POUR LA FILASSE
DÉPENSE
Un labour d'été opérant seulement sur les deux tiers de
la surface 14 f. *
Un roulage 2 »
Deux hectolitres et demi de féveroles, à 9 fr. l'hect. . . 22 50
Semer les féveroles à la volée 1 »
Un second labour semblable au premier 14 »
Un roulage et rigolage du terrain ' . . . 6 •
Un labour d'automne profond de 0-35 100 »
Un hersage 2 50
Un roulage 2 »
Rigolage 4 »
Un trait d'extirpateur au printemps 6 *
Un hersage 2 r>0
3 hectolitres de semences à 20 fr. l'hectol 60 »
Répandre et enterrer la semence et les engrais pulvérulents 20 »
Répandre un léger paillis 2 »
Un sarclage et binage à la houe à main 30 »
Un sarclage. . . . * 10 »
Arrachage, façon des gerbes et transport au routoir. 40 »
Rouissdge, séchage et intérêt de la valeur du routoir. "0 »
Teillage et broyage 120 »
Emballage 20 »
50,000 kilogr. de fumier, ou son équivalent, à 10 fr. les 1000 kilogr., y compris les frais de transport et d'épandage, 500 fr.; les trois dixièmes de celte
somme à la charge du chanvre 150 *
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 17 Îî0
Loyer de la terre 100 »
Frais généraux d'exploitation 20 »
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 36 80
Total 872 f. 80
PRODUIT
10Ô0 kilogr. .le niasse, à 92 fi . les 100 kilogr 920 f. »
BALANCE
Bénéfice net 47f.20
I n peu plus de ;i pour 100 du capital employé.
Le lin (linum usitalmimum, L.), (Hg. K53 à 855), est une autre plante textile, également, annuelle, qui appartient à la famille des
cary ophy liées; originaire fie la haute Asie, elle est cultivée depuis l'antiquité la plus reculée, en Orient, en Egypte et dans toute l'Europe.
Les tissus fabriqués avec la filasse du lin sont moins forts et moins durables que ceux obtenus avec le chanvre, mais ils sont beaucoup plus fins; et si Ton tient compte des améliorations importantes qu'a éprouvées, dans ces derniers temps, la filature du lin, on comprendra pourquoi l'emploi du chanvre est de plus en plus restreint à la fabrication des toiles à voiles et des corda-
Fig. m.
Fleur du lin.
Fig. ttiu.
Fruit du lin.
Fig. 853. Un.
Le lin n'est pas seulement une plante textile, c'est encore une
Ses.
Googl
piaule oléagineuse. On extrait de ses semences ^8 pour 100 d'une huile siccative, très-employée en peinture et dans la composition des vernis gras; broyée avec le noir de fumée, elle forme l'encre d'imprimerie; elle sert encore à fabriquer les bougies et sondes élastiques. Les tourteaux sont très-recherchés par les bestiaux, et sont en outre un engrais très-puissant.
Les contrées où la culture du lin a pris le plus d'extension sont l'Italie, Tlrlande, les bords de la Baltique, la Silésie, la Saxe, la Westphalie, les Pays-Bas, la Belgique et nos déparlements du Nord.
Variétés. — Le lin offre deux variétés principales :
Le lin d'hiver, ou lin clmud, se dislingue par ses graines plus abondantes, plus grosses, plus arrondies et de couleur plus foncée; par ses tiges peu élevées et offrant des filaments plus gros et plus rudes; il est enfin plus rustique, et peut être semé avant l'hiver. Cette variété est plus recherchée pour la production des semences que pour celle de la filasse.
Le lin d'été, ou lin froid, produit, eu général, moins de semences que le précédent, et celles-ci sont moins grosses; mais son rendement en filasse est plus abondant et de meilleure qualité. On en connaît trois sous- variétés, produites seulement par les influences locales ; le {fit commun, dont la hauteur dépasse rarement 0M70; le lin de liiga, dont la tige peu ramifiée et beaucoup plus haute, ne porte qu'une faible quantité de semences, mais donne la meilleure filasse pour les tissus tins et légers; et le lin à fleurs blanches, connu depuis longtemps dans les Flandres, rustique et produisant une filasse plus nerveuse, mais plus grosse; sa graine est vert jaunâtre.
