CHAPITRE H
(suite du PBJÎCÉJDKNT*)
Preayes directes dei la Trinitié i la Bihle. •-f- Le mondd, i'homnie, le dirétien :
^ trois créations qjui revient le myst^e de la Jrlnité. — Daa^, le principe^ pieu créa le del et la térrej et l'Esprit dé Dieu était porté sur les eaux : fMinule de la ovéatiÇD du mondt' physique. — Explication de saint Augustin. — Faisons rhoqnme à nqtre image : formule de la ci:éation de Thomme. — ExpUcatton àfe teint Thomas, de saint Chrysostôiàe, dé saint Augus-
' Hki, de BosMiet 4-> Manifestations multiples de la Trinité. -^ Passage de M. Dracb.,— Je t^ lM^>Usift au nom. du Père, et du Fils, e^,du £aint<£sprit : formuïé de la création du chrétien. — Explication. — Autant, de preuves
' de la Trinité, -iiitBnt de preuves de la divinité du Saint-E8)[»rit.
. Voir l'auguste Trinité dans le miroir des créatures, u'e^t pas pluS)Une illusion que de t*econnattre Tarbre à ses fruits ou l'ouvrier dans json ouvrage^ Aussi les aperçus et les raLsonnements des grands génies que nous venons de citer, sont confirmés âuthentiquement par le Créateur lui-même. Trois chef$-d œuvre résument, à nos yeux, son œuvre extérieure : le monde matériel, rhomme, le chrétien. Or, comme le fabricant mai^que de son empreint^ chaque produit de son industrie et donne ainsi son adresse au public; Dieu lui-mêniienous dit qu'il s'est gravé en caractères ineffaçables sur chacun de ses chefs-d'oeuvre, de manière à se déclarer lauteur de tous les êtres et se manifester à quiconque possède des yeux pour voir et un esprit pour comprendre.
« Je ne rougis point de l'Évangile, dit saint Paul, parce qu'il est la vertu de Dieu, pour sauver ceux qui
TRAITÉ DU SAUfT-ESPRIT. 15
croient. C'est là aussi que nous est^vélée la colère de Dieu, qui éclatera du ciel contre toute l'impiété et Tinjustice de ces hommes, qui retiennent injustement la vérité de Dieu; car ce qu'on peut connaître de Dieu leur est connu : Dieu lui*mêmele leur a manifesté. EIn effet, les choses qui sont invisibles en lui, ainsi que son étemelle puissance et sa divinité^ sont devenues visibles dans le miroir de la création, de telle sorte qu'ils sont inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu (1 ) ^ »
Youlonsr-nous voir combien est légitime cette colère inspirée contre les négateurs ou les contempteurs de la Trinité? étudions la conduite de Dieu lui-même. Il veut que son premier organe. Moïse, commence l'histoire du monde par la révélation de la Trinité créatrice. (( Dans le principe. Dieu créa le ciel et la terre, el l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux (2).» Sur quoi le. plus autorisé, comme le plus profond des interprètes, saint Augustin, s'exprime ainsi : a Au moment même où la création en bloc fut appelée du néant, sous le nom de ciel et de terre, pour indiquer ce qui devait être fait, la Trinité du Créateur est insinuée. L'Écriture dit : Dans le principe Dieu créa le ciel et la terr^. Or, sous le nom de Dieu, nous comprenons le Père; sous le nom de Principe, le Fils, qui n'est pas principe pour le Père, ^mais pour toutes les créatures. Lorsque rÉcriture ajoute : Et t Esprit de Dieu était porté sur les eaux^ nous avons la révélation complète de la Trinité; car ce mot indique la puissance souveraine du Saint- Esprit (3).»
(1) AdRom,ii,\^''li. ^
(2) Gen., i, 1, 2.
(3) Ut quemadmodam in ipso exordio inchoatœ creaturœ, qusB
Non eoQtente de s'être révélée dans la création de la masse matérielle, la Trinité se révèle à chaque ouvrage particulier qu'elle en tire. C'est encore la pensée du grand évêque d'flippone : « Dans la manipulation et le perfectionnement de la matière pour en former des créatures distinctes, la même Trinité s'insinue. Dans ces mots : Dieu dit, nous avons le Verbe ou la parole, et le Générateur du Verbe ; et dans ceux-ci : Dieu vit que cela était bon, nous avons la Bonté infinie, le Saint- Esprit, par qui seul plaît à Dieutoiitcequiliiiplatt(l).» Or les mêmes paroles reviennent sept fois dans Tosuvre de la création; c'est donc sept fois la proclamation du dogme de la Trinité; sept fois l'affirmation divine que le monde matériel, dans son ensemble et dans chacune de ses parties, porte le cachet de son auteur.
