock (Guyane française); en dix mois, 101 transportés européens sur 248 avaient succombé aux fièvres et, pour sauver ceux qui survivaient, il fallut les évacuer aux îles du Salut*. En 1854, l'effectif de ce même établissement se composa de 152 nègres et de 33 Européens, la plupart de ces derniers succombèrent et les nègres restèrent seuls; la mortalité qui avait été de 41,53 p. 100 en 1853, tomba à 5,07 p. 100 en 1855, et à 3,29 p. 100 en 1856.

La résistance ou, autrement dit, l'immunité incomplète des nègres pour le paludisme paraît être innée et non acquise, comme l'ont dit quelques auteurs.

Les nègres de l'île Maurice qui avaient vécu jusqu'en 1866 dans un pays salubre, auraient dû, si l'immunité était -acquise, être

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