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CHAPITRE XXXII

(SUITE DU PRÉCÉDENT

Aésultats du Spiritisme. — La négation de plus en plus générale du Christianisme. — Liberté donnée à toutes les passions. — La folie. — Le suicide. — Statistiques. — Dernier obstacle à l'envahissement satanique : la papauté. — Cri de la guerre actuelle : Rome ou la mort. — La crainte, sentiment général de l'Europe. — Unique moyen de la calmer, se replacer sous l'empire du Saint-Esprit. — Gomment s'y replacer.

La nouvelle religion a ses résultats pratiques. Il est de l'essence de toute doctrine de s'incarner dans des faits qui sont ses fruits naturels. Jusqu'ici, les effets les plus clairs du Spiritisme sont, dans Tordre religieux, la négation de plus en plus générale du Christianisme comme œuvre divine et comme religion positive ; l'affaiblissement de la crainte des jugements de Dieu; la confiance à la métempsycose qui, transportant au dixneuvième siècle les erreurs du gnosticisme théorique, conduit au gnosticisme pratique, c'est-à-dire à l'émancipation de tous les penchants corrompus.

Pourrait-il en être autrement? Venir proclamer au milieu d'un monde comme le nôtre, que les pratiques du catholicisme ne sont pas obligatoires; et que telle vie qu'on ait menée, on en sera quitte pour des peines passagères ; que ces peines mêmes iront toujours en diminuant, jusqu'à ce qu'on arrive à un bonheur parfait et éternel : n'est-ce pas jeter l'huile sur le feu et faire

à toutes les passions un appel qui sera entendu? «Les chemins de fer, disent avec raison les spirites, ont fait tomber les barrières matérielles. Le mot d'ordre du Spiritisme : Hors la charité point de salut ;, fera tomber toutes les barrières morales. Il fera surtout cesser l'antagonisme religieux, cause de tant de haines et de sanglants conflits; car alors juifs, catholiques, protestants, musulmans, se tendront la main en adorant, chacun à sa manière, Tunique Dieu de miséricorde et de paix qui est le même pour tous (1 ) . » Et ailleurs : « Le principe de la pluralité des existences a surtout une tendance marquée à entrer dans l'opinion des masses et dans la philosophie moderne (2). » Nous le croyons sans peine.

Et on laisse tranquillement se propager une pareille religion!

Dans Tordre social, ses effets m sont pas moins désastreux. Elle se traduit par la folie et par le suicide. Ici encore nous dirons : Il en devait être ainsi. Satan est Téternel ennemi de l'homme ; quiconque joue avec lui joue avec le feu. Victime de sa témérité, il marche à la démence, croyant marcher à la raison ; à la vie, croyant marcher à la mort. Tuer l'homme dans son âme et dans son corps , est le dernier mot du grand homicide.

Donc aujourd'hui se révèlent, environnés d'une sinistre lueur, ces deux grands caractères du règne de Satan sur le monde actuel : caractères que le Spiritisme est venu tout à coup rendre plus saillants qu'ils ne l'ont jamais été. Ici les chiffres sont d'une éloquence effrayante.

Le nombre des aliénés en traitement dans les asiles

(i) Bévue spirite, ib., p. 23.

(2) Ibid., p. 5.

delà France, constaté pour la première fois en 1835, était à cette époque de 10,539.

En 1851, il a été recensé 44,960 aliénés ou idiots, tant dans leurs. familles que dans les asiles, , En 1856 le nombre des aliénés proprement dits s'est élevé à 35,031, dont 11,714 à domicile, et 23,315 dans les asiles.

En 1861, il a été recensé dans Tes 86 départements de l'ancienne France, 14,853 aliénés proprement dits à domicile, près de 20 pour 100 de plus qu'en 1856. Au 1er janvier 1860, le nombre des aliénés dans les asiles était de 28,706. «Comme ce nombre s'accroît sans relâche, nous n'hésitons pas à le porter à 29,500 en juin 1861 . Ce serait ainsi un total de 44,353 aliénés dans les asiles ou à domicile. En réunissant les aliénés, les idiots et les crétins, on a pour l'ancienne France, en 1861 , un total de 80,839 malades (1). »

Ainsi dans l'espace des vingt-six dernières années, le nombre des fous recensés en France a presque triplé (2).