Écoutons un autre commentateur, également remarquable par la pureté de son cœur et par la solidité. de sa science : « Le livre qui contient l'origine des choses, dit l'abbé Rupert, commence par ces mots : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Puisque la création elle-même est le commencement du monde, pourquoi
cœli et terrse nomine, propter id quod de iîla perficiendum erat, commemorata est^Trinitas insinuatûr Greatoris (nam dicente Scriptura : In principio fecit Deus cœlum et terram ; iiUelligimu$ Patrem in Dei nooiiae, et Fiiium ia Principii Domine, qui non Patri^ sed per seipsum créatse Primitus ac potissimum ^pirituaii creaturœ, etconsequenter etiam universœ creaturse principium est : dicente autem Scriptura : Et Spiritus Dei ferebatur super aquas, compietam comœemorationem Trinilatis agnoscimus); ita, etc.. Non eoim loco^sed omnia superante ac prœcellente potentia (superferebatur). De Gen., adLitt.,\ih.l,ïï.i2eiiZ.
(1) Ita et in conversione atque perfections creaturse, ut rerom species digerantur, eademTrinitas insinuatûr: Verbum Dei scilicet, et Verbi Generator, cum dicitur : Dixit Deus; et sancta Bonitas, in qua Dec placet quidquid ei pro sus naturse modulo perfectum placet, cum dicitur: Vidit Deus, quia bonumest. Ibid*, n. 12.
est-il dit : Au commencement Dieu créa? C'est la même chose que $*il était dit : Au commencementil commença. Si on le prend ici dans le sens vulgaire, le mot com«mencement forme une tautologie ridicule. On est donc bien fondé à le prendre pour un nom propre du Fils. LuL*mêmele veut ainsi, puisque, interrogé par les Juifs qui lui disaient : Qui êies-vous? il répondit : Je suis le Commencement ou le Principe, moi qui vous parle.
« En effet, c'est vraiment dans le Principe que Dieu créa le ciel et la terre, puisque toutes choses ont été faites par Lui. L'Écriture elle-même confirme cette interprétation, lorsqu'elle dit ailleurs : Vous avez fait toutes choses par la Sagesse. Or, cette sagesse n'est autre que le Verbe de Dieu, le Verbe-Dieu qui, comme nous ve^ nous de le voir, s'appelle lui-même le Principe. Et l'Esprit de Dieu était porté sur les eaux. La matière existe, mais elle est informe; il faut lui donner la vie et la beauté. L'Esprit de Dieu fait pour lui, ce que l'oiseau, par sa chaleur, fait sur le petit renfermé dans l'œuf : il réchauffe, il l'anime, il le vivifie, il en fait un être doué de toutes ses perfections. Quel pensez-vous qu'est cet Esprit de Dieu, sinon l'Amour même de Dieu, Amour, non d'affection, mais Amour substantiel, vie et vertu vivante, demeurant dans le Père et dans le Fils, procédant de l'un et de l'autre et consubstantiel à l'un et à l'autre?
(( Or, il se portait sur les eaux, par conséquent sur la terre renfermée dans leur sein, parce que le Créateur était attiré par un immense amour vers sa créature; et, ne pouvant être lui-même ce qu'il avait créé, il voulait en tirer des êtres capables de s'unir à lui, de vivre avec lui et de régner avec lui. Cette Bonté, cet Amour du Créateur, c'est le Saint-Esprit lui-même. En tête du II. t
Livre des livres, est donc splendidement inscrit le dogme de la Trinité créatrice. Dans le nom de Dieu nous voyons le Père; dans le nom du Principe, le Fils; dans celui qui est porté sur les eaux, le Saint-Esprit (1). »
En preuve de cette interprétation si nette et si autorisée, les interprètes les plus habiles dans la langue hébraïque font valoir Tanomalie grammaticale du texte hébreu. Littéralement il doit se traduire : dans le principe^ les Dieux créa. Pourquoi cette forme étrange? Parce que la pensée doit l'emporter sur les mots, et que devant la volonté souveraine de Celui qui, dans la première parole inspirée de son premier organe, veut révéler sone^sence, doivent fléchir toutes les lois de la grammaire, Elohim, les adieux, au pluriel, indique en Dieu la pluralité des personnes ; comme 1* unité d'essence est indiquée parle verbe singulier jSard^, créa (2).
