DES REFLETS
974. — L'ombre qui s’interpose entre la lumière incidente et la lumière réflexe sera de grande obscurité et même paraîtra plus obscure qu’elle n’est en réalité, par comparaison avec la lumière incidente qui la confine.
975. — Où le reflet doit-il être plus obscur? Si la lumière S éclaire le corps RH P et fait l'ombre primitive plus claire au-dessus, au contraire la lumière qui est dessous ce corps se pose sur le plan, par la 4° de ce discours qui dit : « La superficie de tout corps participe à la couleur de son objet. » Donc l'ombre dérivative, qui s’imprime sur le plancher du lieu MP, ressaute dans la partie du corps ombreux OP et la lumière dérivative qui entoure cette ombre, savoir MN, ressaute en ORE. C'est pourquoi ces corps ombreux n'ont jamais à leurs confins les reflets lumineux, que montre le corps ombreux avec son plancher.
976. — Les reflets des corps ombreux ne se voient pas ou presque pas dans la lumière universelle : cela vient de
976.— Dans la fresque, type de lumière dite universelle, les reflets n’existent pas, la lumière universelle en effet entoure et embrasse ces corps; mais cela se voit chaque fois qu’on veut faire resplendir une forme (la Source d’In-
gres).
ce que la lumière universelle entoure et embrasse suffisamment chacun de ces corps, pour que leur surface, comme il est prouvé, participe à la couleur de leurs objets.
Comme si le corps A est éclairé par son hémisphère GCD et ombré par la terre GFD, la superficie de ce corps est éclairée et ombrée par l’air et par la terre qui lui tient lieu d'objet :
elle est plus ou moins éclairée ou ombrée selon qu'elle est plus ou moins vue, par une plus grande somme de lumière ou d’obscurité, comme cela se voit au point K, quiest vu de toute la partie de l’hémisphère HCI et n’est vu d'aucune partie de l'obscurité de la terre. Ils’ensuit donc que K est plus éclairé que A, d’où le soleil voit la partie de l'hémisphère CD et cette illumination est corrompue par l'obscurité de la terre RD, laquelle voit tout et n’est pas vue du point À, comme c'est prouvé en perspective. Si nous voulions parler du point B, nous le trouverions moins éclairé que le point A; le point B voit la moitié de l’hémisphère que voit A, c'est-à-dire il voit tout CD, et B voit seulement ED qui est la moitié de CD et voit toute l’obscurité de la terre, que voit A, c’est-à-dire la terre RD et à elle s’ajoute la partie RF qui est plus obscure, parce qu’il lui manque la lumière de l'hémisphère EC, qui ne manque pas à laterre RD.
Donc, pour cette raison, ce corps ne peut avoir de reflets, parce que le reflet de la lumière vient après l’ombre principale des corps et qué l'ombre principale est au point où ce corps est en contact avec le plan de la terre, parce qu'il est totalement privé de lumière.
977. — Dans les corps éclairés par la lumière universelle, les reflets se génèrent, quand une partie du corps éclairé reflète sa plus grande lumière en quelque
endroit d’où il voit une mineure partie de cette même lumière : comme en voyant le ciel EF, dans l'endroit D et une plus grande partie dece même ciel voit H; alors la lumière dérivative H se reflétera en D : mais de cela, il se fera un traité distinct en son lieu.
978. — Pour donner vraie connaissance de la figure des muscles, la lumière universelle n’est pas bonne; parfaites sont les lumières particulières et d'autant plus qu’elles seront de moindre figure. Cette démonstration doit se faire avec le mouvement de la lumière par plusieurs côtés; si Ja lumière est immobile, elle éclairera une petite partie du corps musculeux et le reste restera obscur et par conséquent ne sera pas vu.
