LE SAINT-ESPRIT DANS L'ANCIEN TESTAMENT, PROMIS ET FIGURÉ
Promesses du Saint-Esprit : Joël, Aggée, Zacharie. ~ Figures : les sept jours de la création, le chandelier aux sept branches, l'édifice à sept colonnes de la Sagesse éteinelle.
Le Messie est promis, le Saint-Esprit est promis. Après la promesse bien des fois renouvelée, en termes plus ou moins explicites, de la venue du Saint-Esprit sur la terre (1), Dieu ordonne au prophète Joël delà publier clairement, plus de six cents ans avant le jour mémorable oii elle devait s'accomplir. Dans la personne des Juifs, le prophète s'adresse k tous les peuples, appelés à devenir par la foi les enfants d'Abrahan^. Son regard inspiré voit en même temps le Verbe qui s'incarne et le Saint-Esprit qui descend. Devant lui, sont présentes les deux adorables personnes, et avec le même enthousiasme, il parle de Tune et de l'autre. « Fils de Sion, s'écrie-t-il, soyez dans la joie et tressaillez de bonheur dans le Seigneur votre Dieu, parce qu'il vous donnera le Docteur de justice. Et il fera descendre sur vous la rosée du matin, et la rosée du soir, comme il était au commencement. Et vos greniers seront remplis de blé, et vos collines de vin et
(1) Is.j XLiv, 3; Ezech., xi, 19; xxxvï, 26, etc.
d'huile. Et je vous rendrai les années qu ont dévorées la sauterelle, les insectes et la rouille : c'est une grande puissance que je vous enverrai. Et vous mangerez dans l'abondance, et vous serez rassasiés, et vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu qui a fait ces merveilles pour vous; et mon peuple ne sera jamais confondu. Et vous saurez que je suis au milieu d'Israël, moi, moi le Seigneur votre Dieu, à l'exclusion de tout autre (1). »
La joie, l'abondance de tous les biens spirituels, la réparation de tous les maux sous le poids desquels gémissait le genre humain depuis la chute primitive, la présence permanente du Seigneur lui-même au milieu de son peuple, la grande nation catholique : voilà bien les traits distinctifs du règne du Messie. Quand le Verbe incarné aura posé les fondements de cette félicité universelle et arrosé de son sang, au matin et au soir de sa vie, cette terre du monde, que va-t-il arriver? Écoutons le prophète : « Après cela, dit le Seigneur, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Et vos fils et vos filles prophétiseront; et vos vieillards auront des révélations, et vos jeunes gens . verront des visions. En ces jours-là, je répandrai mon Esprit même sur mes serviteurs et sur mes servantes (2). »
Tels sont, dans leurs traits généraux, les bienfaits dont le monde sera redevable au Saint-Esprit. Comme
(1) Joël, XI, 23-27.
(2) Ihid,, ixviii, 30. — Le jour môme de la Pentecôte, saint Pierre déclare aux Juifs que les merveilles qui éclatent à leurs yeux, sont l'accomplissement de la promesse du Seigneur, faite par le prophète Joël. Tous les Pères parlent comme le chef des apOIres. Voir entre autres 5. Chrys., in princip. Act, AposL, ii, t. III, p. 927, n. H, 12, et Corn, a Lap,j in Joël, ii, 28.
tous les cœurs devient palpiter à cette, anaooce ! Comme les j ustes de rancie^nne Jpi devient conjurer le Seigneur de hâter ce jour, unique entre les jours I Afin de les consoler, le Seigneur veut bien leur promettre, par lia bouche du prophète Aggée, 1^ prochaine venue du Saint-Esprit. Juda revenait de Babylone : il était fort, occupé, de la construction du second temple; mais les ,cœurs étaient tristes. On ne pouvait penser sans gémir à la magnificence de l'ancien temple et à la pauvreté relative du nouveau, qui s'élevait péniblement au milieu d.es difficultés de tout genre.
