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IV. Progrès réalisés au xix° siècle dans l'étude clinique et

ANATOMO-PATHO LOGIQUE DU PALUDISME ET DANS SA THÉRAPEUTIQUE. TRA- VAUX de Maillot (1832-1836). — Au début du xixe siècle, on ne connaissait guère du paludisme que la fièvre intermittente. Tous les ouvrages consacrés à l'étude de la question ont pour titres : Traité des fièvres intermittentes ou Observations sur les fièvres intermittentes. La plupart des auteurs séparent complètement les fièvres intermittentes des fièvres continues et se refusent à admettre que les effluves paludéens puissent produire des fièvres continues.

« Il faut, dit Joseph Frank (cité par Littré, art. Fièvres), mettre le plus grand soin à distinguer les fièvres intermittentes des continues; elles diffèrent absolument et il est impossible de donner une théorie générale qui s'applique aux unes et aux autres. »

Bayer et Littré séparent complètement les fièvres intermittentes des fièvres continues. « Les fièvres intermittentes forment, dit Littré (Op. cit.), dans l'état actuel de nos connaissances, un groupe à part également distinct des phlegmasies et des fièvres continues. . . Entre une fièvre continue et une fièvre quotidienne ou tierce il y a une tout autre différence qu'une simple modification de types. »

Plus loin il est vrai, Littré ajoute que, d'après les travaux de Sydenham, ,1e Torti et de Cullen, des fièvres rémittentes ou môme cont.nues peuvent être d'origine palustre, comme les fièvres inter-

1. J. Beroirok, Éloge do M. Caventou, Acad. de médecine, 14 décembre 1897;

niittentes; il mentionne le mémoire de Maillot sur Les fièvres intermittentes du Nord de l'Afrique, et il conclut que « ce serait un beau sujet de travail que de porter la lumière dans ces différentes questions ». xVu moment même où Littré écrivait ces lignes, son vœu était exaucé par Maillot.

L'opinion si généralement acceptée qui faisait de l'intermittence le principal caractère des fièvres palustres avait de graves conséquences au point de vue du traitement de ces fièvres. Le quinquina n'était prescrit que dans les fièvres intermittentes ou dans les rémittentes, au moment des rémissions et à faibles doses par crainte de la gastrite; il était exclu du traitement des fièvres continues qui se résumait en déplétions sanguines et évacuants1. Au début de la conquête de l'Algérie, quand nos médecins militaires, imbus des doctrines de Broussais et terrorisés par le fantôme de La gastrite, se trouvèrent aux prises avec les formes graves du paludisme, ce fut un désastre.

En 1832, Maillot étudie les fièvres palustres en Corse; il note que l'intermittence n'est pas un caractère constant de ces fièvres, qui peuvent prendre la forme continue, et il constate les déplorables effets des traitements par les évacuants et les saignées.

En 1834, Maillot est à Bône (Algérie), et il assiste à une grave épidémie qui sévit sur la garnison de cette place ; la mortalité est effrayante dans tous les services de médecine de l'hôpital de Bône. Les fièvres continues qui sévissent sur nos soldats sont dites typhoïdes, mais, à l'autopsie, on ne trouve pas les lésions de la dothiénentérie. Dès lors la conviction de Maillot est faite; sans hésiter davantage et bravant les doctrines régnantes, il rapporte à une même cause les intermittentes, les rémittentes et les continues observées par lui à Bône, et il prescrit, dans les continues, le sulfate «le quinine à plus forte dose encore que dans les intermittentes. Cette thérapeutique nouvelle est l'objet de vives critiques, mais les résultats en sont excellents. La mortalité diminue rapidement dans le service de Maillot, les malades demandent avec instance à entrer dans ce service « où l'on meurt si peu » ; les collègues de Maillot sont bientôt convaincus de la justesse de ses vues et de l'excellence du traitement qu'il préconise, el ce traitement est

l Lind constate cependant que la fièvre intermittente prend souvent en automne ln forme continue ou rémittente et que, dans ce cas, les saignées sont souvent nuisi-

s, tandis qu'en donnant le quinquina rapidement el sans préparation on obbeni

d'excellents résultats (Lind, Op. cit. Appendice sur les f. interm.l.. t. IL P- MO). <-■< s sages conseils étaient tombés dans l'oubli en 1835.

adopté successivement dans tous les hôpitaux d'Algérie et bientôt par les médecins du monde entier. Les travaux de Maillot marquent une date importante dans l'histoire du paludisme

Après avoir lu le Traité des fièvres intermittentes de Maillot, Littré comprit que les commentateurs des livres hippocratiques avaient fait erreur en attribuant à la fièvre typhoïde les continues décrites dans ces livres; il est certain que, parmi les continues décrites par les anciens médecins grecs, il y a une part importante à faire aux fièvres palustres, mais il ne faut pas oublier que la fièvre typhoïde règne souvent en pays palustre (notamment en Algérie et aux Indes); nous verrons (Ch. VIII) qu'il n'y a pas d'antagonisme entre les deux maladies.

Parmi les auteurs qui au siècle dernier ont le mieux étudié le paludisme, au point de vue clinique ou anatomo-pathologique, il convient de citer encore : Monfalcon, Nepple, Annesley, Boudin, L. Laveran, Haspel, Burdel, Morehead, Dutroulau, Griesinger, Frerichs, L. Colin, Kelsch et Kiener.

