LE DON DE SAGESSE
Ce qu'est le don de sagesse. — Tons les dons du Saint-Esprit coniribotiit à la déification de l'homme i de quelle manière y contribue le don de sageM* ~ Différence qui le distingue des autres dons, de la fol, de. la TerUi dl sagesse, de la sagesse gratuite. — Effets du don de sagesse sur l'enteods* ment et sur la volonté. — Portrait du vrai sage. — Nécessité du don de sagesse. — Délivrance de la tyrannie de l'esprit contraire, la luxure. — La luxure dans l'homme et dans la société.
Aidé du don de science, Thomme, remontant des effets à la cause, discerne avec certitude le vrai du faui. Par le don de conseil, distinguant entre le bon et le meilleur, il choisit les moyens les^ plus propres pour arriver à sa fin. Grâce au don d'intelligence, il pénètre plus avant. Lisant la cause dans les faits, il voit clairement la bonté de son choix, c est-à-dire Tévidence des vérités qui doivent le conduire au salut, en sorte que rien n'est capable de les obscurcir à ses yeux ni d'en détacher son cœur.
Le premier effet de cette pénétration, qui met, pour ainsi dire, l'homme face à face avec le monde supérieur, est un développement merveilleux de la vie intellectuelle. Le second est une rare élévation de pensées, une grande magnanimité de sentiments, une sublime indifférence pour la vie du corps. Rempli de ce don divin, l'homme sent toute la vérité de cette parole : Le royaume de Dieu n'est ni la nourriture ni
la boisson : Regnum Dei non est esca et potus. Obligé de s'assujettir aux nécessités de la vie animale, il peut dire comme larchange : « Je parais manger et boire avec vous, mais je fais usage d'une nourriture invisible et d'une boisson qui ne peut être vue des hommes (1). »
Ainsi, le don d'intelligence spiritualise l'entendement, presque autant qu'il peut être spiritualise; comme l'esprit contraire le matérialise, presque autant qu'il peut itre matérialisé. Pour achever de perfectionner l'homme, que reste-t-il au Saint-Esprit? Spiritualiser u>n esprit et son cœur autant qu'ils peuvent être spititualisés. Comment le Saint-Esprit accomplit-il ce lernier actede notre déification ? Ennous communiquant le don de sagesse. Ce don forme le plus haut degré de l'échelle mystérieuse, que le Verbe incarné a descendue pour s'abaisser jusqu'ànous, et que l'homme doit remonter pour s'élever jusqu'au niveau de son divin frère, ievenir un autre lui-même et vérifier en sa personne la parole du Père céleste : C'est ici mon Fils bien-aimé^ en ytii fai mis toutes mes complaisances. La réponse à nos trois questions fera connaître ce don qui couronne tous les autres. Qu'est-ce que le don de sagesse? quels en sont les effets? quelle en est la nécessité?
1** Qu'est-ce que le don de sagesse? La sagesse est un don du Saint-Esprit qui nous communique^ dans le plus haut degré^ la connaissance et l'amour des choses di^ vines (2).
(1) Tob., XII, 49.
(2) Dooum sapientiœ est habitus infusus, quo quis in gratuitis cogoitionibus subito et prompte secundum quamdaai connaturaiitatem, per causam ailissiroaoi habet rectum etcertum judicium de hU quœ sunt fidei. Vig., c. nu, p, 41 i • — Vel: sapieutia est babitus
Tous les dons du Saint-Esprit ont pour but de contribuer, chacun à samanière, àla déification de rhomme. Trois s'adressent principalement à sa volonté' : la crainte, la piélé, la force. Quatre ont pour objet principal son entendement: la science, le conseil, Tiatelligence, la sagesse. Or, ce dernierest le plusnoble de tous. Comme la fin résume les moyens en les développant, le don de sagesse contient et perfectionne tous les autres dons. Ainsi, on peut dire que la sagesse, c'est la crainte de Dieu perfectionnée, la piété perfectionnée, la science perfectionnée, la force perfectionnée, le conseil perfectionné, Tintelligence perfectionnée. ,
Pour savoir de quelle manière le don de sagesse pe^ fectionne tous les autres, il s^uffit dé le bomprendre. Connaissance et amour de la vérité, au degré le plus élevé que l'homme puisse atteindre : voilà ce qu'il est. Or, il y a plusieurs manière^ de connaître la vérité.
La connaître dans les causes secondes, danb left créatures, dans les œuvres extérieures de Dieu, telles que rincarnation du Verbe, la création et le gouvernement du monde, la justification de Thomme et autres semblables. Cette connaissance est le domaine du don de science (1).
divinitus infusus quo mens redditur facile mobilis a Spiritu sancto, ad contemplaDdum divina et ad judicandum tum de iUis, tum de humanis secundum rationes divinas. Apud S. Th., 2* 2*, q.'44,art. I, nota, — Sumitur noEuen sapientisesecunduai quod saporem qaem* dam importât. S, Th., ibid., art. 2, ad 1. — Sapiens dictus a sappre, quia sicut guslus est aptus ad discrelionem saporis ciborum, sic sapiens dicitur ad dignoscentiam rerum et causarum circa divina el agenda. S. Isid., De etymolog.
{\)Le don de science nous apprend à connaître la vérité par les causes secondes, par les créatures, et à régler notre conduite sur celte connaissance. Le don de sagesse nous fait voir la vérité dans la cause des causes, en Dieu même, et nous la fait aimer eo Dieu et dans ses
TRAITÉ DV SÂlNT-ESPRIT. 481
La connaître dans ses motifs de crédibilité, au point d'en être tellement convaincu que rien ne puisse afTaiblir notre adhésion : c'est le but du don d'intelligence.
La connaître dans les applications qu'il faut en faire aux actes particuliers : c'est le bienfait du don de conseil.
Enfin, il est une manière plus parfaite encore de connaître la vérité, c'est de la voir dans la cause première, dans la cause des causes, en Dieu, et de la voir avec un immense amour. De cette hauteur, on juge avec certitude de toutes les causes secondes et de leurs effets ; on met ses pensées et ses actions en harmonie, non plus avec telle ou telle vérité isolée, avec telle ou telle cause seconde, avec tel ou tel effet particulier, mais avec la cause première. Alors , dans une certaine mesure, l'homme participe au privilège des anges de la première hiérarchie, qui voient en Dieu même la raison des choses. Il possède la magnifique synthèse de la vérité, et il peut juger de tout le plan divin dans Tordre naturel aussi bien que dans l'ordre sîirnaturel, puisqu'il peut juger de Dieu lui-même (1).
On voit combien le don de sagesse est supérieur, aux dons de science, de conseil, d'intelligence» et comment il les perfectionne. 11 ne perfectionne pas moins les dons
œuvres. Ainsi, le don de science a pour objet principal les effets, et le don de sagesse la cause. L'un procède par voie d'analyse, l'autre par voie de synthèse. Voir S, Th., 2* 2», q. 9, art. 1,2, corp, — On tFoil que dans le système de notre déification, aucun moyen n'a été oublié, et que le Saint-Esprit s'adresse à toutes les aptitudes.
(1) Spiritualis autemjudicat omnia. I Cor., ii, 15. — Spiritus enim omnia scrutatur etiam profunda Dei. Ibid., 10. — Ad sapientem pertinet considerare causam altis.^imam, per quam certissime de aliis judicatur, et secundum quam omnia ordinare potest. S. Th,, 2* 2«, q. 45, art. 1, cor/f.,et q. 8, art. 6, corp.; S. Anton. ,lyf p., lit. X, c. m.