CHAPITRE XLIII
(fin dd précédent.)
Péché contre le Saint-Esprit. — Énormilé. — Paroles de N. S. — Différence entre le blasphème contre le Saint-Esprit et le blasphème contre THomme- Dieu. — Le blasphème contre le Saint-Esprit n'est pas le seul péché contre le Saint-Esprit.— Ce qu'est le pérhé contre le Saint-Esprit. — Ses différentes manifestations. — En quel sens le péché contre le Saint-Esprit est irrémissible. — Châtiment du péché contre le Saint-Esprit. — Parallélisme entre la ruine de Jérusalem, déicide du Verbe incarné, et Constantlnople, déicide du Saint-Esprit. — Avertissement aux nations modernes. — Conclusion.
Si la partie positive du culte du Saint-Esprit consiste à se souvenir de la troisième personne de Tauguste Trinité, à la prier et à Timiter ; la partie négative consiste à fuir avec le plus grand soin tout ce qui peut l'éloigner et la contrister.
L'éloigner, Le Saint-Esprit est essentiellement pureté et charité. Comme les mauvaises odeurs font fuir labeille, le sensualisme et Tégoïsme éloignent le Saint- Esprit de toute âme, de tout peuple, asservis à Tun ou Tautre de ces vices. Grand sujet de méditation et même de crainte pour notre époque ! S'il est vrai que nulle autre ne présente, au même degré, le sensualisme et Tégoïsme, il est donc vrai que nulle autre ne fait au Saint-Esprit une opposition plus adéquate. Mais, éloigner TEsprit de vie,c'est, comme nous Tavons tant de fois établi, appeler le règne de TEsprit de mort, avec ses inévitables et désastreuses conséquences.
Le contrisler. La négligence à l'invoquer, l'infidélité à suivre ses inspirations soitpour la conduite privée, soit pour la direction des autres, peuples ou particuliers, contristent profondément le Saint-Esprit. Le mépris dont il est Tobjet, Tinjuste préférence donnée à des oracles étrangers, préparent les dernières catastrophes; car ils conduisent à un péché non moins irrémissible pour les nations que pour les individus. Nous avons nommé le péché contre le Saint-Esprit. Il nous reste à le faire connaître : et puissions-nous en inspirer toute rhorreur qu'il mérite!
L'Homme-Dieu parcourait la Judée, guérissant les malades, délivrant les possédés, ressuscitant les morts. Bassement jaloux de la confiance que ses miracles lui attiraient, les pharisiens osaient dire : C'est au nom de Béelzébub, prince des démons, qu'il chasse les démons. Après avoir réfuté une pareille calomnie, le Verbe divin ajoute, pour en montrer l'énormité : «Je Vous le dis, tout péché et blasphème sera remis à l'homme : mais l'esprit de blasphème ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de rhomme, elle lui sera pardonnée ; mais celui qui l'aura dite contre le Saint-Esprit, elle ne lui sera pardonnée ni en ce monde ni en l'autre (1). »
(1) Ideo dico vobis : Omnepeccatumetblasphemia rem it têtu r homini : Spiritus àutem blasphemise non remiltetur. Et quicumque dixeritverbum contra Filium hominis, remittetur ei; qui autem dixerit contra Spiritum sanctum, non remittetur ei neque in hoc sseculo, neque in futuro. Matth,, xii, 31, 32; Marc, m, 29; Luc, iii, 10. — Saint Thomas explique en ces termes la différence entre le blasphème contre le Saint-Esprit et le blasphème contre Notre-Seigneur : « Jésus-Christ faisait certaines choses en tant qu'homme, boire, manger ; et d'autres en tant que Dieu, chasser les démons, ressusciter les morts. Il faisait ces dernières par la ^ertu de sa propre divinité et par l'opération du Saint-Esprit dont, en tant qu'homme,
On le voit, le reproche que Notre-Seigneur adresse aux pharisiens, est d'attribuer malicieusement au démon les miracles qu'il faisait, et dont ils ne pouvaient douter qu'ils fussent l'œuvre du doigt de Dieu. Là était leur blasphème et leur crime. Ainsi, malgré l'évidence, traiter les œuvres du Verbe divin, d'œuvresde Satan, par conséquent le. Fils de Dieu, d'agent du démon, de faussaire et d'usurpateur de la divinité, en cela consiste proprement le blasphème contre le Saint-Esprit. .
« Il faut remarquer, dit un savant commentateur, que Notre-Seigneur ne parle pas ici de tout péché contre le Saint-Esprit, mais seulement du blasphème contre le Saint-Esprit, qui se commet par parole aussi bien que par pensée et par action. Il a lieu lorsqu'on calomnie des œuvres manifestement divines et miraculeuses, pieuses et saintes, que Dieu accomplit pour le salut des hommes et par lesquelles il confirme la vérité de la foi; telle, par exemple, que l'expulsion des démons. Ces œuvres, étani des œuvres de la bonté et de là sainteté de Dieu, sont attribuées au Saint-Esprit. Pès lors, celui qui les calomnie, et qui sciemment, par malice, les attribue aux démons, blasphème contre le Saint-Esprit, parce qu'ilote à Dieu sa sainteté, sa vérité, et fait de lui le démon : Ex Deo facit diabolum (1). »
Le péché contre le Saint-Esprit ne se borne donc pas au blasphème contre le Saint-Esprit ni à un acte passager; il s'étend à plusieurs prévarications et constitue même un état permanent. Suivant les Pères, les théo-
il était rempli. Les Juifs avaient d'abord commis le blasphème contre le Fils de l'homme en l'appelant vorace, buveur de vin^ ami des pubh'cains. Ensuite ils blasphémèrent contre le Saint-Esprit, en attribuant au démon ce qu'il faisait par la vertu de sa propre divi- ' nité et par l'opération du Saint-Esprit. 2* 2», q, 14, art. 1, corp, (I) Corn, a Lap.y in Matth,, m, 31.