‹ Traité du Saint-EspritChapitre 9 sur 106 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La sanctification eat IVBuvra propre du Saint-Esprit. -*- Cette œuyre suppose une mission. ^ Ce qu'on entend par mission. — Combien de missions. — MesnMmpliquent aucune infériorité dans la personne envoyée.— Différence entre la mission du Fils et lA mission du Saint-Esprit. — Toutes deux pro* mises, figurées, prédites, préparées d^s l'origine du monde.— • Signification an mot Esprit dans l'Écriture. — Passage de saint Augustin.

Autant que le permettent les obscurités de la vie présente, nous connaissons le Saint-Esprit en lui-même. If* est la troisième personne de l'auguste Trinité. Il est Dieu comme le Père et le Fils. Il procède de Tun et de lautre par une seule spiration et comme d*un seul et même principe, sans que pour cela il y ait ni postériorité, ni priorité, ni inégalité quelcoriquje entre celui qui procède et ceux de qui il procède. Il est le fondateilr et le roi de la Gité du bien. Sous ses ordres directs sont placées toutes les armées angéliques, nuit et jour en campagne pour protéger, aux quatre coins du monde, les frères du Verbe incamé contre les attaques des légions infernales.

Anaour consubstantiel du Père et du Fils , à lui revient, par appropriation de langage, Tœuvre par excellence de Fadorable IVinité (1). Quelle est cette œuvre?

(1) Dilectio Damque, quœ ex Deo est et Deus est, proprie Spiritus sanctus dicitur, per quem charitas Dei diffusa est in cordibus nostris, per quem tota Trinitas in nobis habitat. S. Bern., Médit., c. i-

La création? non. La rédemption? non. Quelle est-elle donc? la sanctification et la glorification; le Père crée, le Fils rachète, le Saint-Esprit sanctifie; le Père fait des hommes, le Fils des chrétiens, le Saint-Esprit des saints et des bienheureux. L'œuvre du Saint-Esprit est donc plus élevée que celle du Père et du Fils, puisqu'elle est le couronnement de Tune et de l'autre (1).

Que cette œuvre suprême appartienne au Saint- Esprit, la preuve en est évidente. C'est lui qui forme Marie, mère du Rédempteur, et, da^slesein virginal de Marie, le Rédempteur. lui-même. C'est lui qui le dirige, qui l'inspire, qui lui donne de faire.des miracles, et qui le glorifie : Ille me clarificabit. Comme prolongement de cette œuvre de sanctification universelle, c'est lui qui forme l'Église, mère du chrétien, et, dans le sein virginal de l'Église, le chrétien lui-même, frère du Verbe incarné. C'est lui qui le dirige , qui l'inspire, qui l'élève peu à peu à la sanctification et de la sanctification à.la gloire (2).

Cette grande œuvre, magnifique synthèse de toutes les œuvres du Père et du Fils, ne pouvait demeurer isolée dans les régions inaccessibles del'éternité. Loin delà, elle devait devenir palpable et s'accomplir dans le temps. Pour l'accomplir, le Saint-Esprit a donc eu une mission.

(1) Hœc est enîm voluntas Dei sanctificatio vestra. I Thess.^ iv^ 3.

(2) In virtute secundum Spiritum sanctificationis, etc. Sur ce texte, Cornélius dit : Hanc potentiam (faciendi miracula, remittendi peccata, sanctificandi homiiies) Verbum caro factum habuit a Spiritu sancto^ qui totum hoc unionis hominis cum Dec opus in Ghristo peregit, eumqueitasanctificavit, ut illi virtutem dederit omnes ho* mines sanctificandi. In Epist. ad Rom,, c. i, 4. — Le naôme commentateur ajoute : Per Spiritum sanctum, id est, Spiritu sancto eum movente et incitante, ad se sponte sua offerendum Patri, pro peccatis nostris. In Epist. ad Hebr., c. ix, 14.

Il faut, avant d'aller plus loin, expliquer ce mot si souvent prononcé et si peu compris.

