‹ Traité du Saint-EspritChapitre 13 sur 106 · LE SAINT-ESPRIT DANS LE NOUVEAU TESTAMENT, PREMIÈRE CRÉATION · texte numérisé non relu

LE SAINT-ESPRIT DANS LE NOUVEAU TESTAMENT, PREMIÈRE CRÉATION

Action du Saint-Esprit continuée dans le Nouveau Testament. — , ] de saint Basile et de saint Léon. — Quatre grandes créations du Saint- Esprit : la sainte Vierge, le Verbe incarné, l'Église, le Chrétien. — Marie résumant en elle toutes les gloires des femmes de TAncien Testament et toutes les perfections des saints. — Marie, océan de grâces : doctrine de saint Thomas. — Beauté corporelle de la sainte Vierge. ~ Marie formée par le Saint-Esprit et pourquoi. — Histoire de cette formation. — 'Concours des trois personnes de la sainte Trinité. — Beau commentaire du père D'Argentan.

Reliant raction incessante et universelle du Saint- Esprit dans l'ancien monde, à son action également incessante et universelle dans le monde nouveau, deux grands docteurs, l'un de l'Orient, l'autre de l'Occident, s'expriment avec une précision qui porte dans Tâme, avide de la vérité, la lumière et la joie. « C'est au Saint- Esprit, dit saint Basile, que toutes les créatures du ciel et de la terre doivent leur perfection. Quant à l'homme, toutes les dispositions bienveillantes du Père et du Verbe Sauveur, qui peut nier qu'elles n'aient été réalisées par le Saint-Esprit? Que vous considériez les temps anciens, les bénédictions des patriarches, la promulgation de la loi, les figures, les prophéties, les exploits militaires, les miracles des anciens justes, ou que vous regardiez tout ce qui concerne l'avénemenl

du Seigneur dans la chair : tout a été fait par le Saint- Esprit (1). »

Saint Léon n'est pa» moins explicite. « 11 n'en faut pas douter, écrit Timmortel Pontife : qu'au jour de la Pentecôte, TEsprit-Saint ait rempli les apôtres, ce ne fut pas le commencement de ses bienfaits, mais une augmentation de libéralité. Les patriarches, les prophètes, les prêtres, tous les saints qui vécurent dans les anciens temps, durent au même Saint-Esprit la sève sanctifiante qui fit leur force et leur gloire. Sans sa grâce, jamais signes sacrés ne furent établis , jamais mystères célébrés ; en sorte que la source des bienfaits fut toujours la même,>bien que différente dans la mesare de ses dons (2). »

Or, les effusions partielles du Saint-Esprit sur les hommes et sur les femmes illustres de l'ancienne loi, sur la synagogue, sur le simple Juif lui-même, devaient aboutir dans la suite des temps à une effusion complète, manifestée par quatre grandes créations : la sainte Vierge^ Notre- Seigneur^ l'Église et le Chrétien.

Première création du Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, la sainte Vierge. — Dieu a parlé à l'homme, et parlé pour l'instruire. Sa parole n'est donc pas, elle ne peut pas être un livre scellé. De là, l'indispensable nécessité d'une interprétation authentique. Cette interprétation ne se trouve nulle part^ ou elle est dans la tradition universelle de la synagogue et de l'Église.

Cette tradition nous dit que toutes les femmes

(!) ... Sive velis prisca spectare, patriarcharum behedicliones, aoiilium per legem datum, figuras, prophetias, fortiter in bellis gesta, miracula persanctos édita: sive quœ circa Domini in carne adventum dispensata sunt : per Spiritum gesta sunt. Lit. de Spir. «onff., xvî, n. 39.

(2) Serm. u de Pentecost.

illustres de FAncien Testament sont des ébauchés/dee esquisses, des figures de la femme par excellence; Marie. Les dons qu'elles ne possédèrent qù'èn" partie et transiloirement, Marie* les possède dans leur plâii^ tude et d'une manière pernianente. . ^ )*;

