‹ Traité du Saint-EspritChapitre 68 sur 106 · II · texte numérisé non relu

II

logieDS et saint Thomas en particulier, cet arbre de mort se divise en six branches : le désespoir du salut; la prétention de se Sduver sans mérite, ou d'être pardonné sans pénitence ; P attaque delà vérité connue; f envie de la grâce d autrui; l'obstination dans le péché ^ f impénitence finale, sont autant de péchés contre le Saint-Esprit (i). La raison en est que ces péchés sont' des péchés de pure malice, surtout le troisième, qui est proprement le péché foudroyé par le Sauveur.

Pourquoi sont-ils des péchés de pure malice? Saint Thomas répond : « Il y a péché de pure malice, lorsque par mépris on repousse ce qui pouvait empêcher de choisir le péché. Par exemple, lorsqu'on repousse Tespérance, pour se laisser aller au désespoir; la crainte de Dieu, pour se laisser dominer par la présomption. Or, plusieurs choses empêchent ce choix funeste, soit de la part des jugements de Dieu, soit de la part des dons du Saint-Esprit, soit de la part du péché lui-mênie.

« De la part des jugements de Dieu : par Tespérance qui naît de la pensée de la miséricorde de celui qui remet les péchés et récompense les bonnes œuvres. Or, cette espérance est enlevée par le désespoir.

« De la part des dons du Saint-Esprit, entre lesquels deux surtout nous détournent du péché : l'un est Tinteiiigence de la vérité. Cette intelligence est combattue par l'attaque de la vérité connue, lorsqu'un homme s'insurge contre une vérité de foi, afin de pécher plus librement. L'autre est le secours de la grâce intérieure provenant du don de piété. A cette grâce s'oppose la jalousie des grâces d'autrui, lorsque quelqu'un porle en- Ci) DesperatiO; prœsumplio, impœniteDtia, obstinatio, impugoatio vçritalis agnitœ et invidenlia fraternœ graliae. Ap. S, Th., 2* 2* , q. 14, art. 2.

vie non-seulement h la personne de son frère, mais encore aux progrès de la grâce de Dieu dans le monde. • «De la part du péché : deux choses nous en éloignent : Tune est le désordre et la turpitude de l'acte, dont la pensée a coutume de conduire au repentir du péché commis. A ce moyen de salut est opposée Timpénitence, . 60 tendue dans le sens de la volonté de ne pas se repentir. X'autreest la brièveté et le néant du bien qu'on cherche i4ans le péché, et qui ordinairement empêche la volonté de rhomme de se fixer dans le mal. Ce nouveau moyen de salut est détruit par lobstination, lorsque le pécheur s'affermit dans la volonté de s'attacher au péché. Tous ces moyens, qui nous empêchent de choisir le mal au , lieu du bien, sont autant d'effets du Saint-Esprit eu nous. C'est pourquoi, pécher ainsi par malice, c'est pécher contre le Saint- Esprit (1 ) . » ;. Le doux saint François de Sales ajoute : «Pécher est âsseî: commun à la faiblessehumaine ; mais soutenir o piniâtrément sa faute, vouloir persuader qu'on a eu raison delà commettre, appeler le mal bien, et mettre les ténèbres àla place delà lumière, c'estoffeuser le Saint-Esprit ; et combattre une vérité manifestement, c'est être condamné par son propre jugement et être en quelque ma- »nièreen sens réprouvé (2).» Tel est en lui-même le péché contre le Saint-Esprit, il reste à dire dans quel sens il est irrémissible.

. > Le blasphème contre le Saint-Esprit, déclare le Yerbe lui-même, .ne sera pardonné ni en ce monde ni

(iy.Haec autem omnia quse peccati electionem impediunt, sunt ef fectus Spiritus saocti in nobis; et ideo sic ex malitia peccare, est peccare in l^iritum sanctum. 2" 2®, q. 14, art. \, corp,; et art, ?^ corp.

