SUREXCITATION DU CERVEAU
Perfectionnement desfacultés intellectuelles, activité de l'imagination, développement de la mémoire , oubli au réveil.
Quant au cerveau , non seulement on ne doit pas le supposer inactif dans le soranam-
(i) J'ai souvent eu l'occasion de faire remarquer combien le témoignage des somnambules à qui leur imagination déréglée fait éprouver tout ce qu'ils croient devoir sentir, doit être de peu de valeur. On ne peut raisonnablement s'en servir que comme d'une indication pour la recherche de la vérité, ou tout au plus l'invoquer pour confirmer des idées d'ailleurs probables.
Imlisme , mais encore plusieurs des facultés que présente cet état singulier , ne peuvent s'expliquer que par l'admission d'un surcroît d'activité dans l'organe de la pensée. Comment, sans une pareille supposition, expliquer le développement des fonctions intellectuelles , le perfectionnement de la mémoire , l'activité extraordinaire de l'imagination ? Tous ces phénomènes sont certainement trop prononcés pour que la seule suspension des fonctions des sens extérieurs suffise pour en rendre compte.
Cet excès d'activité du cerveau dans le somnambulisme, me paraît présenter, au reste, une explication de l'oubli total au réveil ; et le retour subit de cet organe à son type ordinaire de vitalité suffit bien pour faire perdre subitement le souvenir de toutes les impressions reçues pendant son état d'excitation ; car la même raison qui fait que des traces imperceptibles dans le cerveau, pendant la veille, sont aperçues par le somnambule endormi , peut bien être cause aussi que des impressions assez fortes, dans le sommeil , pour produire les effets les plus marqués , ne puissent plus être aperçues au moment du réveil. Nous voyons tous les jours un pareil phénomène dans le délire ; et
des malades , dans le transport d'une fièvre cérébrale , sont affectés avec la plus grande vivacité d'impressions qu'ils oublient aussitôt que la fièvre est terminée, sans qu'on puisse trouver d autre cause à cet oubli total , que la cessation de l'état d'irritation dont le délire était le résultat.
On voit donc que, loin que les phénomènes du somnambulisme conduisent à la supposition de l'inertie de l'organe cérébral , plusieurs d'entre eux ne peuvent être expliqués autrement que par l'admission d'un nouveau degré de sensibilité dans le cerveau; de sorte qu'il faut joindre l'admission de ce phénomène à celui de l'exaltation de la sensibilité des organes internes 9 pour avoir une explication complète du somnambulisme , du moins de toute la classe des facultés qui appartiennent au somnambule , considéré isolément et indépendamment de ses rapports avec ceux qui l'entourent.
On peut remarquer, relativement à l'exaltation de la vie intérieure et la surexcitation du cerveau , que ces deux phénomènes principaux du somnambulisme ne se trouvent presque jamais ensemble à un degré très-élevé, et qu'on les observe communément en sens inverse l'un
de l'autre. Si le cerveau se trouve dans un état d'excitation considérable, comme on le remarque dans les possédés , les inspirés et dans les différens crisiaques atteints de somnambulisme extatique , les phénomènes qui dépendent de cette excitation , c'est-à-dire tous ceux qui ont rapport au perfectionnement des facultés intellectuelles , se montrent d'une manière très prononcée, et les notions instinctives sont pour l'ordinaire très-faibles; au contraire les malades qui se distinguent par les notions instinctives les plus sûres et les plus étonnantes , ne présentent que des facultés intellectuelles très-ordinaires, et qui le plus communément ne diffèrent pas de celles dont ils jouissent dans l'état de veille. Les somnambules artificiels sont en général dans ce cas ; aussi sont-ils soumis à des causes d'exaltation cérébrale beaucoup moins fortes que les anciens crisiaques, auxquels on avait persuadé qu'il y avait du surnaturel dans leur état.
Parlons maintenant des autres phénomènes du somnambulisme. Les principaux sont la communication sympathique des symptômes des maladies , la communication directe des pensées et l'influence de la volonté, auxquels il faut joindre l'influence qu'acquiert le
somnambule sur les mouvemens intérieurs de son organisation.
