II
482 TRAITÉ DU SAINT-ESPRlt.
de crainte, de piété et de force. Grâce au don de sagesse, leurs actes acquièrent une énergie, une constance, une étendue, une suavité, une perfection, en rapport avec les lumières et les effusions d'amour, qui découlent de ce don supérieur à tous les autres. C'est ainsi que le cœur de Thomme se trouve élevé au nivean de son intelligence.
Quant à la différence qui existe entre le don de sagesse et la foi, la vertu de sagesse, et la sagesse gratuite, elle est facile à connaître. La foi adhère à la vérité, telle qu'elle lui est proposée : elle ne va pas plus loin. La vertu de sagesse est une habitude acquise par Tétude, ou infuse par la grâce ; mais, naturelle ou sumatarelie, cette vertu n'a ni la hauteur, ni Tétendue, ni la certitude, ni la suavité, ni la spontanéité du don de sagesse (1). Ce don, prenant pour point de départ la vérité connue par la foi, certifiée par le don de science, pénétrée par la vertu de sagesse, en illumine toutes les parties, en tire les conséquences soit pour orienter nds pensées, soit pour diriger nos actions et conformer à la raison divine noire vie intellectuelle et morale.
Plusieurs différencesdistinguent aussi le don de sagesse de la sagesse nomméepar TApôtre, lorsqu'il dit : A Fm est donnée par le Saint-Esprit^ le discours de lasagessei^). D'abord, celle-ci peut être commune aux bons et aux méchants. Son privilège est de connaître les vérités divines, non par acquisition, mais par infusion, et assez
(1) Sapientia qus est donum est excellentior (|uam sapientia qu» est Tirtus intellectualis, utpote magisde propinquo Deum attingens par quamdam Spiritus unionem ad ipsum. Et inde habet quod non solum dîrigatin contemplatione, quod facit sapientia virtus intellectualis;sed etiam in actione circa humanâ. Quanto enim wtus est altior, tantoad plura se extendit. S, Anton.y ubi suprà,
(2) I Cor,, xiï, 8.
parfaitement pour en instruire les autres et réfuter les contradicteurs. Celle-là ne se trouve que dans les bons, à qui elle communique non-seulement la lumière, mais le goût des choses divines. Tant qu'ils sont en état de grâce, elle habite dans Tenfant comme dans Thomme fait. Dans le second elle est en acte, dans le premier en puissance, à raison de la faiblesse de Tâge. Quoique à des degrés différents, toiis la possèdent autant qu'il est nécessaire au salut (1).
2** Quels sont les effets du don de sagesse? Inonder l'esprit d'une lumière supérieure à toute autre lumière, remplir le cœur d'un goût indicible pour Dieu et pour toutes les choses divines : tels sont, comme nous venons de l'indiquer, les deux effets principaux du don de sagesse. Voyons ce qui arrive à l'homme favorisé de ce don précieux. Il en est de cet homme comme d'un aveugle, qui reçoit la vue à l'âge de trente ou de quarante ans. Pendant tout le temps qu'il a été aveugle, cet homme que ^nsait*il do monde ? Il croyait à l'existence du soleil, de la lune et des étoiles ; il croyait qu'il existe des arbres, des fruits, des fleurs; qu'il y a toutes sortes de poissons dans l'eau, d'oiseaux dans l'air, et sur la terre toute espèce d'animaux. Il croyait tout cela, parce qu'on le lui avait dit; mais tout cela n'éveillait en lui aucune connaissance précise, et n'excitait en lui ni amour ni joie, parce qu'il n'avait rien vu.
Or, voilà cet homme qui obtient subitement la vue. Il voit comtnent le soleil étend partout ses rayons; il yoit comment les montagnes sont couvertes d'arbres et de fruits; il voit comment les prairies sont émaillées de fleurs plus belles les unes que les autres. Frappé de ces
(i) 5. Anton, y ubi suprà.
beautés qu'il voit pour la première fois, il s'arrête stupéfait.
