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CHAPITRE XVIII

(SUITE DU PRÉCÉDENT

*-a honte, second salaire du déserteur de la Cité du bien, — Dieu ou béte, pas «le milieu pour l'homme. — Le citoyen de la Cité du bien devient dieu: . preuves. — Le citoyen de la Cité du mal devient béte : preuves. — Une seule chose distingue l'homme de la béte, la prière. — Le citoyen de la Cité du mal ne prie plus. — Il vit du moi. — Ce qu'est ce moi. — Il perd l'intelligence : preuves. — Le châtiment, troisième salaire du déserteur de la Cité du bien. — Châtiments particuliers. — Catastrophes universelles : le déluge d'eau, le déluge de sang, le déluge de feu.

La honte. — De libre devenir volontairement esclave est une honte. D'homme devenir bête en est une plus grande. Cette honte inévitable est le second rempart dont le Saint-Esprit environne la Cité du bien, pour empêcher l'homme d'en sortir.

Se déifier ou se bêtifier : voilà les deux pôles opposés du monde moral. Dieu ou bête : telle est la suprême alternative dans laquelle se trouve placé l'homme icibas. La raison en est qu'il est obligé de vivre sous l'empire du Roi de la Cité du bien, ou sous l'empire du Roi de la Cité du mal. Or, chacun de ces rois fait ses sujets à son image : Dieu, le Saint-Esprit les fait dieux ; bête, Satan les fait bêtes. La Cité du bien est une grande fabrique de dieux, et la Cité du mal une grande fabrique de bêtes. « Chacun de nous, dit saint Augustin, est tel

que son amour. Aime la terre , tu seras terre ; aime Dieu, tu seras dieu (1). »

Restez avec moi, dit le Saint-Esprit, et je vous fais enfants de Dieu, Dieux véritables. Dieux, par l'être divin que je vous communique; Dieux, par la vérité de vos pensées ; Dieux, par lanoblesse de vos sentiments ; Dieux, par la sainteté de votre vie ; Dieux, par l'indomptable puissance de votre volonté contre le mal, armé de sophismes, de promesses ou de menaces ; Dieux par le droit à l'héritage éternel de Dieu, votre Créateur et votre Père (2).

Le Saint-Esprit a tenu parole. Voyez ce que sont devenus les anges dociles à sa voix. Resplendissants de gloire, inondés de voluptés, doués de tous les attributs divins, l'intelligence, la force, la bonté, ils approchent de Dieu, autant que le fini peut approcher de l'infini» Voyez l'humanité chrétienne dans ses vrais rèprésen — tants, les apôtres, les martyrs, les vierges, ces légions^ de saints et de saintes, divinement enfantés depuis dix — huit siècles et au delà, sur tous les points du globe. iWquelle hauteur ils élèvent l'humanité chrétienne au — dessus de l'humanité païenne, au-dessus de l'humanité qui cesse d'être chrétienne !

Que sera-ce si vous contemplez cette déification dans son complément, je veux dire dans les splendeurs de r-éternité? C'est ici que la parole, expirant sur les lèvres, ne peut plus faire entendre que l'expression de son impuissance : « Non, l'œil de l'homme n'a point vu , son

(1) Talis enim quisque nostrum est, qualis est ejus dilectio ; terrain diligis, terra eris; Deum diligis, Deus eris. Tract. 2 in Epùt. I Joan.

(2) Dédit eis potestaten) flliosDei fie ri. Joan. i, 42.— Quicumque Spiritus Dei aguntur, ii sunt filii Dei, etc., etc. Rom*, vin, 24.

oreille n'a point entendu, son cœur même, si vaste qu'il

soit, ne peut comprendre ce que Dieu réserve à ceux qui

sont devenus, par l'amour, ses fils et ses héritiers (1). »

De son côté, le prince de la Cité du mal travaille avec

acharnement à l'œuvre contraire. Qu'il attire un homme

à lui; il le prend dans ses griffes, lui aveugle l'esprit*

l^ii corrompt le cœur, l'enivre de ses poisons et le

t £*3uisforme en bête. Regardez plutôt : une chose exceptée,

Isl bête fait tout ce que fait l'homme. La bête manget

t>oit, dort, digère, marche, court, vole, nage, bâtit,

^«Jcule, parle, écrit, chante, voyage, prévoit, amasse,

ôi^erce tous les arts de la paix et de la guerre. En tout

c^la elle est égale à l'homme, quelquefois supérieure.