Ce n'est pas calomnier le Spiritisme que de lui attribuer une grande part dans cette rapide progression. Il y a dix ans, on calculait aux États-Unis, qu'il était pour un dixième dans les cas de folie et de suicide (3). Dans un rapport sur le Spiritisme envisagé comme cause de folie, et lu tout récemment à la Société des éludes médicales de Lyon, le docteur Burlet résume ainsi ses conclusions : « L'influence de la prétendue doctrine spirite

(i) Journal de la Société de statistique de Paris. Du mouvement de V aliénation mentale, etc., par M. Legoyt, chef de la division de la statistique générale de France. Mars 1863.

(2) Statistique de la France, 2e série, t. III , 2e partie, et Recensement du ministère de V intérieur, 1861.

(3) Nampon., Disc, sur le Spirit., p. 41.

sur la folie est aujourd'hui bien démontrée parla science. Les observations qui l'établissent se comptent par milliers. Il nous semble hors de doute que le Spiritisme peut prendre place au rang des causes les plus fécondes de l'aliénation mentale (1). Une lettre de Lyon postérieure à ce rapport dit : « Il est reconnu que, depuis l'invasion du Spiritisme dans nos murs, le nombre de ceux qu'on est obligé de renfermer pour cause de folie a plus que doublé. »

Partout où s'établit le Spiritisme se manifeste une progression analogue. Dans son mandement pour le carême de 1863, l'archevêque de Bordeaux dit à son clergé : « Défendez la vérité catholique contre les pratiques mystérieuses, les évocations, les fascinations, qui rappellent de tristes époques dans l'histoire du monde et qui, trop souvent, entre autres déplorables résultats, ont celui 'de produire la folie.»

Après avoir rappelé que le nombre des fous a triplé depuis ces derniers temps, le cardinal ajoute : « On en est venu, au milieu de réupions que nous croyons devoir signaler à la sollicitude de nos coopérateurs et des pères de famille, jusqu'à formuler des doctrines en opposition avec celles de l'Église. Soyez constamment sur la brèche; détournez les fidèles des lieux où s'exercent ces damnables superstitions. »

Plus encore que la folie, le suicide est un signe manifeste del'influencedu démon. Violation suprême delà loi divine, négation absolue de la foi du genre humain, ce crime désespéré n'est pas dans la nature. Tout être répugne à sa destruction : mortem horret, dit saint Augustin, non opinio, sednatura. Ainsi, la bête elle-même

(i) Nampon., Disc, sur le SÀoirit., p. 41 .

ne se tue pas volontairement. La pensée du suicide, qui met Thomme au-dessous de la bête, ne peut donc venir que d'une inspiration étrangère à sa nature.

Or, il n'y a que deux inspirateurs de la pensée : Le Saint-Esprit et Satan. La pensée du suicide ne vient pas du Saint-Esprit. Il le condamne : Non occides. Elle vient donc de Satan, le grand Homicide qui, depuis la création, n'a jamais cessé et qui ne cessera jamais de haïr l'homme d'une haine poussée jusqu'à la destruction. Si la pensée du suicide vient du démon, que dire du crime lui-même? Pour conduire l'homme à se détruire, quel empire ne faut-il pas avoir sur lui? Plus il agit de sang-froid, dans la perpétration de ce crime, moins il est libre : c'est un caractère du suicide actuel.

Lors donc que vous apprenez qu'un homme s'est donné volontairement la mort, dites avec assurance : il était sous l'empire du démon. Si, dans l'histoire, vous trouvez une époque où le suicide soit fréquent, dites avec la même assurance : Le démon règne sur cette époque avec un grand empire. Si vous en trouvez une, où le suicide soit plus fréquent que dans aucune autre; où il se commette de' sang-froid, à tout propos, dans tous les âges et dans toutes les conditions ; où il cesse d'inspirer l'horreuret l'épouvante, l'heure sera venue de trembler.

