LE SAINT-ESPRIT PRÉPARÉ
Tous les événesients de rancien monde préparent le Saint-Eâprit. — Préparation particulière. — Préludes par lesquels le Saint-Esprit s'annonce luimême. — Son action sur le monde matériel. — Sur le monde angéiique.— Sur le monde moral. — Nombre sept. — H crée les patriarches et les grands hommes de l'ancienne lui. — Il crée le peaple juif, le dirige et le conserve* — Il inspire les prophètes. — Pourquoi lui et non pas le Fils ou le Père.
Dieu ne se contentait pas de promettre le Désiré des nations, ni de le dépeindre dans une grande variété de figures éloquentes, ni même de donner son signalement exact par cette longue suite de prophéties, qui tinrent les regards du monde ancien constamment tournés vers l'Orient. Son admirable providence coordonnait tous les faits sociaux à l'établissement du règne immortel de son Fils. Telle est l'évidence de cette préparation évangélique, que la vraie philosophie résume toute l'histoire antérieure au Messie, par ces deux mots : Tout pour l'enfant de Bethléem.
Or, ce qui eut lieu pour la seconde personne de l'adorable Trinité, s'accomplit avec le même éclat pour la troisième : il n'en pouvait être autrement. Quoique Mérente dans ses moyens, l'œuvre de la régénération du monde est commune aux deux personnes envoyées : tout ce qui prépare le Fils prépare le Saint- Esprit.
S'il fallait que le peuple hébreu fût choisi entre tous les peuples pour conserver le dépôt de la vraie religion ; s'il fallait qu'autour de lui et contre lui s'élevassent les quatre grandes monarchies des Assyriens, des Perses , des Grecs et des Romains ; s'il fallait que ces monarchies renfermassent dans leur vaste seîn l'Orient et l'Occident, et fussent à leur tour absorbées par l'empire romain; s'il fallait que cet empire mît, sans le savoir, la dernière main à Taccomplissement des prophéties messianiques, tout en élevant au plus haut degré de puissance la Cité du mal ; s'il fallait toutes ces choses pour l'accomplissement des conseils divins sur le Verbe incarné : avec la même assurance on doit affirmer que toutes étaient nécessaires, et au même titre, pour l'accomplissement des desseins providentiels à l'égard du Saint-Esprit.
Sa mission suppose celle du Verbe dont elle est le couronnement. L'Esprit sanctificateur ne devait venir qu'après l'incarnation du Verbe, après sa prédication, sa passion, sa résurrection, son retour dans le ciel : événements immenses pour lesquels Dieu remuait le ciel et la terre, depuis quatre- mille ans. « L Esprit ^ dit saint Jean, n'avait pas été donnée parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. ( 1 ) » La gloire de J ésus , ajoute saint Chrysostôme, c'était la croix. Nous étions pécheurs, ennemis de Dieu et privés de sa grâce. La grâce est le gage de la réconciliation ; or, le don ne se fait pas aux ennemis, mais aux amis. Ainsi, il fallait, d'abord, que le Verbe offrît pour nous son sacrifice, et qu'en immolant sa chair, il détruisît l'inimitié, afin de nous rendre amis de Dieu et capables de recevoir le don di-
(1) Joan., vil, 39.
vin, le Saint-Esprit (1). » Il en résulte clairement que toute la préparation du Désiré des nations se rapporte au Sanctificateur des nations ; que c'est pour lui, comme pour le Fils, que s'accomplissent tous les événements du monde ancien.
Outre cette préparation générale, il en est une qui est spéciale au Saint-Esprit. Elle consiste dans les actes particuliers, au moyen desquels la troisième personne deTauguste Trinité prélude, depuis loriginedu monde, à Facte souverain du jour de la Pentecôte. Le magnifique ouvrier qui doit régénérer le monde, l'illuminer, le conduire et le sanctifier, annonce, dans des essais longtemps renouvelés, le chef-d'œuvre qu'il médite. C est ainsi qu'il prépare les intelligences et les volontés à l'aimer, et à l'adorer, d'un amour et d'une adoration semblable à celle dont il honore le Père et le Fils.