ÏVlais il est une chose que la bête ne fait pas, qu'elle ne

£>«ut pas faire, qu'elle ne fera jamais, et qui la laisse à

*^* xie distance infinie au-dessous de l'homme : c'est la

ï>Tière. L'homme prie; la bête ne prie pas. L'homme

^-dore, la bête n'adore pas. C'est dire, en d'autres ter-

^^cies, qu'entre l'homme et la bête une seule chose fait

1^1 différence, la religion.

Or, le premier effet de l'action satanique sur l'homme ^st de le faire rougir de la religion ; et il en rougit ! La Religion a deux grandes manifestations : la prière et l'amour.

La prière est tellement le signe distinctif de l'homme, que les païens eux-mêmes l'ont défini un animal qui prie : Animal religiosum. Notre-Seigneur lui-même définit le chrétien : Un homme qui prie toujours : Oportet semper orareetnunquam deficere. Ainsi, dès que l'homme cesse de prier, il tourne à la bête. S'il ne prie guère, il est à moitié bêto ; s'il ne prie plus du tout, il est tout à

(i) Cor., XI, 9.

fait bête. Ce n'est pas nous qui le disons, c'est la Vérité elle-même s'exprimant par la bouche de saint Paul, homme animal, animalis homo.

Or, il est notoire que le premier acte de l'homme devenu citoyen de la Cité du mal, c'est de renoncer à la prière. Un exemple entre mille. S'il y a dans la vie ordinaire une circonstance où la prière soit sacrée, c'est l'heure solennelle du repas. Nous disons solennelle, parce que le repas est une action profondément mystérieuse. En mangeant } l'homme communie, il communie aux créatures, et de la manière la plus intime, puisqu'il les transforme en sa propre substance. Or, toutes les créatures sont viciées par l'Esprit du mal, à qui elles servent de véhicules, pour s'introduire dans l'homme et lui communiquer ses poisons. Séparée de la prière qui les purifie en chassant le démon, cette assimilation est évidemment pleine de périls. Ainsi l'a compris l'humanité tout entière.

. De là, ce fait, autrement inexplicable, que tous les peuples, même païens, ont prié avant de manger. Le fait étant universel a donc une cause universelle. Une cause universelle est une loi. Prier avant de manger est donc une loi de l'humanité. Le mépris orgueilleux, le sourire imbécile, n'y font rien. Toujours il restera qu'on ne connaît dans la nature que deux sortes d'êtres qui mangent sans prier : les bêtes et ceux qui leur ressemblent.

Nous disons qui leur ressemblent; car on peut mettre au défi tous les contempteurs du Benedicite% ce qui est peu, mais tous les naturalistes du monde de trouver une

(1) Nous ne donnons ici qu'une raison de la prière avant le repas; les autres sont expliquées dans notre ouvrage: Le Signe de la Croix, au dix-neuvième siècle.

différence, entre l'homme qui mange sans prier, et un chien ou un pourceau. S'assimiler aux bêtes dans une circonstance où tous les peuples, même païens, ont senti la nécessité de s'en distinguer : voilà ce qu'ils font ! Et parce qu'ils le font, ils setiennent pou r de grands esprits ! Il a fallu venir à notre époque d'épais matérialisme, pour rencontrer des hommes qui se croiraient déshonorés, si, deux fois le jour, ils ne s'assimilaient ostensiblement à l'âne ou au crocodile : Homoy cum in honore esset, non intellexit : comparatus est jumentis insipientibus et similis facius est Mis.

