CHAPITRE Y
De* poisons corrosifs ou caustiques ,
« On ne peut (dit M. Orlila , Toxicologie générale , p. 5 ) « classer les poisons d’une manière convenable, qu’autant que * l’on connaît au juste l’organe sur lequel ils agissent, et le « genre d’altération qu’ils y déterminent. »
Les poisons caustiques ou corrosifs doivent former une classe particulière, et, qui plus est, doivent être classés les premiers, car ils agissent non-seulement chimiquement, mais aussi physiquement, et ils forment naturellement la transition des agents physiques aux agents chimiques.
Leur effet physique est, comme l’indique leur dénomination, de cautériser, de corroder, de désorganiser tous les tissus vivants qu’ils touchent, en déterminant une vive inflammation dans les parties adjacentes. L’action caustique est produite par un acide, ou un alcali-concentrés; on sait cjue le même effet est produit par du beurre d’antimoine, ou du nitrate d’argent; les résultats sont toujours les mêmes. On a vu des perforations de l’estomac ou des intestins avoir lieu à la suite de l’ingestion de poisons caustiques; des douleurs atroces avec soif ardente, pouls dur,
(1) Voyez sa Toxicologie générai e.
POISONS CORROSIFS
rétraction des muscles abdominaux, et tous les symptômes d’une gastrite intense accompagner ces sortes d’empoisonnements.
Leur effet, par voie d'absoption sur le cerveau , consiste prin cipalement en des désordres simultanés des organes de la respiration, de la digestion et de la circulation, tels qu’étouffements , vomissements, palpitations ou syncopes; aberrations de la sensibilité et du mouvement, telles que refroidissement des membres, convulsions ou paralysies; des troubles sensoriaux comme perte de la vue ou éblouissement, tintements d’oreilles, anomalies du tact, etc. M. le professeur J. Cloquet a fait part à ]\1. Orfila, d une observation précieuse, faite sur lui-même, dans un cas d’empoisonnement par le sublime-corrosif , dans une dissolution très-concentrée dans laquelle il avait plongé ses mains, en préparantdes pièces anatomiques. Huit heures après , ce professeur ressentit des douleurs très-vives à l’épigastre. La flexion du tronc les soulageait un peu ; les douleurs semblaient s’étendre à tout le diaphragme; le ventre était déprimé, le patient éprouvait un sentiment de constriction dans toute la poitrine; sa respiration était costale, gênée, inégale; le pouls petit, concentré, irrégulier; la bouche sèche, la soif vive; la sueur abondante, couvrant le front, les tempes, la poitrine et les mains. Il ressentait un froid très-incommode aux mêmes parties, éprouvait des éructations, des nausées, des efforts inutiles pour vomir, puis des vomissements glaireux, une saveur métallique à la bouche, une constriction pénible à la gorge; l’épigastre était très-douloureux; plus tard, il ressentait des coliques dans la région ombilicale du ténesme, et il fut pris d’une évacuation diarrhéique, et la peau se couvrit de sueur, après un peu de sommeil; le sentiment de gêne dans la région épigastrique dura l’espace de huit jours, mais les autres symptômes disparurent plus tôt (1).
Toutes les préparations où il entre du sublimé - corrosif, demandent beaucoup de circonspection dans leur emploi. On a vu des accidents formidables survenir à la suite d’applications d’emplâtre où entrait le sublimé, par l’usage de bains, par des frictions, et plus encore par l’emploi en poudre comme escaroliques, et par l’usage intérieur.
Les autres préparations mercurielles, telles que le sulfure de
> 1) Toxicologie générale , Orfila , tome 1 , page 93.
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mercure ou cinabre, le précipité rouge, le turbith minéral, les sulfates, les nitrates (1), les hydro-chlorates mercuriels sont tous ( étant au maximum) des poisons du même genre (2); il n’est pas jusqu’aux vapeurs mercurielles, introduites dans les voies de l’absorption par la respiration, qui ne puissent agir comme poisons, à l’état de molécules extrêmement divisées avec une bien moindre intensité, il est vrai, mais toujours de la même manière physique et chimique. Seulement, dans le cas d’une extrême divisibilité, les phénomènes produits par l’absorption, prédominent sur l’action physique; car il faut, pour que cette dernière ait lieu, une certaine quantité de molécules agglomérées. Dans ce cas d’absorption sans corrosion (et le même effet a lieu également à l’aide de frictions immodérées, avec l’onguent mercuriel ou l’usage de préparations mercurielles non corrosives, introduites dans les voies de l’absorption par la muqueuse gastrique ou de toute autre manière), dans ce cas, dis-je, il se manifeste des symptômes de ptyalisme avec tuméfaction des gencives, et quelquefois ulcérations de la membrane musqueuse buccale et exhalations fétides , auxquels phénomènes se joignent quelquefois le tremblement ou la paralysie des membres, des vertiges, la perte de la mémoire, le trouble des facultés intellectuelles, une sensibilité extrême, des douleurs articulaires, etc.
Les préparations arsénicales sont également des poisons corrosifs ; elles agissent d’une manière encore plus activement caustique, par les préparations mercurielles en général; c’est-à-dire, que leur action physique est plus intense. L’arsénic en nature, détermine ces effets corrosifs; il en est de même de l’acide arsénieux. D’après les expériences de MM. Orfila, Jœger, Brodie, Compbell et Smith, l’acide arsenieux, à très-petites doses et fort divisé, ôte la vie aux animaux infusoires et aux insectes. Cet acide fait aussi périr leslmollusques, les vers, les crustacées, les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères, c’est-à-dire tous les êtres organisés. Chez les mammifères, classe d’animaux dont l’homme fait partie, on remarque, par l’action des préparations arsénicales, qu’outre les phénomènes physiques ou locaux dus à la corrosion et proportionnés à la masse de substance
(1) Le nitrate de mercure est un des plus puissants escarotiques que f on connaisse.
(2) Les iodures et bromures mercuriels, sont de nouveaux composés qui se rallient tous aux corrosifs , étant employés en excès, et dont la thérapeutique retire de grands avantages.
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en contact avec les tissus, l’action sur le cerveau développe d’autres phénomènes qui consistent en bâillements, mouvements spasmodiques des paupières , respiration stertoreuse et ralentie, perte de l’appétit, soif ardente, vomissement de matière écumeuse, évacuation alvines de matières liquides, abondantes; la sensibilité paraît s’éteindre, en même-temps que les mouvements deviennent désordonnés; les animaux tremblent, et il leur devient impossible de se soutenir sur leurs pattes; la pupille est à peine dilatée, des cris sont poussés, mais les phénomènes les plus marqués se passent dans les muscles extenseurs; il survient des convulsions, et un opislhotonos, qui est promptement suivi de la mort.
Chez l’homme, les petites doses d’acides arsénieux souvent répétées, déterminent l’anorexie, la langueur, la toux , tous les phénomènes propres à la pthysie, le marasme, le dévoiement colliquatif, quelquefois l’hydropisie , la desquamation de la peau, l’alopécie, l’apparition d’exanthèmes, la sueur froide, les convulsions, la paralysie, et enfin la mort, si les doses ont été très-réitérées ou trop considérables.
L’acide arsénique agit avec plus d’activité que l’acide arsénieux (1).