Rien de plus intéressant que cette préparation que fait de lui-même le Saint-Esprit. A raison des opérations merveilleuses qui la composent, elle est éminemment propre à le tirer de l'oubli dans lequel nous le laissons. Grâce à elle, nous le voyons, non point inactif au sein de Téternité; mais agissant perpétuellement sur le monde, et préludant, par des œuvres particulières, plus ou moins éclatantes, à des créations plus générales et plus magnifiques.
Pour comprendre cette préparation, il faut se rappeler que la grande œuvre du Saint-Esprit était la régénération de l'univers par l'Église. Il faut se rappeler encore que, dans Tordre de la grâce, pas plus que dans l'ordre de la nature , Dieu n'agit brusquement
(1) Oporlebat prius pro Dobis offerri sacrificium et inimicitiain in carne solvi, nosque Dei amicos efûci, et tune donum accipere. In Joan. homil. iv, n. 2, opp. t. VIII, p. 346.
et par sauts. Toutes ses œuvres , au contraire, se font avec douceur et se développent par des progr^ insensibles. «Ory relise, ditsaint Thomas v tient le milieu entre la synagogue et le del. Beaucoup plifêpârfaite^ue la société mosaïque, la société chrétienne l>est beaucoup inoins que l'éternelle société des élus. Dans'la^ytiagc^ue des voiles sans vérité^ sous l'Évangile la Véritéavee des voiles, dans le ciel la tv^rité sans voiles (le). »» . Ainsi , Fanden rnonde est la préparation du nouveau. Par Faneiân mfende, il laut entendre ses hommes, ses lois, ses Jêiénements,! so» culte, ses prpphètes. Tous sont au mondé nouveau ^> comme il';esquiâse est«a«i por-^ trait^ou comme^Tenfant est à l'homme fait. Le peintre divin qui devait réaliser le portraijt^ travaille pendant quatre mille ans à formef Tesquisse z entrons .dans< son atelier et voyons-le à rœuvrei . . , •-
Le cadre du portrait, c'est le monde matériel. Qui façonne ce cadre magnifique? Qui le fait resplendir dé beautés éclatantes î C'est je Saiùt-Espritj Eu sortant des mains du Père et du Fils, la terre n'était qu'(UBe{masse informe, pénétrée d eau et couverte de ténèbres^ Sous Vactioa' merveilleuse du Saint-Esprit, les éléments confondus «e dégagent, les ténèbres se dissipent^ et du isein du chaos sortent comme pab enchantement; des million^ de créatures plus gracieuses les unes que les autres (2).
lAu principe étemel deleurs. beautés, elles doivent le mouvront ôtla vie. « Le Saint-Esprit; dit un Père, est r^ime de tout ce: qui vit.^ Avec tant de libéralité il donne
' (f) St^aft/s riotte l^gîs mediu^ est inter statîim yeleris lêgîs, cujus figtrrœ Jmf)lÊn.ti:ir iii novalegèviet inter statum glbride in qeia ohinié Dude et pciTecte manifestabitur veriias. i, ii^ q. 61^ art. 4^ ad 1.
(2) Superferebatur huic alaterise... excellentia et eminenlia dotnin^nlis super iûrmnia volunlatis, ut ôrania conderentur. S. Aii</., D. divers, quœst.j lib. lï, n, 5.
de sa plénitude, que toutes les créatures raisonnables et Don raisonnables lui doivent, chacune dans son espèce, et leur être propre et le pouvoir de faire, dans leur sphère particulière, ce qui icouYient k leur nature. Sansdoute^ il n'est pas Tâme substantielle de chacune et dèmeumnl en die ; mais, dlstributeurniagnifique de ses dons, il les répand et les divise suivc^nt le besoin de chaque créa^ ture. Semblable au soleil, il réchauffe tout, il nourrit tout, et sans aucune diminution de lui-même^ il donne, il prête, il distribue à chaque être ce qui est nécessaire et ce qui suffît (1). »
Saint Basile ajoute : « Vous ne trouverez dans les créatures aucun don, de quelque nature qu'il soit, qui De vienne du Saint-Esprit (2). »i •
La plus beUe partie de la création matérielle, le fir^pmarnent, lui doit ses magnificences. Quand Toeil contem* pie l'innombrable armée des deux, Téclat éblouissant de ses bataillons. Tordre de leur marche, la vitesse in-^ compréhensible et la précision de leurs mouvements : que le cœur n'oublie pas d'adresser l'hymne de lareconnaissance à la troisième personne de l'adorable Trinité. Toutes ces beautés, toutes ces grandeurs lui crient : Ipsefecit nos, c'est lui qui nous a faites (3).