Malgré toutes les dénégations, vous affirmerez hautement que le démon règne sur celte époque avec une puissance presque souveraine, et vos affirmations seront infaillibles : l'histoire les confirme. Quiand le suicide, sur une grande échelle, apparut dans l'ancien monde, le règne de Satan était à son apogée (I). Ce crime en

(i) Voir Hist. du suicide, par Buonafede.

était le signe et la mesure. Devenu semblable à la Bête qu'il adorait, l'homme s'était abruti. Il ne croyait plus à rien, pas même à lui : sa profonde corruption appelait les barbares et le déluge de sang qui devait purifier le monde.

Banni parle christianisme, le suicide a reparu en Europe avec la Renaissance (1). A mesure qu'elle porte ses fruits, le suicide se développe ; car il en est un. Aujourd'hui il atteint des proportions que le monde païen ne connut jamais. Il se commet pour les causes les plus futiles, il se commet par les hommes et par les femmes, il se commet par les enfants et par les vieillards, par les riches et par les pauvres, dans les campagnes aussi bien que dans les villes. Il n'inspire plus ni horreur ni épouvante. On le lit, comme une nouvelle du jour. La loi ne le flétrit plus. On trouve mauvais que l'Église le condamne, et, chez un grand nombre, la conscience l'absout.

Veut-on voir dans sa hideuse splendeur ce signe du règne satanique sur le monde actuel. En 1783, Mercier écrivait dans le Tableau de Paris : « Depuis quelques années on compte environ vingt-cinq suicides par an à Paris. » A cette époque le suicide était à peu près inconnu dans les provinces. Il y conservait son caractère odieux, à tel point qu'un seul cas suffisait pour jeter l'épouvante dans toute une contrée. Un demi-siècle après Mercier, Paris a vu cinquante-six suicides dans un mois. Au reste, voici pour la France, la statistique officielle du suicide pendant l'année 1861.

« Le nombre des suicides en France est, en moyenne, de 10 à 11 par jour, soit 3,899 par an.

(1) Etst. du suicide, par Buonafedo.

« Sur ce nombre on compte : 842 femmes, et 3,057 hommes; 16en fan t s se sont don né la mort : 9 de 15 ans; 3 de 14 ans; 2 de 13 ans; 2 de 11 ans.

<(49 nonagénaires,dont 38 hommeset 1 1 femmes (1 ) .»

D'après l'ouvrage très-exact et très-bien fait : Du suicide en France,, publié en 1862, par M. Hippolyie Blanc, chef de bureau au ministère de l'instruction publique, le nombre des suicides s'élève en France, de 1827 à 1858, c'est-à-dire dans l'espace de trentedeux ans, au chiffre de 99,662.

En trente-deux ans, au sein du royaume très-chrétien, quatre-vingt-dix-neuf mille hommes se sont volontairement donné la mort ! Est-ce par l'inspiration du Saint-Esprit ? Et on nie l'action de Satan sur le monde î On plaisante de lui ! On parle d'amélioration morale toujours croissante !

Quelque chose de plus : dans cette boucherie satanique, la France ne fait pas exception. Elle n'est pas même à la tête de ce progrès d'un nouveau genre. « En consultant les documents officiels les plus récents, on trouve les chiffres ci- après des suicides, sur un million d'habitants, dans divers états de l'Europe :

Belgique 57

Suède , 67

Angleterre 84

France 100 '

Prusse 108

Norwége 108

Saxe i>02

Genève 267

Danemark 288 (2).

(1) Statistique publiée par le ministère de la justice.

(2) Annales d'hygiène publique, janvier 1862, p. 85.