€k)mme lôsi. différents ;Cou!rsr d'eau Cfui^^arrosaot Sa; t^rre viennent se pierflre dansîTocéàt : touééfe les;«|6»^^ sions p&rtiôlles.du «Saint-Esprit, 'snr ^les fenHSifeS''dlei»<li| Bible,: se dôbnent! un rendez ^ vous daiifsk fessme de yjÉvangilie., pour créer rincoaDit)ai?ahl€|TOér!veiIlo.dô son f aexe,^ M Vierge \ rùèpe, Marie. iAiosi qu'on voit iat rosé poiùdrè dans le;ibouton^ nous svpyônfc »Mario*rpt)inw dre ddns five^^ la Jïi^re des- vivants ; r l'itlréecnûiliàblâ ennemie du serpent dont elle écrâSecafda têtel SUe pesplenditr datis >Rèkeccâ^ jeune yiergûimadestev* naïve, belle eépiidiqûe^' FecheiFdiiée entré î-tdutes parole ivârvi table Abrafaasn , \ pbtoi lei Sis dé sa teodi^^sse y ^Isàao^ Tous les siècles «t'admirent i dans ]b courageuse' JùditUi: qui^vau-j^éril desa vie, tue lexruel iHo^oph^ne; teitenxe sa patrie. Esfhéi^ présente un feflet de. s(Jù înoomparablè beauté, •dejfea-pudssânceisurifeccBur du grand Roi-,ide sa compassiott pour ies^malheureiii. Sàlomèni la^ chsùîtï s^vectous^^âattraitâ, toutes ses Yertus,!tdus ses bîein£^[td^ dans répbtise immaculée du Cantique des, oantiqwesûl^

T^Mus cesi dons épaiiSî^ônt' réunis dàns.MôHe'; mai» ce n'est pd& a8SQ:a4' Placée par. le. SainttTEspr!i^è»^re»lé mondé aneiein et >le monde àouyeaus ielle 6st cbmtne up océan >dlansï îequel"vienïlent se confondre ioutës les merveilles des deux Testanients. « Tous les fleuves, dit le Docteur. séraphique, entrent dans la< 'mer, et la m» ne déborde' lias taitisi, tôtifes les qùadîtés dés sainte*'^ donnent rendez-vous dans Marie. Le flièuve de la grâce des anges entre dans Marie. Le fleuvede la grâce des

patriarches et (le3 prophètes entre dans Marie. Le fleuve de la grâce des apôtres entre dans Marie. Le fleuve de la grâce de$,9)artyrs ei)tre. dans Mairie. Le fleuve de la gràce des/çanfejBseurs enjtre dfrqs Marie : tousses fleuves entrent dans cette mer. Qu'y a-t-il d'étoni]|ant-qu9 toute grâce cou]^ daqs Marie, puisque toute grâce découle- de Marie (!)?>>

, Quel est cet çicéan ? Cet océan sans limites et Wis fond se. compose de toutes les richesses de la Dature et de la grâcQy.de toutes les vertus théologales etpairdinales à leur plus hautet.puissancev de tous \^ <^n^ (du Saint-rEsprit dans leur plénitude, et de toutes le^ grâces gratuites. (\ Le Verbe incarné, dit wntThonias, posséda dans s^ perfection la plénitude de la grâce ; mais elle fut commencée dans Marie (2). » Quadt aux grâces, gratuites , c'est-à-:dire qi^i sont données pour l'utilité des autres, afin de travailler à leur.jsalut, ^it en opérant .Içur converision, )5oit en asspi*ant , leur persévérance, yQulops-nonsiCcamattre, sous .QO; f apport, les richesses de Marie7^iÉqq|utons saint Paul spécifiant les neuf espèces de grâces gratuites, distribuées aux différents membres de TjÊglise. « Les uns, dit-iU^r^QOivept resprit de sagesse; les autres, l'esprit de science; les autres, le doade la foi; les autres, la grâce (de rendre la santé aux malades; les autres, 4e faire des miracles; quelques-uns, le don

(I) Onrnia flumina intrant ia mare, dum omnia charismata sanctointn intrant in Mariam. Flumen gratia: angelorum intimât îd Mariam... Omnia flumina intrant In mare, et mare non redundat. QiHd mirum» si omnis |g;raUa in Mariam cônfluxit, per quam tanta gratia *à omnes defluxit? In SpecuL B, M. F., postMed.

(2)Sicut gratifie plénitude perfectë quidem fuit in Christo, et tamenaliqua ejus inchoatio prœcessit in matre. m p., q. 2S| art. 3, ad 2.

de prophétie; les autres, le discernement des esprits; les autres, le don des langues, et les autres, Tintelligence px)ur interpréter aisément les Écritures (1). » Posséder une seule de ces grâces insignes suffit pour être éminént dans TÉglise.