L'histoire de la création du monde matériel commence donc par la révélation du dogme de la Trinité. De la même manière commence l'histoire de la création de l'homme. Faisons r homme à notre image et ressemblance^ dit le Créateur (4) ; et le divin ouvrier se burine lui-même en caractères indélébiles jusque dans l'essence de cette nouvelle créature.
Remarquons d'abord la profondeur du langage biblique : ces deux mots image et ressemblance ne sont
(i) Igitur in capite libri splendide dcmonstratur Greatricis praesentia Trioitatis^ Ëteniai in nomine Dei, Pater: in norhine Principii, Filius iatelligijur ; et qui super aquas fertur, ipse est Spiritus sanctus. De Trinit. et operih. ejus, lib. XLII; in Gen., lib. I, c. m et IX.
(2) Elohim plurale innuit in Deo pluralitatekn personarum, sicut unitas essentise innuilur per verl>uni singulare Bara, id estcreavit. IlaT.yran. Burgens. Galatin. Eugubin ; Catbarin., etc. — Vid, Corn, a Lapid. In Gen,, i, 1.
(3) Gen., \, 26.
pas une répétition inutile. L'un est le préambule de l'autre. Tous deux réunis révèlent à Thomme et ses rapports avec Dieu et le but de sa vie.
Au Père delârace humaine et à chacun de ses descendants,ils disent : «Douéde la triple faculté de te souvenir, de connaître et d'aimer, tues fait à l'image du Dieu Trinité. €ette image est empreinte jusque dans les profondeurs de ton être. Juif, païen,catholique,hérétique. juste ou pécheur, qui quetusoiset quoi que tu fasses, tant qu'il sera vrai que tu es homme, il sera vrai que tu es l'image de Dieu. Damné, tu la porteras dans l'enfer, et les flammes éternelles la brûleront sans la détruire (1). La conserver n'est pas le but de ta vie; c'est de la perfec-^ tionner, jusqu'à former en toi la ressemblance avec Dieu. Telle est la loi de ton être et le prix de ton bonheur. Pécheur, tu perds cette ressemblance; juste sur la terre, tu l'as, mais imparfaite; saint dans. le ciel, tu la posséderas dans sa perfection. Alors, et alors seulement, tu pourras dire : J'ai atteint le but de ma création; je suis semblable à Dieu (2). >
• Si nulle doctrine n'est plus lumineuse, nulle n'est plus certaine. « À l'image de Dieu imprimée dans mon âme, dit saint Basile, je dois l'usage de la raison ; à la grâce d'être chrétien, la ressemblance avec Dieu (3). »
(1) Imago siquidem in gehenna uri poterit, non exuri; ardere, sed non deleri. Similitudo non sic; sed aut manet in bono; aut si peccaverit anima^ motatur miserabiliter jumentis insipientibus similata. S. Bern.^Ser. i de Annuntiat.
(2) Imaginem Del semper diximus permanere in mente; sive bœc imago Dei sit obsoleta, ul pêne nulla sit, ut in bis qui non habent usum rationis; sive sit obscura atque deformis^ ut in peccatoribus ; sive sit Clara et pulcbra^ ut in justis. S. Th„ i p., q. zciit, art. 8, ad 3.
(3) Per imaginem animœ impressam meœ, oblinui rationis usum ;
Et saint Jérôme : « Il faut remarquer que l'image seulement est faite en nous parla création; la ressemblance, par le baptême (!)• » Et saint Chrysostôme : « Dieu dit image ^ à cause de l'empire de l'homme sur toutes les créatures; ressemblance^ afin que dans la mesure de nos forces nou^ nous rendions semblables à Dieu par la mansuétude, par la douceur, par la vertu ^ suivant le préceptede Jésus-Christ lui-même» : Soyez semblables à Vùtre Père qui est dans les deux (2)^ »
Magnifique labeur, dant saint Jean fait briller à nos yeux le complément éternel, quand il écrit : Bienaimés ^ maintenant nous sommes les enfants de Dieu; mais on ne sait encore ce que nous serons^ Nous savons seulement que^ lorsqu'il apparaîtra^ nous lui serons sem^blables{3).