Quittez maintenant cet aveugle, pour vous tou^ ner vers Tâme humaine. Elle possède la lumière de la foi, elle croit que Dieu est infini, qu'il est la source inépuisable de toutes les perfections ; mais, comme cette lumière est trop obscure, elle n'excite en elle ni beaucoup d'amour pour Dieu, ni beaucoup de joie* Mais le Saint-Esprit communique à cette âme la lumière du don de sagesse. Quel changement subit s'opère en elle! Les perfections divines se montrent à ses regards dans toute leur splendeur. Elle est comme hors d'elle-même et comme submergée dans cet océan de la divinité (1).
Nous avons vu que le don d'intelligence dessille aussi les yeux de l'âme; mais, entre Tillumination qu'il produitet celle dont l'Esprit de sagesse est la source, grande est la différence. Le don d'intelligence éclaire les vérités particulières, les unes après les autres, mais, ne les contemplant pas dans la cause première, il ne les relie pas entre elles, de manière à en composer une vaste synthèse. C'est le privilège du don de sagesse.
Dans l'amoureuse lumière dont il est le foyer il voit, il embrasse tout l'ensemble des choses divines : les vérités de la foi, toute la doctrine chrétienne, la théologie, l'écriture, les règles de la morale publique et privée, et tout ce qui peut contribuer à la sainteté de la vie et i l'acquisition du salut (2).
Le don d'intelligence n'est pas accompagné, du moins au même degré que le don de sagesse, du goût et de l'amour des choses divines : nouvelle et grande différence.
{\) Pergmayety Méditât,, etc., p. 44.
(2) Corn, aLap,^ in Jacob,, c. m, 17.
« En effet, dit saint Bonaventure, autre chose est de savoir que le miel est doux, autre chose de le manger et d'en goûter réellement la douceur. »
Éclairée par le don d'intelligence, Fâme croit et sait que Dieu est infiniment doux; cependant elle ne goûte pas cette douceur. Possède-t-elle le don de sagesse? Non-seulement elle sait que Dieu est infiniment doux, elle goûte encore cette douceur ineffable : son coeur en est rempli. De là vient qu'elle trouve ses délices à s'entretenir avec Dieu, à s'occuper de Dieu, à procurer sa gloire. De là, Tesprit d oraison, l'esprit intérieur, l'esprit de sacrifice; l'union amoureuse de l'âme avec Dieu, et sa transformation en lui; le repos de toutes ses puissances, l'apaisement de ses passions, l'amour de la solitude et du silence. C'est alors qu'elle peut dire comme l'épouse deè cantiques : Mon bienaimé à moi, et moi à lui : je suis sa propriété, je suis son royaume. Il règne en moi, il me gouverne. Il est le maître et le directeur de ma vie intérieure et extérieure. Ce n'est plus moi qui vis, c'est lui qui vit en moi.
Lumière et amour, la sagesse, en se répandant au dehors, fait l'homme tout entier à son image. Or, suivant l'apôtre saint Jacques, la sagesse qui vient du Saint-Esprit est pudique, pacifique, modeste, facile à persuader, amie des bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres , elle ne juge point, elle n'est pointdissimulée(i). Tel est, dans ses grandes lignes, le portrait du vrai sage.
Il est pudique. Parla il faut entendre non-seulement la pureté du corps, mais encore la pureté de l'âme et
(i) Epist.^m, 17.
de la doctrine. C'est un fait que la véritable chasteté conjugale; la véritable virginité, la véritable continence, la véritable pureté de parole et de doctrine ne se trouve que dans le christianismeNOt dans le sage chrétien. Il suffit, pour s'en convaincre, de^ jeter un coup d'œil sur le paganisme et les sages païens, sur le mahométisme, le protestantisme, le rationalisme moderne et sur les prétendus sages de ces différentes écoles.
Il est pacifique. Les contentions, les discussions, les rixes, les disputes, lui sont antipathiques : nouveau trait qui le distingue de tous les faux sages. La raison en est simple. La vraie sagesse est fille du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est la source de la paix et de la concorde. La paix est la tranquillité de Tordre. L'ordre est le fruit de la sagesse. Le sage est nécessairement humble. Or, l'humilité est la mère de là paix.
