‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 39 sur 46 · DU LUSTRE · texte numérisé non relu

DU LUSTRE

907. — Des lustres des corps d'égale intensité, celui qui aura le plus de différence avec son champ sera celui qui sortira de la surface la plus noire : et cela vient de ce que les lustres naissent sur les surfaces polies, qui sont d’une nature analogue au miroir : et comme tous les miroirs rendent à l'œil ce qu'ils recoivent des objets, donc tout miroir qui a pour objet le soleil, rend ce soleil d’une même couleur; et le soleil paraît plus puissant sur un champ obscur que sur un champ clair.

068. — Parmi les lustres d’égale puissance celui qui se montrera de la plus excellente clarté, sera sur champ obscur. Cette proposition est la même que la précédente, mais elle varie en ceci qu'elle traite de la différence qui résulte du champ et du lustre sur un champ noir ou du lustre généré sur un autre champ.

Des lustres d’égale puissance, celui qui se montrera de moindre splendeur, sera celui qui se produit sur une surface plus blanche.

Des lustres générés sur des sphériques également distants de Pœil, le plus petit sera celui généré sur un sphérique de minime grandeur.

Voyez dans les grains du vif argent qui sont de quantité presque insensible, le lustre est égal à la grandeur de ces grains; et cela vient de ce que, la vertu visuelle de la pupille est plus

grande que ce grain et pour cela l’embrasse, comme il est dit.

969. — La différence qui est entre le lustre et la lumière, est que toujours le lustre est plus puissant que la lumière et la lumière est de plus grande qualité que le lustre; et le lustre se meut avec l’œ1l ou avec sa cause ou avec l’une et l’autre, mais la lumière est stable à un lieu déterminé et n’agite point la cause qui le génère.

970. — Les lumières qui s’engendrent sur la superficie des corps opaques sont immobiles dans les corps immobiles, malgré que l'œil qui regarde remue : mais les lustres sont sur les mêmes corps, en tant d’endroits de la surface, que les endroits même où l’œil se porte.

Les corps opaques, qui ont une superficie dense et âpre, ne génèrent jamais aucun lustre, à aucun endroit de leur partie éclairée.

971. — Les corps opaques denses, avec leur superficie propre, sont ceux qui ont tout leur lustre, en autant d’endroits de la partie éclairée, qu'il y en a de propres à recevoir l'angle de l'incidence de la lumière et de l'œil.

Mais parce que cette superficie reflète toutes les choses exposées à la lumière, on ne distingue plus les parties claires du corps éclairé.

972. — Le lustre participe plutôt de la couleur de la lumière qui éclaire le corps qu’elle lustre, que de la couleur de ce corps, et cela a lieu en superficie.

Le lustre de beaucoup de corps ombreux est intégralement de la couleur du corps éclairé, comme celle de l'or bruni, de l'argent et autres métaux et corps semblables.

Le lustre des feuilles, vert et jaune, participe peu à la couleur du corps où il naît, et plutôt à celle du corps qui l’éclaire.

Le lustre formé dans la profondeur des denses transparences est au premier degré de beauté d’une telle couleur, comme cela se voit dans le rubis balais, verres et choses semblables. Cela arrive, qu'entre l'œil et ce lustre, s’interpose toute la couleur naturelle du corps transparent.

Les lumières réflexes des corps denses et lustrés sont de plus grande beauté que la couleur naturelle de ces corps, comme on voit dans les plis qui s'ouvrent, dans l’or qui se file et autres corps semblables, où une superficie se réverbère dans une autre à elle opposée, et l’autre se réverbère aussi, et de cette facon, successivement, à l'infini.

973. — Aucun corps lustré et transparent ne peut offrir au-dessus de lui l'ombre recue d’aucun objet, comme cela se voit dans l'ombre des ponts sur les fleuves, qui jamais ne se voit, sinon sur l’eau calme, et dans les courants elle n’apparaît pas.

Le lustre se forme sur les objets, en autant d’endroits variés que sont les endroits d’où on les voit.

L’oil et l’objet étant immobiles, on mettra en mouvement le lustre sur l’objet avec la lumière qui le cause; la lumière et l’objet étant immobiles, on mettra ie lustre en mouvement sur l’objet avec le mouvement de l’œil qui le voit; le lustre naït sur les surfaces polies de n’importe quel corps qui prend la lumière. R

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