NOTICE
J. -B. SARLANDIÈRE naquit à Aix-la-Chapelle , le 9 mai 1787. Son père, chirurgien-major de l’hôpital militaire de Rocroi , dirigea lui-même les premières études médicales de son fils , avec une sollicitude et un succès tels, que , dès l’âge de 16 ans, le jeune élève fut admis à l’hôpital de Noirmoutiers , en qualité de chirurgien sous-aide.
Toutefois , quelqu habilement cultivées qu’eussent été les heureuses dispositions du jeune Sarlandière, il était impossible qu’à cet âge, son instruction fût solide : il ne pouvait encore avoir fait que toucher à la science ; mais son amour pour l’art auquel l’attachait une vocation décidée , suppléa par une ardeur soutenue à ce que ne lui avaient pas permis d’apprendre encore des études trop rapidement conduites. Emporté par les pressantes circonstances de l’époque, autant que par sa précoce ambition , il brûlait de s’affranchir des lenteurs des études théoriques , pour marcher plus vite sur le terrain de cette pratique militaire si large et si riche de faits et d’observations. C’était l’erreur d’une imagination impatiente de savoir , mais irréfléchie sur les moyens de bien apprendre plus tard ; une raison calme , éclairée, devait racheter ces bouillants écarts. Sarlandière ne tarda pas à comprendre tout ce qui lui faisait défaut; le terrain sonnait creux sous ses pas; il le sentit, et dès ce moment, il prit la résolution , qu’il sut accomplir avec une ferme et courageuse volonté , de combler la lacune laissée dans ses études, par une précoce émancipation. C’était un
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pas immense à faire en arrière, celait toute une jeunesse à recommencer. — Tant d’autres s’y seraient rebutés ! — Lui, au contraire, licencié en 1814, après onze années d’exercice de la chirurgie au milieu des camps, revient à Paris, s’y livre, il m’en souvient, avec une incroyable ardeur à l'étude du latin, du grec , de la physique, de la chimie et de toutes les sciences accessoires à la médecine; sa facile et forte imagination suffit à ce rude labeur où le poussaient sa conscience et la noble ambition de bien mériter de la science , dont les hauteurs et les difficultés lui paraissent à présent plus grandes et plus ardues.
Nommé , pendant ce temps , à l’hôpital militaire de Paris (succursale du Val-de-Grâce) , cette heureuse circonstance vient seconder ses généreux efforts. Il poursuit et accomplit en même-temps ses études scholaires et ses études médicales , et, fécondant désormais le fonds inculte de pratique qu’il aVait acquis par les connaissances théoriques qu’il vient de perfectionner , il marche d’un pas ferme sur la voie des recherches physiologiques et des observations thérapeuthiques , et obtient avec distinction le grade de docteur en médecine.
Encouragé et soutenu par l’illustre auteur de la médecine physiologique, il en devient le collaborateur et l’ami. Son goût le porte surtout vers l’étude et le traitement des affections rhumatismales et des maladies nerveuses ; il s’y consacre presqu’exclusivement, et bientôt, par la sage et méthodique application qu’il fait, à la curation de ces cruelles maladies , des procédés du galvanisme , de l’électricité , de l’acupuncture, de Télectro-puncture , il obtient de brillants et véritables succès , qui ne tardent pas à mettre son nom en honneur parmi les classes les plus élevées de la société , où se rencontrent le plus souvent les affections de ce genre.
Ce fut dans le cours et malgré les fatigues d’une pratique très-étendue, que M. Sarlandière publia successivement :
1° Histoire du cataleptique , observée à l’hôpital militaire de Montaigu; Paris, 1815, in-8.
2° Mémoire sur la circulation du sang , éclairée par V anatomie et la physiologie , lu à l’Institut, en 1819 , inséré dajis les Annales de la médecine physiologique.
3° Vade mecum ou Guide du chirurgien militaire; Paris, 1823 , in-18, avec figures.
4° Notice sur le bdello mètre ; Paris, 1819 , in-8, fig.