Il est modeste. Modestie d'affirmation et de prétentions; modestie de paroles et de manières; modestie de nourriture, de vêtement, d'ameublement et de plaisirs, sont .les caractères du vrai sage. Autre différence entre lui et le faux sage. Qui ne sait combien furent prétentieux, vaniteux, tranchants, t)rgueilleiix, susceptibles, sensuels, les sages du paganisme, les sages de l'hérésie ; combien le sont encore les sages de l'incrédulité moderne! animaux de gloire, comme les appelle saint Jérôme, ils n'ont vécu et ils ne vivent, ils n'ont écrit et ils n'écrivent que pour occuper les autres de soi, pour se faire un nom ou une position : et malheur à qui les touche du bout du doigt !
Il est facile à persuader. C'est-à-dire tout à la fois à se laisser persuader et à persuader les autres. Plein de lumière, son esprit reconnaît sans peine le vrai, dès qu'il lui est proposé ; plein d'amour pour le vrai, son
cœur l'embrasse avec ardeur. Pleine d*amour et de vérité, sa parole ne rencontre de la part des âmes droites aucune résistance sérieuse. Qu'il en est autrement des philosophes de Terreur et de leurs adeptes! aux vérités les plus convaincantes ils opposent obstinément de stupides négations. Seules les erreurs les plus grossières trouvent le chemin de leur âme; et, fils du père du mensonge, ils les embrassent comme des sœurs, les enseignent comme des vérités.
Il est g.mi des bons. Entre le sage chrétien ou le vrai chrétien, ce qui est tout un, et les vrais chrétiens, les vrais bons de tous les siècles et de tous les pays, il y a une réelle affinité. Affinité puissante qui, semblable à Tétincelle électrique, remue en un clin d*œil toutes les âmes catholiques et les met à Tunisson les unes des autres. Pensées, joies, douleurs, craintes, espérances, intérêts, tout devient commun. Delà, l'immense fraternité du bien, qui est le caractère peut-être le plus inexplicable de la vraie religion. « Tous reconnaîtront, disait le Verbe incarné, que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres (1). »
Ennemis des bons et 9.mis des méchants, voilà ce qu'ont toujours été et ce que sont encore lies faux sages de tous les temps et de tous les pays. N'est-ce pas ce qu'on voit aujourd'hui, peut-être plus clairement que jamais? Quelque soit le climat qu'ils habitent ou le masque dont ils se couvrent, l'Esprit mauvais connaît ceux qui sont à lui. Il les exalte, il les défend. Pour eux il éveille les sympathies de tous leurs frères en impiété, en révolution, en antichristianisme.
Il est plein de miséricorde et de bonnes œuvres. De
(1) Joan.y lui, 35.
miséricorde, parce qu'il possède en personne l'Esprit de celui qui a dit : Bienheureux les miséricordieux, parce qu'il leur sera fait miséricorde. Debonnesœuvres, parce que son âme^st un des rameaux de la vigne dont le Verbe incarné est le cep immortel et toujours fécond. Un des caractères du faux sage, c'est l'égoïsme, par conséqtfent la sécheresse et la dureté de cœur : Viscera impiorum crudelia ; et la stérilité des bonnes œuvres. Voyez quel fut dans la Grèce et à Rome le règne des philosophes ; et quel il a été chez nous à la fin du dernier siècle. Si vous le pouvez, nommez les actes immiséricordieux dont ils se sont abstenus ; les œuvres bonnes qu'ils ont faites; les institutions utiles qu'ils ont fondées.
Il ne juge pas. Plus l'homme est éclairé et charitable, moins il est porté à juger, à critiquer, à censurer le prochain. Mieux que personne il sait que le jugement appartient à Dieu ; que rÉvangile défend de juger les autres, si on ne veut pas être jugé soi-même, et que rien n'est plus exposé à l'erreur que les jugements humains, basés le plus souvent sur des antipathies ou des sympathies, quelquefois même sur de simples apparences, lien est tout autrement du faux sage. Ne doutant de rien, parce qu'il ne se doute de rien, esclave de ses intérêts et de ses passions, il juge hardiment, il accuse, il critique, il condamne, il prête aux autres des intentions qu'ils n'ont jamais eues et leur fait dire ce qu'ils n'ont pas dit. Que font du matin au soir, en parlant du souverain pontife, du clergé et des catholiques, les écrivains prétendus philosophes dont nous sommes environnés?