Composition chimique.— \jcs tiges de lin, desséchées à 100°, contiennent, d'après M. Robert Kanc •
Carbone
Hydrogène 7,53
Azote 0,56
Oxygène. i8,39
Cendres ou substances minérales. 5,00
Les cendres ont une composition variable suivant les terrains, ainsi qu'on le voit par le tableau suivant :
Lin de Belgique Lin cultivé Lin Lin du comté
recoce et de en des environs d'Armagh
,.■ .. 7." . uts enviions d'Armagh qualité. Hollande. de Dublin. en Irlande.
Totasse 27.897 18,410 9,78 6,352
soude » 18,912 9,82 6,350
Chau* 16,483 18,374 12,33 22,699
Magnésie 3,522 3,023 7,79 4,053
Peroxyde de fer 1,523 2,560 * 13,520
Alumine 0,438 1,439 6,08
Oxyde de manganèse. . . . traces » » 1 ,092
Acide sulfurique 6,174 9,676 2,65 8,929
— phosphorique 11,802 11,058 10,84 7,002
carbonique 25,255 15,750 16,95 4,107
Chlorure de sodium. . . . 8,701 5,655 » 0,904
Chlore • » 2,41 »
Silice. 3,409 5,327 21,35 24,978
On voit combien les lins sont riches en alcalis, en chaux et en acide phosphorique; cela explique pourquoi cette culture épuise si rapidement le sol. Les lins d'Irlande contiennent de 21 à 25 pour 100 de silice, tandis que les lins de Belgique et de Hollande n'en contiennent que 3 à 5 pour 100.
La graine de lin contient les substances suivantes :
D'après D'après M. Moride M. Boussingault.
Graines d'été. Graines d'hiver.
Eau 12,3 2,60 2,70
Huile 39,0 33,96 35,60
Matières organiques non azotées. . 19,0 \
ligneux 5,2 [ 59,48 58,04
Matières organiques azotées. . . . 20,5 )
Phosphates et autres sels 6,0 3,96 3,56
100,0 100,00 99,f0 Azote sur 100 3,28
La proportion d'huile varie notablement dans cette graine, suivant sa provenance. C'est ce qu'on voit par les résultats suivants, dus à M. Victor Meurein, de Lille :
Eau sur 100. lluile sur 100.
Graines de Roumélie 7,5 34
~ d'Anatolie 11,0 35
— d'Italie 9,0 33
d'Espagne 9,0 32
— de Nantes 7,0 35,5
— de Bombay (Indes). 7,5 58
— de Calcutta (Indes) 7,5 57
— de Marans 7,5 35
— de Béthune. . 10,0 52,8
Sur 100 parties, les cendres delà graine de lin contiennent, d'après M. Leuchtweiss :
Potasse
Soude 0,71
Chaux 25,27
Magnésie 0,22
Peroxyde de fer. . 3,67
Acide phosphorique 40,11
Sulfate de chaux 1,70
Chlorure de sodium 1,55
Silice 0,92
Les tourteaux du commerce sont ainsi composés, d'après MM. Soubeiran et J. Girardin :
Eau 11,0
Huile 12,0
Matières organiques 70,0
Substances minérales 7,0
Dans les matières organiques, il y a 6 pour 100 d'azote, et dans les . substances minérales: sels solubles 0,7, phosphates 4,90.
Climat et sol. — Le lin prospère sous tous les climats de la France; toutefois, le lin d'hiver redoute les gelées intenses; aussi sa culture se concentre-t-elle de plus en plus vers le Midi. C'est surtout aux expositions du Nord et de l'Kst qu'on doit mettre cette plante.