(2) Esprit, etc., t. U, part. XI, p. 387, edit. in-8.

en Tautre. D'un autre côté, confiant à son Église le pouvoir des clefs, il lui dit sans restriction : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel : ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Interprète infaillible de la doctrine de son époux, TÉglise catholique montre qu'il n'y a nulle contradiction entre ces divines paroles. Elle enseigne que le Rédempteur universel n'a mis aucune limite à sa miséricorde ; que nul péché n'est irrémissible dans la rigueur dumot ; et, dans la personne de Novat, elle frappe d'anathème celui qui oserait soutenir le contraire.

Comment donc faut-il entendre que le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible? S'il s'agit de Timpénitence finale, il demeure rigoureusement vrai que le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible. L'impénitence finale, c'est le péché mortel dans lequel l'homme persévère jusqu'à la mort. Or, ce péché n'est remis ni en ce monde par la pénitence, ni dans l'autre, puisque là il n'y a plus de rédemption. S'agit-il des autres péchés contre le Saint-Esprit ? L'irrémissibilité doit s'entendre non de l'impossibilité absolue, mais de l'extrême difficulté d'en obtenir le pardon. La raison en est que, par sa nature, le péché contre le Saint-Esprit ne mérite aucune rémission, ni quant à la peine ni quant à la coulpe.

Quant à la peine : celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse semble jusqu'à un certain point excusable; en tout cas, il mérite un moindre châtiment. Mais celui qui pèche sciemment, et par malice, excerta malitia, n'a point d'excuse et ne mérite aucune diminution de peine. Tel est l'homme qui pèche contre le Saint- Esprit.

Quant à la coulpe : on déclare incurable la maladie qui

par sa nature même repousse tous les moyens de guérir, par exemple, lorsqu'elle ôte la possibilité de retenir aucune espèce d'aliment ou de remèdes, bien que Dieu puisse toujours la guérir. Ainsi, le péché contre le Saint- Esprit est appelé irrémissible de sa nature, en tant qu'il repousse tous les moyens de pardon, puisqu'il s'oppose activement et directen^ent à l'Esprit de lumière, de grâce et de miséricorde. Ce n'est pas à dire que la voie du pardon et de la guérison soit fermée à la toute-puissance et à la miséricorde de Dieu. Comme elle peut toujours guérir des maladies incurables, elle peut toujours remettre des péchés irrémissibles. Grâces lui en soient rendues ! ces miracles de bonté sont loin d'être sans exemples (1).

A la pensée du péché contre le Saint-Esprit et des conséquences qu'il entraîne, est-il aisé d'être sans crainte sur l'avenir d'une époque, où il se commet si souvent et par un si grand nombre de personnes de toute condition? Sont-ils rares aujourd'hui ceux qui, malgré des avertissements réitérés, s'obstinent dans le libertinage de l'esprit ou du cœur et mettent fin à leurs jours par le suicide, ou qui meurent avec l'insensibilité de la bête? Ceux qui, indifférents pour les devoirs essentiels de la religion, se flattent d'un heureux avenir après la mort, en disant, avec le sourire de l'impiété; Dieu est trop bon pour me perdre? Ceux qui dans leurs conversations, dans leurs discours, dans leurs journaux, dans leurs ouvrages attaquent audacieusement la vérité connue ?

Ceux qui, poussant le blasphème à des limites que

(\) Per hoc lamen non praecluditur via remittendi etsanandi oranipotentise et misericordiae \)c\, per quam aliquando taies quasi miraculose spiritualiter sanantur. S. 27»., 2* 5i», q. 14, arl. 3, corp.

l'enfer n'a point connues, osent, d'une part, calomnier le catholicisme tout entier, le vicaire de Jésus-Chnst, . le Fils de Dieu lui-même; et, d autre part, ajouter à ce dénigrement satanique la glorification de tout ce' qtH est antichrétien : Judas, Néron, Julienl'Apostat, Satant Sur des lèvres baptisées^iqu'est-ce que cela, sinon le péché contre le Saint-^Ësprit^ dans ce qu'on peut imaginer de plus odieux?. Quel sort est réservé aux nations qui laissent ainsi outrager l'auteur inème de tous leurs biens? La Providence a permis- qu'il y eût dans l'histoire un fait qui donnât la répobse;* ^

Dès les premiers siècles, lek''G[rec$, poussés par l'Esprit mauvais, n'avaient cessé d'attaquer la troisième personne de la Sainte-Trinité. Macédonîus, Photius, Michel Cérulàire, sont les coupables pèires d'une longue postérité d'insulteiirs. L'Église latine, ^ alarnaée sur le sort de sa sœur, ne néglige rien pour la ramener à l'unité. Treize fois les Grecs signent solennellement le symbole catholique, et treize fois ils violent la foi jurée. En 1439, à peine de retour en Orient, après le concile de Florence, ils se moquent de leur signature, et reprennent le cours de leurs blasphèmes contre le Saint-Esprit.