Aggée reçoit ordre d'encourager le peuple, Gpnune Joël, il voit et il annpnce la vepue de deu:^ personnes de l'adorable Trinité : LeSaiut-Esprit^ qui, conformément aux antiques promesses, yien4râ bientôt, ;résider au milieu de son peuple ; le Verbe fait chair, qui daignera sanctifier le nouveau temple, par sa ppésenfce personnelle. « Prophète, lui dit le Seigneur, parlQà Zorobabel fils de Salathiel, chef de Juda, età Jésus^, fils de Josédech, grand prêtre, et à, tout le peuple, et dis -leur : Prends courage, Zorobabel^ prends courage, Jésus fils de Josédech; et toi, peuple de toute classe, prends courage, et agissez parce que je suis avec vous; idit le Seigneur des arnaées. Je vais tenir la parole que je vous ai donnée, lorsque vous sortiez de la terre d'Egypte, et mon Esprit sera au milieu de vous; ne craign^.jrien. Encore un peu de temps, et je remuerai le ciel et la terre, et la mer, et les îles, et toutes les nations; puis, viendra le Désiré de toutes les nations; et je remplirai de gloire cette maison, et la gloire sera plus grande que celle de la première (1). »
(i) Agg,, 11, 2-iO. Tous les Pères, saint Athaoase^ saint Cyrille de
Plju» explicite- que la première, cette seconde promesse, ne se contente pas d'annoncer la v^çnue du Saigit-Esprit,,^Ue en désigne Tépoque. 11 ^dendra lorsque le ^onde sera tiré de la vraie captivité d^Égypte, pqr.ie saqg de.rAgneau de Dieu; et que les apôtres seront prête à; construire le grand édifice catholique,
où IjB Sû^triSsB'^^^^^^'^;>^^^^^''^^^^^ habiter.
Vers la même époque, un autre prophète, Zacharie, est chargé d'annpncer lia venue du divin Esprit^ qui doit changer Ja face de la te^rei après avoir changé les cœurs. Ici encore, le Seigneur a soin de réunir dans la même prédiction l'avènement du Messie et la descente du $aipt-Esprit. La raison, /çn est que ces deux événements se tiennent. Le premier est la preuve du second, et le secopd la conséquence du premier. On ne peut admettre Tun sans admetti-e l'autre. ^ En ce temps-là, dit lei Seigneur,, je briserai toutes les nations qui marcheront contre Jérus(Uem. Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem i'Esprit de grâce et de prières. Et ils lèveront leurs r^rds v^rs moi qu'ils auront attaché à* la croix. Et ils pleureront sur moi, comme on pleure sur un fils tmique, et ils pousseront des gémissements et des sanglots, comme on en pousse à la mort d'un premier-né (1). »
lisant dans le lointain des âges, disent les pères et les interprètes, Zacharie voit devant ses yeux le jour mémorable de la Pentecôte, où le Saint-Esprit descend sur les apôtres réunis à Jérusalem. 11 le voit
iérusalem, saint Grégoire de Nysse, Théodoret, ont vu dans ces remarquables paroles la promesse du Saint-Esprit. Voir entre autres S»Jerom.y inAgg, ii, opp. t. IIl, p. 1694, et Cornet, a Lapid., ibid. {{) ZacK^ xu, 9, iO,
produisant la grâce et la sanctification; puis, les gémissements et les supplications, dans les âmes qu'il vient d'éclairer sur l'énorme attentat, commis par la nation juive sur la personne adorable du Messie. Tout cela est tellement précis, que les Actes des Apôtres, en racontant Thistoire de la Pentecôte, ne semblent être que la reproduction des paroles de Zacharie (1).
Ce n'est pas seulement par ces promesses solennelles et par beaucoup d'autres répandues dans l'Ancien Testament, que Dieu annonçait au monde la venue de l'Esprit sanctificateur.
Pour le Messie, nous voyons marcher de pair avec les promesses d'innombrables figures, qui fixaient continuellement l'attention sur le Libérateut* futur. U en est de même pour le Saint-Esprit. A côté des promesses se montrent constamment des figures qui le révèlent dans sa nature et dans ses dons. Appuyé sur Tautorité des saints docteurs, nous allons en faire connaître quelques-unes.
L'Esprit aux sept dons qui est le principe vital, la lumière, la beauté dunionde moral et de l'Église en particulier, se trouve représenté par les différents septénaires, qui reviennent si souvent dans la création du monde matériel et dans la formation du peuple figuratif. Pour n'en citer que deux exemples : le monde physique fut créé en six jours, suivis du jour de repos; il en est de même du monde moral. L'homme, qui en est le sublime abrégé, est formé par l'Esprit aux sept dons!
Dans l'ordre de la nature, la lumière paraît le premier jour. Elle figure le don de crainte, par lequel l'homme commence à connaître Dieu efficacement,
(i) Voir Corn, a Lap,, in Zach., xii, 9; et 5. Jerom., in Zach., opp. t. III, p. 1784, 1785.
selon cette parole du prophète : La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse.