Lorsqu'elle parle des personnes divines, la théologie catholique entend par mission : La destination éternelle irme personne de la Trinité à f accomplissement d'une œuvre du temps : destination qui lui est donnée par la personne de qui elle procède (1). De toute éternité il était décidé que le Verbe se ferait homme et viendrait dans le monde pour le sauver (2) : voilà sa mission. De toute éternité il était décidé que le Saint-Esprit viendrait dans le monde pour le sanctifier (3) : voilà sa mission.

Ainsi, dans les personnes divines, il y a autant de missions divines qu'il y a de processions. Le Père n'a pas de mission, parce qu'il ne procède de personne. Le Fils reçoit sa mission du Père seul, parce qu'il ne procède, que de lui (4). Le Saint-Esprit reçoit sa mission du Père et du Fils, parce qu'il procède de l'un et de l'autre (5).

Écoutons saint Augustin : k Le Fils, dit-il, est envoyé par le Père, parce qu'il a apparu dans la chak, €t non le Père. Nous voyons aussi que le Saint-Esprit s été envoyé par le Fils : Lorsque je m'en irai, je vous renverrai; et par le Père : Le Père vous f enverra ^ mon nom. Par là on voit clairement que le Père sans

(1) Missio est unius personse a persona ex qua procedit destinatio adaliquem efiTectum temporalem. Vid, S. Th.^ i p., q. 43, art. 2, ad 2. — Vitass., De Trinit., q. 8, art. 5.

(2) Non enim naisit Deus Filium suum in mundum, ut judicet mundum, sed ut salvetur mundus per ipsum. Jodh., m, 17.

(3) Spiritus sanctus procedit temporaliter ad sauclificandam ci*ealuram. S. Aug., De Trinit., lib. III, c. iv.

(4) Qui misit me Pater. Joan., vin, 16. — Misit Deus Filium suum. Gai., IV, 4.

(5) Cum autcm venerit Paiacietus, quem ego mittam a vobis a Paire, loan.y XV, 26.

le Fils, Di le Fils sans le Père n*a envoyé le Saint-Esprit ; mais il a reçu sa mission de Tim et de l'autre. Du Père seul on ne lit nulle part qu'il a été envoyé. La raison en est qu'il n'est ni engendré ni procédant de personne. En efiTet, ce n'est nila lumiëre ni la chaleur qui envoie le feu ; mais c^esl le fëu qui envoie la chaleur et la lumière (1).))

Admiroiisen ^assaut la profonde justesse du latigage divin. Lorsqu'il' aniibnce le Saint-Esprit â ses apôtres, le Verbe incarné dît : « Il me glorifiera, parce qu'il prendra du mieri, et vous rannonceraJ Tôiil^ce qui est à mon Père est à moi: Voilà pbulrquoi j'ai dît : 11 prendra du^lâiien et vous l'annoncera (2). » ïl ne dit pas, îl prendra de iwô?v parce que ce serait dire eh quelque façon, qu'il àeraifr le Seul principe dti Sainl-ÊSprit, et que le Saint-Esprit procède dii Fils, comme lé )Pils pro^ cède du Père^ c'fest-à-klîré de lui seul. Mais HVén est pas ainsi. C'est pourquoi il dit : Il prendra du mien et non pas «fe /W02. Parce que, encore qu'îl prenne de lui^ il ne prend de lui que ce que lui-même a pns du iPère. En sorte que la mission du Saint-Esprit vient tout à là fois du Fikét du Père, de qui le Fils lui-mfeirie ^ tout reçu. . . A

Du reste, il ne faut pas croire que Ik iriissiôn implique une infériorité quelconque dans celui qui la reçoit-, relativement à celui qui la donne. La mission ne dénote pas plus une infériorité, que la procession elle-même dont elle est la conséquence. « Dans les personnes divines, dit avec raison l'Ange de l'école, la mission est sans séparation, sans division de la nature divine qui est une et la même dans le Père, et dans le Fils, et dans

(I) C(mtra Serm. Arim., c. iv, n. 4, opp. t. VIII, p. 964. (5) Jban., XVI, 14, 15.

le Saint-Esprit ; elle n'indique donc qu'une simple distinction d'origine (1). » C'est ainsi, pour employer une imparfaite comparaison, que le rayon est envoyé parle foyer, et la fleur par la plante, sans en êt^e séparé et en conserTânt la nature die l'un et de l'autre.