5° Mémoires sur V èlectro -punctiüre , considéré comme moyen nouveau de traiter efficacement la goutte , les rhumatismes et les affections nerveuses , et sur V emploi du Moxa japonais en France ; suivi d’uji Traité de V Acupuncture et du Moxa , principaux moyens chez les peuples de la Chine , de la Corée et du Japon ; ornés de figures japonaises; Paris , 1825 , in-8, avec 2 planches.
6° Mémoire sur V Alimentation , in-8.
7° Anatomie méthodique ou organographie humaine en, tableaux synoptiques à l’usage des Universités , pour les Facultés de médecine et de chirurgie, les Académies de peinture et de sculpture , et les Collèges royaux ; Paris , 1830, in-fol. , fig. col.
Cet ouvrage, divisé en deux parties, renferme 16 tableaux et 15 grandes planches, représentant toute l’anatomie jusque dans ses détails.
8° Physiologie de V action musculaire appliquée aux arts d’imitation ; Paris, 1830 , in-8.
9° Examen critique de la classification des facultés cérébrales , adopté par Gall et Spurzheim , et des dénominations imposées à ces facultés ; Paris, 1833, in-8, fig.
10° Plusieurs communications sur V électricité médicale , insérées dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales .
11° Enfin , l’ Ouvrage posthume que nous publions , ouvrage riche de faits pratiques sévèrement recueillis , de développements ingénieux et de déductions tirées avec cet esprit judicieux et pénétrant qui caractérisait M. Sarlandière.
Tant de travaux divers , tant de zèle pour la science et de dévouement pour l’humanité , devaient trouver une récom-
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pense bien légitimement acquise , dans les distinctions par lesquelles les gouvernements et les corps savants honorent , chacun par leurs moyens, les hommes de talent et d'utilité. En effet , en même temps que les sociétés de médecine de Louvain , de Madrid , de Turin , de Breslaw et de Pétersbourg , l’appelaient à l’honneur d’être leur correspondant , en même temps qu’il siégeait comme membre de la Société Royale Académique des Sciences, de celle d’Émulation, etc., Sarlandière recevait du roi de Prusse, la décoration de première classe de l’ordre du Mérite, et du roi des Français, celle de la Légion-d’Honneur . Et c’est à ce point de
rehaussement et d’éclat qui développait en lui une nouvelle énergie , agrandissait la sphère de son ambition médicale , et imprimait à ses facultés un nouvel et plus riche essor ; c’est au moment où il venait de mettre la dernière main à son ouvrage le plus important , que la mort est venue le surprendre àEngliien, le 25 juillet 1838.
Un laborieux et savant professeur de l’Ecole de Paris , M. le docteur Trousseau , a porté sur les études physiques et médicales de M. Sarlandière , le jugement suivant , par la citation duquel nous ne saurions mieux terminer cette rapide esquisse biographique.
— « De nos jours, un homme grave, M. .Sarlandière , « qui savait assez de physique pour juger l’absurdité des « théories fondées jusqu’à ce jour , et assez de médecine , « pour apprécier les heureux effets de l’électricité résolut « de consacrer sa vie à l’étude de cette branche de la Thé- « rapeutique, et il acquit sur l’électricité et sur divers moyens « thérapeutiques dont nous parlerons , une expérience bien « précieuse, qui a fixé désormais les idées des médecins sur « la valeur de ce moyen thérapeutique.
« Nous emprunterons donc à M. Sarlandière, etc. »
( Traité de Thérapeutique , par WW. Trousseau et, Pidoux, vo! . pag\ 552.)
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/Z’acu/ie c/e ry/Z/c/ccene c/e
C’est à vous , Messieurs que j’ai cru devoir dédier cet Ouvrage , fruit de vingt-quatre années d’expériences et de méditations ; car c’est à vous que tout ce qui a rapport à V enseignement ou aux progrès des sciences médicales doit s’adresser , pour pouvoir se répandre ensuite parmi cette jeunesse studieuse qui vient puiser chez vous comme à la source des saines et véritables lumières.