Au second jour de la création^ se déploie le firmament^ qui sépare les eaux inférieures des eaux supérieures. C'est rembième du don de science, qui nous apprend à discerner les doctrines vraies des doctrines fausses. Orné de ce don précieux, l'homme ressemble au firmament par la stabilité inébranlable de sa foi. Maintenant une séparation radicale entre la vérité et l'erreur, il les empêche de se jamais réunir dans son iotellîgence pour y produire le chaos. C'est ainsi que le firmament, immuablement placé entre les eaux inférieures et les eaux supérieures, les empêche de confondre leurs masses et de produire un nouveau déluge.
Le troisième jour à' lieu la séparation des eaux et de la terre. La terre, montrant sa surface desséchée, se couvre de toutes sortes d'herbes et de plantes. C'est la vive image du don de piété. Séparé des eaux inférieures, c'est-à-dire des doctrines de mensonge, l'idolâtrie, la superstition, l'incrédulité, l'homme, vivifié par le don de piété, honore le vrai Dieu et produit les fleurs des bons désirs, les herbes des saintes paroles, enfin les fruits excellents des œuvres de charité envers Dieu. et envers le prochain.
Le quatrième jour pai^ssent les deux grands luminaires, le soleil et la lune, accompagnés de myriades d'étoiles. On voit ici dans toute sa magnificence le don de conseil. Flambeau du jour, semblable au soleil, il éclaire tout le système du monde surnaturel; flambeau de la nuit, semblable à la lune, il éclaire tout le système du monde inférieur; semblable aux étoiles, qui, répandues dans toute l'étendue du firmament, en illu-
minent toutes les parties, ii éclaire chacune de nos facultés et dirige chacun de nos sens.
Le cinquième jour, les poissons et les oiseaux prennent naissance du môme élément; les premiers vivent dans les eaux, les seconds volent dans les airs. La sagesse éternelle pouvait-elle mieux préfigurer le don de force ? Grâce àsbn efficacité, les bonnes résolu^ tions naissent et se fortifient dans la tribuktiofl ; et les bonnes pensées voleùt vers Dieu, en brisant lés- rééis^ tances des dgriiôns, '<jui reniplîssènt l'air dont nous* sommes environnés. , ' i •
Le sixième jour a lieu la création dés animaux eJt de l'homme leur roi. Voici bien le don d*eiitendetriètof: L'homnie qui le possède connaît clairement sa double nature et l'apprécie; il sait que la partie supérieure de lui-même doit dominer Tinférieure ; il contiâtt dé plus les règles à suiyfe pour maintenir cette subo^rdiriation principe de vertu et d'harmonie universelle.
Le septième jour, Dieu se repose et bénit ce jour. Telle est la figure parfaitement juste du don de sagesse^ie plus noble de tous. Par lui, l'âme se repose déliçiedsement en Dieu. Dégoûtée de tout ce qui n'est pas lui, elle attend dans la paix le jour éternel, où elle ira le bénir de tout ce qu'il â fait pour elle et par elle. G'èst ainsi que le septième jour Dieu couronne l'œuvre dé la création du monde matériel; c'est ainsi que par le septième don, le Saint-Esprit âchèVe la création d*iin monde plus noble, l'homme, son imago et son en faut (1).
A ceux qui seraient tentés de ne toir qu'Hun Jeu d'imagination dans ce parallèle entre la création du monde matériel et la création du monde moral , entre
(1) Voir sur celte belle philosophie S, Anton. ^ Summ, tfieoL,!, art., t. X, c. I, § 1.
ce qui s'est passé à rorigine des temps et ce qui s'est accompli dans la plénitude des âges, il suffit de rappeler la doctrine de saint Paul et des Pères. Tous enseignent pe TAncien Testament est à rÉvangile, ce qu'est la rose en bouton à la rose épanouie ; que le monde physrqae n'est -que le rayonnement du monde moral; que Fun 6t l^âutre ont été' faits par le même Esprit sur le même plan'ët dans le même but ; et qu'ainsi, l'annonce figiu^ativedu^Saînt-^Esprit commence, comm'é celle du Messie/ ^u 'premier jour du^ monde.
Une auti^e figure, plus transparente que la première^ c'est le chandelier aux sept branches. On se trouvait au milieii du désert; Israël, sorti d'Egypte, était eu marche Tert la terre promise. Dieu appelle Moïse et lui ordoniie de faire le tabernacle, ouvrage où le mystère et la;flgut^dè l'avenir éclatent de toutes parts. Le tabernacle, disent les Juifs, Josèphe et Philon, était l'image du mondé, et le Saint des saints représentait le ciel emparée. C*esf là qne Dieu commande à Moïse de placer im candélabre d'or, à sept branches, destiné à éclairer le^cielde la terre. Où trouver une figure plus belle de TEs^t^l aux sept dons, flambeau du temps et de r^niité(nî
Les'Pètesf de l'Église ont vu une nouvelle figure du Saint-Êsprtt dans les sept fils de Job. a Les sept fils du patriarche de la douleur, écrit saint Grégoire le Grand, sedonHaiëfnt'dès festins, chacun à son tour, chaque jout'de la semaine, en compagnie de leurs trois sœurs, dans un édifice quadrangulaire.