11 n'est pas dissimulé. C'est ici un des beaux caractères du vrai sage. Dire la vérité, rien que la vérité;
yérité dans les rapports d* homme à homme ou de peuple à peuple; vérité dans Thistoire et dans la science ; la dire sans réticence et sans mélange d'erreur, la dire avec respect, parce qu'elle est la vérité, avec amour parce qu'elle est le pain de Thomme; applaudir à ceux qui la disent, parce qu'elle est la lumière de laveugle, le remède des malades, la consolation des affligés, le salut des nations, et qu'elle n'est pas un bien personnel (1).
Delà vient que l'âme du vrai sage est transparente. Cette transparence se réfléchit jusque dans la limpidité de son œil, et dans l'épanouissement de son visage. Tout autre est l'âme, l'œil, la figure du faux sage. Fils du grand' menteur, le mensonge est habituellement sur ses lèvres et sous sa plume. Il affecte la vérité, la sincérité, la sainteté, et il enseigne Terreur, Thypocrisie, l'iniquité. C'est le loup sous la peau de brebis. Mais, quoi qu'il fasse, le loup paraît dans cet œil à peine entr'ouvert, dans ce regard oblique et incerlain, dans ce visage dont tous les traits ramassés et immobiles, semblent conspirer pour jeter un voile impénétrable sur les sentiments et la pensée.
Lumière au-dessus de toute lumière, amour au-dessus de tout amour, paix, sérénité, transformation de l'homme en Dieu : voilà, dans ses effets positifs, l'admirable don de sagesse. L'étudier dans ses effets négatifs, c'est, à un nouveau point de vue, montrer combien il est nécessaire.
Quelle est la nécessité du don de sagesse? La néces-
(1) Spiritus sanctus disciplinœ effugiet fictum, et auferet se a cogitationibus quœ sunt sine inlellectu. Sap,, i, 5. — Quam (sapientiam) sine fictione didici et sine invidia commuDico, et honestatem iUius non abscondo. Ibid.y yu, 13.
site du don de sagesse est souveraine, absolue» universelle. Est-il besoin d'en dire la raison ? Libre de se choisir un maître, Thomme n'est pas libre de n'en point avoir. Quand nous disons rhomme, nous disons la famille, le peuple, le genre humain tout entier. Vivre sous Fempire de l'Esprit de sagesse, ou sous l'empire de l'Esprit contraire, l'alternative est impitoyable; de tous les jours, de toutes les heures et dans toutes les positions. Quel est l'esprit satanique, opposé à l'esprit de sagesse? C'est l'Esprit de luxure (1). JL'un élève l'homme jusqu'à Dieu^; l'autre l'abaisse jusqu'à la brute.
Afin d'apprécier, comme il convient, ce double mouvement d'ascension et de descente, il faut faire deux remarques importantes : la première^ qu'il y a trois sortes de sagesses contraires à la sagesse divine : la sagesse terrestre^ la sagesse animale, la sagesse diabolique- « Tout être actif, dit. saint Thomas, agit pour une fin. S'il n'agit pas pour sa fin véritable, il agit pour une fin indue, cette nécessité est universelle. L'homme met-il sa fin dans les biens de la terre : or, argent, maisons, champs, troupeaux? c'est la sagesse terrestre. Laplacet-il dans les bieps du corps : le boire, le manger, la débauche? c'est la sagesse animale. La fîxe-t-il dans sa propre excellence : estime de lui-même, présomption, orgueil, ambition des places et des honneurs? c'est la sagesse diabolique, parce qu'elle rend l'homme imitateur du diable, appelé le roi des orgueilleux (2).»
L'Ange de l'école n'est que le commentateur de l'a-
(1) Spiritus sapientiœ obruit Spiritum luxuriœ^ quse figeas se in cadaveribus fœtidis ut ibi pascatur, ad arcam Ecclesiœ nescit re?erti ut columba, ubi sunt cibaria optima et suavissima. S. Anton,, IV p., tit. X, c. I, p. 153.