Ce dernier crime comble la mesure, et le nouveau déicide sera puni comme le premier (1). Ici commence, entre la ruine de Jérusalem et le sac de Gonstantinople, le terrible rapprochement qui n'a point échappé aux observateurs chrétiens. « Pour trouver, disent-ils avec raison, quelque chose de semblable à la ruine de Gonstantinople par Mahomet, il faut remonter à la ruine

(1) Nous appelons les Grecs, déicides duSaiat-Ësprit, dans le même sens que saint Paul appelle déicides, ceux qui par leurs péchés crucifient de nouveau le Verbe incarné, ffeb,, vi, 6.

de Jéri|salem par Titus. Afin que les Grecs sachent bien que la cause de leur, désastre fut Içur révolle obstijttée. contre le Saint-Esprit, c'est aux fêtes mêmes de la Pentecôte que leur capitale fut prise, leur empereur tué, leur empire anéanti (1). »

Peu d'années avant la ruine de Jérusalem, Jésus., fils d'Ananus, se met tout à coup à crier dans le temple : ((Voix de rOrient, Toix de TOccident; voix des quatre vents; voix contre les nouveaux époux et contre les nouvelles épouses, vpix contre tout le peuple 1 » Puis, courant nuit et jour, les places et les rues de la ville, il pousse incessamnient le môme cri, ajoutant d'une voix plus lugubre : a Malheur à la ville 1 malheur au peuple ! malheur au temple! » Enfin, comme il faisait le tour des remparts de la ville assiégée, il s'écrie : <( Malheur à moi! » Au. môme instant une pierre, lancée par une machine, l'étend roide mort (2).

Pour les Juifs, la voix de la justice venait de succéder à l'appel de la miséricorde. Il en fut de naême pour les Grecs. Environ deux ans (3) avant la prise de Conslantinople, le pape Nicolas V, après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, les menace de la ruine prochaine de leur empire. <( Nous supportons encore, leur écrit-il, vos retards en considération de Jésus-Christ, pontife éternel, qui laissa subsister le figuier stérile jus- Ci) iftU univ.de VÈglise, t. XXII, p. 105, 2* é^dit., in-8. — Ut iatelligant causam exitii sui fuisse pertinaciam in errore (îe processione Spiritus sâncti, în ipsls feriis Spiritus sancti capta fuit Constantinopolis aTurcis, imperator occisus, et imperium omnino delctum. Bellarm.^ De Christo, lib. Il, c. xxx, p. 431, edit. in-fol., Lugd. 4o87; vicie etiam S, Anton,, Chronic. part,, III, t. 11, c. xiii, edit, princeps.

(2) Josèphe, De hellojudaicOy lib. VU, c. xii.

(3) Octobre 1431.

qu'à la troisième année, quoique le jardinier se prépa* rât à le couper, puisqu'il ne portait pas de fruits. Nous avons attendu pendant trois ans, pour voir, si à la voix du divin Sauveur, vous ne reviendriez pas de votre schisme. Eh bien ! si notre attente a été vaine, vous serez abattus^ afin que vous n occupiez plus inutilementla terre {l). »

Avec ces lettres prophétiques, le Vicaire de Jésus- Christ fait partir un légat pour TOrient. Ce dernier messager de la miséricorde fut le grand et saint cardinal Isidore, archevêque de Kief, grec. d'origine et célèbre parmi les Grecs eux-mêmes, à cause du talent qu il avait déploj'é au concile de Florence. A tous les points de vue, il était l'homme le plus capable de ramener les schismatiques à Tunité.

Les Juifs ne tiennent aucun compte des prédictions du fils d'Ananus ; ils le frappent même et Tinjurient. Au lieu d'écouter cette voii inspirée, ils aiment mieux suivre des faux prophètes qui les poussent à la guerre contre les Romains, en leur promettant le secours du Ciel.