M. Orfila fait observer que les tissus attaqués par le sublimécorrosif, conservent un aspect blanchâtre, tandis que ceux qui sont mis en contact avec les préparations arsénicales présentent un aspect bleuâtre.
Lorsque la dose du poison corrosif n’a pas été forte, et qu’elle n’a pas été renouvelée, les effets physiques sont peu intenses, et les phénomènes toxiques cérébraux se développent lentement; alors, la désharmonie organique peut ne pas aller jusqu’à la mort, et le retour à l’état normal avoir lieu plus ou moins promptement. Néanmoins, tout en se développant très-lentement, les symptômes peuvent à la fin, amener la mort; dans ce cas, les lésions de la nutrition et de la circulation attestent que c’est d’abord sur ces fonctions que la substance délétère agit. Ainsi, des changements de couleur au visage, une sueur froide, un pouls petit et serré, sont les premiers phénomènes qui se manifestent; la respiration courte et des efforts pour vomir ne tardent pas à s’ensuivre, en même-temps qu’un abattement extrême; et si le poison a été ingéré et introduit dans l’estomac, les douleurs à l’é-
(1) Voyez acides concentrés , ci-après.
FOISONS CORROSIFS.
pigaslre acquièrent une plus ou moins grande intensité : les efforts pour vomir, d’abord très-pénibles, finissent par se changer en des vomissements d’une extrême violence, qui se suspendent par intervalles. Enfin, des convulsions plus ou moins foi tes, plus ou moins rares, se déclarent ; la déglutition devient difficile; les hoquets , le froid du visage et des extrémités augmentent de plus en plus, le pouls s’affaiblit et devient irrégulier, le râle apparaît, accompagné de rêvasserie ; la vue se trouble, les mouvements du cœur s’éteignent, et la mort vient mettre un terme à toute cette série d’effrayants symptômes.
On a vu des cas où l’arsénic a été introduit en assez grande quantité pour déterminer la mort chez des individusdon t les sympathies n’étaient pas facilement mises en jeu, et qui mouraient aprèsaVoiréprouvé seulement quelques syncopes; leur nécropsie, néanmoins, laissait découvrir des traces manifestes d’inflammation à l’estomac; il paraît que chez eux, les principaux désordres harmoniques se sont effectués en réagissant du cerveau sur l’appareil circulatoire et dans celui delà nutrition, sans retentir dans le système nerveux cérébro-spinal; mais ces cas sont trèsrares.
J’ai dit que les vapeurs mercurielles, de même que le mercure en frictions, pouvaient déterminer des effets délétères, qui, sans présenter des phénomènes de corrosion, n’en résultaient pas moins de l’absorption des molécules métalliques et de la réaction cérébrale sur les organes.
J’ai à dire la même chose des vapeurs de l’arsénic et des préparations arsénicales connues sous les noms de poudre de Rousselot, de pâte du frère Came, etc., dont on se sert pour l’application sur les tissus dénudés. Ces agents, employés sans précaution, peuvent déterminer une sécheresse et une inflammation plus ou moins prononcées delà gorge, la suffocation, l’asthme, une toux sèche, et même tous les symptômes de la phtysie pulmonaire, des vomissements, des coliques plus ou moins violentes, des maux de tête et des douleurs dans les membres, des vertiges, des tremblements et la mort. On remarque que, quoique le poison n’ait pas été introduit dans l’estomac, lorsqu’on procède à l’ouverture des cadavres, ce viscère et diverses parties du canal intestinal sont parsémés de taches noires ou phlogosées, et souvent aussi le tissu du cœur offre des traces manifestes d’inflammation.
Les poisons cuivreux , tels que le vert-de-gris, l’oxide brun, l’acétate, le nitrate, le sulfate, F hydrochlorate, et toutes ),es..
POISOXS CORROSIFS.
substances dans lesquelles le cuivre a été en dissolution , produisent les mêmes phénomènes que les préparations corrosives, mercurielles et arsénicales.
M. Orfila, dit que le cuivre métallique parfaitement pur, n’a aucune propriété délétère (1). Le physicien Eller, de Berlin, a constaté que le lait, le thé, le café, labierre, l’eau qu’on a fait bouillir dans des vases de cuivre non oxidés, ne dissolvent aucune particule de ce métal.
Les préparations cuivreuses délétères occasionent les mêmes effets que les substances minérales corrosives, citées plus haut. Ce sont toujours des coliques ou des crampes d’estomac, des vomissements, des déjections al vines , souvent sanguinolentes, des sueurs froides, une céphalalgie violente, des vertiges , de l’abattement, un pouls petit et concentré ; il y a aussi assez souvent gêne de la respiration, tremblements, convulsions et secousses tétaniques, quelquefois paralysie des membres; à l’autopsie, on trouve toujours (soit le que poison ait été ingéré, soit qu’il ait été introduit dans les veines ou de toute autre manière) des érosions du canal digestif , et ordinairement un ballonnement assez marqué de l’abdomen.
■ Les préparations antimoniales sont très-employées en mé*decine; mais elles doivent être maniées avec discernement, car elles peuvent devenir des poisons violents, de l’espèce des corrosifs. Ces préparations comprennent principalement le tartre émétique, ou tartrate de potasse antimonié, l’oxide d’antimoine, le kermès minéral, l’hydro-chlorate d’antimoine, et les autres composés antimoniaux. Il faut y joindre les vapeurs antimoniales, lesaxonges pour frictions, etc.
On sait que l’émétique et toutes les préparations antimoniales agissent spécialement par le vomissement; mais il est beaucoup de praticiens qui croient que c’est au moyen de la sensibilité propre de la membrane muqueuse de l’estomac que cette action se manifeste; c’est-à-dire que la membrane étant mise en contact avec la substance antimoniée, en est affectée, de manière à appeler à son secours la membrane musculeuse du viscère, et les muscles constricteurs des parois abdominales pour ia débarrasser du stimulus qui l’incommode. M. Magendie a prouvé qu’il n’en est point ainsi , et que la sensibilité propre de la muqueuse gastrique reste, pour ainsi-dire, étrangère à l’action
(1) Ouv. cité, t. 1 , p. 294.
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antimoniale, dont le cercle opératoire comprend principalement îe réceptacle d’absorption , le cerveau et les nerfs qui vont du cerveau aux organes contractiles digestifs. Ainsi l’estomac pourrait être remplacé par une vessie inerte et pleine d’une substance quelconque, que le vomissemnt n’en serait pas moins provoqué par le fait d’une injection de solation émétosée, pratiquée dans les veines. Le phénomène peut avoir lieu, bien que l’estomac n’ait pas été enlevé.
Il est hors de doute, grâce à ces expériences, que l’émétique n’agit pas sur les orgahes de la digestion immédiatement par voie de sensibilité gastrique transmise au cerveau , comme semble le croire M. Brachet, de Lyon, qui, par la section de la 8e paire, a vu l’excitation cérébrale devenir bien plus lente à se déterminer; tandis que les expériences de M. Ségalas ont prouvé que par le fait seul de l’absorption , exercée librement , ou empêchée, c'est-à-dire par la circulation veineuse intacte ou suspendue au moyen de la compression, les phénomènes toxiques se manifestaient pleinement, ou s 'arrêtaient instantanément.