Non moins grande est la reconnaissance du monde angélîque. Les splendeurs ineffables dont brillent les ce-
(1) Hic Spiritus^anetus omoiun viventium anima..* omoia nutrit et absque ulla sui diminutione integritatem suam de iaexbausta abuDdantia, quod saiis est et sufficit^ omnibus commodat et impartit. S. Cyp.y sive quivis alius, Serfn. in die Fentecost,
(2) Neque enim est uUum omnino donrnn absque Sptritu sancto adcreaturam perveniens. Lié. ds Spir* sancLj xxiv, n. 55.
(3) Verbo Domini cœli firmati sunt, et Spiritu oris ejus omnis virtils eorum. Ps. ixiii, 6. — Spiritus ejus ornavit cœlos. Job, xxxvi,
lestes hiérarchies, astres vivants de lempyrée, elles les doivent au Saint-Esprit. « Si par la pensée, dit saint Basile, vous ôtez le Saint-Esprit, tout est chaos dans le ciel. Plus de chœurs angéliques, plus de hiérarchies, plus de loi, plus d'ordre, plus d'harmonie. Goûiment les anges chanteront-ils : Gloire à Dieu dans les hauteurs ^ s'ils n'en reçoivent le pouvoir du Saint-Esprit? Une créature quelconque peut-elle dire : Seigneur Jesus^ si ce n'est par le Saint-Esprit? Et quand elle parle par le Saint-Esprit, nulle ne dit anathème à Jésus. Que les anges rebelles aient prononcé cet anathème, leur chute prouve que, pour persévérer dans le bien, les intelligences célestes avaient besoin du Saint-Esprit.
« A mon sens, Gabriel n'a pu annoncer l'avenir que par la prescience du Saint-Esprit. La preuve en est que la prophétie est un des dons de l'Esprit divin. Quant aux Trônes et aux Dominations, aux Principautés et aux Puissances, commentjoniraient-ils delà béatitude, s'ils ne voyaient toujours la face du Père qui est dans les cieux? Or, la vision béatifique n'est pas sans le Saint- Esprit. Si pendant la nuit vous ôtez les flambeaux d'une maison, tous les yeux sont frappés de cécité : organes et facultés, tout devient inerte. On ne distingue plus ni la beauté ni le prix des objets ; par ignorance l'or est foulé aux pieds comme le fer. De même, dans Tordre spirituel, il est aussi impossible que la vie bienheureuse du monde angélique subsiste sans le Saint-Esprit, qu'il est impossible à une armée de demeurer en ordre sans un général qui la maintienne, à un chœur de conserver l'harmonie sans un chef qui règle les accords.
« Et les Séraphins, comment pourraient-ils dire : Saint ^ saint, saint, si l'Esprit ne leur apprenait quand il faut chanter l'hymne de gloire? Soit donc que les anges
louent Dieu et ses merveilles, ils le font par le secours du Saint-Esprit ; soit que, debout devant lui, des milliers et des millions d'entre eux exécutent ses ordres, ils ne remplissent dignement leurs fonctions que par la vertu du Saint-Esprit. En un mot, ni la sublime et ineffable harmonie des anges danâ le culte de Dieu, ni [accord merveilleux qui règne entre ces célestes intelligences, n'existeraient sans le Saint-Esprit (1). »
Est-ce prouver assez clairement l'action du Saint-Esprit sur les anges? Grâce, persévérance dans le bien, connaissance de l'avenir, béatitude, harmonie, beauté, le monde angélique doit tout à la troisième personne de l'auguste Trinité.