La composition minérale du lin indique qu'il exige un sol où il puisse trouver facilement des phosphates et des silicates alcalins. A cela près, il se développe bien dans tous les terrains suffisamment profonds, qui possèdent de la richesse et surtout de la fraîcheur. Les sols d'alluvion, d'une consistance moyenne, doux, plutôt sabloargileux qu'argilo-sableux, lui conviennent surtout. Néanmoins, ils devront être d'autant plus consistants, qu'on se rapprochera davantage du Midi. Les sols granitiques ou calcaires, sans une proportion notable d'argile, lui sont funestes. Enfin, le lin d'hiver parait être moins difficile que celui d'été sur la qualité du sol; il se développe encore passablement dans des sols légers, où le second ne donnerait aucun produit. La culture de cette plante fournit difficilement de bons résultats dans le Midi de la France, à moins que le sol ne puisse être soumis à l'irrigation.
Place dans la rotation. — La racine du lin est pivotante, peu garnie
de ramification-, et, connue la luzerne, absorbe sa nourriture par l'extrémité. Dans les terrains où le fond est plus buinide que la surface, elle s'allonge jusqu'à ce qu'elle rencontre la dose d'humidité qui lui est nécessaire; aussi, dans certains, acquiert-elle une longueur égale à la moitié de celle de sa tige; mais il faut toujours, pour que cette plante prospère, qu'ils renferment, jusqu'à la profondeur où ses racines ont besoin de s'enfoncer, les éléments nourriciers qu'elle puise par ses extrémités.
Il en résulte la nécessité de ne faire succéder le lin qu'à des récoltes qui contribuent à accumuler une suffisante quantité de principes fertilisants dans les couches inférieures du sol. Les terrains qui remplissent le mieux cette condition sont, avant tous les autres, les défrichements de prairies naturelles, dont les riches gazons ont fourni depuis longtemps des sucs aux couches inférieures; tels sont aussi ceux des luzernes ou de la garance, dont les labours profonds ont plongé au fond du sol les engrais qu'a reçus successivement la surface. Viennent ensuite les terres qui ont nourri l'année précédente des récoltes sarclées richement fumées et à longues racines, pui> encore celles qui ont porté du chanvre, et enfin les défrichements de trèfle. Dans ces derniers cas, les couches inférieures ont profité de l'excès d'engrais répandu à la surface, et eîles ont été parfaitement ameublies par les labours qu'exigent ces plantes.
Si l'on considère maintenant que les couches profondes sont habituellement les moins pourvues de principes fertilisants, que les sucs fécondants n'y pénètrent qu'avec lenteur si on ne les y dépose pas, on s'expliquera pourquoi, dans les terres profondes, il faut mettre un certain intervalle entre les retours successifs du lin, atin que les couches inférieures puissent, après avoir été épuisées, se charger, par l'effet des infiltrations, de nouveaux éléments nutritifs. Ainsi, en Belgique, on ne fait revenir le lin que tous les neuf ans.
Dans l'Aisne, où les terres manquent de profondeur, il revient tous les trois ans. Mais ce retour pourrait être beaucoup plus fréquent si l'on plaçait, au moyen des labours, une partie de la fumure dans les couches inférieures.
Quant aux récoltes qui peuvent succéder immédiatement au lin, ce sont les plantes à racines courtes, car il laisse la surface du sol très-riche; la terre a été, en outre, parfaitement nettoyée des plantes nuisibles, au moyen des sarclages minutieux que l'on a dû exécuter. Les récoltes qui s'accommodent le mieux de cet état de choses sont les céréales, particulièrement le froment. Nous avons vu aussi précédemment qu'on peut, avec beaucoup de succès, semer, dans le lin, du trèfle ou une récolte de carottes dérobées.
11 y a trois manières de cultiver le lin: 1" nom la filasse seulement; "2° pour la filasse et pour la graine; 5° uniquement pour la graine. Les deux premières sont seules usitées en France; chacune d'elles présente des avantages qui dépendent de la position particulière du cultivateur et des ressources dont il peut disposer.
Le lin cultivé pour la filasse seulement s'appelle lin en doux. Sa culture convient particulièrement aux petites exploitations, à celles dont les terres ne sont pas riches, ou qui, vu le peu de ressources du cultivateur, ne peuvent recevoir une grande quantité d'engrais. Elle demande moins de main-d'œuvre et fatigue peu la terre.
