‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 5 sur 46 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

passerait pour une imagination de romancier. On ne croit plus qu'aux spécialistes et aux hommes patentés.

Cependant, le devoir métaphysique oblige à montrer que le mouvement matérialiste de Courbet a nuit à l’art représentatif de la nature. « Fais le paysage en tel aspect, qu'il suffise à montrer ce que ledit paysage a produit dans ton âme, sinon ton art ne sera pas louable », 1l ne s'agit pas de rechercher si un paysage a une âme, «l faut lui en donner une. Les anciens sentaient si profondément la nature, qu'ils l’ont animée, personnifiée et peuplée d’êtres invisibles ; les modernes se sont hypnotisés sur des recherches littérales d'imitation ; et la couleur leur a masqué le mystère. Arrivés à ne voir et à ne rendre que des taches dans leurs tableaux, 1ls n’y mettent pas plus de formes appréciables qu'il n'y en a sur leurs palettes.

Les figures conventionnelles du paysage classique, ces nymphes dont la chair reste impassible à l’action de la lumière, témoignent d’une invention admirable. Le paysan gâte le paysage, il n’y représente que la plus dure image de la nécessité.

Lorsque Millet nous rend visible le poids du péché originel pour « parler chrétien », il compense la laideur par le thème de la grande pitié : mais les autres pour n'en nommer aucun, les autres qui font des portraits

de moissonneurs et de semeurs, se trompent étrangement.

Certes, 1l existe une espèce dehiérarchieentreles sites : il y en a de beaux en eux-mêmes comme le rocher de Delphes où la nature semble avoir concentré sa force

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