Op, saint Thomas, suivi de la théologie catholi^ que, enseigne que Marie les avait toutes, en habitudes ou en actes, m 11 ne faut pas douter, dit-il, que la bienheureuse Vierge n'ait reçu excellemment le don de sagesse et des miracles, ainsi que l'esprit de prophétie. Toutefois elle n'a pas reçu l'usage de toutes les grâces gratuites : c'est le privilège exclusif du Verbe incarné. Elle a exercé celles qui étaient convenables à sa condition. Ainsi, elle a reçu le don de sagesse, pour s'éleveif à de sublimes contemplations ; mais elle n'en a pas eu l'usage pour prêcher publiquement l'Évangile, parce qu'il n'était pas convenable à son sexe.

(c Elle possédait vraiment le don des miracles; mais elle n'en a pas eu l'usage, surtout pendant que son Fils lui-même prêchait l'Évangile. Il était convenable, en effet, que pour confirmer sa doctrine, lui seul fît des miracles, en personne ou par ses organes accrédités, les disciples et lés apôtres. De là vient ce qui est écrit de Jean-Baptiste lui-même, qu'il n^a fait aucun miracle. Il en devait être ainsi, afin que l'attention du peuple ne fût point partagée entre plusieurs, mais que tous les yeux fussent tournés vers le Verbe divin. Quant au don de prophétie, Marie en a fait usage dans son immortel cantique (2). »

Comme les rayons du soleil colorent en le traversant un nuag§ diaphane ; les beautés intérieures de la fille

(1) l Cor.^ xîi, 8.

(2) ni p.^ q. 27^ art, 5» ad 3.

du Roi rayonnaient sur son corps virginal et lui donnaient une grâce incomparable. Marie fut plus belle que fiachel, plus belle que Rébecca, plus belle que Judith, plus belle qu'Esther, plus belle que toutes les beautés deTancien monde. De même que Notre-Seigneur fut le plus beau des fils des hommes, Marie fut la plus belle des filles des hommes. Type parfait de la beauté morale, elle fut le type également parfait de la beauté physique (l).

Par qui a été formé cet océan de perfections? Par le Saint-Esprit. Marie est ce que nous venons de dire, et mille fois plus encore, parce que, de toutes les créatures du ciel et de la terre, des temps passés et des siècles futurs, elle est la seule en qui la troisième personne de Tauguste Trinité soit survenue avec la plénitude de ses dons. Si vous demandez dans quel but le Saint-Esprit s'est ainsi reposé en Marie, les anges et les hommes répondent : Parce que Marie devait être son épouse, la mèi?e du Verbe incarné, la base de la Cité du bien, la femme par excellence, mère d'une lignée perpétuelle de femmes héroïques.

Méditons le Fiat créateur de Marie. « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge, mariée à un homme, nommé i03eph, de la maison de David; et le nom de cette

(1) Mariam non potuisse non eximia forma et incomparabiti pulcbritudine prœditaai esse, quœ multo rectius in ipsa, quam in Esther coDJuge et Judith vjdua, vel in Rachel et Rebecca virginibus Maris typum exprimeotibus, prœdicetur. Habuit summum et per* fectissîmum in pulchritudine^ quod potuit esse in mortali corpore^ secundum statum vise opérante natura. Sicut enim Dominas noster JesQs Christgs fuit speclosus forma prœ filiis hominum, ita beatissima Virgo pulcherrima et speciosissima inter fi lias hominum. B, Al- ^rt magn,y apud Canisium, De Maria Deip., lib. I, c. xiii, p. 92, edit. in-folio.

vierge était Marie. Et Tange, venant vers elle, dit : Je vous salue, Marie pleine de grâce, le Seigneur est awc vous; vous êtes bénie entre les femmes (1). » . Remarquons/rle bien, l'ange ne dit pas : \on^ ser^ pleine de grâce, maïs : Vous é/£i^ pleinie de gr✠et bénie par-dessus toutes les femmes. Les perfections ineffables de Marie ne datent ^^ de la visite du céleste ambassadeur. Ce n'est pas à lui qu'elle les doit ; elle l6s possède sans lui et avant lui .