Il résulte des expériences de M. Magendie, que 4 2 grains d’émétique injectés dans la veine jugulaire de plusieurs chiens, auxquels on coupe l’une des huitièmes paires, ne causent la mort qu’au bout de deux heures;|tandis que les animaux auxquels on n’a pas fait cette section, meurent une demi-heure après l’injection.
La même dose injectée dans la jugulaire de plusieurs chiens auxquels on coupe les deux nerfs pneumo-gastriques, n’occasione la mort qu’au bout de quatre heures.
Si l’on prend trois chiens de même âge et de même poids, et qu’on injecte dans les veines de chacun, 12 grains d’émétique, on remarque que le premier qui meurt est celui auquel on n’a pas fait la section des nerfs de la 8e paire , îe deuxième est celui auquel on a coupé un des nerfs pneumo-gastriques ; tandis que celui auquel on a coupé les deux nerfs, meurt le dernier, en sorte qu’on peut prolonger la vie d’un animal empoisonné par une forte dose d’émétique en lui coupant les nerfs de la 8® paire (1),
Ces expériences de M. Magendie sont d’une importance capitale pour le point de doctrine mis ici dans tout son jour; savoir :
(1) M. Brodie a aussi constaté que la section des nerfs pneumo-gastriques ralentit les effets des empoisonnements qui doivent se manifester sur les organes digestifs supérieurs.
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que les corps chimiques n’agissent pas sur l'économie avant de s’être préalablement adressés au cerveau , et qu'ils agissent sur ce viscère, non parle moyen des nerfs qui lui porteraient l’impression recueillie dans les organes, ni même par l’application du corps chimique sur la pulpe de ce viscère (1), mais par l’absorption de l’agent modificateur transporté dans le torrent circulatoire, afin que les molécules pénétrant avec le sang, toute la substance cérébrale, puissent agir sur elle jusque dans les parties les plus ténues et la trame la plus intime du parenchyme cérébral; alors, seulement, commence le rôle de l’action nerveuse, alors la réaction du cerveau par le moyen des cordons nerveux a lieu.
Les préparations antimoniales produisent les mêmes phénomènes que les autres poisons corrosifs ; on remarque, d’une part, les effets physiques, résultant du contact du principe délétère sur les tissus; et d’autre part, les effets résultant de la réaction cérébrale.
Lorsque le poison antimonié a été ingéré à dose modérée ( chez l’homme, moins de 12 à 15 grains), les effets se bornent à une douleur plus ou moins forte à l’épigastre, le hoquet, ou des nausées, le vomissement, des vertiges, une sueur froide, la respiration gênée, un pouls petit, concentré, et quelquefois des convulsions.
Lorsque la dose est plus forte ( 20 à 40 grains ) , les phénomènes sont beaucoup plus marqués; alors, la douleur épigas-
(1) Je ne pense pas qu’il vienne à l’esprit d’aucun et véritable expérimentateur, que les poisons ne produisent leur effet délétère que parce qu’ils agissent sur la pulpe nerveuse proprement dite ; car il n’est aucun de ces physiologistes , quelque peu d’expériences qu’il ait laites, qui n’ait remarqué la parfaite insensibilité des nerfs, non seulement pour toute substance vénéneuse du genre des narcotiques, etc. , mais encore pour celles qui irritent, et même qui corrodent les tissus. Ainsi, les acides concentrés, la potasse caustique, le nitrate d’argent, appliqués sur un nerf, n’ont souvent produit d’autres effet s que d’annihiler ses fonctions propres, et ce n’a jamais été que quand l’agent délétère a pu être pris par l’absorption , en contact avec la matièrecérébrale, que les effets toxiques, ou autres, se sont manifestés. L’inocuitéde la moelle spinaleet de la pulpe cérébrale n’a pas échappé à certains physiologistes dont quelques uns ont pu croire que c’est en changeant les principes chimiques du sang, c’est-à-dire en le détériorant , que les poisons agissent sur les fonctions cérébrales; mais j’ai fait des expériences positives qui m’ont prouvé que le sang n’est, dans ce cas, nullement altéré; il récèle seulement, en outre de ses parties constituantes propres, les principes du corps délétère.
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trique est plus vive ; il y a un étal d’ivresse continuelle ; les vomissements sont ordinairement d'une violence extrême; souvent il se manifeste des selles copieuses avec coliques et suffocation , délire plus ou moins furieux, météorisme du ventre, pouls irrégulier, concentré, crampes douloureuses, convulsions, prostration des forces, et mort.
A l'ouverture du cadavre, on trouve une corrosion des tissus gastro-intestinaux, distention du canal digestif par du gaz, et ordinairement des traces d'inflammations pulmonaires. Ces lésions cadavériques ont été remarquées aussi, quoiqu à un moindre degré, relativement à la corrosion de l’estomac, comme une conséquence de l’injection du poison dans les veines.
Il est essentiel de noter que les individus vomissant très facilement, peuvent expulser tout d’abord une certaine quantité du poison qui aurait été ingéré, et être par conséquent, soustraits aux ravages qu’une grande quantité de substance délétère mise en contact avec les tissus, peut produire. Cette remarque est applicable à tous les poisons ingérés, mais plus spécialement aux préparations antimoniales, car ces dernières sont plus promptement expulsées que toute autre substance, à cause de leur action propre sur les organes du vomissement.
MM. Pelletier et Magendie ont découvert dans l'ipécacuanha , un principe qu’ils ont nommé émétine ( Voyez ce mot dans la 2e partie à la page 145 , chapitre des poisons du règne végétal, section 5 du chap. 6) , et qui a les mêmes propriétés que les préparations antimoniales.
Le principe découvert par M. Boullay, dans la violette, et. qu’il a nommé violine, paraît agir comme l’émétine.
Il existe d’autres substances, principalement extraites des végétaux , qui exercent particulièment leur action sur les organes du vomissement; mais je crois devoir les renvoyer au chapitre des corps chimiques, purement excitants et non caustiques pour continuer à exposer ici les corrosifs, tirés surtout du règne minéral.
De toutes les préparations d’argent , le nitrate est seul employé : il produit une action corrosive sur l’économie animale. On s’en sert ordinairement sous la dénomination d & pierre infernale , qui est un composé résultant du nitrate d’argent fondu. Étant injecté dans les veines, une dissolution de cette substance peut développer les symptômes les plus alarmants. Ainsi, un demi - grain dissous dans deux gros d’eau disniée dans la veine jugulaire d’un chien d’assez forte taille,
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occasione, au bout d'une demi-heure, une gêne extrême dans la respiration qui, bientôt, devient bruyante et extrêmement pénible; des convulsions s’emparent des membres, de grands cris sont proférés, et la mort arrive ordinairement après trois heures et demie ou quatre heures.
Dans quelques cas, il se déclare de grands efforts de vomissement, des vertiges et des syncopes, surtout si l’injection est plus forte; la langue et la bouche deviennent livides, quelques parties du tissu pulmonaire et gastrique enflammés , dénotent à l’autopsie que c’est sur ces organes que le poison porte principalement ses effets.