Les Grecs méprisent les avertissements du Souverain Pontife, tout-nent le dos à son envoyé, et plus que jamais se montrent hostiles à l'union. Courant en foule au monastère oti réside le trop fameux George Scholarius, ils lui demandent ce qu'ils ont à faire. Sans daigner sortir de sa cellule, le moine orgueilleux répond par un billet d'anathème contre les Latins, et attache ce billet à sa porte oti tous le lisent comme un oracle. « Misérables citoyens, disait-il, pourquoi vous égarezvous? En renonçante la religion de vos pères, vous embrassez l'impiété, et vous subissez le joug de la servitude.

(\) Apud Reginald., an. ^ 451, n. 1 et 2.

Au lieu de compter sur les Francs, mettez votre confiance en Dieu. Seigneur, je jure que je suis innocent de ce crime (1). »

Les paroles de cet homme, tenu pour un prophète, changent la haine contre les Latins en fanatisme populaire. Les rues de Constantinople retentissent de ces cris : Loin de nous les Azymites; nom n avons que faire du secours des Latins ! Plutôt voir dans Constantinople le turban de Mahomet, que le chapeau d'Isidore ! N'étaitce pas le cri des Juifs alors qu'ils disaient : Otez-le, ôteZ'le! nous ne voulons pas qu il règne sur nous? Comme les Juifs, les Grecs comptent sur un prodige pour les sauver. Chaque soir on les voit s'assembler dans les carrefours ; et là ils appellent la Vierge à leur aide en buvant à la santé de son image, et en chargeant les Occidentaux d'imprécations.

Cependant Titus, prince étranger de pays et de religion, vient assiéger Jérusalemà la tête de son peuple , et l'apparition terrible des aigles romaines devant Jérusalem est l'abomination de la désolation dans la terre sainte (2). De la part des Romains, des prodiges d'activité pour élever leurs lignes de circonvallation et enfermer comme dans un cercle de fer, ou mieux dans un vivant tombeau, Jérusalem et ses habitants. Delà part des Juifs, le vertige de l'orgueil et la fureur de la guerre civile. Pressés par les ennemis du dehors, ils se divisent en factions qui se déchirent et qui font de Jérusalem l'imaofe de l'enfer.

(1) Il est bon de savoir que ce Scholarius ou Gennade, étant à Florence, se montrait un des plus empressés à paraître devant le Pape, afin d'ôlre loué comme le principal auteur de la réunion.

(2) Et civilatem et sanctuarium dit>sipabit populus cura duce venturo : et finis ejus vastitas et statuta desolatio. Dan,, ix, 26.

Mahomet II, prince étranger de pays et de religion, parait sous les murs de Gonstantinople à la tête de son peuple. Ce peuple d'infidèles se composait de trois cent mille soldats, accompagnés d'une flotte de quatre cents navires; et la formidable apparition du croissant devant Constantinople, c'était rabomination de la désolation dans une terre chrétienne. Cependant Mahomet, brûlant du. désir de vaincre, forme ses campements, dresse ses machines et dispose ses bouches à feu. Bientôt maîtres de toutes les approches, les assiégeants battent de plus près les murailles^ coniblent les fossés, ouvrent des brèches et se préparent à lassant*

Au lieu de s'unir, les Grecs, commeles Juifs, se divisent de plus en plus. Ceux qui paraissent accepter le dogme catholique touchant le Saint-Esprit sont r^ardés comme des impies. La grande église de Sàiote-*Sophie, qui était pour Copstantinople, c^ que le temple était pour Jérusalem, ayant servi de réunion aux catholiques, « n'est plus pour les schismatiques qu'un temple païen, une retraite de démons, on n'y laisse ni cierge ni lampes. Ce n'est plus qu'une affreuse obscurité et une triste solitude, funeste image de la désolation où nos crimes allaient la réduire dans peu ^e jours (1). » Tel est laveuglement de leur haine ou l'excès de leur lâcheté, qu'une ville de trois cent mille âmes ne trouve pour la défendre que sept mille citoyens et deux mille étrangers.

