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II. MAL AHIjE

Les leucocytes mélanifères sont presque toujours de grands mononucléaires.

Un môme leucocyte peut absorber plusieurs bémamibes; le protoplasme des parasites est digéré rapidement et le pigment de chaque bémamibe est condensé d'ordinaire en une grosse granulation.

Les croissants sont rarement englobés ; H. Vincent a vu, une fois seulement, un croissant englobé dans un macrophage de la rate1.

Nous reviendrons plus loin sur l'étude des leucocytes mélanifères qui a un grand intérêt au point de vue de l'anatomie pathologique et de la pathogénie des accidents palustres (V. Ch. IX).

Fréquence relative des différentes formes de H. malaria?. — En ce qui concerne la fréquence des parasites dans le sang de la grande circulation, aux différentes phases de la fièvre intermittente, je suis arrivé aux résultats suivants 2 :

Sur 79 examens faits peu de temps avant des accès, j'ai trouvé les parasites dans tous les cas;

Sur 286 examens faits pendant des accès, je les ai trouvés 273 fois;

Sur 164 examens faits quelques heures après un accès de fièvre, je les ai trouvés 141 fois.

C'est donc un peu avant les accès ou bien au début des accès que l'examen du sang doit être fait lorsqu'on se propose de rechercher les parasites. Il importe beaucoup d'examiner le sang avant que les malades aient pris de la quinine, il suffit de faibles doses de quinine pour faire disparaître les parasites de la grande circulation.

Sur 432 cas dans lesquels j'ai constaté, en Algérie, la présence des parasites, j'ai noté :

Hémamibes (petites ou grandes), seules 266 fois.

Corps en croissant seuls 43

Hémamibes et corps en croissant 31

Hémamibes et flagelles 59

Hémamibes, corps en croissant et flagelles 33

Les corps amiboïdes, seuls ou associés aux autres éléments, ont donc été observés 389 fois sur 432.

Les corps en croissant, seuls ou associés aux autres formes 107 fois.

1. H. Vincent, Ann. d,: l'Inst. Pasteur, 1897, t. XI, p. 900. - A. Laveran, Traité .1rs (lèvres palustres, p. 197.

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Les flagelles ont été rencontrés chez 92 malades. 136 malades dans le sang desquels j'ai constaté la présence des croissants se répartissent ainsi qu'il suit au point de vue clinique :

Quotidiennes

Tierces

Quartes

Intermittentes irrégulières

Intermittentes de type indéterminé

Continues

Accidents pernicieux

Cachexie sans fièvre

Le chiffre des quartes qui figurent à ce tableau est très faible, mais je n'ai recueilli que 7 observations de quartes contre 223 de quotidiennes et 81 de tierces.

D'autre part, les croissants font souvent défaut dans les fièvres irrégulières; sur 56 cas de fièvres palustres à type irrégulier, je n'ai noté l'existence des croissants que 23 fois; dans les 33 autres cas on ne trouvait clans le sang que des corps amiboïdes.

Il m'est arrivé plusieurs fois d'observer chez un même malade, sans que le type de la fièvre se modifiât, lors d'un premier examen, des croissants et, lors d'un examen postérieur, des corps amiboïdes.

Voici deux exemples de ces modifications.

Un malade entre à l'hôpital du Val-de-Grâce, le 3 décembre 1891, pour cachexie palustre et fièvre intermittente quotidienne. L'examen du sang, fait à plusieurs reprises au mois de décembre, révèle seulement l'existence de corps amiboïdes. De nouveaux examens, faits les 5 et 11 janvier 1892, permettent de constater l'existence de croissants. Un dernier examen ne révèle plus que des corps amiboïdes.

Un autre malade, qui a contracté la fièvre au Dahomey, entre au Yal-de-Gràce le 23 juillet 1893. A l'entrée il n'y a pas de fièvre, le sang renferme des croissants. Les 9, 10 et 1 1 août, le malade a des accès très réguliers; l'examen du sang l'ail le 9 août révèle l'existence de petits corps sphériques ; je ne trouve plus trace de croissants.

Il me serait facile de multiplier ces exemples. Dans d'autres cas, je trouvais en même temps dans le sang des corps amiboïdes et des croissants.

Pour expliquer ces faits, les partisans de la pluralité des héma-

H. MA.LA.RIjE 123

tozoaires du paludisme sont obligés d'admettre que les infections mixtes sont fréquentes.