Quant à la Russie, voici ce qu'on trouve dans les Études sur

On ne compte ici que les suicides constatés. Combien qui, pour une raison ou pour une autre, échappent à la publicité officielle ! Telle est la voie sanglante dànslaquelle depuis quatre siècles marche l'Europe, l'antique Cité du bien. Envoyant le suicide aboli par le christianisme, redevenu, avec la Renaissance, endémique en Europe, que conclure, sinon que la Renaissance fut le retour du satanisme en Europe ; que le grand Homicide a reconquis une partie de son empire et qu'il règne sur ses nouveaux sujets avec autant de puissance que sur les anciens? que dis-je? avec une puissance plus étendue, puisque le signe de cette puissance arrive de nos jours à des proportions que l'antiquité ne connut jamais.

ravenir de la Russie, publiées à Berlin, en i863, par D. K. Schedo- Ferroti : « On compte un grand nombrede sectes en Russie. En voici quelques-unes qui se distinguent le plus par l'extravagance de leurs doctrines.

o Les kapitones, ainsi nommés de leur fondateur, le moine Kapiton, forment la plus ancienne des sectes, sans clergé. Ils considèrent le suicide pour la foi comme la plus méritoire des actions.

« Les bespopowzi, de Sibérie, croient que l'Antéchrist a paru et règne sur l'Église russe, qu'ainsi il faut éviter tout contact avec ses desservants et ses adhérents. Comme moyen de se dérober au danger de tomber victime des astuces du diable, ils recommandent surtout le suicide par le feu, et ces recommandations ne sont pas vaines, car un jour 1,700 personnes périrent Volontairement par l'immaculé baptême du feu, qu'ils réclamèrent de leur chef.

« Les pomoraeneés et les philippones partagent la même croyance en l'efficacité du suicide pour la foi.

<( Il y en a de monstrueuses, telles que celles des tueurs d'enfants, qui pensent que c'est un acte méritoire d'envoyer au ciel l'âme immaculée d'un enfant en bas âge; des étouffeurs, qui croient que le ciel ne sera ouvert qu'à ceux qui meurent de mort violente, et se font un devoir d'étouffer ou d'assommer ceux des leurs pour lesquels une maladie grave fait appréhender le malheur d'une mort naturelle. Les plus fanatiques assomment môme leurs amis bien portants. »

Grâce au Spiritisme, ces proportions vont chaque jour se développant. Avec le Spiritisme disparaît la crainte de l'enfer; souvent même les esprits appellent à eux les vivants et les engagent à entrer, par la mort, dans une nouvelle incarnation plus parfaite, ou même à jouir de l'état $ esprits purs. Les aveux des spirites eux-mêmes, les faits trop nombreux qui ont retenti dans les journaux, les observations des médecins, les rapports des familles ne laissent désormais aucun doute sur l'influence homicide de la nouvelle religion.

Une seule chose l'empêche encore de produire tous ses fruits : c'est le catholicisme. Or, le catholicisme se personnifie dans la papauté. Mieux encore que Mazzini et Garibaldi, Satan le sait. De là ce que nous voyons : sa guerre acharnée contre Rome. Depuis son concile de Babel, jusqu'à l'arrivée du Messie, les persévérants efforts du prince des ténèbres n'eurent qu'un seul but : former sa gigantesque cité et faire de Rome sa capitale. Il réussit. Maître de Rome, il était maître du monde.

Aussi les apôtres sont à peine armés du Saint-Esprit, que Rome devient l'enjeu du combat. Rome ou la mort : est le cri de guerre de la Cité du bien ei de la Cité du mal. Pendant trois siècles il retentit de l'Orient à l'Occident. Onze millions de martyrs attestent l'étendue de la mêlée et l'acharnement de la lutte. Pour le Verbe incarné, Rome veut dire l'empire ; pour Satan, la mort veut dire la perte de Rome et de l'empire.