Comnie les sicaires de Jérusalem, cette petite troupe fait des prodiges de valeur. Mais ses efforts ne fontqu'irriter Mahomet, comme ceux des Juifs n'avaient servi qu'à exaspérer Titus. Le port de Constantinople était

{\)Michel Duca^^c. xxxvi.

fermé par une forte chaîne qui rendait inutile la flotte ottomane. Mahomet conçoit le prodigieux dessein de la faire descendre dans le port, en l'attirant au-dessus, d'un promontoire et la faisant glisser sur des madriers^ enduits de suif, jusqu'au pied des remparts de Constantinople. Le travail s'accomplit pendant la nuit, et aux premiers rayons du jour les Grecs stupéfaits voient la flotte ennemie dans leur port.

Après de furieux combats, Titus s'empare de la première et delà seconde enceinte de Jérusalem ; puis, de la troisième et de la citadelle Antonia, reliée au temple, par un portique. Ne pouvant encore forcer les factieux,, il abandonne la ville au pillage. Ses soldats y commettent toutes les horreurs ; le temple est réduit en cendres; pas une pierre ne reste sur pierre, et la charrue passe sur le sol de la ville déicide. •

Rapproché de Constantinople par terre et par mer,. Mahomet annonce Tassaut général pour le 27 mai, eni allumant des feux dans tout son camp. L'attaque commence le 28 au matin. Comme celle de Jérusalem, elle se continue toute la journée et une partie delà nuit, avec un acharnement incroyable. Enfin le 29 mai, seconde fête de la Pentecôte, 1453, à 1 heure après minuit, Constantinople tombeau pouvoir dçs Turcs,

Ainsi, pendant que l'Église latine, pieusement assemblée dans ses temples, célèbre avec allégresse Tanniversaire solennel de la descente du Saint-Esprit sur le. monde et proclame hautement sa procession du Père et du Fils, les Grecs, qui la nient en blasphémant, sont écrasés sous les ruines de leur capitale, et reçoivent sur leurs têtes orgueilleuses le joug de fer de la barbarie musulmane.

Il ressort de là que des deux plus effroyables cata-

strophes dont l'histoire fasse mention, la ruine de Jérusalem et le sac de Constantinople, la première est la punition éclatante du crime commis contre la seconde personne de la sainte Trinité ; la seconde, le châtiment non moins éclatant d*un crime analogue, commis contre la troisième personne de la sainte Trinité.

Ce que les Romains firent à Jérusalem est dépassé par , ce que les Turcs firent à Constantinople. Comme les Juifs, refoulés de toutes parts, s'étaient réfugiés dans le temple, les Grecs éperdus se réfugient dans la grande église de Sainte-Sophie. Temple et église deviennent le théâtre d'horreurs telles,v que l'histoire ose à peine en retracer le souvenir. Écoutons cependant un témoin oculaire. C'estle cardinal Isidore lui-môme, Grec de nation, qui va nous peindre la désolation de Constantinople; comme un autre témoin oculaire, Josèphe, Juif de nation, a été choisi par la Providence, pour transmettre à la postérité la description du sac de Jérusalem (1).

Voici quelques lignes de son récit : « Mahomet, entouré de ses vizirs, élant entré dans .Constantinople, deux soldats lui apportent la tête de l'empereur Constantin. Il la fait clouer sur le haut d'une colonne, où elle demeure jusqu'au soir. Puis, l'ayant faitécorcher et remplir de paille, il lenvoie, comme un trophée, aux princes des Turcs, en Perse et en Arabie (2). »

C'est ainsi qu'après les avoir montrés en spectacle aux Romains, le jour de son triomphe, Titus fit égorger, dans la prison Mamertine, Simon de Gioras et Jean de Giscale, princes des Juifs.

(i) Afin d'échapper à la mort, le prince de TÉglise revêtit de son habit de cardinal un cadavre, à qui les Turcs coupèrent la tôle et la portrrent au sultan avec le chapeau rouge.

(2) Apud S. Anton,, pars historial.y fol. 188, c. xiv. edit. in-fol.

