‹ Traité du paludisme [electronic resource]Chapitre 56 sur 283 · Cité par Salanoue cl communie, personnelle · texte numérisé non relu

Cité par Salanoue cl communie, personnelle

qu'il décrit, des chiffres peu différents : Plasmodium malaria (quarte), 9, 12 et jusqu'à 14 segments; Plasmodium oivax (tierce) de 15 à 20 et jusqu'à 25; Laverania malariœ (estivo-automnale) 7, 10, 12, rarement de 15 à 16 et jusqu'à 25 '.

Le nombre des éléments résultant de la segmentation ne paraît pas pouvoir être invoqué pour différencier les parasites du paludisme".

Gros a fait remarquer qu'on n'observait jamais certains types de fièvre intermittente qui devraient exister si la tierce et la quarte étaient des maladies différentes, pouvant coexister chez les mêmes malades3.

L'étude du paludisme expérimental n'a pas tranché la question jusqu'ici. On verra plus loin que lorsqu'on injecte du sang palustre dans les veines ou sous la peau d'un individu sain, on provoque, en général, une fièvre du même type que celle du malade qui a fourni le sang. Il n'est pas étonnant que les hématozoaires qui se sont adaptés pour un type fébrile chez un sujet, reproduisent souvent ce même type chez un autre sujet, inoculé sur le premier; si les hématozoaires appartenaient à des espèces différentes, on devrait toujours reproduire le type fébrile du malade qui a fourni le sang, or, il résulte notamment des expériences de Bein et d'Elting que les choses ne se passent pas ainsi. Il est à regretter, il est vrai, que nous n'ayons pas un plus grand nombre d'expériences relatives à la quarte.

Les différences morphologiques qui existent entre les parasites des fièvres tropicales et ceux des fièvres tierces ou quartes, me paraissent devoir être rapportées à des variétés d'un même hématozoaire, et non à des espèces distinctes. On peut admettre les variétés suivantes : H. malarias Tar. parva, H. maiarixraœ: magna, IL malarias var. quartanse.

La variété parva est celle qui se rencontre d'ordinaire dans les lièvres graves des pays tropicaux, elle correspond aussi aux formes estivo-automnales des auteurs italiens; on ne trouve souvent dans le sang que de petites formes associées ou non aux croissants. Dans le cas de fièvre pernicieuse, l'abondance de ces petits éléments est telle que les capillaires de la plupart des organes, du

2. ^yw^T^sà^de Biologie, 20 mars 1802. - H. Zif.mann, Centrait,!, f. Bakter., 1, Orif."., 1807. t. XXI, n" 17-18. . , . . ,„„„

3. H. Gros, Sur l'unità des hématozoaires du paludisme, Soc. ttefiiotojm», Bjuiilei ma.

IL MALARLE 433

cerveau en particulier, en sont littéralement bourrés. Les formes segmentées sont très rares dans le sang de la grande circulation.

La variété magna se rencontre plus particulièrement dans les tierces bénignes; elle est caractérisée par les grandes formes amiboïdes pigmentées; à côté des grandes formes, on trouve d'ailleurs des formes moyennes et de petites formes identiques a celles de la variété précédente. Les formes segmentées sont communes.

La variété de la quarte est moins grande que la précédente et, dans les formes en segmentation, le nombre des segments est moindre, en général, que dans la variété magna.

Les hématies sont moins altérées par les parasites de la quarte que par ceux de la tierce.

Parmi les causes qui font varier l'évolution de l'hématozoaire, il faut citer, d'une part les conditions climatiques qui peuvent retarder ou hâter cette évolution et, d'autre part, les conditions de résistance individuelle.

« La rapidité de la reproduction, qui peut varier dans la même espèce, explique, dit Metchnikoff, les différences dans les formes des rosaces qu'on a observées dans les fièvres tierces, quartes et pernicieuses. Lorsque le parasite se reproduit avec une grande activité, la segmentation s'accomplit avant qu'il ait atteint son stade adulte. Il peut se faire alors qu'un parasite tout jeune, encore dépourvu de pigment, se divise en un certain nombre de petits segments. Dans ces conditions de pullulation rapide, la maladie a un caractère très aigu et revêt souvent la forme pernicieuse. Lorsque la production se ralentit, le parasite aie temps nécessaire pour se développer plus complètement. Ici encore, suivant que la segmentation est plus ou moins active, le microbe provoque une tierce ou une quarte... »

Van Gorkom dans l'important travail qu'il a publié, en 1903, sur l'unité du parasite du paludisme2, est arrivé à conclure également que les différences signalées entre les parasites du paludisme pouvaient s'expliquer par la croissance plus ou moins rapide dépendant des conditions plus ou moins favorables de développement.

1. Mbtchnikoff, Note reproduite dans mon rapport sur L'Étiologie du paludisme nu Congrès international d'hygiène de Budapest, 1X04. — V. aussi : Danilewsky, Arch. russes de pathologie, 1896, L.