Un second signe de la religion , c'est l'amour. Le Saint* Esprit étant charité, de l'âme dans laquelle il réside il fait la charité vivante. Le signe distinctif de la charité, c'est l'oubli de soi, pour Dieu et pour les autres ; l'oubli du corps au profit de l'âme, l'oubli porté jusqu'au sacrifice. L'homme entre-t-il dans la Cité du mal ? à l'instant la charité disparaît : l'égoïsme lui succède. L'homme se souvient de lui, rien que de lui. Au lieu d'aller de soi aux autres, il va des autres à soi. L'égoïsme ne sait qu'un mot, mais il le sait à merveille : moi. Moi en tout ; moi partout ; moi toujours. Après moi, Dieu et ses ordres ; après moi, les autres et leurs besoins et leurs désirs; après moi, rien. Ce n'est pas assez ; l'égoïsme est le sacrifice des autres à soi. Innocence, honneur, fortune, repos, santé, vie même, ne sont rien pour lui, dès qu'il est question de se satisfaire.

Mais qu'est-ce que le moi de l'égoïste ? Est-ce son âme? Nullement : car l'amour de l'âme, c'est la charité. Qu'est-ce donc? C'est la partie inférieure de son être, c'est le corps ; et dans le corps même, la partie la plus infime. En dehors de la foi, tout le travail de l'homme se rapporte, en dernière analyse, à la vie corpore11* T^

1 boire et le manger en sont les éléments. Commencée par eux, soutenue par eux, elle finit par eux. Avoir de quoi boire et de quoi manger, l'avoir au gré de ses convoitises, l'avoir abondamment, s'assurer qu'on l'aura toujours : voilà le premier et le dernier mot de l'égoïsme. Le reste n'est qu'un moyen ou un résultat.

Or, le laboratoire de la vie animale, c'est le ventre. C'est donc au ventre que se rapporte, en fin de compte, la vie de tout homme devenu sujet de celui qui est appelé la Bête, la Bête par excellence, la Bête dans tous les sens. De là, pour définir ces immenses, ces immondes troupeaux d'Épicure, k parole tout à la fois si énergique et si juste de l'Apôtre, qui les appelle : adorateurs* du Dieu ventre : Quorum Deus venter est. Ce qui est vrai de l'homme et de certains peuples l'a été de l'humanité elle-même la veille du déluge, et le sera plus encore vers la fin des temps.

Cette honteuse assimilation de l'homme à la bête se développe dans toutes ses conséquences. Nous n'en citerons qu'une seule : c'est la stupidité ou la perte de l'intelligence. La bête est stupide, c'est-à-dire qu'elle ne comprend ni n'admire. Elle ne comprend pas : comprendre, c'est voir l'idée dans le fait (1). Placez un triangle sous les yeux d'un chien; il verra un objet matériel, formé de trois côtés égaux : mais l'idée de triangle lui échappe. Pourquoi? Parce qu'au delà du domaine du sens, il n'y a rien pour lui. La bête n'admire pas. Pour admirer, il faut comprendre. A coup sûr l'âne est moins impressionné de la vue d'un chefd'œuvre, que de la vue d'un chardon. La bête donc ne comprend ni n'admire . Ainsi de l'homme qui devient bête.

(1) Intelligere, intus légère.

Tombé des hauteurs de la foi, il n'a plus d'autre intelligence que celle de la matière et de la vie matérielle. Cherchez le but final de ses spéculations, de ses études, de ses découvertes, de sa politique, de tout ce mouvement fébrile qui l'entraîne et le consume : que trouverez-vous?Le corps et ses appétits. Lumière, progrès, civilisation : quel est le sens de tous ces mots pompeux? Traduits en prose vulgaire, ils signifient : science du pot-au-feu, philosophie du pot-au-feu, amour du potau-feu, garantie et glorification du pot-au-feu. En termes différents, c'est le programme invariable et l'éternel refrain de tous les hommes et de tous les peuples, bêtifies par la Bête infernale (1 >. « Buvons et mangeons, car nous mourrons demain. C'est notre bonheur, c'est notre destinée. Du pain et des plaisirs : voilà tout l'homme (1). »

Ne me donnez pas comme preuves de l'intelligence de l'homme animal la manière habile dont il manipule la matière. L'hirondelle, le ver à soie, l'aheille, qui n'ont pas l'intelligence, la manipulent plus habilement que lui. Nous le répétons, l'intelligence consiste à lire l'idée dans le fait, à voir la cause dans le phénomène : non pas, remarquez-le bien, cette cause immédiate qui resplendit en quelque sorte à travers le fait; mais la vraie cause, la cause première et le but final. Or, tout cela n'est connu que dans la Cité du bien.

