CHAPITRE III
PREUVES DIRECTES DE LA DIVINitÉ DU SAINT-ESPRIT
Les noms. — Tous les noms qui ne conviennent qu'à Dieu sont donnés au Saint-Esprit : dans l'Ancien Testament, JMova A; dans le Nouveau, Dieu, Les attributs : réternité^ rimmensité, l'Jntelligence infinie, la toute-puissance» — Les œuvres : la création et la régénération de l'homme et du monde. — La tradition: saint Clément, saint Justin, saint Iréhée, Athénagore, Eusèbe de Palestine, Téglise de Smyme, Lucien, TerUiIlien, saint Denys d'Alexandrie, hdes Africain, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, Rupert ; la liturgie, le signe de la croix, doxologie, le Gloria Patri,
La première chose à savoir du Saint-Esprit, c'est qu'il est Dieu comme le Fils et le Père ; qu'il a la même nature, la même divinité, les mêmes perfections; qu'il est comme eux éternel, tout-puissant, infiniment sage et infiniment bon ; digne comme eux de la confiance et de l'amour, des adorations, des prières el des louanges du ciel et de la terre, des anges et des hommes. Voilà tout ce que nous professons, en disant : Je crois au Saint-Esprit : Credo in Spiritum sanctum.
Or, dans les livres saints, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse; dans l'enseignement, non interrompu pendant dix-huit siècles , dés Pères de l'Église et de l'Église elle-même, la divinité du Saint-Esprit ne brille pas avec moins d'éclat que la divinité du Fils et du Père. La preuve en est dans les témoignages cités jusqu'ici en faveur du dogme de la Trinité (1). Nous pour-
(i) On trouvera les autres dans les grands théologiens: Vitasse, De Tririitate; Pétau, De dogmatibus theologiciSy eic
rions nous en tenir là ; car rien n'est mieux fondé que notre foi à la divinité du Saint-Esprit. Apportons néan*moins quelques preuves directes de cette vérité fondamentale. Elles se présentent en foule dans les noms que rÉcriture ^onne au Saint-Esprit ; dans les a/Znbuts qu'elle lui reconnaît; dans les couvres qu'elle lui assigne; dans la tradition des Pères et dans la doctrine deTÉglise.
Les noms. Ils nous offrent de la divinité du Saint- Esprit deux genres de preuves : Tune négative, et les autres positives. La première résulte de ce fait péremptoire, que jamais dans les Écritures de l'Ancien ou du Nouveau Testament, le Saipt-Esprit n'est appelé créature. Cependant nous trouvons, dans les prophètes et dans les apôtres, la brillante énumération des principales créatures du ciel et de la terre. David nous la donne plusieurs fois dans les Psaumes (1). Daniel la répète magnifiquement dans le cantique des trois enfants de Babylone. Parmi tous les chefs-d'œuvre de la puissance créatrice, nulle mention du Saint-Esprit.
Paul , ravi au troisième ciel, a vu les hiérarchies angéliques; il nomme, chacun par son nom, les ordres qui les composent. Dans aucun, son regard, illuminé de la lumière de Dieu même, c'a découvert le Saint-Esprit. Nulle part il ne le nomme parmi les créatures : chose, pourtant, qu'il n'aurait pas manqué de faire, si le Saint-Esprit n'était pas Dieu. En effet, son sublime recensement des créations angéliques a pour but de montrer que tout ce qui n'est pas Dieu, est audessous du Verbe incarné (2). Non-seulement il ne nomme jamais le Saint-Esprit parmi les créatures, mais
(1) Entre autres, ps. 448 et, 162.
(2) Ad Coloês., I, iC; ad Ephefi., i, 20-22.
toujours il le place sur la même ligne que le Père et le Fils et le nomme avec eux.