2. W.-J. van Gorkom, Geneesk. Tijdschr. ». N. /., t. XL1I, p. 0<J2 et t. XL1II, p. i.

ÉTIOLOGIE

Thiroux pense que si l'activité de //. malaria est plus grande pendant la saison chaude, cela tient à sa fréquente rénovation dans le corps des Anophèles; à cet état de vie très active, les petites formes se multiplient le plus souvent par simple division, on n'observe ni grandes formes ni rosaces. Pendant la saison sèche au Sénégal et chez les individus qui rentrent en Europe, il n'y a plus de réinoculations par les Anophèles; la vie du parasite devenant moins active, les hématozoaires acquièrent des dimensions plus grandes et les fièvres prennent les types à longues intermittences (tierce ou quarte), alors que, pendant la saison chaude et humide, les types continus ou quotidiens dominent.

La résistance individuelle doit aussi entrer en ligne de compte. Marchoux (op. cit.) a montré que c'était là une cause importante des variations morphologiques de //. malarias au Sénégal.

Il ressort des expériences de Jancso 1 que les dispositions individuelles jouent un rôle important dans la gravité du paludisme expérimental.

Comment s'étonner si H. malarias dont les conditions de culture sont variables, dans le sang de l'homme et dans le corps des Anophèles, varie quelque peu au point de vue morphologique et au point de vue de son pouvoir pathogène.

2° Relations entre elles des différentes formes de H. malariae; leur rôle biologique. — Les relations qui existent entre les petites, les grandes hémamibes et les corps segmentés sont faciles à saisir. Les grandes hémamibes dérivent évidemment des petites. Lorsque l'évolution de ti. malarias est très rapide, comme cela se produit dans les régions tropicales, les petites hémamibes peuvent exister seules dans le sang, elles se multiplient rapidement, à la fois par bipartition et par segmentation multiple. Quand l'évolution est moins rapide, les grandes hémamibes se montrent à côté des petites et peuvent prédominer, comme il arrive dans les pays tempérés. Les grandes hémamibes se multiplient dans le sang par segmentation multiple; comme nous l'avons vu plus haut, on peut suivre, dans les préparations de sang colorées, toutes Les phases de division du karyosome et du protoplasme.

Les mérozoïtes provenant de la segmentation devirnn. nl libres et ils vont infecter de nouvelles hématies.

Les hémamibes qui s'accolent d'abord aux hématies, y pénètrent

ï. N. Jancso, Centralbl. f. Bakter., !, Orig., t. XXXV1I1, p. GoO.

ensuite; elles se nourrissent aux dépens de l'hémoglobine; les hématies parasitées s'altèrent et l'altération est d'autant plus marquée que les parasites acquièrent de plus grandes dimensions ; le pigment noir est un résidu de la digestion de l'hémoglobine.

La nature des flagelles a été l'objet de nombreuses discussions; plusieurs observateurs ont soutenu pendant longtemps que, contrairement à l'opinion que j'avais émise, il s'agissait de formes d'involution des hématozoaires. Je ne reviendrai pas sur cette controverse, la question est tranchée aujourd'hui.

Simond a montré que le stade à flagelles existe chez les Coccidies et il a émis le premier l'opinion que les flagelles étaient des éléments mâles destinés à féconder des éléments femelles1.

Cette opinion a été pleinement confirmée par les recherches de Schaudinn et Siedlecki2, et de Mac Callum3.

Mac Callum a réussi à faire les observations suivantes alors qu'il étudiait le sang frais d'un malade palustre ayant de nombreux croissants. Au bout de 10 à 12 minutes, les croissants s'étaient transformés en corps sphériques. Après 20 à 25 minutes, quelquesuns des corps sphériques donnèrent des flagelles. Des flagelles devenus libres s'approchèrent d'un corps sphérique immobile et l'un des flagelles pénétra dans ce corps, tandis que les autres continuaient à tourner autour 2.

Nous verrons plus loin que les observations faites sur H. Danilewskyi, hémamibe des oiseaux très voisine de H. malariœ ne laissent aucun doute sur ce rôle des flagelles.

La figure V (Ch. V) montre (1), une forme femelle de H. malarias dans laquelle pénètre un flagelle.

L'hématozoaire du paludisme a donc, comme les Coccidies, deux formes de multiplication : 1° une forme de multiplication endogène, asexuée, représentée par les corps segmentés ou en rosace ; 2° une forme de multiplication exogène, sexuée, représentée par des éléments femelles et des éléments mâles qui sont les flagelles. D'après la technologie adoptée dans l'étude des Coccidies, les petits éléments provenant de la segmentation des hémamibes sont des mérozoïles; les éléments mâles qui donnent les flagelles sont des

1. P.-L. Simond, Soc. de Biologie, 1" niai 1807, Ann. de l'Inst. Pasleur, juillet 1897, et Arch. deméd. navale, juillet 1897.

