Les cimes des montagnes, vues l’une sur l’autre, de
haut en bas, ne s’éclaircissent; pas, dans la même proportion de distance, qu’elles ont entre leurs cimes, mais beaucoup moins, par la 7° de la 4° qui dit : « Les distances des paysages, vues de haut en bas jusqu’à . l'horizon, vont en s’obscurcissant et cel- CHAN les vues de bas en haut, à la même dis- Lio tance, vont sans cesse s’éclaircissant. » Cela vient de la 13° de la 0° qui dit :
« La quantité de l'air vu de dessous est beaucoup plus claire et splendide que celle de l’air vu au-dessus, en bas » et cela vient de ce que l’air, vu de haut en bas est quelque peu pénétré de l’aspect obscur de la terre qui est au-dessous, et ainsi à l’œil plus obscure que celle de dessous, laquelle est pénétrée par les rayons solaires qui montrent avec une grande clarté. Donc, la même chose arrive pour les montagnes et les paysages en question, leurs aspects, passant par l'air susdit, se montrent obscurs ou clairs, selon l'obscurité ou la clarté de Pair.
986. — La cime des monts paraît toujours plus obscure que leur base; cela vient de ce que la cime pénètre en un air plus subtil que celui de la base, par la 2° du premier qui dit : « Que la région de l’air sera d’autant plus transparente et subtile qu’elle sera plus éloignée de l’eau et de la terre ». I] s'ensuit donc que la cime des monts qui atteignent cet air subtil montrent davantage leur obscurité naturelle que ceux qui ne pénétrent que dans Pair bas, lequel, comme il est prouvé, est beaucoup plus lourd. A ce propos, je dis encore que les espaces des monts AO, OP, PQ, sont entre eux dans une proportion d'égalité : que
986. La cime des monts ne doit pas s'entendre des glaciers ou pics neigeux, où les sommets, loin de s’obscurcir, se fondent dans la clarté de l’azur.
les couleurs des cimes de ces monts OPQ, ne présentent pas la même proportion dans leur clarté, comme ils feraient, étant de même hauteur. Parce que s'ils étaient de même hauteur, ils seraient dans un air d’égale densité avec leurs extrémités; et alors, la proportion des distances et des couleurs serait la même : mais cette disposition n'est pas démontrable à l'œil; parce que si l'œil est haut par rapport à la cime des monts, il est nécessaire que la cime de tous les monts qui sont là, soient toutes à la hauteur de l’œil et du premier mont. Ils’ensuit, que le second mont et le troisième et les autres qui suivent, ne dépassent pas, ni ne sont dépassés, par le premier mont, ni par l'œil. Donc, daus la superficie de la cime du premier mont, se rencontre la cime de tous les monts qui suivent après le premier mont; et pour cela, on ne peut voir que la cime du premier mont : donc cette démonstration est vaine. Comme A l'œil, B la cime du premier mont, CD l’autre cime, ne voit que la cime B rencontrant les deux autres cimes C D; de l’autre cime, l'œil ne voit que la cime B, passant sur les deux autres cimes C D, tandis que l’œil A voit les trois cimes BCD, en une même extrémité du mont B.
Et ils ont les distances et les couleurs en même proportion, mais on ne perçoit ni ces distances ni ces couleurs.
987. — Quand l’œil voit la cime de monts, d’égale distance et hauteur au-dessous de lui, il ne percevra pas les couleurs de la cime de ces monts, suivant une diminution des couleurs proportionnelles à la distance, parce qu elles arrivent à l'œil, à travers diverses densités d’air.
Preuve : soit O PQ les cimes de trois monts qui sont de
même couleur et de même distance l’un et l’autre. A est l'œil qui voit et qui est plus haut que ces cimes.
Je dis, que la proportion de la qualité des distances, qu'ont, entre leurs cimes, ces monts, ne sera pas identique à la proportion des diminutions de couleur de ces cimes : cela vient de ce que, étant AO deux et À P quatre et AQ six, c’est-à-dire dans la proportion de l’égalité, l'air N O n’est pas sous double à l’air M P maisde 2/3 et l’espace de l’œil AO est sous double de l'espace A P, et l’espace NO est de 2/4 de l’espace S Q et qu’enfin le second espace des monts devrait être sous triple.
Quand les cimes des monts sont à égale distance l’une de l’autre et d’égale différence de hauteur, elles sont encore en égale différence d'’élévation et de subtilité d’air, mais non en égale diminution de couleur, parce que la plus haute sera plus obscure qu’elle ne doit.
Preuve : la cime O est toute dans l’air dense, Ese blanchit de cet air; P est vu de l’œil A en air moins épais comme R A ; E est dans l'air plus subtil P R, donc blanchit commeO; Q est vu par l’air lourd en tout I A, et dans la partie la plus subtile KI et encore plus subtile LK qui est plus clair, que O mais non quand on le voit à cette distance.