Pénétrons plus avant. Afin d apprendre à toutes les générations, qu'il est Tauteur de toutes les beautés du ciel et de la terre, l'Esprit aux sept dons s'écrit dans ses ouvrages : il fait tout par le nombre sept. Comme témoins de son action et prédicateurs de sa future venue, sept planètes principales resplendissent au firmament. Dans le monde inférieur, le temps se divise en sept jours. D'Adam à Noé, sept grands patriarches jalonnent la route des siècles (2). Sept fois sept jours, augmentés de l'unité mystérieuse qui soude le temps à Téternité, forment l'espace entre l'immolation de l'Agneau pascal et la promulgation de la loi (3).
(1) Si subduxeris ratione Spiritum^ perierint angelorum cboreœ, sublatœ sint quoque arcbangeiorum prœrecturœ^ atque confusa fuerint omnia: vita ipsorum nulii legi nulli ordim'j nulli regulœ subjaceat... S. Basil.y lib. de Spir, sanct., c, xvi, opp. t. lil, p. 4445. — S. Greg. Nazianz.y homil. in Pentecost,
(2) n Petr., II, 5.
(3) Septenariiis quippe numerus septies revolutus, quinquagesimum efficit, addito nonade, qui prœsentis seculi meta et futuri ini- Uum^ perpetuitatem sub octava^ nomiae continenâ^ sic praîsentia
Aux semaines de jours succèdent les semaines d'années terminées par l'année jubilaire, année de rémission, de libération, de restauration et de repos : nouvelle figure du jubilé éternel, merveilleuse création du Saint-Esprit. Sept jours de prières consacrent les prêtres ; sept jours de purification rendent le lépreux à la vie civile. Sept trompettes, sonnées par sept prêtres, font tomber les murs de Jéricho. A Pâques, pendant sept jours on se nourrit de pains azymes. Le septième mois se célèbre la fête des Tabernacles, qui dure sept jours. Sept ans sont employés à la construction du temple de Salomon et sept jours à sa dédicace. Sept branches et sept lumières ornent le chandelier du sanctuaire. Sept multiplié par dix donne le nombre des prêtres, associés au ministère de Moïse, et des années où le peuple sera captif à Babylone (1).
Ces répétitions si fréquentes du nombre sept dans l'Ancien Testament ne sont point arbitraires. Œuvres de la sagesse infinie, elles figuraient, nous le montrerons plus loin, les merveilles septénaires que devait réaliser dans le Nouveau, le divin auteur des unes et des autres (2). En se gravant, par le nombre sept, au front de toutes les créatures et de tous les événements figuratifs, le Saint-Esprit y gravait avec lui les deux autres personnes de l'adorable Trinité, et préparait aussi le genre humain à les contempler dans Téclat de leur ma-
terminat, ut nos ad perpétua introducat. S. Cyp., Serm, de SpiriL sancL
(i) Septungesimo anno populus ex captivitate reducitur, ut quam vim in unilatibus habet hic numerus, eamdem quoque in decadibus habeat^ ac perfection numéro septenarii mysterium honoretur. 5. Greg. Nazianz., Oral, in Pentecost.