Complétons œs notions fondamentales en ajoutant qu'il y à deux sortes de missions pour le Fils et pour le Saint-Esprit : Tune visible et l'autre invisible. Pour le Fils, la mission visible fut rincarnaiion ; pour le Saint- Esprit, son' apparition au baptême de Notre^eigneur, sur lé "ïhabor et le jour de la Pentecôte. Pour le Fils, la mission ânvisible a^ lieu toutes les fois qu'il vient, sages^ infinie, lumière surnaturelle, se communiquer à Tftme bien préparée, dans laquelle il habite comme dans son temple ; pour le Saint-Esprit, la mission invi^ sible se renouvelle chaque fois qu'il vient, amour infini, charité surnaturelle, se communiquer à l'âme bien préparée, dans laquelle il habite comme dans son sanchiairei(2). '

Le but de datte double mission est d'assimiler l'âme àlapersonnedivine quîlui est envoyée. Similes eierimus. Ot, comme le Fils, lumière éternelle, et le Saint-Esprit, amour étemel, ont été 'envoyés pour le monde entier, l'intention de Dieu est de s'assimiler le genre humain ; et, en se l^assimilant; par la vérité et par la charité, de

(1) Talis niissio est sine separatione, sed habet solam dislinctionem ôriglma. i p., q.'43, art. 1, ad 4.

(2) TuDC ioflsibililet Filius uoicûfiiitté rnittituf, cum a quoquaui cognoscUur atque pericipHur. 5. Aug., apud S. Th., i p.>^. 43^ arU 5, ad i. — i>ADtma per ghatiam (conforinalur Deo. Unde ad hoc quod aliqua persona divina miUatur ad aliquem per graliam, oportet quod fiât adsirailalio illius ad divinam personam iqi>œ mittitur, per aliquod gralisè doDum. Et quià Spiritus sancfus est amor, per donum charitalis anima Spîrîlui sahcto assimilatur. Unde secundum donum charilatis allendilur missio Spiritus sancti. Tbid., ad 2.

le déifier. 0 homme !^ si tu comprenais le don de Dieu : Si sdres donum Dei! Dans la pensée divine, cette mis^ sion n'est pas transitoire, mais permanente; elle l'est, en efiTet, tant que Thomme n'y met pas fin par le péché mortel. Elle n'apporte pas seulement à l'âme les lumières du Fils et les dous du Saint-Esprit; mais le Fils et le Saint-Esprit en personne vienneût habiter en elle(l).

Compléter l'œuvre du Verbe, en faisant dans les cœurs ce qu'il avait fait dans les intelligences, achever ainsi la transformation de l'homme en Dieu: telle est la magnifique mission du Saint-Esprit. Â raison même de son importance, elle dut être le dernier terme de la pensée divine ; par conséquent l'âme de l'histoire, le mobile et la clef de tous les événements accomplis depuis l'origine du monde. Si donc l'Incarnation du Verbe a dû être connue de tous les peuples; -et, pour cela, promise, figurée, prédite, préparée dès la naissance de l'homme, à plus forte raison, il a dû en être ainsi de la mission du Saint-Esprit, couronnement de l'Incarnation. Les faits confirment le raisonnement. Or, afinqu'il soit bien entendu que les promesses, les figures, les prophéties, les préparations dont nous allons esquisser le tableau, se rapportent à la troisième personne de la Sainte Trinité, et non à un autre esprit, il est bon de

(1) Siquisdiligitme...adeumveniemuset mansionem apud eum faciemus. Joan,, xiv, 23. — Spîritus sanctus per charitatem et gratiam DOS formaliter justifîcat^ inhabitat, vivificat et adoptât. Justitia enim inhœrens^ non est una siii4)lex qualitas. Sed multa complectitur... ac ipsum Spiritum sanctum donorum auctorem... non tantum donatur homini charitas et gratia, vel ipse Spiritus sanctus quoad dona sua duntaxat ; sed etiam datur ipsissima persona Spiritus sancli ac consequenter datur ipsa deltas totaque sa nota Tri ni tas. Com. a Lap,, in I Petr., i, 4.

rappeler renseignement des Pères, sur la signilîcation du mot Esprit dans TÉcrilure.

