II. M A LARDE
qui s'abreuve aux mares les plus suspectes, brave impunément les lièvres dont son maître est si souvent victime. .
Lorsque j'étais en Algérie, j'ai demandé souvent à des vétérinaires de m'envoyer des fragments du foie et de la rate des animaux qu'ils supposaient être morts de paludisme; j'ai fait l'examen bislologïque des pièces anatomiques qui m'ont été remises, et je n'ai jamais constaté, dans les petits vaisseaux du foie ni de la rate, la présence des éléments pigmentés caractéristiques du paludisme.
La plupart des vétérinaires admettent que la fièvre intermittente vraie, d'origine palustre, n'existe pas chez les animaux1.
Sans doute, on a signalé des épizooties clans les pays palustres, mais il ne suffit pas de constater que des animaux ont été malades ou sont morts dans des localités palustres, il faut démontrer que les accidents se sont produits sous l'influence du paludisme.
La cachexie aqueuse ou pourriture, qui fait souvent de grands ravages au milieu des troupeaux qui paissent dans les prairies basses et inondées, n'a rien à voir avec la cachexie palustre. Elle est produite, comme on sait, par la présence de distomes dans les voies biliaires 2.
C'est à tort que la piroplasmose bovine et la piroplasmose équine sont parfois désignées sous les noms de malaria des Bovidés et des Equidés. Ces épizooties sont produites, comme le paludisme, par des hématozoaires endoglobulaires, mais ces parasites qui appartiennent au genre Piroplasma n'ont rien à voir avec Hœmamœbâ malariœ.
Dupuy et Pierre ont rapporté au paludisme une épizootie qui, au Soudan, donne lieu souvent à une énorme mortalité des chevaux3. Il s'agit vraisemblablement d'une des trypanosomiascs si communes dans cette région.
L'anémie grave consécutive à l'ankylostomiase qui, à Saint- Louis, atteint 75p. 100 des chiens errants4 a été considérée à tort comme étant de nature palustre.
L'immunité naturelle des animaux pour le paludisme pouvait
1. Veriieye.v, Art. Fièvres intermittentes du Diction, de méd. oélér. de Bouley cl I'aynai..
2. Raynal, Art. Cachexie aqueuse du Diction, de méd. vétér. de Bouley cl Raynal. — Vallin, Ail. Marais du Diction, encyclop. ./es se. méd.
3. Dupuy, Malaria des chevaux algériens en Sénégambie, Rec. de mol. vétér., 1880
p. . 233. - Pierre Du paludisme chez le cheval. Rappor .M. Cadiot, Rec. de mol.
rctrr., .i(J mars IS'.lfi.
4. Thiroux el Teppaz, Sur l'ankylostomiase du chien au Sénégal, Soc. de Biologie, I t octobre l'-toii.
faire prévoir les insuccès qui ont été signalés par tous les auteurs qui ont essayé. d'inoculer la maladie aux animaux.
En 1883, à Constantine, j'ai fait, sans résultat, à des lapins et à des pies des inoculations intra-veineuses de sang palustre.
E. Richard a inoculé, sans résultat, à un singe, du sang palustre renfermant des hématozoaires.
Les singes vivent dans des vallées très insalubres et ne paraissent pas être sujets au paludisme.
Guarnieri a inoculé du sang palustre à des lapins et à des chiens, dans les veines ou dans le péritoine, les résultats ont été négatifs.
Celli et Sanfelice ont expérimenté sur un cheval, sur un mulet, sur des souris, des pigeons, des tourterelles, des chouettes, etc., les inoculations de sang palustre n'ont été suivies d'aucun effet1.
Bein a tenté vainement l'inoculation du paludisme chez le lapin, le chien, la souris et le pigeon.
Angelini a injecté, sans résultat, du sang palustre dans les veines d'un Cynocephalus sphinx; il a inoculé également sans succès deux pigeons domestiques et un chien2.
Di Mattei a inoculé du sang palustre à 16 pigeons, 5 chiens, G lapins, 6 cobayes, 2 chats, 1 loup, 1 singe; les résultats ont toujours été négatifs 3.
Fischer et Bein ont fait, sans succès, des inoculations chez le
singe.
R. Koch a essayé d'inoculer l'hématozoaire du paludisme à des singes et notamment à des orangs-outangs; aucun des singes mis en expérience ne s'est infecté *.
La fièvre récurrente, produite par les spirilles d'Obermeyer, est beaucoup plus grave chez les singes dératés que chez les singes normaux. Soulié, en s'appuyant sur ce fait, a supposé que la réceptivité du singe pour l'hématozoaire du paludisme pourrait être modifiée par l'ablation de la rate, comme elle l'est pour le Sp. Obermeyeri. Deux singes ont été dératés, et quand ils ont été guéris de l'opération, Soulié leur a injecté dans les veines et sous la peau du sang palustre riche en hématozoaires. Dans les deux cas les résultats ont été négatifs !i.
I. Celli et Sanfelice, Ann. di Agrie., Roma, 1891. 2 A Angei ini. rtiforma mcdica, décembre ISill.
ï E. di S,Gonttib. à l'étude de l'infection manque ^èrim. chez l'homme <>t chez les animaux. Arcliwio par le se. med., Turin 1893, t. MX. n 4. 4 R Koctt, Deutsche med. Woehenselxr., \" février 1900. ri. Soulié, Soc. de médecine d'Alger, 8 février 100...
On doit conclure de tous ces faits que le paludisme est une maladie particulière à l'homme. Des hématozoaires très voisins de 77. malarise existent chez le singe, chez l'écureuil, chez plusieurs espèces de chauves-souris et chez un grand nomhre d'espèces d'oiseaux, mais ces hématozoaires appartiennent à des espèces hien distinctes de celle qui produit chez l'homme le paludisme.
3° Essais de culture de H. malariœ. — Ces essais n'ont donné que des résultats négatifs.
Toutes les tentatives que j'ai faites pour obtenir des cultures de H. malarise dans divers bouillons de culture, sur gélose, sur pomme de terre ou dans le sang lui-même ont échoué.
Un moyen simple d'essayer la culture dans le sang, consiste à préparer (avec pureté) du sang palustre en gouttes pendantes et à faire des examens répétés de ces préparations.
J'ai pu conserver ainsi, pendant dix jours et plus, des préparations dans lesquelles je distinguais des éléments parasitaires au milieu des hématies à peine altérées. Il m'a semblé une fois que les corps amiboïdes pigmentés avaient augmenté de nombre, mais ce n'était là sans doute qu'une illusion qui s'explique par ce fait que les hématies devenues plus pâles laissent mieux voir les éléments parasitaires.
A. Angelini a tenté en vain de cultiver le microbe du paludisme dans la sérosité de l'ascite additionnée d'hémoglobine et dans du sang humain rendu incoagulable par l'addition de peptone
Les tentatives faites par d'autres observateurs ont échoué également2.
H. Yincent a vu, dans le sang palustre mis à 1 etuve, des éléments amiboïdes qui vivaient encore, après 22 heures, dans des leucocytes morts3.
Novy et Mac Neal et après eux un grand nombre d'expérimentateurs ont réussi à cultiver in vitro les trypanosomes et Lignières dit avoir obtenu des cultures de Piroplasma bigeminum, ces résultats doivent encourager les expérimentateurs à tenter de nouveaux essais de culture de H. malarise.