PRÉFACE
Voici la seconde et dernière partie du Traité de la Peinture. Elle est inédite en français : elle manque dans les copies de l’Ambrosienne et de la bibliothèque Barberini qui servirent à l'édition italienne de Raphaël de Fresne traduite par Freart de Chambray. Elle forme les pages 273-450 du 7 rattato della pittura di Lionardo di Vinci, tratto da un codice della bibliotheca Vaticana et dedicato alla Maesta di Luigi XVIII re di Francia et di Navarro. Roma, MDCCCX VII. Nello stamparia de Romanis, con licenza di Superiori.
En 1882, Henrich Ludwig donna une édition allemande du Codex Vaticanus (Urbinas) 1270.
Le présent volume est donc la première version françcaise du 7'raité du Paysage, titre qui n’existe pas dans l'original, mais qui se trouve parfaitement justifié par ceux du manuscrit : Libro V. Del l'ombra et lume e della perspectiva. Libro VI. Degli alberi et verdure. Libro VII. Della natura degli nuvoli et dell horizone.
Si le lecteur se demande pourquoi l'ouvrage de Léo-
vi PRÉFACE.
nard a été publié en deux parties, on lui répondra que le Traité de la peinture, dont le XVIIT° chapitre s'occupe des draperies, constitue le manuel du peintre d'histoire, de figures, tandis que le présent ouvrage s'adresse spécialement aux paysagistes.
Cette catégorie d'artistes féconde en jacobins, passe pour moins lettrée que leurs collègues : mais le Traité du Paysage ne contient pas une seule ligne d'esthétique proprement dite, c’est un manuel pratique, un ouvrage technique. On ne peut pas le lire : il faut l’étudier.
La représentation de la nature sans figures humaines comprend la moitié des cimaises, aux diverses expositions ; et les amateurs sont infiniment plus nombreux en ce genre que dans tout autre : cette traduction s’adresse à un public très étendu. Si elle ne le rencontrait pas, elle servirait du moins à augmenter la gloire du Maître d’un nouveau prestige. Qui donc, en l’an italien 1499, pensait à codifier les lois du paysage pur, c’est-àdire, de celui qui, de Jacob Ruysdaël à Cazin, ne tend qu’à exprimer la vie élémentaire et l'aspect cosmique ?
Sauf le chapitre initial emprunté au Traité de la Peinture et qui est un centon des manuscrits et non un chapitre du codex Vaticanus, on a suivi exactement l’ordre de la copie qui est suffisamment rigoureux, que Léonard ou Melzi l'ait ainsi établi. Il n’y avait pas encore de paysage à la date où Léonard écrivait. La vie cénobitique de Lorenzetti, ni le bosquet d'Orcagna, ni les lointains de Benozzo à la chapelle Riccardi, ne sont autre chose que des fonds de miniature, Giorgione fut le premier des véritables paysagistes ; il faut donc admirer
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homme qui donnait les règles d’un art futur et encore sans exemple, qui s’occupait des brouillards et des fumées, des poussières, de l'ombré des ponts, des effets de la pluie et du vent, du mouvement de l’eau, et qui notait un effet de nuage sur le lac Majeur, en 1499 !
Léonard avait projeté un Déluge, une Tempête, un Bivouac nocturne éclairé par des feux. Nous avons ses descriptions.
Seuls les arbres de la Sainte-Anne, la grotte de la Vierge aux rochers et le fond du Bacchus nous donnent une idée de son entente de la nature, en y ajoutant des dessins épars et les cartes admirables qu'il fit, comme ingénieur de César Borgia.
A la galerie Lichtenstein, à Vienne, derrière la figure à mi corps de Ginevra Benci, on voit un curieux paysage; on en devine un autre, magnifique, dans /’Adoration des Mages de Florence. Je propose la Sainte-Anne comme le plus ancien des paysages véritables, en Italie.
Qui n’a remarqué le caractère étrange, féérique, chimérique même du fond de la Joconde, de la Vierge aux rochers et de la Sainte-Anne. Cet artiste si savant et qui pouvait être plus littéral qu'un Dürer, dédaigna de prouver sa science de la nature, comme il dédaignait de montrer sa maîtrise d’anatomiste. Fidèle à son génie prestigieux, 1l n’employa son expérience qu’à créer du mystère ; sa connaissance de la réalité, 1l la tourna vers un résultat surnaturel; ce mathématicien se consacra à peu près exclusivement à l'expression du sourire.
Si j'en avais le temps, j'aurais mis ici une esthétique du paysage; ce travail exigerait de longues réflexions et