Introduite dans l’estomac, cette substance a beaucoup moins d’énergie: en général, l’animal est très-abattu, il pousse des cris plaintifs, finit quelquefois par vomir et ne meurt que quand il y a eu une assez grande quantité de nitrate d’argent, ingérée. Alors, la corrosion des membranes gastro-intestinales occasione une telle inflammation, que la mort arrive par réaction sur le cerveau , au moyen des nerfs, ainsi qu’il arrive dans toute gastrite très-intense, accompagnée de délire et non pas par absorption.
Chez l’homme, on a vu la gangrène de la muqueuse gastrique, après d’horribles douleurs, résulter de l’empoisonnement par la pierre infernale avalée.
Du reste, la pierre infernale, promenée sur les tissus dénudés, produit une légère escarre, excite fortement les nerfs sensibles; mais se borne à corroder la superficie des chairs, en se combinant avec la portion de tissu détruite, et en formant croûte à la surface, sans être entraînée par l’absorption. C’est ce mode d’action qui l’a fait employer si hardiment en chirurgie; pour les callosités et les chairs végètent anormalement dans les cavités du corps. Quelques praticiens ont même osé administrer cette substance à l’intérieur pour combattre l’épilepsie, la chorée, etc.
Les préparations d’or, qui se réduisent à Y hydro-chlorate , ou chlorure d’or introduit dans la matière médicale, par le docteur Chrestien, et à l’or fulminant (1), agissent comme corrosifs introduits dans l’estomac des animaux; ils déterminent la mort par suite de l’inflammation qui se développe dans les parois du
(1) M. Magendie cite encore l'oxide d’or, proprement dit , et celui de l’étain ( precèpitè pourpre de Cassius), parmi les préparations de ce métal qui agissent sur l’économie ( voyez son formulaire) .
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canal digestif. Il se déclare de l'anxiété, des tranchées, des spasmes, des convulsions , puis surviennent le vomissement, la diarrhée, des défaillances, une abondante salivation, le refroidissement des extrémités , enfin la mort.
Les préparations de zinc se bornent au sulfate et à l’oxide de ce métal. Le sulfate de zinc ( vitriol blanc) étant ingéré, cause de la^chaleur épigastrique, l’intermittence du pouls, le refroidissement des extrémités , puis enfin, des vomissements, de fortes déjections alvines. L’inflammation occasionée sur l’estomac par le sulfate de zinc à haute dose, est en général peu intense.
Quand une dissolution concentrée de sulfate de zinc est introduite dans les veines, le poison agit en stupéfiant le cerveau; souvent la respiration est gênée.
Lorsqu’un ou deux gros de sulfate de zinc, finement pulvérisé , sont appliqués sur les tissus dénudés, les animaux sur lesquels on a opéré ainsi, ne tardent pas à être frappés d’une insensibilité générale qui commence par les membres postérieurs, et les fait paraître comme paralysés; ils meurent ordinairement au bout de cinq à six jours. Quelques-uns se bornent à vomir à plusieurs reprises, et finissent par se rétablir.
L’oxide de zinc a bien moins d’action que le sulfate, à assez hautes doses; il s’est presque constamment borné à provoquer des vomissements avec quelques tranchées ; rarement la mort en a été la suite. M. Magendie a proposé d’employer le cyanure de zinc, dans certains cas où on se servait d’acide hydrocyanique, d’après le docteur ilenning. Yoyez acide hydrocyanique , soudure de zinc, iode.
Le bismuth n’est guère employé qu’à l’état de sous-nitfate*,
{ blanc de fard). Injectée dans les veines, cette substance ne produit pas d’abord de phénomène bien remarquable; mais, après un temps assez considérable (12 à 24 heures), il survient de grands efforts pour vomir, puis des vomissements; l'animal pousse des cris plaintifs, ses membres (principalement les postérieurs) sont agités d’un tremblement convulsif assez marqué; ies battements du cœur deviennent très- forts, la respiration accélérée et gênée, abattement, insensibilité aux impressions extérieures, grande faiblesse , convulsions des membres posté- ! rieurs, augmentation de la dyspnée, tremblement général , mort 1 après 48 heures.
L’ingestion du sous-nitrate de bismuth a produit, chez quelques animaux , un vomissement plus prompt que l’injection dans
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les veines; chez d’autres, il ne s’est pas manifesté de vomissements, mais des douleurs abdominales, et beaucoup d’abattement : la mort ne s’en est pas moins suivie. La membrane muqueuse gastrique et duodénale est ordinairement enflammée et corrodée; le cœur offre souvent de l’inflammation, lorsqu’il y a eu injection par les veines. Les mêmes phénomènes ont eu lieu par l’application sur les tissus dénudés; seulement après la mort, ces tissus ont présenté un aspect desséché, durci, comme contus; en ce cas , le canal digestif se montre ordinairement dans son état naturel.
Le sous-nitrate de bismuth, quoique produisant des effets généralement moins violents que les autres poisons minéraux que nous venons de passer en revue, n’en enflamme et n’en corrode pas moins tous les tissus avec lesquels il est mis en contact. Chez l’homme, il résulte de son administration intérieure à hautes doses, des angoisses, des nausées, des vomissements, la diarrhée ou la constipation, des coliques, une chaleur incommode dans la poitrine, des frissons vagues, des vertiges et de l’assoupissement.
Il reste, pour compléter l’exposition des poisons métalliques, à examiner les préparations de fer , celles de platine, d’étain et de plomb; ces dernières ne produisant que des effets stupéfiants, seront renvoyées au chapitre des agents non corrosifs, les trois autres trouveront place ici.
Les préparations de fer qui ont l’action la plus prononcée sur l’économie , sont le sulfate et le carbonate. On emploie aussi l’iodure et le bromure de fer; l’action de tous ces composés, à haute dose, est à-peu-près la même, c’est pourquoi j’en parlerai collectivement, pour abréger.
Lorsque les préparations de fer sont introduites dans les veines des animaux, il se déclare quelquefois après des vomissements. Les animaux poussent des cris aigus, puis font des efforts pour évacuer, et finissent le plus souvent par se rétablir. Lorsqu’ils meurent, ils tombent ordinairement dans un abattement extrême et quelquefois dans une insensibilité générale; l’estomac et les intestins présentent des traces d’inflammation , surtout quand le poison a été introduit dans l’estomac; lorsqu’on l’a appliqué sur les tissus dénudés, l’inflammation de toute la partie en contact devient très-intense; pendant l’action, la respiration est gênée et les battements du cœur s’accélèrent, la langue devient sèche et rouge. Il est évident que les préparations de fer à haute dose, déterminent une irritation locale inflammatoire, dans les
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parlies avec lesquelles elles sont mises en contact, et qu’elles occasionenl la mort lorsque l’absorption a porté les molécules au cerveau.
M. Magendie, dans son formulaire, cite des essais de M. Culîorier qui prouvent que les préparations de platine agissent de la même manière que celles d’or.