Qui ne serait frappé de voir, après dix-huit siècles, Rome redevenir l'enjeu du combat, et le cri de guerre Rome ou la mort, servir de mot de ralliement aux deux

camps opposés ? Entre tous les signes des temps, celuici ne semble pas le moins digne d'attention. Que Rome soit le cri du monde actuel, le cri qui domine tous les autres, c'est un fait qui n'a pas besoin de preuve. Rois et peuples, diplomates et penseurs, écrivains et soldats, catholiques et révolutionnaires, tous convoitent Rome à des titres différents. Aujourd'hui, plus que jamais, la haine et l'amour se disputent Rome ; et tout ce qui parle de Rome remue les âmes, excite la double passion du bien et du mal.

Que prouve ce drame suprême que le monde n'a vu qu'une fois? Ce qu'il prouvait il y a dix-huit siècles. Il prouve que Rome est toujours la reine du monde. Il prouve que Satan, expulsé de son empire et mis aux fers par le Rédempteur, a brisé sa chaîne et reformé sa Cité : cité redoutable qui se compose d'une grande partie de l'Europe enlevée au christianisme. Il prouve que pour la reconstituer telle qu'elle était autrefois, il n'a plus qu'à lui rendre Rome, son ancienne capitale; qu'il la veut à tout prix et que pour s'en emparer il marche à la tête d'une immense armée de renégats, ne reculant, aujourd'hui comme autrefois, devant aucun moyen, et se promettant une prochaine victoire qui, suivant le mot de Pie IX, recommencera F ère des Césars et des siècles païens, c'est-à-dire replongera le monde dans l'esclavage moral et matériel dont le christianisme l'avait tiré (1).

Rien de plus vrai que cet oracle. Or, s'il est mani-

(i) Ecclesiœ hostes... ad Italorum animos a fide catholica abalienandos asserere... non erubescunt, catbolicam religionem Italae geatis glorise, magnitudini et prosperitati adversari... quo llalia pristinum veterum temporum, id 'est ethnicorum^ splendorem acquirere possit. Encycl. 8 décembre 1864.

feste que le monde se soustrait de jour en jour plus complètement à l'influence du Saint-Esprit,, il n'est pas moins évident qu'il tombe dans une proportion analogue sous l'empire du mauvais Esprit et se dévoue à toutes les conséquences de sa coupable infidélité. Le passé est l'histoire de l'avenir. Malgré les prédictions rassurantes de leurs faux prophètes, les nations actuelles ont le pressentiment de ce qui leur est réservé : elles ont peur. Ce sentiment indéfinissable, inconnu des époques régulièrement constituées, forme un des caractères de la nôtre.

L'Europe prend des villes réputées imprenables, et elle a peur. Avec une poignée de soldats, elle remporte au loin des victoires éclatantes sur des ennemis puissants, et elle a peur. Quatre millions de baïonnettes veillent h sa défense, et elle a peur. Elle dompte les éléments, elle supprime les distances, elle chante avec orgueil les miracles de son industrie; l'or en abondance coule de ses mains ; dans ses vêtements la soie a remplacé la bure; la nature entière est devenue tributaire de son luxe; sa vie ressemble au festin de Balthasar, et elle a peur. La peur est partout. Les nations ont peur des nations. Les rois ont peur des peuples; les peuples ont peur des rois. L'homme a peur de l'homme. La société a peur du présent et plus peur de l'avenir. Elle a peur de quelqu'un ou de quelque chose, dont le nom est un mystère.

Pourquoi a-t-elle peur? Parce que l'instinct de sa conservation l'avertit qu'elle n'est plus régie par l'Esprit de vérité, de justice, de charité, sans lequel il n'y a ni ordre possible, ni société durable, ni sécurité pour personne. Ces craintes ne sont pas vaines. Pour les nations comme pour les individus, entre la Cité du

bien et la Cité du mal, entre Bélial et Jésus- Christ : pas de milieu.