Venions aux preuves positives. Dans l'Ancien Testament le nom de Jéhovah, el dans le Nouveau le nom de Dieu sans modification est, chacun le sait, le nom incommunicable de Dieu) (1). Or ce double nom est constamnient donné au Saint-Esprit. Au second livre des Rois, David dit : « L'Esprit de Jéhovah a parlé par moi, et son discours est sorti de mes lèvres (2).. » jQuel est cet Esprit? Le verset sqivant nous l'apprend aussitôt : « Le Dieu d'Israël m'a dit : Le Fort d'Israël a parlé (3).») D'où l'On voit que l'Esprit de Jéhovah est Jéhovah luimême, le Fort, le Dieu d'Israël. . . , ^
A son tour, Isaïe s'exprime ainçi .: ^ Et le Seigneur des armées (Jéhovah) a dit : Va, et dis à ce peuple : Vous écouterez avec attention, et vous ne voudrez pas comprendre (4). >) , .
. Quel est ce Dieu, ce Jéhtovah des, armées? Le Saint- Esprit, répond saint Paul. Dans sa prison de Rome, parlant aux Juifs incrédules accourus pour l'entendre, il rappelle ce texte d'isaîe el leur dit :- «Le Saint-Esprit a eu raisou.de dire par la bouche d'Isaïe : Va et dis à ce peuple : Vous écouterez avec attention, et vous ne voudrez pas comprendre (5). » Ici encore, celui qu'Isaïe appelle le Seigneur des armées , Jéhovah, , le Dieu d'Israël, le vrai Dieu, en. un mot : l'Apôtre nous dit
(1) Soins verus Deus in Scripturis dicitur absolute Deus. S. Iren., lib. ni, c. VI.
(2) Spiritus Dpmini (hebrai ce «TeJ^ova A) locutus est per me, et sermo ejus per linguam meam. II Reg^, xxiii, 2.
(3) DixitDeus hrael mihi : Locutus est Fortis Israël. i6tc?., 3.
(4) Et dixit Domiaus exercituum : (hebraiçe JeAovoA) Yade, et dices populo huic : Audite audientes, et nolite intelligere. 75., vi, 9.
(5) Bene Spiritus sauctus locutus est per Isaiam : Yadé, et dices populo hulc: Âudite audientes, et nolite intelligere. ilc^, xxviii, 25.
çae c'est le Saint-Esprit. Pouvait-il enseigner plus dairement la divinité de la troisième personne de Tauguste Trinité?
Ce n est pas seulement dans Isaïe, c'est dans tous les livres de TAncien et du Nouveau Testament, qu'il est dit que Dieu a parlé par les prophètes. Pour n'en citer que deux exemples : au début de son Évangile, saint Luc s'exprime en ces termes : « Gomme le Dieu d'Israël l'a dit par la bouche de ses saints prophètes dans la suite des siècles (1). » Et saint Paul écrivant aux Hébreux : « Autrefois Dieu a parlé à nos pères par les prophètes (2) . » Eh bien 1 ce Dieu inspirateur des prophètes, c'est encore le Saint-Esprit. Nous ne pouvons pas en être plus assurés que par le témoignage de saint Pierre lui-même. Voici ses paroles : «Il faut que l'Écriture soit accomplie, comme le Saint-Esprit l'a prédit par la bouche de David (3). » Et ailleurs : « C'est par l'inspiration du Saint-Esprit qu'ont parlé les saints hommes de Dieu (4).))
De là, ce raisonnement aussi simple qu'il est concluant : celui qui a parlé par les prophètes est le vrai Dieu. Or, c'est le Saint-Esprit qui a parlé par les prophètes. Lé Saint-Esprit est donc Dieu, vrai Dieu comme le Père et le Fils. De plus, comme l'Écriture distingue le Saint-Esprit du Père et du Fis, il en résulte clairement que le Saint-Esprit est une personne distincte de Fils et du Père.
(1) Sicut locutus estperos sanctorum^ qui a sœculosunt^ prophetarum ejus. Luc, i, 70.
(2) Olim Deus loquens patribus in prophetis. Hebr., i, 1.
(3) Oportet impler; scripturam^ quam prœdixit Spiritus saDctus per os David. AcU, i, 1 1 .
(4) Spiritu saocto inspirati locuti sunt sancti Dei homines. IlPe/r., i, 2i.