Quand à l'étain et ses préparations, il n’y a guère que les médecinsallemands qui lésaient employés; ils ontsurtout fait usage des hydrochlorates et des oxides d’étain. Lorsqu’on injectedans les veines d’un chien, un grain d’hydro-chlorate d’étain, étendu dans deux gros et demi d’eau distillée, on ne remarque aucun symptôme dans les trois premières heures après l’injection ; mais ensuite il se déclare de la tristesse et de l’abattement au bout de quatre heures, puis de l’insensibilité et même de l’immobilité; les membranes cependant restent contractiles, la respiration et la circulation finissent par s’accélérer, et la mort arrive après douze heures. La membrane muqueuse gastrique et la muqueuse pulmonaire présentent des taches d’un sang violacé. Il est hors de doute que la thérapeutique ne puisse tirer de grands avantages de l’emploi des préparations d’étain dans les affections de la sensibilité et de la contractilité.
Lorsque la dose de l’hydro-chlorate est portée à 2 grains dans la même quatité d’eau distillée, la mort a lieu plus rapidement, quelquefois même en 4 5 minutes. Alors, après les 5 premières minutes, pendant lesquelles il ne se manifeste rien , les muscles de la face sont agités de mouvements convulsifs, les membres antérieurs deviennent raides , la respiration paraît gênée, le tétanos devient de plus en plus marqué, la tête se jette violemment en arrière et reste constamment fixée dans cette situation, où la mort ne tarde pas à suivre.
Quand la dose est portée à 6 ou 8 grains, la mort peut arriver au bout d’une minute.
La membrane muqueuse gastrique, la membrane pulmonaire et le cœur présentent des traces d’irritation. L’estomac est surtout altéré lorsque le poison a été ingéré.
L’application de l’agent délétère sur l’estomac, provoque de violents efforts pour vomir, quelques convulsions et la mort sans paralysie.
Une assez grande quantité d’hydro-chlorale d’étain appliqué sur les tissus dénudés (2 à 5 gros), n’empêche pas l’animal de manger : il n’éprouve, pendant dix à douze jours, qu’un peu d’affaissement et de langueur. La mort arrive alors sans autre
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phénomène appréciable; dans ce cas, la membrane muqueuse de l’estomac et des poumons ne présente aucune altération. On voit, par ces expériences, qu’au moyen.de l’injection dans les veines, c*est-à dire par l’absorption, ce poison agit à une très-faible dose, mais qu'il est peu corrosif ou caustique. 11 forme donc, pour ainsi-dire, le passage des agents physiques et chimiques en même temps, à ceux qui sont purement chimiques, ou qui doivent n'opérer que par absorption.
Les mêmes phénomènes sont développés par l’oxide d’étain , soit chez les animaux, soit chez l’homme; chez ce dernier , une saveur métallique austère , désagréable, un sentiment de constriction à la gorge, des nausées, des vomissements répétés, se déclarent après l’empoisonnement par les préparations d’étain. Bientôt une douleur vive se fait ressentir à l’épigastre, laquelle s’étend ensuite à toutes les régions de l’abdomen ; des déjections alvines abondantes, viennent compliquer cet état; il s’y joint une légère difficulté de respirer, un pouls serré, petit et fréquent, des mouvements convulsifs des muscles de la face et de ceux des membres, quelquefois la paralysie; ces symptômes sont presque toujours suivis de la mort.
Des acides concentrés .
Les poisons caustiques, naturellement liquides , sont formés par les acides concentrés; si j’avais eu l’intention , en traitant; des substances toxiques, de n’exposer d’abord que celles qui corrodent le plus promptement les tissus, ou qui agissent le plus physiquement, sans égard pour les phénomènes purement chimiques, ou d’absorption, j’aurais dû débuter par les’ acides concentrés, qui sont de tous les poisons les plus promptement caustiques; mais j’ai cru devoir commencer par les préparations minérales proprement dites, parce qu’elles réunissent le plus complètement les phénomènes physiques de corrosion et chimiques d’absorption qui effectuent la désharmonie, ou détruisent les fonctions du système nerveux, en d’autres ternies les actes vitaux. Les acides minéraux qui désorganisent les tissus, et réagissent sur le cerveau par inflammation plutôt qu’ils ne l’influencent par absorption , doivent donc trouver place à la suite des minéraux proprement dits.
L’acide nitrique ( eau forte) est de tous les acides minéraux concentrés, celui qui agit le plus fréquemment sur l’économie animale, tant par les usages multipliés auxquels il est employé dans les arts, que parla facilité avec laquelle on se le promue
FOISOSS CORROSIFS.
et par ses effets instantanés; c’est pourquoi il sera de tous le premier examiné.
Lorsqu’il a été versé à très-hautes doses, soit dans l’estomac, soit dans les veines ou sur les tissus, il les détruit si promptement, que le phénomène de l’inflammation intense et sa réaction sur les centres est d’abord le seul palpable. Les harmonies fonctionnelles qui régissent le cerveau , ne se troublent que consécutivement, ou lorsque le poison agit avec plus de lenteur , c’est-àdire, en moindre quantité. Ainsi, d’abord le patient éprouve une chaleur brûlante se rapportant au lieu louché par l’acide; si c’est dans les veines que le caustique a été injecté, un feu universel, une anxiété générale envahit l’économie et cause instantanément la mort. L’acide n’a-t-il été appliqué que sur quelque partie du corps, alors un sentiment de brûlure très-intense se manifeste dans les parties que l’acide a mouillées. Le poison nécessairement a été avalé, ou par mégarde , ou avec intention ; dans l’un ou l’autre cas, il est important de se rendre compte des phénomènes qui se développent , et je pense que le lecteur est maintenant à même de distinguer par la simple énumération ceux qui tiennent à la corrosion ou inflammation des tissus, de ceux qui proviennent de l’absorption et de la réaction cérébrale.
(1) Aussitôt après l’ingestion, il se déclare une chaleur brûlante à la bouche , dans l’œsophage et l’estomac ,- une douleur vive dans toute la cavité buccale , souvent un sentiment de constriction à la gorge avec douleurs croissantes s’étendant jusqu’à la région épigastrique ; en outre, soif extrême, impression douloureuse, toutes les fois qu’on tente d’avaler des boissons; pourtour de la bouche et de l’arrière-bouche d’un blanc mat, membrane interne épaissie et comme brûlée, surface de la langue très-blanche, et dans quelques cas d’une couleur orangée, douleurs croissantes à la gorge et à la région épigastrique, laquelle devient bientôt gonflée et dure au toucher. La douleur acquiert une intensité déchirante avec sentiment de corrosion ; quelquefois simples tranchées ou coliques sourdes très-légères. D’autres fois, calme trompeur et apparence illusoire d’amélioration, qui cachent le plus haut dégré de désorganisation intétieure; si les douleurs s’étendent dans l’abdomen, que celui-ci devienne ballonné , c’est un signe que le poison est descendu dans les intestins, ou même s’est épanché dans la cavité abdomi-
(1) Phénomènes observés par Tarira.
