‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 46 sur 46 · DE L'HORIZON · texte numérisé non relu

DE L'HORIZON

1097. — Les horizons sont à des distances variées de l’œil et ce qu'on appelle horizon où la clarté de l’air se termine avec le terme de la terre, et en tant d’endroits vus d’une même perpendiculaire sur le centre du monde, selon la hauteur de l’œil qui voit : parce que, l’œil placé à la surface de la mer, voit l'horizon proche à un demi-mille environ; et si l’homme monte avec l’œil selon la hauteur universelle, l'horizon apparaît éloigné de lui de sept mille; et ainsi, à tout degré de

1097. — Dans un concours, le théorème devrait être celui-ci: donner l’impression la plus complète de l'étendue, c’est-à-dire environ sept kilomètres pour un site en plaine, et beaucoup plus, cela va sans dire, pour un panorama vu d’une hauteur et dans un air lucide comme celui de la Grèce.

Même si des plans rapprochés se trouvent chargés de végétation, la distance peut être exprimée par le ciel : ce dernier parti serait le plus méritoire.

Il y a un dernier point, complètement ignoré des contemporains : la conca-

vité de la voûte éthérée; personne ne songe plus que le ciel est creux, concave, selon l'expression de « calotte des cieux ».

Qui dessinera une coupole au-dessus de son paysage et s’ingéniera à en garder le caractère?

On s’acharne à peindre des verdures et à les surmonter de nuages plats alors que le paysage n’a pas d’autre intérêt que l’atmosphère,

En portant l'intérêt sur la végétation on se trompe ou bien on est impuissant et paresseux; un paysage n’a jamais été qu’un ciel, j'entends un paysage naturaliste, comme celui de Ruysdaël et des romantiques.

J'extrais d’une lettre de Félicien Rope cette curieuse boutade adressée aux peintres de Belgique, en manière de cul-de-lampe. |

Peintres belges d’Aujand us n'oubliez pas la parole de Jésus sur la montagne: Malheur aux rassasiés ! Prenez garde au Trop- Bien-Étre ! C’est un vé-

hauteur, il découvre l'horizon plus éloigné de lui, d’où il arrive que ceux qui vont sur la cime des hauts monts voisins de la mer, voient le cercle de l’horizon très éloigné d’eux; mais ceux qui sont dans l’intérieur des terres n’ont pas l'horizon à égale distance, parce que la superficie de la terre n'est pas également distante du centre du monde et n'est pas de parfaite sphéricité, comme la surface de l’eau : et cela cause la grande variété de distance entre l’œil et l’horizon.

Mais l'horizon de la sphère de l’eau sera plus haut que les plantes du bas des collines qu’il voit, étant en contact avec les plantes, par le contact qu’a le terme de la mer avec le terme de la terre couverte d’eau.

b) L’horizon du ciel souvent est très proche et surtout pour celui qui se trouve de côté, au sommet d’un mont, et il le voit se fermer à l’extrémité de ce sommet; et se retournant vers l’horizon de la mer, il le verra très éloigné.

c) Très distant est l'horizon qui se voit dans le lit de la mer d'Égypte : regardant dans sa course, l’arrivée du Nil

tement chaud et adipeux, mais il est pesant au corps, mortel à l’esprit, et se change tout doucement en camisole de force qui vous immobilise les mains! Peintres belges d’aujourd’hui, vous croyez que lorsqu'on a une maison à Ixelles, deux salons à l’étage, une femme assez laide qui joue du piano, que lon « vend en Angleterre » et que l’on a la considération de son bourgmestre, on est « arrivé». Vous vous trompez; souvent, on n’est pas parti! — Que vos femmes ne lisent pas ce que je vous écris par-dessus votre épaule, elles vous manqueraient la soupe verte de ce soir, et vous en rateriez votre tableau de demain. Vous êtes trop facilement contents et heureux. Vous n’avez pas passé par cette dure, terrible, mais bonne école qui s'appelle : la pauvreté, et d’où sont sortis Courbet, Millet, Rousseau, Daubigny, Troyon, bien d’autres! et qui vaut mieux que l’école de Rome, l’Alma Mater des Cabanel. Vous n'êtes pas agités par les passions et les fièvres de ce temps, et il faut l'être ! Je sens l’âme tourmentée de Salvator Rosa dans le mouvement de ses paysages, le bruit du siège de Rome rend plus nerveuses les ciselures de Cellini. Jamais Florence n’a produit autant d’artistes qu’à l’époque sanglante des Médicis. Tout cela est bon à l’art : quand le sang est chaud, le cœur et l'artère battent plus vite et l’œuvre en est meilleure. » Bien dit, maître! et iln’y a d’art que celui qui est vivant, vibrant, lyrique, et le tableau de genre étant la négation dela vie et du mouvement, j'emprunte, en haine de M. Prudhomme, un mot coupant à Thomas Vireloque sur les tableaux de genre : Il n’en faut plus! »

vers l’Éthiopie, avec ses plaines latérales, on voit l'horizon confus.et inconnu parce qu'il est à trois milles des plaines qui toujours s'élèvent avec la hauteur du fleuve, et il s’interpose tant d'épaisseur d’air entre l'œil et l’horizon éthiopien que toute chose devient blanche et échappe à la vue dans un tel horizon.