«Voilà bien les sept dons du Saint-Esprit qui nourrissent l'ftme, chacun à sa manière, et cela en compagnie
(4) Corn, a Lap,, in Exod, xxv, 31.
de leurs trois sœurs, c'est-à-dire des trois vertus théologales, la foi, ^espérance et la charité, dans un édifice spirituel de forme carrée, c'est-à-dire formé par les quatre vertus cardinales, la prudence, la justice, la force, la tempérance. Chacun. donne son festin, parce que chaque don du Saint-Esprit nourrit l'âme. La sagesse, par l'espérance aussi certaine que délicieuse des biens futurs ; l'intelligence, par la lumière toute divine qu'elle fait briller dans les ténèbres »du cœur; le conseil, par la haute prudence dont elle le remplit; la force, par le courage invincible,» soit dans l'action, soit dans la souffrance ; la science, par la sérénité du regard et la solidité dés pensées > la piété, par le rassasiement, fruit des œuvres de miséricorde ; la crainte , par l'humble confiance, récompense del'orgueil vaincu (1).»
A mesure que nous avançons, les figures deviennent plus tra.nsparentes : c'est l'aurore qui succède^ l'aube et qui annonce l'approche du soleil. Â l'exemple des Pères, étudions la belle figure de l'esprit aux sept dons, si bien dessinée par l'auteur des Proverbes. « La Sa^ gesse, dit l'écrivain sacré, s'est bâti une maison, elle a taillé sept colonnes pour la soutenir. Elle a immolé ses victimes; elle a mêlé son vin ; elle a dressé sa table. Elle a envoyé ses servantes, pour appeler dans son palais et dans les murailles de sa ville, en disant : S'il y a quelque enfant, qu'il vienne à moi. La Sagesse ellemême, a dit \ ceux qui sont pauvres d'intelligence : venez, mangez mon pain, et buvez le vin que je vous ai préparé ; quittez l'enfance, revivez et marchez dans les voies de la prudence (2) . »
Quelle est cette Sagesse? le Verbe éternel, la sagesse
(1)5. Greg., Moral., lib. 1 et II.
(2) Prov., IX, 1-6.
même de Dieu. Celte maison bâtie de sa propre main ? L'Église, palais du Fils de Dieu sur la terre. Ces sept colonnes, appuis de l'édifice? Les sept dons du Saint- Esprit, qui rendent TÉglise inébranlable, au milieu des ouragans et des tremblements de terre. Gomment? En opposant, chacun en particulier, une force de résistance supérieure à la violence des sept esprits mauvais, puissants ennemis de la Cité du bien. Au démon de l'orgueil, résiste le don de crainte ; au démon de Tavarice, le conseil ; au démon de la luxure, la sagesse ; au démon de la gourmandise, l'intelligence; au démon de Tenvie, la piété; au démon de la colère, la science ; au démon de la paresse, la force.
Tel est l'harmonieux contraste que les saints docteurs découvrent entre les forces opposées de TEsprit du bien et de l'Esprit du mal. Rien n'est plus réel, ainsi que nous le montrerons ailleurs (1).
Contentons-nous de remarquer ici que cette nouvelle figure du Saint-Esprit présente le même caractère que les autres. Les deux personnes divines que le monde attendait y sont désignées ensemble. Quelles sont, en effet, ces victimes immolées par la Sagesse, ce pain, ce vin, cette table, préparés pour ses enfants? Les Pères et les commentateurs n'ont qu'une voix pour répondre que c'est le Verbe incarné. Quant aux servantes chargées d'inviter les convives, la tradition constante y voit lésâmes zélées, les prédicateurs et les prêtres dont les prières, les paroles et les exemples attirent leurs frères au banquet divin. Ces enfants mêmes qui viennent y participer, représentent au naturel tous les hommes : grands enfants, toujours occupés d'enfantillages, jus-
(1) Voir Corn, a Lap.j in Prov., c. ix, i-ô.
qu'au monrént, où, éclairés par le Dieu qu'ils reçoivent à la table sainte, ils prennent des goûts sérieux et marchent dans les voies de la véritable prudence (1).
Inutile d'ajouter que toutes ces figures étaient comprises des anciens, suivant le degré de connaissance que Dieu voulait leur donner de ses adorables conseils.
(1) IbiiL