POISONS CORROSIFS
nale par des crevasses faites à quelques portions du canal alimentaire. Dans les cas où la douleur locale est très-vive, il est probable que l’acide ne cautérise que l’épaisseur de la membrane muqueuse, qu’il agit en surface, ou n’exerce que lentement ses ravages, ce qui pourrait tenir à la petitesse des quantités ingérées; mais, lorsque la douleurest moindre, ou même qu’il y a absence complète de souffrance, il est présumable que tout est frappé de mort et que les nerfs sont détruits et désorganisés. Bientôt après 1 ingestion, il se manifeste un dégagement de gaz, des rapports abondants , des nausées et des hoquets , puis des vomissements répétés et excessifs de matières liquides et quelquefois de matières solides, produisant une sorte d’effervescence ou de bouillonnement sur le sol, avec saveur et odeur tenaces ; il y a tenesme et constipation opiniâtre, envie d’uriner sans pouvoir y satisfaire. Bientôt il se déclare dans toute la surface du corps, une sensibilité exquise au moindre contact: le poids des couvertures devient insupportable; un sentiment de froid se répand à l'extérieur du corps; des horripilations se font sentir de temps à autre; les membres, et plus particulièrement les abdominaux, sont quelquefois glacés; alors, anxiétés horribles, agitation continuelle, contorsions en tous sens, angoisses inexprimables, pouls petit enfoncé, souvent précipité, et dans certains cas tremblottant , pâleur, affaissement, haleine extrêmement fétide, visage plombé, sueurs froides, gluantes, onctueuses, ramassées en grosses gouttes. Au bout de quelques jours, si l’existence se prolonge, détachement partiel ou exfoliation totale de la muqueuse; lambeaux flottants dans l’intérieur du pharynx, gênant la respiration et la déglutition, altérant le sonde la voix. Le pouls devient de plus en plus faible et inégal. Enfin, quand la mort ne survient pas promptement, les malades restent languissants , et demeurent exposés à des douleurs et des chaleurs insupportables, qui se renouvellent périodiquement ; un très-petit nombre d’entre eux arrivent à une guérison radicale.
V acide sulfurique ( huile de vitriol) détermine, à peu de chose près, les mêmes effets que l’acide nitrique (1); seulement
(\ ) tVï . le professeur Caventou, qui a bien voulu prendre la peine de revoir soigneusement toutela partie toxique et médicamenteuse de cet ouvrage, fait ici la remarque que ce n’est que dans des cas exceptionnels forts rares que l’acide nitrique noircit la muqueuse stomacale; la teinte produite parce poison sur nos organes est toujours jaune orangée ; celle que produit l’acide sulfurique e?t presque toujours noirâtre.
POISONS CORROSIFS
sa stiplicité esl plus marquée , et il laisse sur les organes des traces plus noirâtres. Les convulsions des membres et de la face sont aussi plus facilement provoquées. M. Orfila pense que lorsque cet acide est injecté dans les veines, il détruit la vie, principalement en coagulant le sang.
L’acide hydrochlorique ( muriatique ) agit comme les précédents. Il se déclare toujours avant la mort, par l’action de cet acide, des mouvements convulsifs très- violents, surtout dans les muscles du cou et le long de la colonne spinale. Dans quelques cas, ces organes sont si fortement contractés, que la tête est renversée en arrière et forme, avec le dos, une courbure dont la concavité est très-marquée. Les taches qui se laissent voir à l’autopsie dans les muqueuses sont d’un rouge excessivement foncé; souvent il y a des trous correspondant à ces escarres.
U acide phosphorique est de consistance plus solide que les autres acides concentrés ; du reste, son actiorr produit les mêmes phénomènes sur l’économie. Seulement les vertiges occasionés sont plus considérables; il semble que faction sur le cerveau, s’adresse plus spécialement aux organes de direction et à ceux du mouvement.
L’acide phosphalique ( phosphoreux ) est plus liquide que l’acide phosphorique, et il agit moins violemment; il en est de même de l’acide sulfureux liquide et de l’acide nitreux.
L’acide hy drophtoriqiie ou jluorique est , selon M. Thénard, le plus éminemment corrosif de tous les acides ; il agit avec une énergie extrême : il désorganise immédiatement les tissus avec lesquels il est mis en contact. Une forte douleur se fait bientôt ressentir. Les parties voisines du point touché, deviennent blanches, douloureuses, et forment une ampoule épaisse,, qui se remplit bientôt de pus (1).
L’acide acétique concentré , ou vinaigre radical , est classé par M. Caventou , au nombre des poisons corrosifs; il laisse, selon la remarque de ce professeur, la muqueuse colorée en noir intense, que de prime-à-bord on pourrait attribuer à l’acide sulfurique. Cet effet de f acide acétique est expliqué par son action sur le sang, auquel il fait prendre une teinte noire foncée par son mélange avec lui. Du reste, l’action physiologique de l'acide acétique concentré, esl la même que celle des autres poisons corrosifs.
(1) Thénard, Traité, êlémenta iue de chimie, t. p. G28, 2e édit.
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D’autres acides encore, ont. une action plus ou moins énergique sur l’économie. De ce nombre est l'acide oxalique , qui produit à-peu-près des phénomènes semblables à ceux des acides minéraux ci-dessus exposés, mais à une dose plus forte ( au moins 60 à 72 grains). Quelquefois, il faut pour l’homme que le poison soit porté à plusieurs gros, pour produire des effets délétères, et encore la mort n’arrive-t-elle pas ordinairement avant douze à vingt-quatre heures; elle peut néanmoins être occasionée beaucoup plus tôt, mais alors il faut que la dose soit plus considérable.
U acide tartarique est dans le même cas à-peu-près que l’acide oxalique.
Quant à Y acide hydrocy unique ( prussique ), qui agit d’une manière si puissante sur le cerveau et tout le système nerveux , c’est au chapitre des poisons non corrosifs qu’il en sera question.
Des produits alcalins .
La potasse caustique ou carbonatée, employée à l’extérieur, sous le nom de pierre à cautère , agit comme escarotique, en manifestant sur les tissus avec lesquels on la met en contact, une action qui varie en raison de la quantité appliquée. Celte substance caustique se répand en se combinant en quelque sorte peu-à-peu avec les lissus qu’elle désorganise, et qui forment escarre; c’est ainsi qu’on a l’habitude d’ouvrir des cautères, en pratiquant un trou que laisse l’escarre enlevé, trou à parois suppurentes, dans lequel on place un corps étranger , avec l’intention d’occasioner un point d’irritation, soit à titre de révulsif, soit à titre de dérivatif.
La potasse caustique dissoute à la dosede 5 grains dans 1 gros d’eau distillée, et injectée dans les veines , occasione instantanément un léger tremblement des muscles du tronc, et détermine la mort en quelques minutes, sans le moindre signe de douleurs ni de fortes convulsions. A l’autopsie, on trouve le sang artériel noirâtre et coagulé.
Lorsque ce poison caustique est avalé, il y a sentiment de brûlure, et, au bout de quelques minutes, vomissement de matière blanche, mêlée de jaune et de vert, rejetée après quelques violents efforts; cris plaintifs, douleurs atroces, écume à la bouche, respiration difficile , langueur et mort. A l’autopsie, on trouve l’œsophage, l’estomac et le duodénum, offrant de larges plaques rouges et noires, avec des perforations.
POISONS CORKOSIFS.
Le sous carbonate de potasse ( sel de tartre) , étant avalé, fait éprouver des souffrances terribles , accompagnées d’une grande agitation, de vomissement aveceffort, provoquant la sortie de matières blanchâtres; dans ce cas, respiration difficile, cris plaintifs, mort quelquefois en vingt-cinq minutes. A l’autopsie, membrane muqueuse gastrique rouge foncée, point d’altération dans les intestins, ni les poumons. Au reste, M. Orfila pense que la potasse est de tous les caustiques, celui qui perfore le plus souvent l’estomac, lorsqu’il y a été ingéré.