Il est évident que les trois premiers phénomènes que nous venons de citer peuvent être considérés comme le résultat de cette faculté sympatique, en vertu de laquelle tout ce qui se passerait dans le corps des assistans peut se reproduire dans celui des somnambules. 11 est peut-être possible de trouver quelque chose de semblable chez l'homme éveillé , dans la manière dont se communiquent le bâillement , le rire, et plusieurs affections convulsives contagieuses par imitation (i).
Au reste, relativement à la communication des maladies , on ne doit pas être étonné de voir la proximité d'un corps vivant produire les effets les plus sensibles sur un autre, quand c'est d'ailleurs une loi si générale que les corps qu'elle renferme se modifient par une action réciproque, et surtout quand on réfléchit à
(i) N'y aurait-il pas une action semblable dans les effets que produit sur ses auditeurs, l'orateur passionné dont les mouvemens se communiquent instantanément dans une assemblée nombreuse , et dans ceux de l'acteur qui fait frémir ou verser des larmes dans des circonstances où un autre acteur, doué de moins de talent, nous laisserait de sang-froid?
l'extrême mobilité des lois vitales et à la facilité avec laquelle les corps vivans sont modifiés sous l'influence des causes les plus légères. L'exaltation de la vie intérieure, sur laquelle portent principalement les altérations organiques qui constituent les maladies, doit avoir aussi une grande influence sur les différens degrés de la faculté qui nous occupe ; mais si la communication sympathique des symptômes des maladies est favorisée par l'état de susceptibilité générale du système nerveux de la vie intérieure , c'est à l'excitation particulière du cerveau qu'on doit rapporter les phénomènes de la communication des pensées et des volontés non exprimées. On conçoit en effet que la facilité de ces communications doit dépendre de la susceptibilité de l'organe qui en est le siège ; c'est ce que l'expérience confirme ; elle fait voir que les crisiaques chez qui l'excitation cérébrale est la plus manifeste par le développement des facultés intellectuelles, sont les plus propres à deviner la pensée et à sentir la volonté.
Le développement des facultés intellectuelles, la communication des pensées, l'influence de la volonté sont trois phénomènes qu'on remarque presque toujours ensemble ,
(488) parce qu'ils dépendent d'une seule et même cause, de l'excitation du cerveau ; la communication sympathique des symptômes des maladies, au contraire, coïncide le plus ordinairement avec le développement des facultés instinctives ; et je pense que c'est à cause que, comme ces dernières , elle tient à l'excitation i0 de la vie intérieure.
Quant à l'inîuluence qu'exercent les somnambules sur les mouvemens de la vie intérieure , elle mérite une grande attention. On doit la rattacher, suivant znoi, à l'exaltation des fonctions de la vie intérieure , et reconnaître que de même que ces fonctions deviennent perceptibles au crisiaque, il arrive que, réciproquement, les impressions de celui-ci ont sur elles une beaucoup plus grande influence que dans Tétat de veille. Mais cette influence n'a presque j amais lieu qu'autant qu'elle est commandée par une volonté extérieure ; de sorte qu'il es: naturel de se demander si elle dépend de la volonté de celui en qui se passe le phénomène, ou si Von doit l'attribuera celui qui la commande. L'une et l'autre supposition semblent d'abord également inadmissibles. En effet , comment concevoir la volonté d'un homme agissant directement sur un autre
( 439 ) homme, et produisant en lui des effets qu'elle est incapable de produire sur sa propre organisation ? Une pareille idée paraît tellement absurde , qu'on aurait bien de la peine à s'y arrêter, quand les faits paraîtraient conduire à l'adopter, et à plus forte raison doit-on la rejeter, quand on ne peut citer aucun fait suffisamment constaté qui l'établisse.