(2) Sacratus hic septenarius numerus a condilione mundi auctorilateni obtinuit. S. Cypr., vel qufvis alius, Serm. de Spirit. sancU
nifeslation, « Le nombre sepl, dit saint Cyprien, se compose de qaatre et de trois. Respectable à cause de ses significations lûystérieuses, il Test infiniment plus à raiscrii dés parties dont il est composé. Par trois et par quatre sont exprimés les éléments primitifs de ton les choses, TouTrieret l'ouvrage, le créateur et la créature. Trois marque Ta Trinité créatrice, quatre Tuniversalité des êtres comjpiris, en substance, dans les quatre éléments. Dans la personne du Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, on voit aux premiers jours du monde, troh reposer sur quatre : la Trinité sur les quatre éléments, confondus dans la masse informe du cbaos; puis, dans sa bonté, le Créateur embrasse sa créature; beau, il la rend belle; saint, il la sanctifie et 86 l'unit parlés liens d'un amour indissoluble (i). »
Il crée les patriarches. Après avoir créé et embelli les deux et la terre, séjour de son immortelle Cité ; après avoir également créé et doué de beautés incomparables les princes chargés de la régir, le Saint -Esprit crée, embellit, élève, protège les citoyens qui doivent Thabiter. Patriarches , événements , institutions , prophètes , grands hommes mosaïques, sont autant dressais par lesquels le Roi de la Cité du bien prélude à des opérations plus complètes sur le peuple catholique. Les fils d'Adam pécheur, et pécheurs eux-mêmes, sont la matière qu'il manipule. Comme le feu saisit l'or et le purifie, il les prend, les ennoblit, et, les remplissant de quelquesuns de ses dons, il les façonne en patriarches.
Au milieu des hommes ordinaires ce qu'est le géant, par la hauteur de la taille et par la force musculaire, le patriarche l'est par ses vertus, au milieu des hommes de
(1) Ubi suprà.
Tancien monde. Qu'on trouve chez les Égyptiens, chez les Assyriens, chez les Perses, chez les Grecs, chez les Romains, des hommes comparables à Hénoch pour la fidélité au vrai Dieu ; àNoé pour la justice; à Abraham pour la foi ; à Joseph pour la chasteté et le pardon des injures ; à Moïse pour la douceur et la persévérance; à Josué pour le courage ; à Job pour la patience ; à David pour les qualités royales ; à Salomon pour la science et la sagesse ; à Judas Machabée pour les vertus guerrières : à tous ces justes, au regard serein, aux vertus fortes et modestes, à la simplicité des mœurs, à la bonté, à la haute raison, et dont Timage se peint dans l'imagination, comme ces tableaux à grandes perspectives, qui étendent leurs proportions à mesure que le regard s'en éloigne. Quel est l'auteur de ces miracles vivants, les plus beaux sans contredit, que l'ancien monde ait contemplés? L'Esprit aux sept dons (1).
11 crée le peuple juif, le dirige et le conserve. Des patriarches, le Saint-Esprit fait sortir un peuple exceptionnel comme ses pères, et figure de tous les peuples. En vain, l'ingrate et soupçonneuse Egypte veut le retenir dans les fers. L'Esprit tout-puissant le tire de sa mystérieuse servitude. Tel est l'éclat des miracles dont il frappe cette terre endurcie, que les magiciens de Pharaon se confessent vaincus et sont contraints d'y reconnaître non le Père ou le Fils, mais le Saint-Esprit lui-même (2).
(1) Hic sapientia Salomonem, inteilectu Danielem, Joseph consilio^ Sarnsonem fortitudine^ Moysem scientia^ David pietate. Job timoré prosequitur, et saoctorum animas omnimodis fœcundat virtutibus, etc. Ser.j ubi suprà.
(2) Hic est Spiritus sanctus quem Magi in iEgypto tertii signi ostensione convicti, cum sua defecisse prsestigia faterentur, Dei digitum appellarunt. Ibid.
Les chaînes de Tesclavage sont tombées ; Israël est en marche pour retourner dans sa patrie, mais la mer lui oppose ses abîmes. A la voix du Saint-Esprit, le redoutable élément s'émeut. Gomme deux montagnes à pic, ses eaux suspendues ouvrent un passage : six cent mille combattants descendent dans ces profondeurs inconnues et les traversent à pied sec (1).
De l'autre côté, à l'entrée du désert, les attend le Saint-Esprit. C'est lui qui sera dans Timmense solitude leur précepteur et leur guide : magnifique prélude de la direction future du peuple catholique à travers le désert de la vie (2).
Autre prélude non moins éloquent. C'est lui qui, au sommet du Sinaï, gravera la loi mosaïque sur des tables de pierre, comnae il gravera la loi évangélique dans le cœur des chrétiens; constituant ainsi, à l'état social, et le peuple ancien et le peuple nouveau (3).