Les croissants s'observent souvent chez les malades atteints d'accidents pernicieux; je les ai notés 13 fois sur 18, soit dans 72 p. 100 des cas et Mannaberg les a notés 27 fois sur 30. On ne saurait en conclure que les corps en croissant sont la cause des accidents pernicieux; la présence de ces éléments n'est pas constante dans les fièvres pernicieuses, et d'autre part on les trouve fréquemment chez des malades qui n'ont jamais eu d'accidents pernicieux.

Feletti a pu dire qu'il n'avait jamais observé les croissants chez les malades atteints de fièvre pernicieuse

Depuis le début de mes recherches, j'ai été frappé de ce fait que les croissants se rencontrent surtout chez les cachectiques, la cachexie pouvant d'ailleurs se produire lentement, à la suite d'une série de rechutes de fièvre, ou rapidement, à la suite de quelques accès graves (cachexie aiguë) 2.

Cette relation, a été confirmée par les travaux de Councilman, de W. Osier, de James et d'Arnaud.

Dans ma statistique, les croissants ont été observés 126 fois sur 136 chez des sujets cachectiques ou profondément anémiés.

J'ai constaté la présence des croissants 120 fois dans les six derniers mois de l'année et 16 fois seulement dans les six premiers. Les mois les plus chargés sont : octobre, novembre et décembre.

En Algérie, on reste quelquefois pendant plusieurs mois sans observer les croissants; lorsqu'arrive le mois d'octobre, les cas dans lesquels on note leur présence se multiplient tout à coup3.

On comprend que Marchiafava et Bignami aient été conduits à établir un rapport entre les croissants et .les fièvres estivo-automnales, mais eu examinant les choses de plus près, on arrive à celle conclusion que l'influence saisonnière n'est qu'apparente.

Si l'on demande aux malades dans le sang desquels on trouve des croissants aux mois d'octobre, de novembre ou de décembre, quand ils ont eu la première atteinte de lièvre, on apprend que c'est de juillet à octobre (je parle de l'Algérie), c'est-à-dire qu'en remontant à l'époque de l'invasion, les cas se répartissent sur toute la saison endémo-épidémique.

1. Congrès internat, demêi., Rome, 1894. Gaz. Iwbdom., L894, p. 200.

2. A. La ver an, Soc. de. Biologie, 20 aov. 1802. ■S. Aunaud, Soc de Biologie, 2 avril 1892.

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Tous ceux qui ont exercé en Algérie savent que c'est pendant les mois d'octobre, de novembre et de décembre qu'on observe surtout la cachexie chez les malades affaiblis par des rechutes successives de lièvre et par La persistance des chaleurs; c'est la fréquence de la cachexie à cette époque de l'année qui me paraît expliquer la fréquence des corps en croissant. A partir de décembre, grâce à l'abaissement de la température, l'état de tous les malades s'améliore.

IL Unité du paludisme. Relations des différentes formés de H. malarise ; leur rôle biologique. — 1° Les parasites de la tierce, de la quarte et des fièvres tropicales ne constituent pas des espèces distinctes, mais des variétés d'une même espèce. — Golgi a appelé l'attention sur les différences qui existent entre les parasites de la tierce et ceux de la quarte 1 ; d'après cet observateur, ces différences peuvent se résumer comme il suit.

Le parasite de la tierce accomplit son évolution en deux jours, celui de la quarte en trois jours.

Les corps amiboïdes de la tierce ont des mouvements plus vifs •que ceux de la quarte.

Les parasites de la tierce donnent lieu facilement et rapidement à la décoloration des hématies auxquelles ils s'attaquent, tandis que dans la quarte les hématies envahies par les parasites gardent, presque jusqu'au moment où la destruction est complète, leur coloration caractéristique.

Dans la quarte, les hématies parasitées ont une tendance marquée à se rétracter, tandis que dans la tierce elles ont souvent des dimensions supérieures à celles des hématies normales.

Dans la tierce, le protoplasme des parasites est transparent, les contours sont peu marqués; dans la quarte, le protoplasme paraît moins délicat, et les contours des parasites sont plus nets.

Dans la quarte, le pigment se présente sous la forme de grains ou de bâtonnets plus gros que dans la tierce ; la teinte du pigment est un peu différente.

Enfin, et c'est là ce qui constituerait la différence principale, le nombre des éléments résultant de la segmentation des hémamibes serait plus grand dans la tierce que dans la quarte.

Dans la quotidienne, on rencontre tantôt les parasites de La tierce, tantôt ceux de la quarte, ce que Golgi explique en supposant que

i. Golgi, Arch. italiennes de Biologie, 1800, l. XIV. tasc. I cl 2.

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