C'est donc au crisiaque seul qu'on doit rapporter les effets qui se passent en lui. Mais est-ce à sa volonté qu'il faut les attribuer ? On ne peut pas plus s'arrêter à cette idée qu'à la précédente; car les crisiaques méconnaissant souvent leur propre action, et attribuant tout ce qui se passe en eux à une volonté étrangère, on ne peut aller contre le témoignage qu'ils rendent (i) , et il faut bien connaître que leur volonté n'agit pas , puisqu'ils n'ont pas la conscience qu'elle agisse.
D'ailleurs, si le crisiaque a la faculté de modifiera volonté son organisation intérieure ; s'il peut au besoin , et comme il lui plaît ,
(i) On ne peut dire de la volonté ce que nous avons dit de la pensée , que les somnambules veulent peut-être sans savoir qu'ils veulent ; car qu'est-ce qu'une volonté qui s'ignore?
( 490 ) accélérer, suspendre, arrêter les mouveniens de la circulation, de la digestion, de la transpiration, la sécrétion de la bile, des urines , de la salive, la guérison des maladies les plus graves ne devra être pour lui qu'un jeu , et il lui devra être aussi facile de revenir à l'état de santé quand il est malade , qu'en a un homme menacé d'une chute de se maintenir en équilibre par le moyen des mouvemens des membres dont il peut disposer; et s'il en était ainsi , pourquoi verrions-nous tous les jours des somnambules succomber à des maladies qu'un pouvoir beaucoup moins étendu que celui qu'on leur suppose pourrait arrêter instantanément? Toutes ces considérations , et bien d'autres semblables, suffisent pour montrer que ce n'est pas à la volonté du somnambule qu'on peut attribuer l'influence qu'il exerce sur sa propre organisation; mais ce n'est pas une raison pour aller en chercher la cause hors de lui ; car l'expérience nous fait voir sur un grand nombre de phénomènes qui se passent en nous , la réalité d'une influence différente de celle qui résulte du pouvoir de notre volonté. Qui pourrait à volonté trembler, pâlir, couvrir son corps d'une sueur froide, ou se donner une diarrhée subite ? Voila pourtant ce qu'une
( 49' ) simple frayeur est capable de produire; et l'érection qui suit les désirs vénériens n offre-telle pas encore un résultat plus constant du pouvoir de l'imagination dans un cas où la volonté est tout à fait impuissante ? Suivant moi, l'influence que les somnambules exercent pendant leur sommeil sur leur organisation, est de même nature; elle est le résultat direct de l'impression produite sur eux par l'idée qu'ils ont de la puissance de leur magnétiseur; d'où il suit que ce dernier peut produire en les commandant des effets tout à fait semblables à ceux qui résultaient chez les somnambules extatiques, de la persuasion où ils étaient de l'action d'un pouvoir surnaturel sur eux. Au reste, la volonté du magnétiseur est par elle-même tout à fait insignifiante, et elle n'agit qu'autant qu'elle est connue.
On voit dès-lors pourquoi le commandement du magnétiseur est nécessaire, et pourquoi sa seule volonté est si souvent insuffisante; c'est que celte volonté ne peut agir qu'autant qu'elle est sentie par le crisiaque; et aussitôt qu'elle est sentie, elle produit son effet indépendamment de la volonté de celui sur qui elle fait impression.
Je n'ai point parlé dans tout ce que je viens
de dire, du transport des organes des sens dans des régions inaccoutumées, et j'avoue que je n'ai rien à dire relativement à l'explication de ce phénomène , dont l'observation me paraît pourtant mériter toute l'attention des phylosophes.
Il me serait sans doute bien facile d'imaginer quelque fluide auquel j'attribuerais des qualités qui me conviendraient, et dont les différentes vibrations avertiraient le somnambule de la présence des corps extérieurs. J'aurais d'autant plus de facilité dans ma supposition, que l'exaltation de la vie intérieure me permettrait de placer dans les extrémités des nerfs de la région de l'estomac, une sensibilité particulière qui les disposerait à être affectés par les vibrations du fluide; mais je craindrais, en suivant de pareilles idées, de me livrer à des hypothèses sans fondement, Sans donc entrer dans aucun détail sur la manière dont peut s'opérer la nouvelle vue des somnambules, je rappellerai que plusieurs insectes chez lesquels on n'a pu découvrir aucuu organe spécial de la vue, n'en sont pas moins capables d'éviter les obstacles qui se présentent devant eux.