A celui qui habite la Cité du prince des ténèbres parlez du monde des causes, du monde de Dieu et des anges, vrai domaine de l'intelligence : toutes ces réalités

(1) Comedamus et bibamus : Gras enim moriemur. Is., xiii, 13. Haec est pars nostra, et haec est sors. Sap., n, 9. — « Panent et circenses, » disaient les païens dans les' jours de leur civilisation.

sont pour lui des abstractions ou des chimères; il est stupîde.

Que sera-ce si vous lui signalez l'intervention permanente, universelle, inévitable et décisive du monde supérieur dans les affaires du monde inférieur? Ses lèvres grimaceront le rire du mépris ; il est stupide.

Descendez de ces hauteurs; dites-lui qu'il a une âme immortelle, créée à l'image de Dieu, rachetée par le sang d'un Dieu, destinée, à un bonheur ou à un malheur éternel ; ajoutez que l'unique affaire de l'homme étant de la sauver, s'occuper de toutes les autres, excepté de celle-là, c'est chasser aux mouches et tisser des toiles d'araignée : il bâille ou il dort; il est stupide.

Essayez de dérouler à ses yeux les merveilles de lagrâce, tous ces chefs-d'œuvre de puissance, de sagesse et d'amour qui ont épuisé l'admiration des plus grands génies, vous parlez une langue dont il ne comprend pas un mot; il est stupide.

Sermons, livres de piété ou de philosophie chrétienne, conversations religieuses, fêtes solennelles qui, avec les mystères les plus augustes, retracent à l'esprit et au cœur les plus grands bienfaits du ciel, comme les plus grands événements de la terre, en un mot, tout ce qui tient au monde surnaturel, l'ennuie; il n'y comprend rien, il ne sent rien; il est stupide.

Mais parlez-lui argent, commerce^ vapeur, électricité, machines, houille, coton, betteraves, bétail, prairies, engrais; production et consommation : il devient tout yeux et tout oreilles. Vous attaquez la question vitale de sa philosophie, la question du pot-au-feu. Il n'en connaît pas d'autre. « Oubliant sa dignité, dit le

Prophète, l'homme s'est tenu pour une bête sans intelligence, et il lui est devenu semblable (1). »

Le châtiment. — Afin de protéger la paix et la vie de ses sujets contre les attaques de l'ennemi, le Saint- Esprit environne sa Cité d'un troisième rempart plus solide que les premiers.

Si l'homme, quel qu'il soit, ose dire au Roi de la Cité du bien : Je ne veux plus vous obéir, non serviam ; à l'instant, de libre il devient esclave et marche à l'abrutissement. Entraîné à toutes les dégradations intellectuelles et morales, il commence dès cette vie l'enfer qui l'attend dans l'autre. Tel est, nous venons, de le voir, le sort inévitablement réservé à -l'individu. ]La révolte contre le Saint-Esprit devieht-elle contagieuse, au point que, dans son ensemble, un peuple, ou le genre humain lui-même, ne soit plus qu'un grand insurgé? alors le crime, débordant de toutes parts, attire des châtiments exceptionnels.

Toute loi porte avec elle une sanction. Toute loi

ayant pour sujet l'homme, composé d'un corps et d'une

âme, est tin glaive à double tranchant, qui frappe le

pjtéwicatenr dans. les deux parties de son être. Prenez

telle loi divine ou ecclésiastique qu'il vous plaira, si

vqua cherchez bien, tenez pour certainde trouver, sans

préjudice de la sanction morale, une récompense ou

pe punition temporelle, attachée à l'observation ou à

la violation de cette loi.