Il neutre pas dans votre pensée ^ que j’aie voulu vous enseigner vous-mêmes -, je n ai eu comme vous me rendrez la justice de le croire que l’intention de vous communiquer mes travaux j en vous priant de les faire fructifier et en les faisant connaître si vous les en jugez dignes. Au reste ^ comme vous le verrez , ce ne sont pas mes seuls travaux que renferme cet Ouvrage : les hommes les plus compétents dans la matière que je traite , y ont plus de part que moi-même ; j’ai toujours eu soin de m’effacer là où j’ai pu me servir de leur expérience , ou rn éclair, r de leurs opinions j, et ce n’est jamais qu’au défaut de leur appui , que je me suis montré sur la scène.
Recevez l’assurance de mes sentiments distingués }
Docteur SARL AND 1ERE
PRÉFAC E.
Au premier aspect, cet ouvrage peut paraître , à celui qui se contenterait de le feuilleter, une œuvre purement scientifique , sans autre intérêt , pour le praticien , que de présenter d’excellentes théories , ou une doctrine basée sur l’expérimentation , par tout ce qu’il y a de plus célèbre et de consistant dans la science; mais là ne se borne pas son utilité : c’est surtout dans l’application ^ dans la confrontation de l’état normal avec l’état anormal (fondement du diagnostic ) , dans la comparaison des différences d’organisation , que le praticien trouvera un enseignement profitable et depuis long-temps désiré. En effets rien n’offre autant de vague en médecine, que les notions acquises du système nerveux, et nonseulement les maladies nerveuses sont les plus mal traitées, mais même tout ce qui se rattache aux nerfs dans l’état de santé, semble être un continuel sujet de surprise ou de mécompte pour le praticien, dont le principal soin , cependant , doit être de maintenir
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l’étal fonctionnel dans la plus parfaite intégrité. La force des choses voulait qu’il en fût ainsi : la science n’était pas faite, les découvertes les plus importantes ne datent que de nos jours, et c’est à peine si avec nos trésors de connaissances , les harmonies du sysLème nerveux sont comprises , et leur consensualité soupçonnée. C’est pour les faire ressortir et pour atteindre ce but, que j’ai coordonné toutes les pièces éparses de ce système dans la première partie de mon travail , pour en former un tout dont le mécanisme, quelque compliqué qu’il parût en lui-même, fût facilement saisi. t
La seconde partie n’est, pour ainsi dire, que l’histoire des harmonies. En la méditant attentivement , on peut y voir comment cet ensemble admirable , dont on a passé en revue les compartiments pièce à pièce , et dont on a pu suivre le mécanisme organique dans la première partie , se désassocie sous des influences de destruction ^ et comment cet ordre de choses donne ainsi la clef de l’état normal passant à l’état anormal.
Je pense que cette marche était la seule capable de faire comprendre aux praticiens ce qu’est réellement le système nerveux, et de quelles ressources on peut disposer à l’aide de cette connaissance ; mais ce n’est pas dans une préface qu’on peut donner l’idée d’un tel ouvrage; il faut l’avoir médité , pour en apprécier la valeur.
Introduction.
Le but de cet ouvrage est de conduire les praticiens à la connaissance des affections nerveuses , en leur taisant part de travaux consciencieux et de laborieuses expériences , que leur temps ne leur aurait pas permis d’entreprendre eux-mêmes , pour résoudre les nombreuses difficultés qui se présentent à chaque pas, dans l’observation médicale de tout ce qui touche au système nerveux.
Quelque présomptueuse que puisse paraître une telle prétention de ma part, je ferai observer que ce n’est pas, armé de mes seules découvertes, que j’ose me présenter en face des praticiens ; je suis plutôt le rapporteur de la science que je ne m’en constitue le précepteur, et je n’ai jamais parlé de ce qui m’est propre, que quand il ne m’a pas été possible de découvrir qu’un autre in’eût devancé, ou eût eu les mêmes pensées que moi.