Mais en quoi consiste cette image de la Trinité que nous portons en nous-mêmes? Au nom de tous, laissons parler deux grands maîtres de la doctrine ; saint Augustin et Bossuet. « En nous occupant de la création, dit le premier, nous avons, autant qu'il dépendait de nous, averti ceux qui cherchent la raison des cho^ ses, d'appliquer toute la force de leur esprit à considérer les perfections invisibles de Dieu, dans ses œuvres extérieures, et principalement dans là créature raison-
verum christianus effectus utique similis efticior Deo. S. Basil,^ homil, X m hexœrh.
(1) Notandum est quod imago tune (in creatione) facta sit tantum, similitudo in baplismaté compleatur* S* Mier.j in itlud Ezech., c. zxvDy In signaculum*
(2) Imaginem dixit ob principatqs rationem ; similitudinem, ut pio viribus humanis similes fiamus Deo ; mansuetudine, inquam, lenitàte et virtutis ratione Deo similes efficiamur, ut et Christus dicit : Similes estote Fatri vestro qui est in cœlis. S. Chrysost,, in cap. I Gen*, homiL ix, n. 3.
(3) Joan», c. m, 2.
nable, qui a été faite à l'image de Dieu. Là, comme dans un miroir, ils verront, s'ils sont acpables de voir, la Trinité divine dans nos trois facultés : la mémoire^ Yintelligence et la volonté.
a Quiconque distingue clairement ces trois choses, gravées dans son âme par la main du Créateur, et qui remarque combien il est grand de voir dans cette âme créée, la nature immuable de Dieu rappelée^ vue^ aimée; car on se souvient par la mémoire, on voit par l'intelligence, on aime par la charité : celui-là, sans contredit, trouve en lui-même l'image de la Trinité. Trinité souveraine! objet éternel de la mémoire, de rintelligence et de l'amour, que la vie tout entière doit avoir pour but de rappeler, de contempler et d'aimer (1). »
Après Févêque d'Hippone, écoutons l'évêque de Meaux. Retraçant à l'homme l'image auguste qu'il porte en lui-même et le conjurant d'en faire l'objet continuel de son imitation : « Cette Trinité, dit Bossuet, incréée, souveraine^ toute-puissante, incompréhensible, afin de nous donner quelque idée de sa perfection infinie, a fait une Trinité créée sur la terre... Si vous voulez savoir quelle est cette Trinité créée dont je parle, rentrez en vous-mêmes, et vous la verrez ; c'est votre âme.
« En efifet, comme la Trinité très-auguste a une source et une fontaine de divinité, ainsi que parlent les Pères grecs'; un trésor de vie et d'intelligence, que
(1) ... Per quod velut spéculum, quaotum possent, si possent, cernèrent Trinitatem Deum, in nostra memoria, intelligentia, voluntate... ad quamsummam Trinitatem reminiscendam, videndam, diligendam, ut eam recordetur, eam contemplelur, ea delectetur, tolum débet referre quod vivit. De Trinit.j lib. XV^ n. 39.
nous appelons le Père, et le Fils et le Saint-Esprit ne cessent jamais de puiser; de même Tâme humaine a son trésor qui là rend féconde. Tout ce que les sens lui apportent du dehors, elle le ramasse au dedans ; elle en fait comme un réservoir que nous appelons la mémoire. Et de même que ce trésor infini, c'est-à-dire le Père éternel, contemplant ses propres richesses, produit son Verbe qui est son image ; ainsi Tâme raisonnable, pleine et enrichie de belles idées, produit cette parole intérieure que nous appelons la pensée, ou la conception, ou le discours, qui est la vive image des choses.
« Car ne sentons-nous pas, Chrétiens, que lorsque nous concevons quelque objet, nous nous en faisons nous-mêmes une peinture animée, que l'incomparable saint Augustin appelle le Fils de notre cœur : Filius cordis 7io^/n(l). Enfin, comme, en produisant en nous cette image qui nous donne l'intelligence, nous nous plaisons à entendre, nous aimons par conséquent cette intelligence; et ainsi de ce trésor qui est Idi mémoire^ et de V intelligence qu'elle produit, naît une troisième chose qu'on appelle amour ^ en laquelle sont terminées toutes les opérations de notre âme,
« Ainsi du Père qui est le trésor, et du.Filsqni est la raison et l'intelligence, procède cet Esprit infini^ qui est le terme de l'opération de Tun et de l'autre. Et comme le Père, ce trésor éternel, se communique sans s'épuiser ; ainsi ce trésor invisible et intérieur que notre âme renferme en son propre sein, ne perd rien en se répandant : car notre mémoire ne s'épuise pas par les conceptions qu'elle enfante ; mais elle demeure toujours féconde, comme Dieu le Père est toujours fécond (2). »
(1) 2)e 2Vmi7., lib. IX, c vu.