La soude y qui a le plus grand rapport avec la potasse, produit aussi des lésions semblables. Le sous-carbonate de soude injecté dans les veines, fluidifie le sang d’une manière très- remarquable.
V ammoniaque liquide , ou alcali volatil fluor exerce une action très-énergique, lorsqu’on l’injecte dans les veines, ou qu’on l’introduit dans l’estomac; cette substance caustique, en outre de son action sur les tissus, influence le cerveau et réagit, en déterminant une raideur tétanique dans tous les membres, une excrétion involontaire d’urine; puis la mort arrive au milieu des convulsions. Après la mort, toute contractilité, même iî bri Maire, se trouve dans l’appareil musculaire.
L’ammoniaque liquide , comme le sous-carbonate de soude , fluidifie le sang. Du reste, les lésions de tissu ressemblent ici à toutes celles que produisent les autres substances corrosives.
L’ hydrochlorate d' ammoniaque ( sel ammoniac) , appliqué sur des tissus dénudés , fait éprouver, environ après une heure et demie, un malaise sensible, suivi de faiblesse et de vomissement de mucosités écumeuses , un état d’ivresse auquel la mort succède après douze heures, à la suite de quelques mouvements convulsifs.
Les lésions cadavériques les plus ordinaires consistent, dans ce cas, en des ulcérations de la membrane muqueuse de l’estomac, et en taches rouges qui parsèment les intestins.
Un composé de potasse me reste à décrire ; c’est Y hydrosulfate sulfuré de potasse y ouïe foie de soufre. Introduit dans l’estomac, il détermine le vomissement, la suffocation, la raideur des membres, le renversement de la tête en arrière, et les convulsions générales, puis la mort.
Les lésions cadavériques consistent principalement dans des ulcérations et des portions enflammées de la membrane muqueuse de l’estomac. Les lésions s’étendent à la membrane musculeuse.
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La chaux vive (oxide de calcium), réduite en poudre et appliquée sur les tissus dénudés, fait vomir au bout de dix minutes, une assez grande quantité de matières alimentaires, et remplit la bouche d’écume , cause un abattement marqué, et la mort dans un temps plus ou moins éloigné, sans vertiges ni mouvements convulsifs, ni paralysie. Introduite dans l’estomac, la chaux n’est pas un poison très-énergique; elle détermine la mort le plus souvent par l’inflammation des tissus avec lesquels on la met en contact.
Les nausées, le vomissement, la gastralgie, les coliques, les déjections alvines, et tous les symptômes qui caractérisent ou qui compliquent les inflammations de l’estomac et des intestins, peuvent être la suite de l’ingestion imprudente de cet alcali caustique.
Lorsqu’on examine les tissus après la mort occasionée par la chaux, on ne remarque qu’une phlogose plus ou moins intense, de ceux qui ont été en contact avec elle.
La baryte (protoxide de baryum ) et ses divers composés portent une action très-énergique sur le système nerveux ; l’hydrochlorate de baryte étant injecté dans les veines, fait instantanément éprouver une grande agitation et des mouvements convulsifs très-marqués des membres, un tremblement convulsif général, sans gêne de la respiration; il détermine la mort, en moins de dix minutes. Introduit dans l’estomac, l’hydrochlorate provoque de violents efforts pour vomir, des vomissements et des selles liquides au bout d’une demi-heure; enfin, des mouvements convulsifs avec des écarts et des soubresauts violents; les muscles de la face sont par intervalle très-agités, les battements du cœur s'accélèrent fortement ( 130 par minutes) ; il y a impossibilité de conserver la situation, et la mort se déclare en moins d’une heure.
Lorsqu’après cet empoisonnement, on ouvre les animaux, à l’instant même où ils ont cessé de donner signe de vie, on remarque que les battements du cœur continuent à être forts et fréquents, le sang est fluide et d’un rouge intense.
L’hydrochlorate, appliqué sur les tissus dénudés, produit après 4 minutes, des vertiges, des vomissements, de l’insensibilité, de la dilatation des pupilles, de l’immobilité, et de temps en temps des convulsions. Après 65 minutes, toute fonction cérébro-spinale paraît avoir cessé; mais, en plaçant sa main entre les côtes, on peut s’assurer que le cœur donne audelà de 100 pulsations par minute. Rien de plus curieux , pour
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k* médecin, que la persistance des fonctions nerveuses ganglionnaires dans ce cas, coïncidant avec l'anéantissement total de tout le système cérébro-spinal. On prolonge cet état par l’insufflation pulmonaire (1).
Le carbonate de baryte occasione le vomissement , des plaintes et un grand abattement; la mort survient communément après six heures.
Il est un produit retiré de la soude du varec et nouvellement découvert, qui exerce une action marquée sur le système nerveux, en opérant comme corrosif. C’est de Viode et de ses composés que je veux parler.
Lorsque l’iode est introduit dans l’estomac, le premier phénomène qu’on remarque, est une écume jaunâtre, remplissant la bouche; au bout de quelques heures, des selles légères et peu abondantes se manifestent. Après cinq heures, il n’y a souvent qu’un vomissement d’une petite quantité de matières modes de couleur jaune ; on remarque de l’abattement et des «mouvements du coeur très-fréquents, mais point de vertiges, de convulsions, ni de paralysie; la mort arrive le cinquième ou sixième jour. A l’autopsie, on découvre des ulcérations dans la membrane muqueuse, et môme la membrane musculeuse de l’estomac.
Au reste, dans l’application sur les tissus dénudés, cette stibs» lance n’a pu occasioner la mort, quoiqu’à dose non élevée. Lorsqu’on l’a employée chez l’homme, à la dose de 5 ou 6 grains, les phénomènes se sont bornés à des nausées, provoquées plutôt par la saveur horrible de la substance, que par son absorption, et à une constrictïon avec chaleur à la gorge, suivies de quelques vomissements bilieux, de quelques nausées, d’éructations, d’épigastralgies. de salivation et de quelques coliques, avec un pouls de 90 pulsations, et une urine plus colorée qu’elle ne l’est dans l’état de santé.
En somme, l’iode introduit dans l’estomac en quantité peu notables, agit comme un léger excitant, et détermine le vomissement. À la dose d’un gros, il peut occasioner la mort en 5 ou 6 jours, quelquefois moins : il détermine des ulcérations sur la membrane muqueuse, avec laquelle il a été mis en contact, mais il ne détruit point la vie lorsqu’il est appliqué sur les tissus dénudés (2).
(1) Voyez Brodie, Pim.osoruiCAi. thansactions, 181 2.
(2) M. Magendie dit qu’introduit dans les veines, l'iode ne produit aucun effet apparent.
POISONS CORROSIFS. fOS
Des produits corrosifs du règne animal.
Pour compléter Pexposition des corps, qui agissent en mêmetemps physiquement et chimiquement sur nos tissus, c’est-àdire par corrosion, il me rçsle à parler des substances tirées du règne animal, ce sont spécialement le phosphore et les cantharides.