2 Schaudinn et Siedlecki, Verh.d. deulsch. zool. Gesellschafl, 1897. - Siedlecki, Soc. de Biologie, H mai 1898, et Ann. de l'Insl. Pasleur 1898

3. W.-G. Mac CAixtJM, ÇentraM. f. Bakler., 30 oct". 1897, Lancel, 13 nov. 1897, et Journ. oj expertm. med., 1898, t. 111, n" I.

KTIOLOGIE

microgamélocgtes et les flagelles eux-mêmes sont des microgamètes,. Les éléments femelles fécondés par les flagelles sont des macrogamètes.

L'analogie avec les Coccidies est frappante; l'évolution de //. malariœ est seulement plus compliquée encore que celle des Coccidies. Alors que l'évolution de ces dernières s'accomplit chez un seul hôte, le cycle complet de l'évolution de //. malariœ nécessite deux hûtes : l'homme et le moustique.

Il ne paraît pas douteux que les croissants soient des hômamibes enkystées dont le rôle dans le sang est celui d'éléments de résistance. Nous avons vu (p. 123) que les croissants se rencontraient surtout dans la cachexie palustre ou du moins chez des individus fortement anémiés à la suite de plusieurs atteintes de fièvre. Chez ces malades, les réactions sont moins vives que chez les individus infectés depuis peu et l'hématozoaire arrive à la phase d'enkystement.

Les croissants qui peuvent rester pendant longtemps à l'état latent, sont très dangereux au point de vue de la propagation du paludisme; les Anophèles qui ont sucé du sang- contenant des croissants s'infectent facilement.

III. Inoculation de H. malariœ d'homme a homme. Essais d'inoculation aux animaux. Essais de culture. — 1° Inoculation de H. malariœ d'homme à homme. — Dochmann a essayé d'inoculer le paludisme d'homme à homme en se servant de la sérosité des vésicules d'herpès qui s'étaient développées chez un malade atteint de fièvre intermittente ». Les résultats de ces expériences doivent être considérés comme négatifs.

En 1881, j'ai écrit qu'on réussirait vraisemblablement à inoculer le paludisme d'homme à homme en injectant, dans les veines d'un homme indemne de paludisme, du sang pris chez un malade atteint de fièvre palustre et renfermant les hématozoaires que je venais de faire connaître; les faits n'ont pas tardé à me donner raison.

On a obtenu aussi des résultats positifs en inoculant le sang palustre dans le tissu conjonctif, mais ce procédé est moins sur que le précédent.

Gerhardt qui a injecté du sang palustre, 1 gr. environ, dans le tissu conjonctif de malades atteints d'affections chroniques étran-

i. Dochmann, Virchow's und Wrsclïs Jahraberkht, 1880.

gères au paludisme, a réussi deux fois à provoquer la fièvre intermittente '.

Mariotti et Ciarocchi ont inoculé le paludisme par injection intra-veineuse; les inoculations faites dans le tissu conjonctif souscutané ne leur ont donné que des résultats négatifs 2.

Marchiafava et Celli ont réussi également à transmettre le paludisme par injection intra-veineuse, tandis que les injections sous-cutanées ne leur donnaient que des résultats négatifs; ils ont vu les hématozoaires apparaître dans le sang des individus inoculés, en même temps que se produisaient des accès réguliers et bien caractérisés de fièvre intermittente qui cédaient aux sels de quinine s.

T. Gualdi, Antolisei et Angelini ont publié, en 1889, six nouveaux cas de fièvre palustre expérimentale.

Le sang pris dans la veine d'un malade atteint de fièvre palustre était injecté, à la dose de 2 ou 3 cm3, dans les veines de sujets indemnes de cette affection. La fièvre se déclarait, chez les individus inoculés, au bout de 10 jours environ; le type n'était pas toujours le même que chez le malade ayant fourni le sang'".

D'après Grassi et Feletti5, sur 7 expériences d'inoculation du paludisme à l'homme, faites à Gatane, on aurait obtenu 7 fois, chez les individus inoculés, la reproduction du type fébrile et des formes parasitaires observés chez les malades ayant fourni le sang. Deux de ces faits ont été publiés par di Mattei 6.

Bein a fait des inoculations de sang palustre à 8 individus atteints de maladies chroniques étrangères au paludisme7. Le sang provenant de la saignée ou sucé par des sangsues que l'on coupait ensuite en morceaux, était injecté avec une seringue de Pravaz dans le tissu conjonctif sous-cutané (7 fois) ou dans une veine (1 fois); la quantité de sang injectée était de 2 cm3 environ. Dans quatre cas le résultat a été positif.

Après une période d'incubation de 10 à 12 jours, les malades avaient un premier accès de fièvre léger qui était suivi d'autres

1. C. Gerhardt, Zeitschr.f. kliru M éd., Bd. VII, p. 372. - V.-J. Chassin. Sur l'inoculation delà Qèvre intermittente, Th. Paris, iss:;.

2. Mariotti el Ciarocchi, Lo Sperimentale, 1884, t. LlV, rase. 12.

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