(2) Strm. 9UT le mysU de la sainte Trinité, U IW, édit. i846.
Et ailleurs : « Nous l'avons dit, la Trinité reluit magnifiquement dans la créature raisonnable. Semblable au Père, elle a Têtre; semblable au Fils, elleaTintelligence ; semblable au Saint-Esprit, elle a Tamour. Semblable au Père et au Fils et au Saint-Esprit, elle a dans son être,dans son intelligence, dans son amour une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en rien ôter sans lui ôter tout. Heureuse créature et parfaitement semblable, si elle s'occupe uniquement de lui. Alors, parfaite dans son être, dans son intelligence, dans son amour, elle entend tout ce qu elle est, elle aime tout ce qu'elle entend. Son être et ses opérations sont inséparables. Dieu devient la perfection de son être, la nourriture immortelle de son intelligence et la vie de son amour. Elle ne dit, comme Dieu, qu'une parole qui comprend toute sa sagesse. Comme Dieu, elle ne produit qu'un seul amour, qui embrasse tout son bien. Et tout cela ne meurt point en elle.
«La grâce survient sur ce fond et relève la nature : la gloire lui est montrée et ajoute son complément à la grâce. Heureuse créature, encore un coup, si elle sait conserver son bonheur ! Homme, tu l'as perdu 1 où s'égare ton intelligence ? où se va noyer ton amour? Hélas 1 hélas! et sans fin hélas ! reviens à ton origine (1). »
Reviens; et, si tu veux connaître ta dignité et le but de ton existence, ne regarde ni le ciel, ni la terre, ni les astres, ni les éléments, ni tout cet univers qui t'environne :. regarde-toi, 6 homme! Écoute, non plus la voix qui sort des créatures, mais la voix qui vient de toi. Tu es à toi-même le prédicateur de la Trinité. iPartout où tu te portes, tu en portes l'image. Respecte^la,
(1) Elév. sur les mysU, élév. vii, t. H, p. Î47.
aime-la, copie-la, fais-toi à sa ressemblance : ton bonheur est à ce prix.'
Dans les grands événements qui marquent la vie de Thomme primitif, la Trinité reparaît. Adam est tombé. « Voilà, disent les divines personnes, Adam, devenu semblable à Tun de nous : Ecce Adam factus est quasi unus ex nobis (1). » Autant ces paroles sont claires, interprétées dans le sens catholique, autant elles sont absurdes, si elles n'indiquent pas la pluralité des personnes divines. Dans ce cas, elles présentent la signification suivante: voilà Adam devenu semblable à l'un de moi.
Satan veut jeter les fondements de la Cité du mal. Pour la bâtir, il réunit les hommeiâ dans les plaines de Sennaar. La ville et la tour qui doit s'élever jusqu'au ciel montent à vue d'œil. Cette entreprise audacieuse provoque une nouvelle manifestation de la Trinité. Comme les trois personnes ont tenu conseil pour créer l'homme, elles se concertent pour le punir. «Venez, se disent-elles; descendonsel confondons leurlangage (2). »
A son tour. Dieu veut former la Cité du bien . Abraham en sera la pierre angulaire, et la Trinité lui apparaît. Au milieu <le la vallée de Mambré s'élevait la tente du Père des croyants. Un jour, vers l'heure de midi, le charitable patriarche était assis sur sa porte, lorsque, levant les yeux, il voit trois personnages debout devant lui. A ce spectacle, il tombe la face contre terre et adore en disant «w singulier : « Seigneur, ^i j'ai trouvé grâce devant vous, ne passez pas votre serviteur (3). »
(l)Gtfn., 111,22.
(2) VeDite igitur^ descçadamus et confuadamus ibi iinguam «orum. Gen., xi, 7.
(3) Domine, siioveni graUamin oculis tuis, ne transeas senum tuum. Gen., xviii, 3.