De tels horizons sont d’un très bel aspect en peinture; on peut y mettre quelque montagne latérale avec degrés de coloris diminués, comme le requiert l’ordre de la diminution de couleurs à longue distance. y

d) Mais pour démontrer que la pyramide de perspective embrasse un espace infini, nous nous imaginerons l'œil & £ A B qui coupe les degrés d’une distance infinie DN, MOP et les coupe avec la ligne vi- } suelle dans la partie CD, les- dnmop ÿ quelles lignes visuelles, à tout degré de distance de leur naïssance, acquièrent de la hauteur, en la partie CD, mais ne parviendront jamais à la hauteur de l'œil, et par CD est une partie d’une quantité continue, il est divisible à l’infini et jamais ne sera rempli de la visuelle, bien que la longueur de cette dernière ligne soit infinie, mais elle s’ajoutera à une ligne parrallèle, malgré que l’espace BS soit infini.

e) Des figures qui diminuent peu, rares sont celles qui se trouvent éloignées de l'œil, ou par nécessité toujours le terme de l’horizon naturel se rencontre dans l’œil de la figure portraicturée : comme est la figure AT qui voit la figure RU voisine d'elle dans la partie plus extrême de la pyramide A TB. C'est-à-dire, RUE est moindre que AT. Mais cette pyramide n’est pas celle que demande la perspective, car elle ne se donne pas en pratique, parce qu’elle a les espaces infimes de la base à sa pointe et celle du dessus, à sept milles, à la base de sa pointe.

1098. — L'’horizon du ciel et celui de la terre finissent en une même ligne. | Preuve : soit la sphère de la terre D N M et celle de l’air A RP ss et l'œil qui voit l'horizon de la terre B et F, et ledit horizon de la terre et où il paraït, dans lequel & finitla vue de l’air, que A lair soit conjoint avec F la terre.

Le vrai horizon est le terme de la sphère de l’eau, qui est immobile : parce que cette immobilité établit une superficie équidistante au centre du monde, comme cela a été prouvé, en son lieu.

Si le ciel et la terre étaient de superficie plane, avec intermission d’espace équidistant, sans doute l'horizon perspectif serait à la hauteur de l’œil qui le voit : mais il serait nécessaire que de tels espaces parallèles soient | à infinie distance, s’il y avait à faire paraître à l'œil coopérant dans cette ligne, c'est-à-dire en contact, et ce contact serait à la hauteur de l'œil de celui qui regarde : mais parce que la terre aurait moins de plan que n’en aurait de ciel, il arriverait que lorsque le plan du ciel ayant son ultime terme descendu au niveau de l’œil, l’horizon de la terre serait élevé à l’ombilic du même spectateur et par conséquent ne concourrait pas au même ciel ; mais puisque le ciel et la terre ne sont pas divisés, par des espaces de parallèles ou un plan équidistant, mais qu'ils le sont par un espace convexe dans la partie du ciel et concave dans la partie qui couvre la terre; il en résulte que toute partie de la superficie de la terre peut être l'horizon. |

Cela ne peut arriver, le ciel et la terre étant plans comme

cela se voit dans le ciel À B et la terre F T l’œil étant en G

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et la partie C D d’où l'horizon A T du ciel et de la . terre plans se coupent aux points N M.

1098. — L'horizon ne sera jamais égal à la hauteur de l’œeil qui le voit; la figure, qui est plus près de l'horizon, aura cet horizon plus voisin de ses pieds, toi te tenant ferme, qui le regardes.

Tel objet est plus haut, qui est plus distant du centre du monde.

Donc, la ligne droite équijacente n’est pas d’égale hauteur; par conséquent, elle n’est pas équijacente : si on dit une ligne d’égale hauteur, on entendra seulement qu'elle n’est pas courbe. a 7 b

Si À B sont deux hommes, l’horizon N verra au même degré leur hauteur.

Si la terre est sphérique, jamais l’ho rizon ne parviendra à la hauteur de l’œil, qui est plus haut que la superficie de la terre.

Disons que la hauteur de l’œil soit N M et que la ligne judicielle soit BR et A soit l’horizon, et que la ligne GR H soit la curvité de la terre, je dis donc, que l'horizon, selon la rectitude de AF K est plus bas que les pieds de l’homme tout MF et plus bas, selon la voûte de la terre, tout BO.

L’horizon maritime se montrera tantôt plus bas que l'œil de celui qui tient ses pieds aux bords de la mer selon la hauteur qu'il y a entre l’œil du spectateur de cet horizon à ses pieds.

L'eau, qui court entre l’œil et l'horizon, ne reflètera pas à

l'œil cet horizon, parce que l’œil ne voit pas le côté de l’eau qui est vu par l’horizon et l'horizon ne voit le côté de l’eau qui est vu par l’œil. Donc, par la 6° de la 4° est conclue notre proposition; cette sixième dit : « Il est impossible que l'œil voie

le simulacre du lieu, qui ne voit pas la chose réelle, et l’œil en même temps. »

1099. — Donc, peintre, qui as à figurer l’inondation, souviens-toi que tu ne verras pas la couleur de l’eau être autrement claire ou obscure, que ne sera la clarté ou l'obscurité du site où tu seras, mêle-la avec la couleur des autres choses qui sont après toi.

1100. — Fais l'air rouge à l'horizon oriental comme à l'occident, comme étant lourd; cette rougeur se génère entre l’œil et le soleil. Mais la rougeur de l'arc céleste se génère en tenant l’œil entre la pluie et le soleil : et la cause de l’une est le soleil et l’humidité de l’air ; mais la rougeur de l'arc n’a sa cause ni dans le soleil, ni dans la pluie ou l’œil qui le voit.

Cette rougeur, ensemble avec les autres couleurs, vient d’une plus grande excellence, quand la pluie se compose des plus grosses gouttes : et si ces gouttes sont moindres, les couleurs sont moins vives, et si la pluie est de la nature du brouillard, alors l’arc sera blanc, entièrement décoloré, mais il faut que l'œil soit entre le nuage et le soleil.

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