On peut d’autant plus ajouter foi à la sincérité de cette déclaration, que j’ai déjà donné des gages suffisants d’une vie très-occupée et toute vouée aux intérêts de la science. On a jusqu’à ce jour amassé beaucoup de matériaux pour édifier la science du système nerveux , mais il reste encore de nombreuses lacunes à remplir.
Qu’on ne croie cependant pas que j’emploie une modestie outrée en m’effaçant autant que je le fais : j’ai senti que dans un travail de cette nature, les efforts d’un seul , quels que soient ses labeurs, doivent être comptés pour peu de choses, et les hommes de poids auraient attaché
INTRODUCTION
une très-faible importance à mes investigations, si je ne les eusse étayées que de ma seule autorité. C’est la masse des résultats obtenus par ceux qui ont le plus de droit à la confiance des praticiens, qu’il était nécessaire d’invoquer.
Si j’ai été forcé de heurter quelques opinions, si j’ai eu le malheur de traiter avec peu de ménagement quelques hommes célèbres et que j’estime d’ailleurs, c’est que pour moi, l’intérêt de la science et de la vérité passe avant celui des hommes, quel que soit leur mérite.
L’histoire des maladies nerveuses a besoin d’une réforme plus grande encore que celle opérée par l’illustre auteur de la Doctrine Médicale Physiologique pour celles des fièvres essentielles, ou plutôt des affections vasculaires organiques ; car, là, tout au moins est palpable, et ici il n’y a souvent aucune trace visible d’altération. Après la mort, il est presque toujours impossible de juger quelles lésions l’ont produite, quand elles ont été purement ner veuses, tandis que les altérations vasculaires contiennent cet enseignement. Ce n’est donc que pendant la vie, et en étudiant les désordres fonctionnels, qu’on peut arriver à la connaissance des maladies nerveuses. Mais, pour apprécier les désordres, il faut connaître quelles doivent être les fonctions dans l’état d’intégrité ; c’est à l’anatomie et à la physiologie comparatives, qui sont des sciences de fait, qu’il appartient de nous fournir ces lumières. « Dès l’ins- « tant, a dit notre célèbre Magendie, qu’on arrive aux « usages des nerfs dans les fonctions, il n’y a plus aucune « explication à donner 3 il faut s’en tenir rigoureusement a à l’observation des phénomènes ! >> Mais c’est ce qu’on n’a pas fait jusqu’à ce jour, et même ce que nos devanciers étaient dans l’impossibilité de faire ; car, d’une part, ils ignoraient les lois exactes, et même les usages particuliers de la plupart des organes nerveux, et, d’autre part, ignorant ces usages , ils amalgamaient tous les symptômes, de telle sorte, qu’il en résultait une confusion absolue, non-seulement dans les affections compliquées, mais quelquefois même dans les lésions les plus simples.
Frappé, de bonne heure, dans ma pratique, de ce vide
INTRODUCTION
immense dans l’art de guérir ; initié, dès l’origine, aux savantes leçons de l’illustre réformateur qui me lit l’honnenr de me choisir pour son prosecteur, je compris ce qu'on pouvait tenter relativement aux affections morbides nerveuses, livrées pour la plupart à elles-mêmes et dépourvues de secours efficaces. Je savais que toute la thérapeutique des médecins les plus célèbres se réduisait à quelques révulsifs, à l’exercice, aux distractions, et à l’usage des eaux minérales , qu’ils conseillaient à leurs malades, autant (il faut bien le dire) dans le but de se débarrasser de leurs importunités, que dans celui de les délivrer de leurs maux , but qui souvent n’était pas atteint.
D’un autre côté, les névropathiques, désespérés de se voir déçus en s’adressant à des hommes d’un mérite réel, se jetaient entre les mains des charlatans, qui ne leur épargnaient pas les assurances de radicale guérison.