Voyageur avec Israël, Jéhova veut un sanctuaire, où il rendra ses oracles et recevra les adorations des fils de Jacob. Qui sera chargé de fabriquer au Dieu du ciel une habitation sur la terre? Un ouvrier du Saint-Esprit. «Le Seigneur dit à Moïse : J'ai appelé Béséléel, fils d'Uri, je Tai rempli de TEsprit de Dieu, de sagesse, d'intelligence et de science en toute sorte d'ouvrages ; c'est lui qui fera mon tabernacle (4). » Dans ce chef-d'œuvre
(i) Hic Spiritus Rubri maris aquas siccavit, et suspensis hinc inde vebemeutibus fluctibus... populum ad spiritalem eremi libeitatem eduxit incolumem. Ser.y ubi supra,
(2) Non dimisisti eos in deserto... Spiritum tuum bonum dedisti qoidoceret eos. II Esdr,, ix, 19, 20,
(3) Exod.y XXXI, i8. — Legimus digito Dei scriptam legem, et datam per Moysem sanctum servum ejus; quum digitum Dei multi intelligunt Spiritum sanctum. S. Aug.f Enarrat., in ps. vui, n. 7.
(4) EoBod,, XXX, 1 et seqq.
de tous les arts réunis, pas une partie qui ne soit une figure, un essai de TÉglise catholique, tabenmcle im*^ mortel que le Saint-Esprit devait construire à 1 augusté Trinité.
Faut-il un chef habile et courageux qui introduise la nation sainte dans la terre promise? Le Saint-Esprit forme Josué, filsdeNùn (1). Des magistrats souverains, qui d'une main dictent des jugements pleins d*équité, et de Tautrè repoussent de leur épée victorieuse les rois de Syrie, lesMadianites, les fils d'Ammon, les Philis* tins et les autres ennemis d'Israël? 1> Saint-Esprit sus* cite tour à tour Othoniel, Gédéon, Jephté, Samson^ Samuel, et cette longue suite de sages et de guerriers, auxquels les autres peuples n'ont rien à comparer (2).
Le peuple figuratif a-t-il, aux diCBéren tes époques de son existence, besoin d'un prodige de force, de sagesse^ de science, de piété? L'Esprit aux sept dons le fait paraître aussitôt : sous sa main aucun élément n'est rebelle. « Il prend un bouvier, dit un Père, et il en fait un joueur de harpe qui enchante les mauvais Esprits. Il voit un berger de chèvres, piquant les sycomores, et il en fait un prophète. Souvenez-vous de David et d'Amos. Il discerne un beau jeune homme, et il le constitue juge des anciens : témoin Daniel (3). '
«Ennemi des avares et des faussaires, il frappe Giézi d'une incurable lèpre. 11 impose silence à Balaam, payé pour maudire, le fait reprendre par son ânesse, lui fait
(i) Num,f XXVII, 18.
{2)Judic,, m, 10; id,, vi, 3i; id., xi, 29-32; «rf., xiii, 25, etc.
(3) Hic Spiritus utpote sapientissiaius... si pastorem nactus fuerit, citharœddm farcit perversos Spiritus excantantem... Si caprarium moros vellicantem, prophetam efûeit. Davidem et Amos cogita. Si adolescentem elegantem accepérit, presbyterorum judicem consii« tuit... Testis est Daniel. S. Greg, Naz., Orat. in Pentecost.