« Après cet outrage au vaincu, Mahomet entre dans Sainte-Sophie et s'assied sur Fautel, comme étant le Dieu du temple, à la place du Verbe incarné dont il se proclame ainsi ladversaire. Déjà ses soldats ont égorgé pêle-mêle tout ce qui se trouvait dans le lieu saint. Ajoutant le sacrilège à la cruauté, ils couvrent de crachats, brisent, foulent aux pieds les images de Notre-Seignéur, de son auguste Mère, des saints et des martyrs. Us déchirent les Évangiles et tous les livres de prières. Affublés des ornements sacerdotaux, ils profanent de la manière la plus révoltante les vases sacrés, les reliques des saints, et tout ce qu'il y a de plus vénérable dans la religion (1) . »

Comme dans le temple et dans Jérusalem, ainsi dans Sainte-Sophie et dans Constantinople, tout est sacre et abomination. Onze cent mille Juifs périssent pendant le siège, les autres sont vendus comme esclaves. Chargés de chaînes, employés aux travaux publics, réservés pour les combats de gladiateurs, ces troupeaux de déicides portent, par toute la terre, le spectacle vivant de la désolation prédite ; et, depuis dix-huit siècles, toutes les générations voient ce cadavre de peuple, pendu au gibet de la justice divine.

Même spectacle à Constantinople. Prêtres, religieux, religieuses, femmes, enfants, vieillards, tout ce qui survit, devenu la proie des vainqueurs, est entassé dans des parcs et vendu comme un bétail. On voit les princes, les barons, les grands seigneurs traînés la corde au cou, chassés à coups de fouet et achetés par des hommes de rien qui en font des bergers de bœufs et de pourceaux (2). La masse de la population est jetée dans des

(1) Mingebant^ stercoiizabant, omnia viluperabilia exercebant. Apud S. Anton, ubi supra,

(2) Ibid.

galères qui mettent sur-le-champ à la voile pour toutes les directions. Pendant longtemps les ports ^e l'Asie et de r Afrique voient exposés, dans leurs affreux marchés, de longues chaînes d'esclaves, qui sont, comme les Juifs, dispersés aux quatre vents, pour apprendre à tous les peuples ce que devient une nation qui ose dire au Saint- Esprit: Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous: Nolumxis hune regnare super nos.

Comme Jérusalem, Constantinople fut si bien dépeuplée, que Mahomet n'y laissa, dit le cardinal, ni un Grec, ni un Latin, ni un Arménien, ni un Juif: Nullum incolam intra reliquerunt^ non Grœcum^ non Latinum^ non Armenum , non Judœum .

Ainsi s'accomplit sur le Grec, déicide de la troisième personne de la sainte Trinité, la menace accomplie sur le Juif, déicide de la^^seconde. « Vous n'avez pas voulu servir le Seigneur dans la joie, dans l'allégresse de votre cœur et dans l'abondance de tous les biens ; vous servirez l'ennemi, que le Seigneur vous enverra, dans la faim et dans la soif, dans la nudité et dans rindigence, et il mettra sur votre cou un joug de fer qui vous écrasera. Le Seigneur amènera contre vous une nation lointaine, rapide comme l'aigle et dont vous n'entendrez pas la langue. Nation orgueilleuse et cruelle, sans égard pour la vieillesse, sans pitié pour l'enfance, elle ne vous laissera rien, elle renversera vos murailles et vous anéantira par le massacre et la dispersion (1).»

Depuis l'accomplissement littéral de cette divine menace, les Grecs vivent sous le joug tyrannique de leurs vainqueurs. Aujourd'hui môme, après quatre siècles

(1 ) Deuter.j xxviii, 48 et seq.

d'humiliations et de châtiments, ce peuple, comme le Juif, a des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre, une mémoire pour né point se rappeler, une intelligence pour ne point comprendre la leçon formidable que Dieu lui inflige, en punition de sa révolte obstinée contre le Saint-Esprit .

Nations do TOccident, que cette leçon ne soit pas perdue pour vous. Tel est le vœu qui nous reste à former en terminant un ouvrage, oh se montre, depuis le commencement des siècles, laction permanente et souveraine de l'Esprit du bien et de FEsprit du mal, sur l'humanité. En voyant ce qu'il- en coûte de pécher contre le Saint-Esprit, apprenons à rectifier nos pensées et nos craintes. Au spectacle de la corruption des mœurs, de la fascination de la bagatelle, de l'oubli trop général des devoirs les plus saints, tremblons pour l'avenir ; mais tremblons surtout à la pensée du péché contre le Saint-Esprit, devenu aujourd'hui si commun.