Pour omettre les fléaux particuliers, que l'humanité relise ses annales, historiques et prophétiques. Trois grandes catastrophes y sont enregistrées. La première, c'est le déluge, ou la ruine du monde antédi-

(i) Homo, cum in honore esset, non intellexit ; comparatus est jumentis insipienlfbus et similis factus est illis. Pt.f xlvih, 13,

luvien. Quelle fut la cause de ce cataclysme, dans lequel périt, huit personnes exceptées, la race humaine tout entière? Celui dont la main brisa les digues de la mer et ouvrit les cataractes du ciel nous la révèle en deux mots. « Mon Esprit, dit le Seigneur, ne demeurera pas longtemps dans l'homme, car l'homme est devenu chair (1): » -

Cette redoutable sentence se traduit ainsi : « Malgré tous mes avertissements, l'homme a secoué le joug de* mon Esprit, esprit de lumière et de vertu ; il s'est livréà l'influence de l'Esprit de ténèbres et de malice. Le> monde surnaturel, son âme, moi-même, ne sommes plus rien pour lui. De son corps il a fait son Dieu, il est devenu chair. Créature coupable et dégradée, il est indigne du bienfait de la vie : il périra. Et au déluge de crimes succéda le déluge d'eau qui les emporta tous (2).

Une seconde catastrophe, non moins éclatante que la première, c'est la ruine du monde païen. Oubliant la terrible leçon qu'il avait reçue, l'homme de nouveau s'était soustrait à l'action du Saint-Esprit. Livré corps et âme à l'Esprit mauvais, il en était venu à le reconnaître presque universellement pour son roi et pour son dieu (3). Sous mille noms divers, il l'adorait dans des millions de temples, d'un bout du monde à l'autre (4) : autant d'adorations, autant de sacrilèges, de cruautés et d'infamies. Comme, avant le déluge d'eau,

(1) Dixitque Deus : Non permanebit Spiritus meus in homme iQ œternum, quia caro est. Gen.9 vi, 3.

(2) DiJuvium carnis peperil diluvium aquarum... corruptela diluvii causa est. S. Ambr., de Noe et Arca9 c. v et ix.

(3) Princepshujus mundi... Deus hujus sœculi. Joan., xn, 31; xyi, il ; II Cor., iv, 4.

(4) Onroes dii gentium dœmonia. Ps., xcv, 5.

l'homme était redevenu chair ; au souffle des barbares, le monde païen disparut sous un déluge de sang.

Il est une troisième catastrophe, plus terrible et non moins certaine que les précédentes, c'est la ruine du monde apostat du christianisme, par le déluge dé feu qui mettra fin à l'existence de la race humaine sur le globe. Foulant aux pieds les mérites du Calvaire et les bienfaits du Cénacle, le monde des derniers jours se constituera en pleine révolte contre l'Esprit du bien. Plus que jamais esclave de l'Esprit du mal, il se livrera avec un cynisme inconnu à tous les genres d'iniquités. Tel sera le nombre des transfuges, que la Cité (lu bien sera presque déserte, tandis que la Cité du mal prendra des proportions colossales. Une troisième fois l'homme sera devenu chair. L'Esprit du Seigneur se retirera pour ne plus revenir : et un déluge de feu embrasera la terre, mille fois plus coupable, car elle sera mille fois plus ingrate, que la terre des païens et des géants (1).

L'esclavage, la honte, le châtiment : tel est donc le triple rempart que l'homme doit franchir pour sortir de la Cité du bien. A ces moyens extérieurs, si on ajoute les secours et les bienfaits de tout genre prodigués aux habitants de cette heureuse Cité, n'est-on pas en droit de conclure que nul ne voudra la quitter? L'expérience confirme-t-elle lé raisonnement? C'est ce que l'histoire va nous apprendre.

(1) Sicut enim erant in diebus ante diluvium... ita erit et advenus Filii hominis. Matth., xxiv, 38, 39.

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