asser la jambe et le renvoie dans son pays couvert de confusion, les mains videset boiteux. C'est lui qui maintient le «bel ordre qu'on admire chez la nation sainte, qui crée les rois et les princes, qui sacœ les pontifes, et quichoisit les prêtres (l)w;». ^
Comme il est l'âmede l'Église, il était l'âme de la Sjuagc^ev le Saint-i-Ei^rit. Dans les siècles de préparation, on le iroit sans cesse préluder, par une grande variété de figures, aux réalités qu'il devait opérer dans les siècles d'accomplissement : Hœc omnia operaiur musatqueidem Spirùm, •
Mais, nulle part, l'action du Saint-Esprit sur l'ancien monde ne se manifeste avec plus d'éclat et de persévérance que da;ns l'inspiration des prophètes. Ces hommes divins qui, pendant vingt siècles, se succèdent sans interruption, sont chargés tout à la fois de reprendre Israël de ses prévarications, et d-annoncerau genre humain les futures merveilles de la miséricorde infinie. Qui leur donne la force de parler hardiment aux rois et aux peuples? Quimet sur leurs lèvres les réprimandes, les menaces, les promesses? Qui ouvre à leurs yeux les horizons de l'avenir et leur montre dans le lointain des âges, les événements immenses tour à tour consolants et terribles, dont les faits mosaïques ne sont que les préludes rudimentaires ? Par la bouche de David, tous Ifô prophètes* répondent : « C'est l'Esprit du Seigneur qui a parlé par moi ; c'est sa parole qui est sortie de mes lèvres (2). »
Au nom de tous les apôtres, saint Pierre déclare que
(1) Hic sacrorum ordinuni distributor, reges créât, et principes, sacral pontifices, eligit sacerdotes. S. Cyp,, ubi suprà.
(2) Spiritus Domini locutus est per me, et sermo ejus per linguam meam. U Reg., xxiii, 2.
jamais la prophétie n*est venue de la volonté humaine. «Mais, dit-il, c'est inspirés du Saint-Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé (1). » Par l'organe de saint Chrysostôme et de saint Jérôme, tous les Pères grecs et latins ajoutent : « C'est un fait admis de tous que le Saint-Esprit fut donné aux prophètes... Que personne n'imagine qu'un autre Saint-Esprit fut donné aux saints antérieurs à la venue du Messie, et un autre aux apôtres et aux disciples du Seigneur (2). » Enfin, dans sa profession de foi, l'Église chante, d'un bout du monde à l'autre, le Saint-Esprit qui a parlé par les prophètes, qui locuius est per prophetas .
Pourquoi l'inspiration des prophètes est-elle attribuée au Saint-Esprit, et non au Père, le principe des lumières, Pater luminum; ou au Fils, la sagesse éternelle, sapie7itia Dei? C'est ici le lieu de résoudre une question qui se présente naturellement à l'esprit. Rappelons d'abord, avec saint Léon, que la majesté du Saint- Esprit n'est jamais séparée de la toute-puissance du Père et du Fils; et que tout ce que la sagesse divine fait dans le gouvernement de l'univers , est l'œuvre de la Trinité tout entière.
<( Si le Père ou le Fils ou le Saint-Esprit, ajoute le grand docteur, fait quelque chose qui lui soit propre^ on doit l'attribuer à la nécessité de notre salut. La sainte Trinités'est partagé l'œuvre de notre rédemption. Le Père
(1) Non enim voluDtate humana allata est aliquando prophetia; sed Spîritu saûcto îDspirati locuti suntsancti Deihomines. H Peir., 1,21.
(2) Prophetis autem in confesso est apud oranes, Spiritum saDCtum fuisse datum. S. Chrys., homil. u, in Joan., n. 2. — Nemo au* tem suspicetur alium Spiritum sanctum fuisse ia sanctis vivis aute adventum Domini ; et alium îd Âpostolis cœterisque discipu* lis. In interpret, Didym., De Spir. sancU^ p. 495.