Le lin, au contraire, dont on veut recueillir et la filasse et la graine, exige plus de travail et épuise le sol bien davantage. Sa filasse est moins fine que celle du lin en doux, mais elle est plus forte, et, par cela même, elle convient mieux à la filature mécanique. Son rendement en poids est aussi plus considérable et la graine est un produit qui n'est pas à négliger.
Ainsi, les deux cultures ont leurs avantages respectifs. C'est au cultivateur à étudier la nature de ses terres, leur état d'engraissement , et ses propres ressources, avant de faire son choix; mais, à conditions égales, il vaut mieux donner la préférence au second mode comme étant plus productif et plus convenable pour la filature mécanique.
Quant à ne cultiver le lin que pour la graine, les terres en France sont trop chères pour qu'on puisse le faire avec avantage, et le rendement est trop faible pour qu'il puisse dédommager des frais; en effet, en admettant les conditions les plus favorables, on ne peut espérer récolter plus de trois ou quatre fois la semence, encore faut-il sacrifier en partie la filasse que l'on est obligé de laisser durcir pour permettre à la graine d'arriver à complète maturité, et pour éviter la dégénérescence que subissent ordinairement les graines récoltées dans nos pays.
Ce genre de culture se pratique en Courlande, en Livonie, particulièrement dans les environs de Riga, dont les produits nous arrivent sous le nom de lin de lUya.
Préparation du sol. — Ce que nous avons dit de la tendance du lin à enfoncer ses racines indique 'que le sol doit être profondément ameubli. Trois labours sont ordinairement nécessaires. Le premier, profond de 0m40, est exécuté à la lin de l'été; on le fait suivre de deux hersages et d'un roulage. Dans le courant de l'automne, on exécute un autre labour, mais seulement à la profondeur ordinaire. Le sol reste dans cet état jusqu'au printemps suivant, et c'est alors qu'on exécute un troisième labour, également suivi de deux hersages et d'un roulage.
ii. • l2G
En Belgique, quel que soit le mode de culture, la préparation du sol 11 est complète qu'après qu'on y a passé une ou plusieurs fois le traîneau dont voici les modèles (lig. 856 et 857).
Après ces opérations, la surface du sol doit se trouver partagée en
Fitf. 856. Traîneau, en planches.
planches plus ou moins larges, par des rigoles ordinairement très-peu profondes, à moins que le terrain ne soit exposé à une grande humidité.
Engrais et amendement!. - Nous avons fait comprendre plus haut combien il est nécessaire que la couche inférieure du sol présente un degré de fertilité convenable. Lorsque Ton cultive le lin, soit sur des défrichements de prairies naturelles et artificielles, soit à la suite du chanvre ou de racines sarclées richement fumées, cette condition se trouve naturellement remplie; mais, dans le cas contraire, voici comment on fertilise le sol. La couche superficielle est placée au fond, au moyen du premier labour; on répand ensuite les trois quarts d une fumure et on r enterre au moyen du labour ordinaire; puis, au printemps, un troisième labour vient mélanger ces engrais avec les 0m20 de la surface. Enfin, on répand encore à la surface du sol, au moment de l'ensemencement, une quantité d'engrais pulvérulents équivalente à une demi-fumure. En général, il est préférable de semer le lin sur une vieille fumure; le> engrais trop récents, surtout les fumiers, salissent la récolte par les graines de plantes nuisibles qu'ils
DU UN. 459
renferment toujours en grande quantité; d'un autre côté, cette fumure se répartit inégalement dans le sol et rend irrégulière la vigueur des plantes. Aussi, convient-il, quand on ne peut semer sur des terrains
Fig. 857. Traîneau en perches.
riches en vieil engrais, de répandre le fumier avant l'hiver, afin qu'il ait le temps de se consumer.
Quant à la nature des engrais et des amendements qui plaisent particulièrement au lin, ce sont évidemment, d'après la composition chimique des tiges et des graines de cette plante, ceux qui peuvent lui fournir en plus grande quantité des phosphates et des silicates alcalins, de la chaux et du sel marin. Les fumiers de vache et de mouton bien fermentes, lapoudrette, l'engrais flamand, le noir annualisé, le noir des raffineries, le guano, la charrée, les cendres de Hollande et de Picardie, et particulièrement les tourteaux de lin sont surtout ceux qui conviennent le mieux. En Flandre, pour les terres légères, on délaye ces tourteaux dans des urines fermentées étendues d'eau; pour les terres fortes, on les répand sur le terrain à l'état de poudre grossière, à la dose de 1200 à 1400 kilogr. par hectare.