Dans de telles conjonctures, je n’envisageai pas sans effroi la route qui s’offrait devant moi ; cependant j’avoue que je me laissai entraîner, antant par l’ardeur que devait m’inspirer naturellement un travail de si haute portée, que par les circonstances qui m’avaient placé dans une position assez avantageuse, pour faire une étude plus approfondie de ces maladies.
Après nos désastres de 1812 et 1813, à mon retour de Russie, nommé par le gouvernement médecin attaché à fun de nos hôpitaux militaires de Paris (seconde division du Val de-Grâce, établie dans les bâtiments de Montaigu), j’eus occasion d’étudier dans mon service, nombre d’affections nerveuses chez des hommes que les grands changements politiques survenus en France venaient d’exaspérer et de froisser dans leurs espérances. Je m’attachai à ces frères d’armes malheureux avec une sollicitude particulière; la compassion, ainsi que le désir bien prononcé de soulager leurs maux, acheva ce que l’amour de la science avait seul commencé.
J’eus par suite occasion de multiplier dans ma pratique particulière, et dans tous les rangs de la société , des études qui finirent par devenir exclusives, et par former pour moi, une véritable spécialité.
INTRODUCTION
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Ce fut néanmoins une rude tâche que celle que je m’imposai en me prescrivant des recherches qui avaient rebuté les médecins les plus instruits. — Comment , en effet, oser entreprendre de traiter mieux des maladies qui, de tout temps , avaient fait le désespoir des hommes de l’art , que les praticiens les plus sages renonçaient à traiter, et sur lesquelles il ne régnait qu obscurités, hypothèses et contradictions.
Heureusement les progrès de l’anatomie et de la physiologie, qui distinguent ce siècle, secondèrent mes efforts. Je ne m’élançai pas , soutenu seulement de mes propres forces, dans la carrière de l’expérimentation : je m’aidai, dans mes tentatives et mes recherches, des savants résultats obtenus par Il noter, Monro, Reil, Scarpa, Legallois, Bichat, Gai! , Cuvier, Tiedemann, Meckel, Carus , Ch, Bell, Magendie , Desmoulins, Brachel de Lyon, Serres, Flourens, Leuret, etc. , et je m’occupai activement de coordonner toutes nos découvertes, et de les faire concourir au perfectionnement de la pratique, en les appliquant au traitement des maladies. Ce fut alors que je vis se dérouler devant moi, en quelque sorte, une science nouvelle; ce fut alors que j’eus le bonheur de voir des affections, considérées jusque-là, les unes comme incurables , les autres comme extrêmement difficiles à guérir , donner lieu à des résultats, quelquefois tellement surprenants, que je n’osais les publier, de crainte d’être taxé de for fa ire à la vérité. Je voulais, d’ailleurs, porter îa réforme aussi loin que possible, et étudier, s’il se pouvait, les maladies nerveuses dans toutes leurs phases, et sous toutes les formes. Ce ne devait donc être que le fruit de longues années d’études, qui pouvait me faire espérer d’atteindre le but que je m’étais proposé.
Enfin, après vingt-quatre ans de travaux et de pratiques journalières, je me décide à livrer à la publicité, les résultats d’une longue et scrupuleuse expérience. Il reste encore beaucoup à faire ; mais , pressé par le temps et par les infirmités, je livre toujours ce que j’ai pu rassembler, laissant à d’autres le soin de faire mieux, de rectifier des erreurs
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sans doute inévitables , et de remplir des lacunes qui sont encore immenses.
Je dois Ta vouer, un autre motif m’a fait agir, alors que je désirais encore mûrir mon travail. Atteint moi-même , à la suite de longues veilles et de travaux opiniâtres, d’une affection cérébrale quia amené, dans l’espace de deux ans, trois attaques successives : la première, de sémi-paraplégie 5 la seconde, de paraplégie presque complète, et la troisième, d’hémiplégie absolue, je pouvais finir par succomber à d’aussi graves affections : je me hâtai donc de mettre mes matériaux en ordre.