Après s'être exercé,^ comme en sejouant, à mille préludes, le divin architecte avait, en créant Marie, construit son vivant sanctuaire. Dès le premier instant de son existence, il avait orpé sa future épouse de la plénitude de la grâce. Objet de ses complaisances infiliies, elle était sa co],ombe, unique, toute belle, saps tache, ni ombre de tache, blanche comme le lis, gracieuse comme la rose, brillante comme le saphir, transparente comme le diamant. Telle était Marie au moment delà visite de l'ange; telle elle avait toujours été. Jamais, ni à sa conception, ni à sa naissance, ni pendant sa Yie. le souffle impur du prince de la Cité du mal n'avait effleuré celle qui devait lui écraser la tête.

Nous n'avons plus à prouver la possession plénièreel perpétuelle de la grâce par Marie, depuis que l'Église, résumant la croyance universelle des siècles, a formula en dogme de foi la Conception Immaculée de Tépousi du Saint-Esprit. Il nous reste seulement à dire ave< l'ange, dans les transports de la reconnaissance et de L foi : 4e vous salue, Marie pleine de grâce : Ave^ Marii gratiaplena.

Reprenons l'histoire de cette création, bien plui merveilleuse que celle du ciel et de la terre. Gabrie

C<) Luc, I, 29.

ajoute ; « Ne craignez point, Marie ; vous concevrez en y(Are sein et vous enfanterez un fih. Le Saint-Esprit snrvÎÊndrâ en vous, et la Tertu du Très-Haut vous couyirra de son ombre. C'est pourquoi le Saint qui naîtra de Yona s'appellera le Fils de Dieu (1 ) . »

t La langue . des anges serait impuissante à expliquer ces profonds mystères : que peut la latigue de Thomme ? La première chose qui frappe dans le message angéliqde, c'est la parole : Ne craignez point, Marie. Quel en est le senfi et la raison? « Vous venez d'entendre, répond un Père de l'Église, que, par un iwompréhensible mystère, Dieu et l'homme seront mis dans un même corps, et que la fragile nature de notre chair doit porter toute la gloire de la Diviiiité. De peur que dans Marie le grain de sable de notre corps ne fût écrasé sous le poids immense du céleste édifice, et que Marie, tige délicate, destinée à porter le fruit de tout le genre humain, ne fût brisée, l'ange . commence par bannir toute crainte en disant : Ne craignez point, Marie (2). »

Pourquoi la jeune vierge de Juda doit-elle être sans crainte? L'ange s'empresse de le dire en lui annonçant le concours des trois personnes de la Trinité. Le Père paraît comme soutien, le Saint-Esprit comme époux, le Verbe comme fils. Pourquoi ce concours si expressément indiqué ? Les interprètes répondent : «Jusqu'à Marie, les illustres filles de Juda avaient reçu le Saint-Esprit partiellement, pour une mission particulière: la Vierge-Épouse doit recevoir du Saint-Esprit toute la substance du Verbe éternel, le Verbe lui-môme en personne, le Créateur des mondes. Oabriel connaît le poids écrasant du miracle. Aussi il ne se contente

(4) Luc, 1, n.

(2) S. Pet. Chrys., IScr. cxLii, De AnnurUiat.

pas de dire : Le Saint-Esprit surviendra en vous, il s'empresse d'ajouter : Et la vertu du Très^Haut vous couvrira de son ombre. Elle le fera d'une manière inefifable, afin que vous puissiez soutenir le poids de votre conception. Que devait en effet concevoir cette jeune vierge^ deux iois fragile par son sexe et par sa condition mortelle? Le Tout-Puissant, Verbe de Dieu, la solide substance de TÊternel, découlée de la pure substance de Dieu le Père, et dont le seul aspect fait trembler les anges. Il est donc bien dit : Vous serez soutenue par la vertu du Très-Haut, vertu puissante en miracles-,, seule capable d'associer la substance d'une femme au Verbe Dieu(l).»

Un savant panégyriste de la sainte Viei^e, le père d'Argentan, donne une nouvelle raison de ce concours empressé. Rappelant le mot de saint Hésychius de Jérusalem , qui dit qu'en Marie était le complément de toute la Trinité (2), il écrit le commentaire suivant : « II est vrai, en quelque façon, que Marie donne aux trois personnes de l'adorable Trinité un certain co^lplé^lent de perfection, qu'elles n'auraient jamais eu sans elle et qui va du moins à la gloire extérieure de Dieu.