L'hypothèse à laquelle j'ai été conduit pour
(493 ) l'explication du somnambulisme , me paraît merveilleusement confirmée par l'observation d'un état dont on trouve des exemples dans plusieurs ouvrages sur le magnétisme, et particulièrement dans V Histoire critique du magnétisme animal de M. Deleuze. Cet état offre la manifestation des facultés du somnambulisme chez des individus d'ailleurs présentant tous les caractères de la veille. Ces singuliers somnambules ont tous leurs sens ouverts aux impressions du dehors. Ils jouissent de l'usage de tous leurs membres 3 ils boivent, ils mangent, ils dorment même toutes les nuits, et vaquent pendant le jour à leurs occupations habituelles ; les personnes accoutumées à les voir peuvent seuls reconnaître qu'ils ne sont pourtant pas dans leur état ordinaire. Dans ce somnambulisme imparfait, ils jouissent de la prévision, de l'instinct des remèdes et des autres facultés du somnambulisme, quoiqu'à un degré assez limité ; après un certain temps passé ainsi , ils rentrent dans leur état habituel, et le passage est marqué par un oubli total de tout ce qui a eu lieu pendant le temps de la crise.
J'ai vu une jeune fille de douze à treize ans, attaquée d'une maladie nerveuse très-singu-
lière, et qui présentait beaucoup de symptômes d'hystérie, tomber dans cet état singulier. Il y avait déjà six jours qu'elle y était quand je fus appelé pour la voir. Je ne trouvai rien en elle qui dût me sembler extraordinaire; seulement elle paraissait comme dans un état de distraction permanente , ou plutôt comme une personne ensevelie dans une profonde réflexion. Il fallait lui adresser deux ou trois fois la parole avant qu'elle répondît; et quand elle parlait, c'était toujours d'une manière laconique. On eût dit qu'elle ne donnait qu'une demi-attention à ce qu'on lui disait. Les pa* rens me dirent qu'ils reconnaissaient très -bien qu'elle n'était pas dans son état ordinaire, soit à ces signes, soit à l'altération de son caiactère; car, contre son ordinaire , elle était très-brus» que, et même peu respectueuse avec ses parens. Quand je la vis, elle avait déjà tombé plusieurs fois dans cet état, qui d'abord avait présenté une aliénation mentale complète, accompagnée de mouvemens violens , et qui peu à peu s'était réduit à ce somnambulisme imparfait.
La jeune malade, dans cet état qu'elle désignait en disant qu'elle était morte, annonçait quand elle devait revenir à l'état de veille,
( 495 ) qu'elle appelait la vie. Elle annonça devant moi qu'elle rentrerait le lendemain dans son état de vie, et quelle ne serait plus jamais morte à l'avenir (c'est à dire qu'elle serait guérie).
La première prédiction s'accomplit, mais trois heures plus tôt que la malade ne l'avait annoncé. Quant à la seconde, celle qui regardait saguérison, elle se trouva fausse, les accidens ayant seulement été suspendus pendant six semaines ou deux mois (i).
La prévision de la malade était imparfaite , comme on l'a vu , et en général les caractères du somnambulisme étaient peu prononcés chez elle. Elle ne jouissait non plus qu'à demi de
(i) Il est assez commun de voir les somnambules , qui d'ailleurs jouissent d'une prévision très-étendue, se tromper sur l'époque de leur guérison , qu'ils annoncent ainsi sans qu'elle ait lieu. Je crois que cette erreur provient de ce que ne pouvant prévoir les accidens au-delà d'un certain temps, et ne jugeant de la maladie que par les symptômes qu'ils en voient dans l'avenir , ils doivent prendre une suspension un peu longue des symptômes pour une guérison complète, s'ils n'aperçoivent rien au-delà. J'ai constamment remarqué que le moment que les malades avaient indiqué comme devant terminer leur maladie , était le commencement d'une suspension plus ou moins longue de ses symptômes.