Qu'il suffise d'entendre saint Augustin : « On peut, dit-il, demandersi,IorsquerÉcriture dit l* Esprit de Dieu ^ sans rien ajouter, il faut entendre le Saint-Esprit, la troisième personne de la Trinité, consubstantiel au Père et au Fils; par exemple : lA où est f Esprit de Dieu^ là est la liberté ; et ailleurs : Dieu nous [a révélé par son Esprit ; et encore : Ce qui est caché en Dieu, personne ne le sait, si ce n est f Esprit de Dieu? Dans ces passages, comme dans une foule d'autres oîi il n'est rien ajouté, il est évidemment question du Saint- Esprit. Le contextele fait assez comprendre, En-efifet, de quel autre parle l'Écriture lorsqu'elles dit : L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu; et \L Esprit lui-même aide notre infirmité ;ei : C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, les distribuant à chacun comme il veut? Dans tous ces endroits, ni le mot Dieu ni le mot Saint n'est ajouté au mot Esprit, et toutefois il s'agit clairement du Saint-Esprit.

« Je ne sais si on pourrait prouver par un seul exemple authentique, que là oii l'Écriture nomme l'Esprit de Dieu sans addition, elle ne veut pas parler du Saint-Esprit, mais d'un autre esprit bon, quoique créé. Tous les textes cités pour établir le contraire sont douteux et auraient besoin d'éclaircissement (1). »

Nous venons de le voir, dans les conseils éternels il

(1) Nescio'utrum manifesto aliquo exemplo probari possil, alicubi Spiritum Dei dictum sine additamento, ubi Spiritus ille sanctus non significelur, sed aliquis quamvis bonus, creatus tamen et conditus. Quœ prôferuntur enim dubia sunt, et indigent clariore documento. Jk divers, quœtt,, lib. H, n. 5, p. 187, opp. t. VI. S. 7%., i p., q, 74, art. m, ad 4.

86 TRAITÉ DU SAlNT-E^PRiT.

était déddé que-deux personnes del'augUfite Trinité descendraient visiblement sur la terre : leF^is pcHiVfSauver le monde par ses mérites inBnis, h Saint-Esprit pour le sanctifier p^r leffuçion de ses grâces. Mais quand un monarque, tendrement.aimé de sm peuple, doit visiter les différentes parties de son royaume pour semer des bienfaits/ tous les esprits sont «préoccupés de sa venue. La renommée le devance; des cpurriiers le ^précèdent : toutes les voiess ouvrent devant lui. et rien n'est oublié pour lui préparer une réception; digne des espérances qull fait naître et de TenthoasiasdBe qu'il inspire.

U n'est pas un chrétien jqui ne le. sa^he : voilà ce que -Dieu a fait pour ; préparer la v^iaje. du Verbe incarné. Promis, i figuré, prédit, attendu pendant quarante sièdes, le Désiré des nations domine majestueusement le monde ancien. Il est Tân^e de la loi et des sprophètés, l'objet de tous les vœux, la fin de tous les événements, le but de l'élévation < et de la chute des empires : en un mot, il est l'axe divin a,utaur duquel roule tout le gouvernement de l'unfvers.

Cette préparation, étonnante degrandeur^tdemajesté, u'était pas due seulement à la seconde personpe de la sainte Trinité, f:mais aussi à ja Iroisièw^-^Égal.au Fils par la dignité de sa nature, supérieuri en un siens par la subl;imité!de sa mission, et devant eoipmele Fils descendre personnellement sur la terre,, le Saint-Esprit devait, commie le Messie, être précédé d'fune longue suite de promesses, de figures, de prophéties, de préparations, afin d'être, non moins que lo Messie, l'objet constant de l'attente universelle : Desideratus cunctis gentibus. Cette induction de la foi n'est pas trompeuse. L'histoire va nous montrer la troisième personne de la Trinité, occupant la même place que la seconde.

et dans la pensée de Dieu, et dans Tespérance du genre humain, et dans la direction de tous les événements du monde antique, pendant le long intervalle de quatre mille ans.

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