Or, en revenant dans le monde, Satan, quoi qu'en disent ses apologistes, y revient tel qu'il est, tel qu'il a toujours été, tel qu'il sera toujours : la haine. Forçat de l'enfer, qu'il sorte du bagne, débarrassé de la puissante camisole de force qu'on appelle le catholicisme, et nous verrons ce qu'il fera. Orgueil et cruauté, mensonge et volupté, il fera demain ce qu'il a fait à toutes les époques où il fut Dieu et Roi, ce qu'il continue de faire chez toutes les nations soumises encore à son empire. La guerre sera partout ; le sol se couvrira de ruines. On verra couler des fleuves de larmes et des fleuves de sang. L'humanité avilie subira des outrages inconnus dans l'histoire, châtiment adéquat d'une révolte contre le Saint-Esprit, sans analogue dans les annales des peuples chrétiens.

A moins d'un miracle, tel est, il ne faut pas sole dissimuler, l'abîme béant vers lequel nous marchons. Comment nous arrêter sur la pente? Arrière tous les moyens de salut de la sagesse humaine. Non, cent fois non : l'Europe infidèle au Saint-Esprit ne sera sauvée ni par la philosophie, ni par la diplomatie, ni par l'absolutisme, ni par la démocratie, ni par l'or, ni par l'industrie, ni par les arts, ni par l'agiotage, ni par la vapeur* ni par l'électricité, ni par le luxe, ni par les beaux discours, ni par les baïonnettes, ni par les canons rayés, ni par les navires cuirassés. Comment donc sera-t-elle sauvée, si elle doit l'être? La réponse est facile. Perdu pour s'être livré à l'Esprit du mal, le monde moderne, comme le monde ancien, ne sera sauvé qu'en se donnant à l'Esprit du bien.1 L'enfant prodigue ne retrouve la vie qu'en retournant à son père.

A raison des dangers incalculables qui, en ce moment, menacent la vieille Europe, ce retour au Saint- Esprit, prompt, sincère, universel est la première nécessité du jour. Pour le montrer, même aux aveugles, nous avons rappelé l'existence trop oubliée des deux esprits opposés, qui se disputent l'empire du monde et qui le gouvernent avec une autorité souveraine. Nous avons constaté l'alternative impitoyable, dans laquelle se trouve le genre humain, de vivre sous l'empire de l'un ou de l'autre. Enfin, l'histoire universelle, résumée dans le tableau parallèle des deux Cités, nous a dit ce qui revient à l'homme d'être citoyen de la Cité du bien ou citoyen de la Cité du mal.

Savoir ce qui doit être fait, ne suffit pas, il reste à donner les moyens de le faire. Connaître le Saint-Esprit, afin de l'aimer, de l'appeler, de nous replacer sous son empire et d'y rester : tout est là. Jusqu'ici nous avons montré l'œuvre plutôt que l'ouvrier ; l'œuvre extérieure et générale, plutôt que l'œuvre intime et particulière; le corps plutôt que l'âme. Il faut maintenant faire connaître en elle-jnême cette Ame divine de l'homme et du monde; cet Esprit créateur, à qui le ciel et la terre sont redevables de leur brillante parure; cet Esprit vivificateur, qui nous nourrit comme l'air, qui nous enveloppe comme la lumière; cet Esprit sanctificateur, auteur du monde de la grâce et de ses magnifiques réalités. Il faut expliquer ses opérations multiformes dans Tordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament.

Théologique, afin d'être exacte ; simple et en quelque sorte catéchistique, afin que la vérité soit entre les mains du prêtre un pain facile à rompre aux plus fai-

bles intelligences : telle doit être la seconde partie de notre travail. Nous le confessons sans arrière-pensée: plus encore que la première elle est au-dessus de nos forces. Nous allons néanmoins l'aborder. Deux choses encouragent notre faiblesse : l'indulgence acquise des hommes éclairés qui comprennent la difficulté d'une pareille tâche; la bonté infinie de Celui pour qui nous travaillons : Da mihi sedium tuarum assistricem Saientiam... ut mecum sit et mecum laboret (1).

(!) Sap. ix, 4.

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