Ces lésions, quoique traitées activement, pouvaient laisser des traces profondes ; car les symptômes en ayant été étudiés à tous les instants, m’ont donné la certitude que j’ai été atteint d'une altération (probablement un ramollissement) (1) du bulbe sus-spinal, s’étendant dans la région médullaire cervicale et jusque vers les irradiations striées et optiques du côté droit , et les couches médullaires cérébelleuses du même côté.
Heureusement que mes connaissances m’ont servi, et que j’ai pu me guérir aussi radicalement que possible , d’une aussi funeste maladie.
Dès- lors, j'ai repris avec plus d’ordre et plus de soin mon travail, et je me suis efforcé de présenter aussi lucidement que possible, le résultat de toutes mes études sur les fonctions et les altérations du système nerveux , en sollicitant toutefois de l’indulgence pour tout ce qui ne serait pas nettement exposé. D’autres praticiens et expérimentateurs, à cerveau plus dense et d’une meilleure trempe, rectifieront ce qu’il y aura de défectueux, dans un travail entrepris sous de tels auspices.
Ce livre 11e ressemble en rien aux Traités qui ont paru jusqu’à ce jour, sur la même matière. Je n’ai pas cru devoir commencer par exposer les dérangements des fonctions nerveuses, avant de faire connaître l’état normal du sys-
(!) J’ai constaté qu’il en existe toujours dans des cas semblables .
XV1IJ INTRODUCTION
terne, el j’ai pensé que, pour parvenir à son intelligence parfaite, je devais non- seulement interroger la disposition organique et les actes fonctionnels chez l’homme, mais encore éludier attentivement, sous ces rapports, le règne animal dans toute son étendue, et me servir de tous les travaux qui ont été faits à ce sujet.
Si je m’étais borné à quelques expériences, comme en ont fait tant de médecins, sur des points cent fois rebattus, et qui ont remis en question des faits complètement jugés, j’aurais sans doute mieux fait de garder le silence; mais j’ai voulu réunir, en le rendant aussi compacte que possible, tout ce qui s’est fait de véritablement utile dans la portion de science où j’ai porté mon investigation, afin de le présenter en corps complet de doctrine, et en déductions toutes enchaînées les unes par les autres. J’ai dû préférer cette forme de composition à ces œuvres décousues et morcelées, qui ne laissent dans l’esprit qu’une série d’idées vagues et non intimement liées, propres à faire ressortir encore les vides qui n’ont pu être comblés.
Je me suis d’abord livré à quelques considérations générales sur l’organisation animale. Après avoir exposé en particulier la formation du système nerveux, et son développement dans les classes supérieures, je suis entré en matière par l’anatomie et la physiologie comparative de tous les ramaux nerveux latéraux ; j’ai fait connaître ensuite tout ce qui concerne les masses centrales.
Après l’exposition complète de toutes ces parties, j’ai considéré leur mécanisme et leurs relations sous le nom d’harmonies ; j’y ai joint comme complément d’éclaircissement, des planches faites avec le plus grand soin, correspondant au texte de toute cette première partie. J’ai établi dans des tableaux synoptiques, tirés de mon Organographie , le résumé anatomique, en même temps que l’ensemble de tout le système, et je les ai portés à la fin de la deuxième partie, pour la plus grande commodité du lecteur, afin qu’il puisse, sans feuilleter, mettre en regard les tableaux avec les planches.
Quel que soit le degré auquel j’ai pu atteindre, en donnant une connaissance aussi complète que possible de
INTRODUCTION
l’état normal du système nerveux, j’ai cru devoir y joindre une seconde partie dans laquelle tous les corps, soit physiques, soit chimiques, qui influent sur les fonctions de ee système, soient considérés en rapport avec lui.
J’aurais pu sans doute étendre beaucoup cet ouvrage, le rendre plus riche de détails, multiplier les planches, et en plus espacer et agrandir les figures; mais cela eût constitué un travail trop volumineux : j’ai préféré être plus serré, sans cesser d’être complet.