Puissent les gouvernants, plus encore que les gouvernés, prendre au sérieux la sentence prononcée par le législateur suprême, contre les blasphémateurs du Saint- Esprit, et se rappeler que, immuable comme la vérité, elle demeure toujours suspendue sur la tête des sociétés qui les imitent ou qui les tolèrent !

Puissent-ils, dans leur vie publique comme dans leur vie privée, ne jamais oublier que l'homme icibas est placé dans l'alternative impitoyable de vivre sous l'empire de l'Esprit du bien, ou sous la tyrannie de l'Esprit du mal; que le premier est l'Esprit de vie, vie intellectuelle, vie morale, vie sociale, vie éternelle ; que le second est l'Esprit de mort, et que, négateur adéquat de l'Esprit de vie, il produit la mort sous tous les noms : pour les individus, la mort éternelle

à laquelle il les entraîne par le chemin de Tiniquité, de la honte et de la servitude; pour les nations, qui ne vont pas en corps dans l'autre monde, la mort sociale à laquelle il les conduit par des catastrophes inévitables. En résumé : Perdu par l*Esprit du mal, le monde

NE sera sauvé que PAR L EsPRlT DU BIEN.

Lui reste -t-il assez d'intelligence pour le comprendre? Dieu le sait. Ce que nous savons, c'est qu'une seule puissance est capable de faire entendre cette vérité capitale aux sourds couronnés, comme aux peuples matérialisés et distraits; Cette puissance, c'est le clergé, et le clergé agissant dans la plénitude de sa force et de sa liberté.

Pour les rois comme pour les sujets, lui seul aies paroles de guérison, toutes les paroles de guérison ; parce que lui seul a les paroles de vie, toutes les paroles de vie. Si, comme il n'en faut pas douter, au courage du devoir il joint l'intelligence des temps, il verra que la lutte actuelle, lutte acharnée et qui s'étend sur toute la face du globe, est désormais entre la négation absolue et l'affirmation absolue, entre le catholicisme du mal et le catholicisme du bien, entre Satan et le Saint-Esprit, combattant, pour une suprême victoire, en personne et pour ainsi dire corps à corps, à la tête de leurs armées.

Qu'à ce spectacle, le plus solennel de l'histoire, sod zèle, comme celui de Paul à la vue d'Athènes idolâtre, s'enflamme de nouvelles ardeurs. Soldat intelligent, mais incompris, le clergé ne se laissera décourager ni par l'impossibilité morale de l'entreprise, ni par les moqueries du monde, ni par la torpeur des faux frères. Les pêcheurs de Galilée n'ont-ils pas bravé César et les barbares? Persécutés et honnis, ne les ont-ils pas vaincus? Pour céder la place au Dieu du cénacle. Sa-

lan n'a-t-il pas vu ses autels rouler dans la poussière du haut du Capitole? Le bras du Tout-Puissant n*est pas raccourci. D'ailleurs, pour nous catholiques, prêtres ou fidèles, la lutte n'est pas une spéculation, c'est un devoir. Quel que soit l'avenir des sociétés, nous aurons réussi à former de nobles vainqueurs ou de nobles victimes.

Que désormais le Saint-Esprit soit donc prêché partout, aGn de reprendre dans la vie des nations la place qui lui est due et qu'il n'aurait jamais dû perdre. Trop longtemps négligé, que son culte refleurisse dans les villes et dans les campagnes, et que sur les lèvres de tous les catholiques du dix-neuvième siècle soit, fréquente comme la respiration, l'ardente prière du prophèteroi : Envoyez votre Esprit, et tout sera créé ; et vous renouvellerez la face de la terre : Emit te spiritum tuum^ et creabuntur^ et renovabis faciem terrœ (1).

Là, et là seulement, est le salut du monde.

(1)P5. an.

Paris, en la fête de la Pentecôte, 15»« jour de mai de Tan de l'Incarnation deN.-S. J,-0. 1864.

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