( 49<-> ) l'état de veille , comme il était évident par le peu d'activité des organes des sens. Comment donc expliquer son état ? Rien de si facile dans nos idées, dont il présente même une confirmation. Il y avait chez elle une exaltation de la vie intérieure qui , sans être portée aussi loin que dans le somnambulisme parfait, était pourtant suffisante pour produire la prévision et les autres facultés instinctives au faible degré où elle les présentait. Ordinairement cette légère exaltation n'a lieu que dans le moment de l'inertie des organes des sens, et elle paraît le résultat du transport de la sensibilité de l'extérieur à l'intérieur. Ici , il n'y avait pas de transport , mais la sensibilité était partagée entre les deux vies. De là le peu d'aptitude des organes des sens à recevoir les impressions du dehors, et le peu d'attention qu'elle paraissait capable de donner à ce qui se passait autour d'elle; on pourrait dire qu'elle était distraite par les impressions internes.
La malade , dont les crises duraient plusieurs jours de suite , dormait la nuit dans son lit comme à l'ordinaire. Il aurait été alors très- curieux de l'interroger pendant son sommeil. Je suis persuadé que si on était parvenu à la faire répondre sans s'éveiller, on au-
( 497 ) rait reconnu en elle un somnambulisme parfait.
Plusieurs somnambules ont présenté cet état intéressant. Mademoiselle Julie, dans le cours de la maladie singulière dont le baron Strombeck a donné l'histoire, quand elle n'était pas dans son somnambulisme parlait, se trouvait dans cet état de demi-crise, comme il est évident par la circonstance de l'oubli total à la fin de sa maladie.
On trouve dans les Annales du magnétisme animal y un exemple semblable d'une malade qui , même éveillée , redoutait beaucoup le moment qu'elle avait indiqué en somnambulisme , comme devant être l'instant d'une crise douloureuse. Elle oublia tout ce qu'elle avait fait dans l'intervalle où elle avait joui de cette demi-prévision.
M. de Puységur cite dans ses Mémoires des faits semblables, qui me paraissent mériter la plus grande attention.
11 raconte que plusieurs des malades qui venaient à son château de Busancy, et qu'il ren* dait somnambules , non seulement oubliaient au moment où il les faisait sortir du sommeil, tout ce qui s'était passé pendant leur somnambulisme , mais que même ils ne pouvaient se
( 49») rappeler tout ce qu'ils avaient fait , à partir de l'instant où ils avaient pris la résolution de venir le trouver. Ainsi , ils ne se rappelaient ni leur sortie dé leur maison , ni leur voyage, ni leur arrivée au château, ni l'application qui leur avait été faite des procédés magnétiques : ce qui prouve que la seule pensée de se soumettre au magnétisme animal les faisait tomber dans un état de demi-crise, bien certainement dû à la seule imagination ; et il est naturel de penser que les procédés magnétiques ne faisaient qu'achever de les faire tomber en somnambulisme , en portant l'exaltation de l'imagina tion au plus haut degré.
Quelques personnes dont l'opinion est pour moi d'un grand poids , pensent que le somnambulisme ne diffère point , quant à sa nature , du sommeil oïdinaire, et que toutes lei nuits nous jouissons dans notre lit des facultés du somnambulisme. Dans cette supposition, l'oubli au réveil serait la seule cause de l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons à cet égard dans l'état ordinaire ; mais il suffirait d'interroger un homme endormi pour en faire un somnambule.
Ce que j'ai dit jusqu'ici me paraît suffisant pour faire voir combien cette prétention est
( 499 5 peu fondée , et pour mettre en évidence les différences qui séparent le sommeil ordinaire du somnambulisme. Mais, au reste, j'ai été assez heureux pour pouvoir interroger, même dans son sommeil ordinaire, une somnambule qui, dans cet état, pouvait m'entendre quand je lui parlais, et qui me répondait sans s'éveiller, de sorte que j'ai pu avec elle observer, pour ainsi dire à découvert , le sommeil ordinaire, et voir en quoi il diffère du somnambulisme.