Abraham voit trois personnes, et il n*adore qu'un seul Seigneur, auquel il donne constamment le nom incommunicable de Jéhova. Que signifie ce langage? Consultons Toracle interprète infaillible deTÉcriture, la tradition. « Yoici soudain, dit un Père deTÉglise, que la Majesté incorporelle descend sur la terre, sous la figure corporelle de trois personnages. Abraham court à leur rencontre. Il tend vers eux ses mains suppliantes, leur baise les genoux et dit : Seigneur^ si j'ai trouvé grâce devant toi, ne passe pas devant ton serviteur sans t'arrêter. Vous le voyez, le Père des croyants se précipite à la rencontre de trois^ et n'adore qu'un seul : unité en trois, Trinité en un. Voici que la Majesté céleste prend place à la table d'un mortel, accepte un repas, goûte des plats ; et il s'établit une conversation amicale, familière, entre Dieu et un homme. A la vue de ces trois personnages, Abraham comprend le n^ystère de la sainte Trinité ; et s'il n'adore en eux qu'un seul Seigneur, c'est qu'il n'ignore pas^ que dans ces trois personnes il n'y a qu'un seul Dieu (1), »
De ces manifestations multiples était résultée, chez les Juifs, la connaissance certaine du dogme fondamental de
(1) Ecce subito in trium virorum persona Majestas incorporea despendit. Accessit, properat, manus supplices tendit, et transeuntium genua osculatur. Domine^ ait^ si inverti gratiam coram te, ne transieris puierum tuum. Videtis ; Abraham tribus occurrit, et unum adorât. Trina unitas ^t una Triailas... Ecce ad humanam mensam cœlestis sublimitas recumbebat, cibus capitur, prensitatur et contubernali colioquîo inter hominem et Deum familiaria verba miscentur. In eoautem quodtres ridit Trinitatis mysterium intellexit, quod autem quasi unum adoravit in tribus personis unum Deum esse cognoTit. Serrh. de Temp., 1. xviii, n. 2 et 4. — Hi très symbolice signifîcabant sanctam Trinitatem, et médius significabat essentiam di- Tinam, tribus personis comraunem. lidiEuBeb.^ CyrilL, etc. Corn, a Lap.y in c xtiii, 3, Gen. — Et ipse Abraham très vidit et unum ado-
la foi du genre humain, dans l'ancienne alliance comme dans la nouvelle. «Les hommes éclairés, parmi les Hébreu^c, dit saint Épiphane si profondément instruit des choses de sa nation , enseignèrent de tout temps , et avec une entière certitude, la Trinité dans une unique essence divine (1). »
Un autre enfant d'Israël, non moins versé dans l'histoire religieuse de la synagogue, M. Drach, s'exprime ainsi : « Dans les quatre Évangiles, on ne remarque pas plus la Révélation nouvelle de la sainte Trinité, point fondamental et pivot de toute la religion chrétienne, que celle de toute autre doctrine déjà enseignée dans la synagogue, lors de Tavénement du Christ : comme, par exemple, le péché originel, la création du monde sans matière préexistante et lexistence de Dieu.
« Quand Notre-Seigneur donne à ses disciples, qu'il avait tous choisis parmilesJuifs,îamissiond'allerprêcher son saint Évangile aux peuples de la terre, il leur ordonne de les baptiser au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. 11 est clair que ces paroles, les seules des quatre Évangiles où les trois divines personnes soient nommées ensemble en termes aussi exprès, ne sont pas dites comme ayant pour objet de révéler la sainte Trinité. Si le Sauveur prononce ici les noms adorables du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, c*e$t pour prescrire la formule sacramentelle du baptême. Ija mention du grand mystère en celte circonstance, à Y occasion du baptême, produit sur l'esprit de quicon-
ravit. S. Aug., Contr^ Max, Arian,, lib. II, c. zxvn, n. 7. — Très videt, et iinum adorât. S. Ambr,, De Càin. etAbeU, 1. 1, p. 197.
(1) Adv. hœres.y lib. I, baer. 5. — Moios clairement toutefois que les apôtres et les Pères*
que lit rÉvangile, Teifet d'un article de foi déjà connu et pleinement admis parmi les enfants d'Israël.