(2) S. Th., 2* 2«, q. 45, art. 1, ad i.
pôtre saint Jacques, qui nomme sçitanique cette triple sagesse, ou plutôt cette triple application de la même sagesse (1). Or, cette sagesse satanique est crime, malheur et folie. ,
Elle est crime; puisque c'est très- volontairement, très-sciemment que, au mépris delà volonté de Dieu, des lumières de sa raison, des aspirations de son cœur, l'homme place sa fin dernière dans la créature, et bouleverse ainsi tout le plan divin.
Elle est malheur ; par la raison qu elle est crime et par les conséquences temporelles et éternelles qu'elle entraîne. Ces conséquences sont les injustices, les inquiétudes, les mécomptes, les désespoirs, les remords, les divisions intestines, les révolutions sociales et les peines deTenfer.
Elle est folie; parce qu'elle éteint, dans la boue des créatures, le double flambeau de Tintelligence et de la foi. Le fou est celui qui a perdu le sens humain et le sens divin. N'ayant plus le sens, le fou ne sait plus faire le discernement des choses. Il appelle vrai ce qui est faux et faux qe qui est vrai, bon ce qui est mauvais et mauvais ce qui est bon, nécessaire ce qui est inutile et inutile ce qui est nécessaire. Esclave d'une idée fixe, en elle il place son bonheur, pour elle il oublie tout ; nuit et jour il chasse à des rêves, à. des fantômes, à des riens; il s'épuise à les poursuivre et aies embrasser. En vain voudriez-vous l'éclairer, il ne comprend pas ; des hochets sont pour lui des trésors. Le menace-t-on de les lui ôter? il entre en fureur, il crie, il frappe, il brise, il pleure. Voilà le fou (2).
(1) Non est enim ista sapientia desursum descendens, sed terrena^ animalis, diabolica. Epist, w, 15.
(2} Nomen stultitiœ, secundum Isidorum, videtur esse a stupore«
Et voilà, trait pour trait, rhomme ou le peuple, possédé par TEsprit de sagesse satanique. Mauvais appréciateur de lui-même, de ses destinées, de ses devoirs et de ses intérêts, il met en bas ce qui doit être en haut, en haut ce qui doit être en bas, le principal à la place de l'accessoire, l'accessoire à la place, du principal, le fugitif à la place de l'immuable, le naturel à la placedu surnaturel, le fini à la place de l'infini, le corps avant l'âme. Nul argument humain n'est capable de le détromper, il est fou et il veut l'être ; Noitnt intelligere ut bene ageret.
Médecins, ne l'approchez pas trop près, choisissez bien votre temps, insistez avec réserve pour lui faire accepter vos remèdes; encore n'êtes- vous pas sûrs qu'il ne réponde à vos charitables soins par des moqueries, par des injures et par des colères, ou même, comme il la fait souvent, comme il le fait encore, en vous meurtrissant de coups et en vous envoyant à la mort : voyez plutôt.
Le genre humain était atteint de celte criminelle et déplorable folie, lorsque le Verbe incarné descendit du ciel pour le guérir. Par ses prophètes, par lui-même et par ses apôtres, il annonce le but de sa mission. 0 homme, tu es dtfpe de ta sagesse. Cette sagesse est terrestre, animale, diabolique : elle est folie, elle est mort. Je perdrai la sagesse des sages; je frapperai de réprobation la prudence des prudents (1). A la nouvelle
Stupor autem interpretatur sensu um alienatio, eo quod sensusstU' peant. Unde stultus dicilur, qui propter stuporem non movetur... Stullitia importât hebetudinem et obtusionem cordis. Yig., c. m, p. 413.
(i) Sapientia tua decepitte. /5.,xlvii, iO. — Sapientia autetnbujus mundi slultilia est apud Deum. I Cor.^ m, !9. — Prudentia carnis mors est. Rom,^ viii, 6. — Scriptum est eûim : perdam sapien*
de rarrivée du divin guérisseur, tous les aliénés de cœur sont troublés jusque dans les profondeurs de leur être, et se préparent à recevoir leur médecin, comme ils l'ont reçu, en l'insultant, en le persécutant, en le crucifiant (1).