Le phosphore qu’on extrait ordinairement des os, a déjà été exposé dans cet ouvrage, comme agent physique ou irritant, dont l’action devient corrosive lorsqu’il passe à l’état d’acide phosphorique ou phosphateux. Ici, celte substance trouvera place, et je l’examinerai à l’état de pureté. D’après M. Magendie, l'injection de l’huile phosphorée dans la plèvre ou les veines, rend la respiration haletante et excessivement difficile ; des flots de vapeur acide phosphatique sont projetés par les narines ; l’animal meurt en 20 minutes, après avoir rejeté une grande quantité de sérosité sanguinolente; la mort, du reste, n’est précédée d’aucun symptôme nerveux remarquable. Le sang artériel, quoique fluide, est noir; les poumons présentent des plaques livides, mais l’estomac n’offre aucune altération.
Lorsque le phosphore a été introduit dans l’estomac, il 11e. produit pas ordinairement de phénomènes marqués dans le système nerveux cérébro-spinal; les animaux tombent ordinairement dans un état d’abattement considérable , et meurent après quelques jours; quelques uns d’entre eux, éprouvent des mouvements convulsifs avant d’expirer. Cependant, lorsque la dose est considérable, il se manifeste des vomissements de matières jaunâtres et fumantes; des convulsions assez marquées précèdent les derniers instants de l’animal.. La rougeur de l’estomac et les perforations sont toujours en raison de la quantité de poison ingérée.
J’ai exposé, à l’article calorique, les effets de la pommade phosphorée, et j’ai dit que M Lescot était parvenu à éteindre complètement le phosphore. Néanmoins, lorsqu’on emploie cette pommade à haute dose, une chaleur assez marquée se manifeste aux endroits fortement frictionnés, et il en peut îésulter une réaction sur le cerveau. J’ai développé, à l’aide du galvanisme, après ces frictionsemployés sur moi-même,. des phénomènes trèsintenses. Voyez l’article électro-puncture et la pathologie .
Les cantharides sont très-fréquemment employées en matière médicale, surtout à l’extérieur. U en a été question à l’article des corps physiques, lorsque j’ai traité des irritants propres
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du système nerveux ; je ne dois donc m’occuper ici que de leur introduction dans l’économie, et de leur effet corrosif interne, réagissant en même temps par absorption sur le cerveau.
Lorsque la poudre de cantharides, ou la teinture, est introduite dans l’estomac, à dose suffisante ( 40 à 60 grains de la poudre, 2 à 5 gros de la teinture alcoolique), outre les symptômes de corrosion interne, d’où résultent de la douleur, du malaise, de l’abattement, et l’afflux de matières sanguinolentes dans la bouche, il se manifeste de violents efforts pour vomir, après six à huit minutes, puis il se déclare quelques mouvements convulsifs, parfois des frissons et un état d insensibilité générale, une constriction plus ou moins grande des voies urinaires, portée quelquelois jusqu’à la strangurie. La mort arrive communément six à dix heures après l’empoisonnement, selon l’intensité des symptômes, toujours proportionnelle à la force des doses ingérées. Des points phlogosés se laissent apercevoir à l’autopsie, tout le long du canal digestif.
Quand le poison est introduit dans les veines, l’animal tombe sur le côté au bout de deux minutes; il éprouve une raideur générale, accompagnée d’une grande agitation des membres La tête se renverse fortement en arrière, sans néanmoins qu’il y ait gêne dans la respiration, si ce n’est un peu d’accélération. Cependant, au bout de deux à trois heures, la dyspnée se déclare, les convulsions augmentent, la mort s’en suitbientôt.
A l’autopsie, les poumons présententdes plaques rouges livides; la membrane muqueuse de la vessie est légèrement injectée; la gastro-intestinale n’offre rien de particulier. Mais on trouve de petits caillots de sang noir dans Je ventricule droit du cœur.
Chez quelques individus, l’ingestion des cantharides développe un violent priapisme; chez d’autres, des phénomènes semblables à la rage, un délire furieux, des convulsions et une forte constriction à la gorge» surtout quand le patient s’efforce d’avaler des liquides.
£n comprenant sous un même chapitre les poisons corrosifs , je me suis proposé de considérer physiologiquement ces agents qui, sous le rapport physique et chimique, forment une classe distincte en ce qu’ils corrodent les tissus et réagissent ainsi par irritation nerveuse sur le cerveau, autant que par absorption.. Les toxicologistes ont toujours été fort embarrassés dans la classification des poisons; mais ils ont cru devoir les diviser généralement d’après les effets que leur action produit sur l’économie, en corrosifs, astringents, âcres, narcotiques, narcotico-
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âcres, el septiques ou putréfiants. Toutefois, on voit qu'en procédant ainsi , ils ont confondu les actions physiques directes sur les tissus avec les modifications imprimées à l’organisme par le cerveau, après que lui-même a été modifié par l’absorption. Ces divisions sont donc vicieuses, non-seulement en ce quelles confondent ces actions, mais en ce qu’elles confondent et expriment mal les effets produits, attribuant la simplicité là où se trouve la complexité; par exemple, Fâcreté et le narcotisme, là où se rencontrent en même temps la paralysie ou la convulsion : en effet, certaines substances placées parmi les poisons narcotiques, produisent des effets excitants, tandis que les astringents ou les âcres produisent des effets narcotiques , etc. Il n’est guères plus rationnel de les diviser en excitants et en sédatifs; car un grand nombre de ces poisons exercent une action excitante sur tel appareil en même temps que sédative sur un autre. C’est ainsi qu’on voit coïncider les convulsions avec la perte de la sensibilité, l’abolition des sens, l’exaltation de ceux-ci , ou le délire avec la paralysie, ainsi de suite. La méthode la plus physiologique à employer, consistait à baser la classification sur les actions physiques et chimiques, en distinguant leurs effets. Or, les poisons corrosifs, qui agissent physiquement en détruisant les tissus, tout autant que par influence chimico-vilale , au moyen de l’absorption sur le cerveau, devaient naturellement former une classe à part dans l’ordre que j’ai proposé; j’aurais pu ensuite ranger sous deux divisions , d’abord les poisons qui opèrent par absorption, et en même temps par irritation locale , bien qu’avec une énergie inférieure à celle des corrosifs, puis, ceux qui n’irritent pas et n’agissent que par absorption; mais , outre que ceux qui opèrent par absorption, peuvent, dans certains cas, produire une irritation locale, et différer selon les surfaces où ils sont déposés , les irritants peuvent tantôt n’agir que localement, tantôt par simple absorption ; je préfère donc former une classe unique de tous les poisons non corrosifs, quels que soient les effets qu’ils produisent, en tenant compte toutefois de leur action physique, et en les partageant en sections pour les différents règnes. Je considérerai ensuite les substances médicatrices non réputées délétères , et dont, à la rigueur, on pourrait faire abus, sans courir risque de perdre nécessairement la vie. Il ne sera pas hors de propos de traiter après cela des substances nutritives, considérées sous le rapport physique et chimique; et ainsi se complétera l’ensemble des considérations qui doivent embrasser le système nerveux dans l’état nor-
POISONS N* O N CORROSIFS
mal , ensemble qui devra toujours être consulté au profit de l’état anormal , sous !e rapport pathologique, proprement dit , comme sous ie rapport thérapeutique.