(1) ... ut fortitudlnem sustinere posset conceptus sui, virtus AlUasimi obumbravit ei... Quid eniiu puella fragilis, non modo sexu, sed et conditione mortalitatis suscepit aut concepit^ nisi validum Yerbum Deum, validam substantiamVerbi, deôptima substantia Patris Dei, quem tremunt Angeli ?... Opportune igitur obumbravit ilLji virtus AUissimi, virtus miraculorum potens, fœmineam substantiam Deo Verho conciliare valens. Rupert^^De Trinit. et oper, ejus, lib. XLII, DeSpir. sanct.fUb.l, Cmtu

(2) (Arca) ip^um Noe, hœc vero ipsius Noe factorem portavit : ilU duas et 1res contigoatipues et mansiopes habebat, hœc autem universum Trinitatis complementum, quandoquidem et Spiritus sanctus adveniebat atque bospitabatur, et Pater obumbrabat, et Filius utero gestatus iobabitabat. Ser. y, de S. Maria Deip.

« Commençons par le Père. On ne peut pas donter qu'il ne possède la perfection infinie de la divine paternité, puisqu'il communique tout son être à son Fils unique. Mais ce Fils, lui étant égal en toute chose, ne peut lui rendre aucun des devoirs de la piété filiale, service, obéissance, respect. Ne sembie-t-il pas^ selon nos faibles idées, que ce serait un complément d'honneur pour le Père, si ce même Fils, demeurant toujours dans la possession de la majesté infinie, lui obéissait et lui rendait de profonds hommages ? Se voir adoré par un Dieu aussi grand que lui, quelle gloire ! Qui la procure au Père ? Marie. Le Père qui voit avant tous les siècles son Fils naître de son sein, son égal, le voit dans le temps naître du sein de Marie, son inférieure, tellement dévoué et tellement soumis, qu'il lui donnera sa propre vie sur une croix. Peut-on nier qu'à Tégard du Père, Tauguste Vierge ne soit le complément de la Trinité : universum Trinitatis complementum î

«Quant au Fils, même raisonnement. Éternellement il possède toutes les perfections, puisqu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. Mais ce Verbe éternel de Dieu demeure caché dans le sein de Celui qui Ta produit. Or, cette parole vivante de Dieu est, comme celle de l'homme, susceptible de deux naissances : l'une intérieure, l'autre extérieure. La première a lieu lorsque notre esprit conçoit une pensée qu'il garde en lui-même. C'est ce que saint Athanase appelle le verbe ou la parole de l'entendement, verbum mentis. La seconde se fait lorsque, au moyen d'une parole sensible^ nous produisons au dehors notre pensée* Cette parole extérieure, seconde naissance de l'intérieure, lui donne son complément.

«Ainsi de la Parole éternelle. Née dans le sein du

Père, elle était ea lui .avant tous les siècles. Nul ne la connaissait, mais^elle était capable d'une seconde naissance qui l'exposât au dehors et la rendit sensible/ Selon notre manière de comprendra^ cette seconde naissance lui donnait son' dernier complément. Or^ Marie a été la bouche par laquelle le Pèrô a produit son Verbe au dehoiié; C'est aie qui lui a donné un corps^ et l'a rendu visible et sensible. Elle peut donc êti^ nommée à l'égard dti Pili aussi bien qu'à l'égard da Père, le complément de la Trinité luniversum îWhiVat thcùmplementum. » ; - , . -..',

«La chose est encore plus palpable à l'^lrd dïi Saiol^ Esprit. Dieu, il possède toutes les perfections, >tonte I« bonté, toute la fécondité qui est dans lé Père et dans le Fils. JLa fécondité du Père garait dans la génération éternelle de son Fils unique ; la fécondité du Père et du Fils éclate dans la production du Saint-Esprit.. Seule, cette troisième personne, aussr riche en fécondité qiie les deux ajutres, demeure stérile, lui étant impossible de produire une quatrième personne de la Trinijté^ Marie fera disparaître cette infériorité apparente. Grâce à elle, le Saint-Esprit deviendra fécond : il produira un Dieu-Homme ou un Homme-Dieu, chePd'oeuvre de puissance et d'amour. Ne semble-t-il ^ qu'en cela l'auguste Vierge lui donne un su'rcroîtde gloire et qu'une troisième fois elle mérite d'être appelés le complément de toute la Trinité : universum Trinita't tîs complemeniitm (1) ? » . 'l

Nous verrons bientôt ce que produira dans Marie elle^ même le concours empressé des trois personnes divines.

(1) Grandeurs de la sainte Vierge, c. i, § .3.

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