a dû être apaisé, le Fils apaiser et le Saint-Esprit sanctifier. De plus, en nous donnant certains faits ou certaines paroles sous le nom du Père ou du Fils ou du Saint-Esprit, l'Écriture veut préserver d'erreur la foi des chrétiens. En efifet, la Trinité étant inséparable, jamais nous ne comprendrions qu'elle est Trinité , si elle était toujours nommée sans distinction des personnes (1). »
Cela posé, voici la raison fondamentale pour laquelle l'inspiration prophétique est attribuée au Saint-Esprit. Quel est le but de toutes les prophéties de l'Ancien Testament? C'est d'annoncer le Nouveau. Qu'est-ce que le Nouveau Testament? C'est l'incarnation du Verbe et la formation de l'Église. Qu'esf-ce que l'incarnation du Verbe et la formation de l'Église? L'œuvre par excellence de l'amour divin. Le Saint-Esprit est l'amour divin en personne. C'est donc à juste titre qu'on lui attribue l'incarnation du Verbe et la formation de l'Église (2). Les prophéties sont l'annonce et la préparation de l'une et de l'autre. Quoi de plus rationnel que de les attribuer au Saint-Esprit? Serait-il même possible de concevoir qu'étant chargé de la fin, il ne fût pas chargé des moyens? Ainsi, les paroles et les actions inspirées des prophètes, sont l'œuvre du
(i) ••• Quidquid in dispositione reruni omnium agit divina moderatio, ex totius Tenit providentia Trinitatis... Divisit sibi opus nostrœ reparationis misericordia Trinitatis, ut Pater propitiaretur^ Filius propitiarety Spiritus sanclus igniret. Serm, m de Pentecost. — Ob boc enim qusedam sive sub Patris, sive sub Filii, sive sub Spiritus sancti appeUatione promuntur, ut confessio credentium in Trinitate non erret. Quœ cum sit inseparabilis, nunquam intelligeretur esse Tri nitas, si semper inseparabiliter diceretur. /(/., Serm. ii^ in
(2) Conceptus de Spirîtu sanclo. Credo in Spiritum sanclum, SADctam Ecclesiam. S. Th., m p., q. 32, art. i^ 6, et ad i.
Saint-Esprit ; et, comme nous l'avons remarqué, elles forment dans l'ancien pionde le double prélude des merveilles analogues, mais bien plus grandes, qu'il devait accomplir dans la plénitude des temps.! ..
Écoutons les interprètes et les' docteurs : «Peddant de longs siècles, disent-ils, le Saint-^Esprit s'essaye à la formation du Verbe incarné ; chaque prophète, chaque action prophétique, en est un linéament, une esquisse. Quel autre que lui dans Isaac porte le bois de son sacri- Rce? Quel autre que lui dans le bélier embarrassé par les épines est offert en holocauste? Quel autre que lui dans l'ange qui lutte avec Jacob, et dont il bénit la postérité demeurée fidèle? C'est lui qui est Josué introduisant le peuple dans la terre promise; Samson tuant le lion, et qui va chercher une épouse étrangère, figure de l'église des Gentils. Qui est Jahel, femme pleine de confiance, qui tue Sisara général des armées de Jabin, en lui enfonçant dans la tempe le clou de sa tente? C'est l'Église, qui, armée de la croix, écrase le démon et ruine son empire. Qu'est-ce que la toison couverte de rosée sur la terre sèche, puis la toison sèche sur la terre humide? le Messie, caché d'abord dans le mystère de la loi judaïque, tandis que le reste du monde demeure comme une terre sans eau ; puis, le monde pos-« sédant la divine rosée dont le Juif s'est rendu indigne. Qu'est-ce qu'Élie, multipliant la farine et l'huile de la pauvre veuve, ou Elisée ressuscitant un mort ? Le Christ futur. Ainsi, l'Ancien Testament est la semaille, le Nouveau, la moisson ; et Tun comme l'autre est l'œuvre du Saint-Esprit (1). »
(\) Corn, a Lap.,Prœm. in Proph. — S. Aug,^ lib. XII, conira Faust., c. XXVI, XXXI, xxxii, xxxv. ~ Salores fuerunt Prophelae, messores Apostoli. S. Chrys., homil, xxxiv, in Joan., 4.
A cette ébaache, si Ton ajoute mille traits faciles à recueillir, nous aurons le tableau de l'action du Saint- Esprit sur le monde angélique, sur le monde physique et sur le monde moral, pendant toute la durée de Tancienne alliance. Loin d'être inaclif au sein de Téternité, le Saint-Esprit nous apparaîtra comme le principe toujours Sigissant dans la création, et comme le préparateur infatigable de l'Alpha et de TOméga des œuvres divines : Jésus-Christ et l'Église. Il est temps de nous occuper de ces deux merveilles constitutives de la Cité du bien.