La somnambule dont il est question était cette jeune personne hystérique dont j'ai parlé souvent , et sur laquelle j'ai fait mes premières observations. J'avais voulu voir si je pourrais la faire passer du sommeil ordinaire au somnambulisme, par le moyen des procédés magnétiques , et sans qu'elle sût que j'agissais sur elle. J'avais fait en sorte d'être introduit dans la chambre de la malade pendant qu'elle dormait (i). J'ai répété plus de vingt fois la même expérience, elle m'a toujours réussi; mais de plus, elle m'a donné l'occasion de faire l'obser-
(i) C'était une chose facile ; cette jeune personne se couchait toujours de très-bonne heure , et se$ parens passaient la soirée auprès d'elle en travaillant.
( 5oo )
vaiion dont je viens de parler. J'interrogeai un jour la malade endormie, avant d'avoir cherché à agir sur elle , et je lui demandai : Dormez-vous? — Oui. — Comment vous trouvezvous ? — Bien. — Etes- vous endormie du sommeil magnétique? — Non. — Vous dormez donc comme vous le faites toutes les nuits? — Oui. — Voyez-vous votre maladie (i) ? — Non.
— Pouvez vous dire quand vous aurez un nouvel accès ? — Non. — Cherchez. — Je ne sais pas. (Elle en avait annoncé plusieurs en somnambulisme pour les jours suivans.) — A quoi pensiez-vous quand je vous ai parlé? — A rien.
— Si un autre que moi vous interrogeait ainsi au milieu de votre sommeil ordinaire , lui répondriez-vous sans vous éveiller? — Non, je m'éveillerais. — Pourquoi me répondez-vous à moi? — Parce que nous sommes en rapport (2).
Cette expérience que j'ai répétée plusieurs fois , et que je crois concluante pour la ques-
(1) J'avais coutume de m'ex primer ainsi pour m'infonner si elle avait sur sa maladie les notions extraordinaires qu'elle acquérait en somnambulisme.
(2) C'est un mot consacré par les magnétiseurs pour exprimer qu'une personne est susceptible d'agir sur une autre au moyen des procédés du magnétisme animal. *
(Soi ) lion dont il s'agit , nie paraît d'aulant plus curieuse, que je ne crois pas que jusqu'ici aucun magnétiseur ait cherché à faire parler les somnambules pendant leur sommeil ordinaire; je pense pourtant que l'expérience dont je viens de rendre compte pourrait être facilement répétée sur le plus grand nombre des somnambules.
Lorsqu'on agit sur un malade au moyen des procédés magnétiques , pour l'ordinaire on ne produit pas sur le champ le somnambulisme; mais cet état est précédé d'un sommeil si profond, que le malade ne s'éveille pas, quelque haut qu'on lui parle. Un sommeil tout aussi profond suit quelquefois aussi le somnambulisme, et sépare cet état du retour au réveil. Ceux qui veulent qu'il n'y ait aucune différence entre le sommeil ordinaire et le somnambulisme, seraient sans doute bien embarrassés pour rendre raison de cette circonstance, qui s'explique facilement dans notre hypothèse; car le sommeil qui précède le somnambulisme survient quand la sensibilité ayant abandonné l'extérieur, commence à se fixer à l'intérieur, sans en rendre pourtant encore les impressions perceptibles , et celui qui le suit quand la sensibilité a déjà assez aban-
donné les organes internes pour que les impressions n'en soient plus perceptibles.
Dans l'un et l'autre cas, la sensibilité est pourtant assez fortement fixée sur les organes internes pour qu'il soit plus difficile que dans* le sommeil ordinaire de la rappeler à l'extérieur, c'est-à-dire pour que le sommeil sok plus profond.