979. — Un corps blanc doit être entouré de beaucoup d’air, parce que le blanc n’a pas de couleur par lui-même, mais se teinte et se charge en partie de la couleur, qui lui vient des objets. Si tu vois une dame vêtue de blanc dans la campagne, quelle que soit la partie d’elle qui sera frappée par le soleil, elle paraîtra claire à la vue, quelle que soit la partie qui sera vue par l’air lumineux et par les rayons du soleil tissant et pénétrant l’air (parce que l’air en serait azuré) la partie de la dame vue par cet air paraïîtratirer vers l’azur. Si dans la superficie de la terre prochaine, il y a des prés et que la dame se trouve dans un pré éclairé par le soleil, tu verras toutes les parties des plis qui peuvent être influencés par le pré se teindre par rayons réflexes en la couleur de ce pré, et ainsi cela se produit, en changeant les couleurs des objets voisins, lumineux ou non lumineux.
978. — La lumière universelle n’accuse pas les modelés puisque c’est l'office de l’ombre, mais là où il n’y a pas d’ombres apparentes, il faut que les concaves et les convexes soient rendus par leur épaisseur et leur tournant.
979. — Léonard pose ici la question du plein air; en nous disant que les plis de la dame blanche se teindront des reflets verts du pré, il fournitun gage aux modernes : mais il faut remarquer que ces reflets verts seraient maintenus dans une gamme peu sensible et qui n’atteindraient jamais à l’état de véritable ombre verte, etc. du reste il rappelle que le corps se teint du milieu transparent qui en l’espèce, est azuré c’est-à-dire à peu près impondérable : c’est la distance seule qui détermine alors la coloration.
Le peintre, qui sait raisonner et écrire la démonstration des formes, les fait telles qu'elles paraissent animées, avec ombre et lumière, qui constituent l’air du visage que tu ne peux rendre avec la plume et que tu dois rendre par le pinceau.
Dans l'obscur, aucune couleur seconde n’est dela même clarté que la première, même si elles sont mêlées. Cela se prouve par la 4° de ce discours qui dit : « La superficie d’un corps se teint surtout du milieu transparent interposé entre l’œil et ce corps, d'autant que ce milieu interposé est de plus d'importance. »
Donc, il reste acquis que la seconde couleur, placée au milieu du transparent obscur, aura plus d’obscurité interposée, entre soi et l’œil, que la première couleur qui se trouve plus voisine de l’œil, et la propriété de l'obscurité à celle de la couleur sera de quantité à quantité, selon le milieu obscur dont elle se teint.
980. — Dans lair éclairé, aucune couleur seconde ne sera aussi obscure que celle qui est la plus voisine. Cela ressort de ce qui précède. Plus l'importance de la clarté de l'air se trouve interposée entre l'œil de la seconde couleur, qui arrive faiblement à l’œil, et la couleur première; par conséquence, la proportion de la variété de ces couleurs sera semblable à la proportion de la quantité d’air interposé entre l'œil et les couleurs.
O81. — Quand le soleil est à l’orient et que l'œil est au-
dessus du milieu d’une ville, l’œ1l verra la partie méridionale de cette ville avec des toits moitié ombrés et moitié lumineux et
ainsi la septentrionale ; l’orientale sera toute ombreuse et l'occidentale toute lumineuse. |
982. — Des hommes et des chevaux, en bataille, s'entremélent; leurs parties seront d’autant plus obscures qui seront plus voisines de la terre. Cela se prouve par les parois des puits qui vont en s’obscurcissant, en raison de leur profondeur, et cela vient de ce que la partie la plus profonde du puits voit et est vue de la moindre partie de l’air lumineux. Les terrains de même couleur que celle des jambes des hommes et chevaux susdits, sont plus éclairés entre des angles égaux que les autres jambes.
983. — La lumière particulière donne meilleur relief aux corps ombreux que l’universelle, comme le montre la comparaison d’un site de campagne éclairé par le soleil et un autre ombré par les nuages, qui ne s'éclaire que de la lumière universelle de Pair.
982.— La gravure de l'Épisode de l’étendard donne l'exemple de cette remarque ; la partie la plus basse s’obscurcit non seulement par son plan, mais, par un rapprochement des teintes entre les membres inférieurs des chevaux et celle de la poussière.