« En un mot, les évangélistes prennent pour point de départ le mystère de rincarnalion. Ils nous le révèlent, et nous prescrivant d'y croire. Quant à celui delà Trinité, qui le précède, qui en est la base dans la foi, ils s'en emparent comme d'un point déjà manifeste, admis dans la croyance de la loi ancienne. Voilà pourquoi ils ne disent nulle part, sachez^ croyez qu'il y a trois personnes en Dieu. En effet, quiconque est familiarisé avec ce qu'enseignaient les anciens docteurs de la synagogue, surtout ceux qui ont vécu avant la venue du Sauveur, sait que la Trinité en un Dieu unique était une vérité admise parmi eux depuis les temps les plus reculés (1). »
Cependant, il est une création plus noble que celle de l'univers matériel, plus noble que celle de l'homme lui-même, c'est la création du chrétien. Comme les deux premières, ce troisième chef-d'œuvre commence par la révélation du dogme de la Trinité. La plénitude des temps est accomplie; le Verbe, par qui tout a été fait, est descendu sur la terre pour régénérer son ouvrage. Un monde nouveau, plus parfait que l'ancien, doit éclore à sa voix. Lui-môme va remonter à son Père ; mais ses apôtres ont reçu l'ordre et le pouvoir de continuer celte merveilleuse création. Au moment solennel de son départ, il laisse tomber de ses lèvres divines Iç nom ineffable de Jéhovah, qu'il n'avait point encore prononcé dans son entier, et dont l'énoncé complet devait être, suivant la tradition prophétique de la synagogue, le signal de la rédemption universelle (2).
(!) Harmonie de VÊglise et de la Synagogue, t. H, p. 277-279.
(2) La Trinité des personnes en un Dieu unique De devait être en-
Il leur dit : <( Allez donc, enseignez toutes les nations et baptisez -les au nom du Père, et dq Fils, et du Saint- Esprit (1).» Voilà, ou jamais, la parfaite égalité des Trois personnes, même puissance, même vertu sanctifiante dans un seul nom, c'est-à-dire dans une seule divinité : quoi de plus clair !
Ainsi, rhomme,iquidoit son être naturel à Fadorable Trinité, lui devra son être surnaturel. Vie humaine et vie divine lui viennent de la même source. Cette grande vérité sera écrite dans l'acte même de sa double création. Sous tel climat qu'il naisse,, pas un fils d'Adam ne devient Fils de Dieu sans que l'Église, sa mère, lui grave sur le front le cachet indélébile de l'auguste Trinité.
Ce n'est pas assez. Comme, dans l'Ancien Testament, le Dieu en trois personnes multiplia ses apparitions à l'homme primitif; sous la loi de grâce il les multiplie plus nombreuses et plus claires à l'homme nouveau. Suivez le chrétien depuis le berceau jusqu'à la tombe: il ne saurait faire un pas dans la vie sans rencontrer la Trinité. Après le baptême, est-il revêtu de la force et rempli des lumières du Saint-Esprit? C'est au nom de la Trinité. Reçoit-il la chair vivifiante de son Rédempteur? C'est au nom de la Trinité. Recouvre-t-il la pureté de l'âme par la rémission de ses
seignéc publiquement, clairement, de Taveu môme des Rabbins, qu'à Tépoque de l'avènement du Mes$ie, notre juste, époque où le nom de Téhova, qui annonce cet auguste mystère, aussi bien que rincarnation du Verbe, devait cesser d'être ineffable... Une de leurs antiques traditions dit en termes formels : La Rédemption s'opérera par le nom entier Yéhova ; quand une des trois personnes divines, inséparable des deux autres, se sera faite ce que signifie la dernière lettre du nom ineffable : Homhe-Dieo. Drachy ibid., t. U, p. 455. li)Matth., x\i\i, 19.
fautes ? Est-il fortifié dans les dangers de la dernière lutte? Devient-il, selon la chair ou selon l'esprit, le père d une nouvelle famille? C'est encore au nom de la Trinité. Retourne-t-il à sa dernière demeure terrestre? Est-il confié à la tombe comme un dépôt inviolable? C'est toujours au nom de la Trinité.
Ainsi,. de tel côté qu'il se touri^e, qu'il élève ses regards vers le firmament, qu'il les abaisse vers la terre ou qu'il les concentre sur lui-même, partout l'homme voit briller le dogme auguste d'un Dieu en trois personnes. Pour le nier, il faut qu'il nie l'univers, qu'il nie sa raison, qu'il nie les Écritures, qu'ail se nie lui-même, comme homme et comme chrétien. Mais autant de fois il l'affirme, autant da fois il affirme la divinité du Saint- Esprit : notre tâche était de l'établir.