Le mouvement d'expansion coloniale qui, chez la plupart des grandes puissances européennes, a acquis tant de force au xix° siècle, a puissamment contribué aux progrès de l'étude du paludisme. Dans la plupart des colonies, les Européens ont eu à lutter contre l'endémie palustre; les médecins des armées de terre et de mer ont eu l'occasion d'étudier les formes du paludisme et leur répartition sur un grand nombre de points du globe; la géographie de l'endémie palustre, très imparfaite jusqu'alors, a été complétée. Les médecins militaires français peuvent revendiquer une grande part dans ces progrès. J'aurai souvent l'occasion de citer, dans le cours de cet ouvrage, des travaux publiés dans le Recueil de Mémoires de médecine militaire ou dans les Archives qui font suite à ce Recueil, dans les Archives de médecine navale et enfin dans les Annales d'hygiène et de médecine coloniales.

V. Recherches helatives a l'agent du paludisme. Découverte de l'hématozoaire du paludisme (1880). — L'étude des conditions qui favorisent le développement du paludisme a conduit depuis longtemps les observateurs à supposer que l'agent pathogène était un parasite.

I. Maillot, Mémoire sur l'épidémie de BC Journal hebdom. ./es progrès des se. et

mut. médicales, 1834. - Rech. s,,,- 1rs fièvres interm. du Nord de l'Algérie, 1835. l raite des fièvres ou irritations cérébro-spinales intérmittentes, Paris, 1836. — P. Uutin, L épidémie de Bûne ou 1833, Gazette méd. de l'Algérie, 1882.

Déjà Vitruve, Varron et Columelle émettent l'idée que les lièvres palustres sont produites par l'introduction d'animalcules dans le corps de l'homme.

D'après Lancisi, les fièvres palustres sont dues à des animalcules microscopiques qui, engendrés par la putréfaction des végétaux, se trouvent en suspension dans l'air des localités marécageuses et qui sont susceptibles de pénétrer dans le sang1.

Cette opinion, défendue par Rasori, était si répandue en Italie au commencement du xixc siècle, que, dans le peuple, les animalcules fébrifères avaient reçu un nom, celui de serafici; on conseillait de ne respirer l'air des localités palustres qu'à travers une gaze légère qui empêchait la pénétration des parasites de la fièvre dans les voies respiratoires, et de manger de l'ail pour éloigner ou détruire ces parasites 2.

Virey pensait que les infusoires étaient la principale cause de l'insalubrité des marais.

Boudin attribuait le paludisme à la flouve des marais (Anlhoxanthwm odoratum L.), au Chara vidgaris et à quelques autres espèces végétales qui répandaient dans l'atmosphère, supposait-il, des principes volatils nuisibles. Ces plantes ne sont nullement fébrigènes.

D'après Bouchardat, les accidents du paludisme sont produits par un venin que sécrètent quelques-uns des animalcules microscopiques qui pullulent dans les marais3.

En 1849, J.-K. Mitchell cite des exemples d'individus atteints de fièvre intermittente après avoir respiré une atmosphère chargée de spores de champignons et dans les crachats desquels on rencontrait ces spores en grand nombre; il pense que les fièvres palustres sont produites par l'introduction dans notre économie de végétaux microscopiques dont il n'a pas réussi à déterminer l'espèce \

Mùhry arrive aussi à conclure que les spores de certains végétaux microscopiques sont les agents du paludisme 5.

W.-A. Ilammond dit avoir constaté souvent la présence de spores en grande quantité dans des localités palustres; lui-même a

1. Lancisi, De noxiis paludum effluviis, lib. II, Romœ, 1717.

2, Armand, L'Algérie médicale, p. 08.

:i. Bouchardat, Innuaire de thérapeutique, 1866, p. 200.

4. J.-K. Mitchell, On Lhe rryptognmous origin of malarious ami épidémie revers, Philadelphie, 184».

d. Muhry, Dio geographisch. VerhftHnisse, Ch. vi.

contracté une fièvre intermittente après avoir inspecté une grande quantité de fourrages avariés1.

J Lemaire a étudié les organismes microscopiques qui se développent dans la vapeur d'eau recueillie au-dessus des marais; ses recherches ont été faites dans une des localités les plus malsaines de la Sologne, connue sous le nom expressif de Tremble-Vif \

Lemaire constate que l'air de la Sologne contient des microphytes et des microzoaires en quantité plus grande que l'air de Romainville, localité salubre, et il admet que les microbes si nombreux dans l'air des contrées marécageuses sont la cause du paludisme, mais il n'incrimine aucune espèce en particulier.

En 1862, Salisbury examine dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi de nombreux malades atteints de fièvre intermittente, et il trouve dans les crachats, dans les urines et dans la sueur de ces malades, de petites cellules végétales se rapportant aux Algues du genre jmlmelles ; ces algues microscopiques ne se rencontrent que dans la zone où régnent les fièvres, et leur présence est constante dans l'urine et dans la sueur des fébricitants \

Salisbury retrouve les palmelles sur le sol et dans les couches inférieures de l'atmosphère des localités palustres, et. pour bien établir la relation qui existe entre ces algues et le paludisme, il institue l'expérience suivante : il fait remplir six caisses en bois d'une couche mince de terre riche en palmelles, ces caisses sont transportées dans un lieu élevé, d'une salubrité parfaite et placées sur la fenêtre d'une chambre habitée par deux jeunes gens sains et bien portants. Au bout de quinze jours environ, les doux jeunes gens ont des accès de fièvre tierce, alors que personne autre n'est atteint dans la même maison; dans une autre expérience analogue, deux individus sur trois sont atteints de fièvre intermittente.

Wood et Leidy, de Philadelphie, ont couché, pendant un mois, dans une chambre où l'on avait réuni une grande quantité de palmelles, sans éprouver aucun malaise"'.

Wood fait remarquer : 1° que les palmelles sont des plantes riches en chlorophylle, qui ont besoin pour vivre de l'action de La lumière et qui ne peuvent pas vivre dans le sang; 2° que les palmelles se trouvent dans une foule de localités salubres et

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