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CHAPITRE IV

Des agents chimiques. — Procédé opératoire-physiologique.

J’ai dit plus haut que l’action des corps physiques et celle des corps chimiques sur l’économie, présentent une différence fondamentale en ce que les premiers affectent le système nerveux dans un point quelconque de l’organisme, et l’iniluencent partiellement, fans avoir besoin d’intéresser les centres; que, dans le cas ou le point intéressé réagit sur eux, celte action devient presque toujours nuisible, et irradie en se propageant ensuite, de ces centres à l’universalité du système; tandis que la seconde doit nécessairement , et de prime-abord, intéresser les centres, ou au moins le cerveau, avant de s’adresser à une partie nerveuse quelconque, si minime et si limitée que soit cette action : une telle différence n’avait pas encore été nettement signalée par les physiologistes, c’est pourquoi j’insiste sur ce point capital de doctrine.

Les expérimentateurs modernes ont vu, avec surprise, qu’une solution émétisée étant injectée dans les veines, produisait, sans toucher les parois de l'estomac, le vomissement, même plus vite que si la substance eût été avalée : il en est de même des drastiques; l’huile de croton-tiglium , ou toute autre substance purgative, agit bien plus promptement par injection dans les veines, que lorsqu’elle est prise par la bouche, ou introduite par lavement ! Il y a plus ( et cette expérience de M. Ma-

(1) J’ai souvent éprouvé que l’équitation, conseillée à certains névropatiques , lesjfatiguaient extraordinairement, et qu’ilsélaient souvent obligés de renoncer a ce moyen ; mais j’ai pu remédier à cet inconvénient avec bonheur, en faisant confectionner des selles à ressorts qui devenaient aux selles ordinaires , sous le rapport des secousses, ce que sont nos tilburys comparés aux charrettes.

AGENTS CHIMIQUES

gendie a fait assez de bruit ) , l’intervention de l’estomac n’est pas necessaire pour que le vomissement soit provoqué par les substances émétiques. Le célèbre expérimentateur à qui on doit cette observation a substitué une vessie inerte, à ce viscère retranché, et, après avoir injecté de l’émétique dans les veines, il a vu s’effectuer le vomissement par les contractions des muscles abdominaux, et l'ingestion de l’air atmosphérique qui ont eu lieu aussitôt après l’injection de l’émétique dans les veines et l'absorption qui en est résultée. M. Ségalas a prouvé, que si l’on empêchait par la compression des veines , les particules absorbées de se mettre en contact avec le cerveau , dès - lors les effets toxiques ou autres sur l’économie, ne se manifesteraient pas (1). De tout temps, les médecins ont observé que, lorsqu’il y a compression du cerveau, soit par épanchement, soit autrement, dans les apoplexies, i’émélique même, administré à très-haute dose ne produ sait nul effet, et les praticiens expérimentés jugeaient par le nombre de grains d’émétique nécessaires pour provoquer le vomissement, du degré de gravité de l’apoplexie. Ces considérations suffisent pour établir que la médication ou toxiculion que l’on se propose de déterminer sur une partie quelconque, doit d’abord s’adresser par absorption au cerveau. J’ai mis, en mon particulier, cette proposition hors de toute contestation, en injectant des substances toxiques et médicamenteuses, à différents degrés, dans les veines de plusieurs sortes d’animaux, et en obtenant ainsi toutes les gradations modificatrices, d’après les doses injectées. Le docteur Holès, en injectant sur lui-même des doses insuffisantes d’huile purgative, a obtenu exactement les mêmes symptômes, que s’il avait ingéré le médicament ( Yoy. Journal de physiol. de M. Magendie).

Des expériences, que j’ai variées en employant beaucoup de substances différentes, et en étudiant les effets sur divers animaux, m’ont convaincu que les compressions cérébrales soigneu-

(1) Le médecin anglais Bary, a fait ici, à Paris, devant l’Académie de médecine , une série d’expériences tendant à empêcher l’absorption des veines au moyen de la compression exercée par des ventouses. J’ai moimême proposé de substituer le bdellomètre aux ventouses ordinaires, ap- 1 pliquées sur la plaie envenimée, en substituant au corps vulnérant agis- 1 sant dans le vide, un pinceau enduit de la substance neutralisante, afin qu’en même temps qu’on suspend l’absorption on en détermine l’innocuité lorsqu’elle s’effectuera ultérieurement.

AGENTS PHYSIQUES

semenl faites, empêchaient tout effet toxique ou médicateur, à quelque dose que la subtance introduite dans les voies de l’absorption fût portée, et quelque fût l’organe auquel elle s'adressât.

Il résulte donc de ces expériences : 1° que tout corps chimique, introduit dans l’économie, agit par les voies de l’absorption; 2° que cette absorption n’est efficace qu’autant que la substance absorbée a été préalablement mise en contact avec le cerveau; 5° que le cerveau communique aux nerfs, soit directement, soit par l’intermédiaire de la moelle spinale, les modifications qui lui sont imprimées par la substance absorbée, et qu’il distribue parleur moyen, à tout l’organisme, les effets ressentis (voyez Harmonies , ire partie), en d’autres termes, qu’il réagit sur les organes, en envoyant à chacun, selon sa nature, la modification qui lui est dévolue par la nature du corps chimique absorbé.

Ici doit se reproduire une considération importante, relative à l’absorption. M. Brachet, de Lyon, a conclu , d’expériences qu’il a faites sur la 8e paire (1), que cette paire de nerfs détermine bien plus promptement sur le cerveau, des effets toxiques, par des substances déposées dans l’estomac, que quand les nerfs pneumo-gastriques sont coupés. Cet expérimentateur a vu qu’une substance ainsi déposée, qui produit son effet en deux ou trois minutes, lorsque les pneumo-gastriques sont intacts, ne le produit plus que cinq ou six. heures après avoir été ingérée , lorsque ces nerfs sont coupés. Il en conclut que les nerfs recueillent l’impression du corps chimique, et qu’ils la transmettent au cerveau, indépendamment de l’absorption. M. Orfila s’est élevé contre cette opinion, en déclarant, dans sa Toxicologie générale , que les effets du poison introduit dans l’estomac, sont les mêmes, que la 8e paire ait été, ou non coupée (2). Il est vrai que c’est en parlant des poisons corrosifs, que ce professeur s’est ainsi exprimé, et nous verrons plus bas, que les poisons ont une action chimique et physique, tout à la fois; qu’en vertu de cette dernière^ ils peuvent agir directement sur les nerfs; mais qu’en vertu de la dernière, ils doivent s’adresser préalablement au cerveau par voie d’absorption. Le même professeur, au reste, n’admet pas que les poisons non-corrosifs

(1) Voyez son ouvrage sur le Système nerveux ganglionnaire , à l’article où il traite du nerf pneumo-gastrique.

(2) Tome 1% page 77.

poisons corrosifs.

puissent agir exclusivement sur le cerveau par absorption; il croit aussi qu’ils influencent cet organe par le moyen des nerfs (1).

Des expériences que j’ai faites dans l’intention d’éclaircir les assertions de M. Brachet, m’ont en effet convaincu que, dans certains cas, la section des nerfs pneumo-gastriques rendait les effets toxiques beaucoup plus lents; mais cela peut tenir «à la sensibilité et à la contractilité propres des parois de l’estomac, lesquelles doivent être abolies par la section de la 8e paire; ce qui fait probablement que le corps chimique n’est que fort tard porté dans les voies de l’absorption. En tout cas , ce phénomène n’a pas lieu , et ne peut en effet avoir lieu lorsqu’il s’agit de substances corrosives attaquant le tissu gastrique.

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