‹ Traité du paysage. Traduit pour la première fois en français, in-extenso sur le Codex VaticanusChapitre 45 sur 46 · DES NUAGES · texte numérisé non relu

DES NUAGES

1088. — Les nuages sont des brouillards, attirés en haut par la chaleur du soleil, et leur élévation, le poids qu’ils acquièrent se fait de puissance égale à son moteur, et cette acquisition vient de la condensation; et la condensation a pour origine la chaleur en eux infuse, qui se réfugie aux extrémités; ils se trouvent pénétrés du froid de la région médiane de lair et l'humidité suit la chaleur qui la condense, en quelque part que cette chaleur s’en aille ; et en effet, elle s’en va vers le milieu de. chaque globulosité des nuages; et cette globulosité se condense,-avec une superficie déterminée à la ressemblance des épaisses montagnes, prenant l’ombre médiane des rayons solaires qui la frappe.

10 89. — Les nuages se montrent parfoisrecevant les rayons solaires et éclairés à lafacon des épaisses montagnes; et parfois le s mêmes restent très obscurs, sans varier en aucune partie de leur obscurité, et cela vient des ombres que leur font les nuages, et qui coupent les rayons solaires et s’interposent entre le soleil et les nuages obscurs.

1090. — La rougeur, dont se teignent les nuages, en plus clair ou plus foncé, naît, quand le soleil se trouve à l’horizon,

1088. — Les nuages sont une seconde végétation qui affecte fantomatiquement les profils les plus divers semblables tour à tour à des gaie de forêts et à des chaînes de montagnes.

Les peintres n’ont pas cherché à tirer de leurs formes un élément significatif.

le soir ou le matin. Le corps, qui a de la transparence, est pénétré dans une certaine mesure par les rayons solaires, quand le soleil se montre, le soir ou le matin, parce que les parties des nuages, qui se trouvent vers les extrémités de leur globulosité, sont plus subtiles en leur épaisseur que vers Le milieu de la globulosité ; les rayons solaires les pénètrent avec une plus splendide rougeur que les parties épaisses qui restent obscures, parce qu'elles sont impénétrables aux rayonssolaires, et toujours les nuages sont plus subtils dans les contacts de la globulosité qu'au milieu, comme il est prouvé plus haut et aussi la rougeur des nuages et les qualités variées de ces rougeurs.

Je dis que l'œil, interposé entre la globulosité des nuages et le corps du soleil, verra le milieu de cette globulosité de plus grande splendeur qu'aucune autre partie; mais si l’œ1l est de côté, de facon à ce queles lignes qui viennent de la globulosité à l'œil et du soleil à ce même œil, fassent conjonction mineure d'angle droit, alors la très grande lumière de cette globulosité des nuages paraît aux extrémités du corps globuleux.

1091. — Que celui qui traite de la rougeur des nuages se place de facon à ce que Île soleil soit derrière les nuages : mais si le soleil est sur le devant de ces nuages, alors la globulosité sera de plus grand éclat que dans leurs intervalles, savoir, au milieu de la globulosité et concavité, mais non sur les côtés qui voient l’obscurité du ciel et de la terre.

Les nuages sont crééspar l'humidité infuse dans l’air, laquelle s’assemble sous l’action du froid que les vents divers transportent à travers l'air; et ces nuages engendrent des vents dans leur création comme dans leur destruction; mais dans la création, ces vents se génèrent, parce que l’espace est vaporeux, humide, et pour concourir à la création des nuages laisse de lui-même le lieu d’où il fuit.

Comme il n’y a pas de vide dans la nature, il est nécessaire que les parties d’air, mêlées à la fuite de l’humide, remplissent d’elles-mêmes le vide principal ; et le mouvement est dit vent,

mais quand, sous l’action de la chaleur du soleil, de tels nuages se résolvent en air, alors se génère un vent contraire, créé par la destruction et l’'évaporation du composé nuageux. L'un et l’autre accident, comme il est dit, sont la cause des vents.

Ces vents se génèrent dans toutes les parties de l’air, qui est altéré par le chaud et le froid ; et leur mouvement est droit et non courbe, comme le veut l'adversaire.

S’il était courbe, il ne serait pas nécessaire de lever et d’abaisser les voiles des navires, pour chercher le vent haut ou bas.

La voile frappée par le vent serait continuellement accompagnée de son vent, pendant toute sa durée.

L'expérience montrelecontraire, en voyant frappée la surface de l’eau, en diverses parties d’une même mer, avec de brefs et courts mouvements dilatables, signes manifestes qu’en divers lieux, avec diverse obliquité de mouvement, les vents descendent de haut en bas; et ces mouvements se séparent par divers aspects de leurs principes, et c’est pourquoi la mer a une superficie sphérique; souventes fois, l’onde roule sans vent après que le haut vent l’abandonne, et elle se meut par la force acquise.

1002. — Le nuage est plus léger que l’air qui est dessous et plus lourd que l’air qui est au-dessus.

Le brouillard, frappé par la variée course des vents, se condense, forme des nuages avec de variées globulosités.

L’air entièrement ennuagé rend au-dessous de lui la campagne plus éclairée ou plus obscure, selon la grande ou la petitesse des nuages, qui s’intérposent entre le soleil et la campagne.

1093. — Quand l’air épaissi, qui s’interpose entre le soleil et la terre, sera d’uniforme épaisseur, tu verras peu de différence entre la partie éclairée et l’ombrée des corps.

Il faut faire l'ombre des nuages sur la terre avec les intervalles frappés par les rayons du soleil, avec majeure ou mi-

neure splendeur, selon la majeure ou mineure transparence des nuages.

Les nuages sont d’une vive rougeur, quand ils sont plus voisins de l'horizon; et d’une moindre quand ils sont plus éloignés dudit horizon.

Quandles nuages s’interposent entre le soleil et la campagne, la verdure des bosquets ne donne qu’une ombre peu obscure et la différence entre leurs lumières vient du peu de variété dans l’obscurité ou la clarté; parce qu’étant éclairées par la grande somme de leur hémisphère, les ombres sont chassées et refoulées vers le centre des arbres et vers le côté qui se montre à la terre.

1094. — Les nuages, qui se trouvent sous la lune, sont plus obscurs qu'aucun des autres, et les plus éloignés sont les plus clairs et la partie des nuages qui est transparente"dedans et entre les extrémités, paraît plus claire qu'aucune autre partie semblable dans les transparences des nuages plus éloignés ; parce que, à tout degré de distance, le milieu des nuages paraît plus clair et leur partie claire se fait plus opaque, rougeoyant d’un rouge mortifié; et les extrémités de leurobscurité, entrant dans la transparence de leur clarté, sont d’un bord fumeux et confus, et semblablement les extrémités de leur clarté qui se terminent dans l'air.

Les nuages de petite dimension sont tout transparents et plus vers le milieu que vers l'extrémité, qui est de couleur morte, rougissante en couleur rouge et confuse.

1095. — Quand les nuages sont éloignés de la lune, leur lumière est plus blanche qu'avant, autour de l'ombre des nuages et au plus haut point vers la lune ; et celui qui est léger n’a pas de noirceur et peu de blanc, parce que, en lui, pénètre l'obscurité de la nuit, qui se montre dans l'air.

1096. — Fais que les nuages fassent leur ombre sur la terre, et fais les nuages d'autant plus rouges qu’ils sont plus voisins de l’horizon.

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