La seconde remarque est que la triple sagesse , ou mieux la triple folie dont nous venons de parler, aboutit presque toujours à la folie de la chair. Pour un fou d'orgueil et d avarice, vous trouverez cent fous de luxure. Cette chute est dans la nature des choses. L'homme est fait pour adorer; s'il n'adore pas le Dieu très-haut, il faut qu'il adore le Dieu très-bas; s'il n'adore pas le Dieu esprit, il adorera le Dieu chair. De là Tient, si vous les scrutez avec soin, qu'au fond de tous les cultes païens, de toutes les pratiques démoniaques, de toute conscience émancipée^ vous trouverez infailliblement une souillure. Vénus en est le dernier mot. Commencé par la gourmandise, le despotisme de la chair finit par la luxure. Or, de toutes les folies, celle de la luxure est la plus honteuse, la plus furieuse, la plus féconde en désastres et la plus difficile à guérir.
Comme le Saint-Esprit est inséparable de ses dons, Satan est inséparable des siens. Comme le don de sagesse suppose et couronne tous les dons du Saint-Esprit, le don de luxure suppose et traîne à sa suite tous les dons sataniques. Pas un impudique qui ne soit orgueilleux, avare, gourmand, jaloux, emporté, paresseux: c'est un fait constaté par l'expérience des âmes et par les enseignements de Thistoire. Aux ordres de leur chef,
tiam sapientium, et prudenliam prudentium reprobabo. I Cor., i, 19 et /^.yXxix^U.
. (1) IlluminaDS tu mirabiliter a montibus œternis, turbati sunt omoes iosipieates corde. Ps. lxxv.
il n est pas de crime que les affreox satellites de la luxure ne commettent pour lui obéir. Les duels, les assassinats, les empoisonnements, les rapts, les violences, les infanticides, les excès de table,* les noires jalousies, la perfide médisance, Todieuse calomnie, les trahisoïis, les bassesses, les vols, les divisions, les haines sont leur ouvrage.
Que la luxure vienne à régner sur un peuple, sur une époque, attendez-vous à des iniquités sans nombre et sans nom, à des dépravations d'idées, de goûts et d'habitudes sans exemple. Vous compterez par myriades des existences sans remords, des morts sans repentir, des fous etdeis suicides dans des proportions inconnues." Viciée presque dans sa source, la vie elle-même se manifestera parfétiolement et par la dégénérescence de la race. Tantôt semblable à Tédifice assis sur un terrain marécageux et toujours menaçant de s'affaisser sur lui-même; tantôt semblable à la ville prise d'assaut, oh le meurtre et le pillage sont en permanence, la société, livrée à l'Esprit de luxure, sera sans cesse sur le penchant de sa ruine, ou deviendra une arène sanglante, dans laquelle toutes les passions déchaînées se livreront des combats à outrance. Ainsi finissent les peuples voluptueux.
Tous ces malheurs et toutes ces chances de malheurs ne suffiront-ils jamais, pour nous faire sentir la nécessité du don qui nous en préserve? En vain le monde actuel multiplie les révolutions pour arriver à la liberté. Une seule révolution peut l'affranchir : c'est la révolution morale, qui, brisant la tyrannie de la luxure et de ses satellites, le replacera sous l'empire de l'Esprit de sagesse. Sinon, non.
Arrivé au dernier des sept dons, jetons un regard rétrospectif sur notre travail. Jusqu'ici nous avons étudié
les dons du Saint-Esprit en eux-mêmes. Si importante qu'elle soit, une pareille étude ne suffît pas. Pour bien connaître les dons du Saint-Esprit, il faut les voir en action. Alors seulement il sera possible d'en comprendre la beauté, la puissante fécondité, la nécessité, Tapplication aux actes de la vie et leur influence sur le bonheur du monde. Tel est le nouvel horizon qui va s'ouvrir devant nous.