AKT AGRICOLE.
Les eaux ammoniacales des usines à gaz, étendues de dix fois leur volume d'eau, donnent aussi de très-bons résultats. Il en est de même des eaux qui ont servi au rouissage du lin, car elles contiennent, d'après Roliert Kane, tous les matériaux que cette plante puise dans le sol. C est ce qu'on voit très-bien par les analyses suivantes :
F. ni d'un étang donnant 51 ,70 de
résidu sur 100,000 parties d'eau.
Peroxyde de fer. . . .
Chaux
Magnésie
Soude
Potasse
Acide sulfurique. . .
— cblorhydiique .
— phospliorique..
— carbonique.. .
Matières organiques
et perte
traces 20,511
Eau d'un roui oh donnant 139,69 de résidu sur 100,000 parties d'eau.
6,655 8,455 1.369 11,607 4,181 8,435 8,682 traces
Eau d'un routoir alimenté par Veau de la Lys
donnant 45.11 de résidu pour
100,000 p. d'eau.
Eau d'un bassin de Hollande donnant 42, V de résidu pour 100,000
parties d'e.iu.
« Si Ton rend au sol par des irrigations, dit M. l'ayen, les substances contenues dans les eaux de rouissage, si, de plus, on utilise, pour la nourriture ou l'engraissement des animaux, k\s capsules, la graine ou les tourteaux, et que le fumier en revienne à la terre, ainsi que les cendres provenant îles chènevotles brûlées sous les chaudières, on comprend que, dans ces circonstances, la culture du lin ne soit pas épuisante, qu'elle puisse même contribuer à élever la puissance du sol; car on n'en aura extrait, en définitive, que les fibres textiles formées de cellulose presque pure et ne contenant qu'un principe immédiat non azoté dont les éléments se trouvent ordinairement en excès dans toutes les terres cultivées
L'association qui s'est organisée dans la Grande-Bretagne pour le développement et l'amélioration de la culture du lin en Irlande, a composé l'engrais suivant, représentant l'ensemble des principes salins qui constituent la plante :
Os pulvérisés 24 kil. 50 coûtant 3 f. 75
Chlorure de potassium 13 61 * 2 95
Sel marin 21 77 0 51
Plâtre cuit en poudre. ........ 15 42 0 63
Sulfate de magnésie 25 70 4 61
1 Payen, Rapport au Ministre de l'Agriculture sur V industrie du lin en Irlande.
Toutes ces substances, comme on le voit, sont à bas prix, et la dépense par hectare ne dépasserait pas 12 fr. 28 cent.
C est en variant et en ne ménageant pas les engrais que les Flamands obtiennent de magnifiques récoltes de lin sans épuiser leur sol. AFiines (Nord), contrée réputée pour la qualité doses lins, on fume en novembre l'hectare à raison de 50 à 60,000 kilogr. de fumier consommé, que l'on enterre à 0m20 environ. On attend ainsi le mois de mars, époque à laquelle on répand sur le champ un mélange de 1500 à 1700 kilogr. de tourteaux de colza et de cameline pulvérisés, et l'on herse par un temps sec. Quatre ou cinq jours après on sénie. À Lockeren (Belgique), on applique par hectare 150 hectolitres de matières fécales; à Ath, a Courtrai, 1500 à 2000 kdogr. de tourteaux délayés dans des urines. Ces abondantes fumures procurent des tiges longues de près d'un mètre.
On évalue la quantité d'engrais puisée dans le sol par le lin à 1900 kilogrammes de fumier par 100 kilogrammes de filasse récoltés.
Semailles. — Choix des semences. — Nous avons vu que le lin d'hiver doit être préféré pour la production des semences; les meilleures graines de cette variété viennent d'Italie. Mais, lorsqu'on veut obtenir la plus belle lilasse, c'est le lin de Riga qu'il faut choisir.
Malheureusement, ces variétés étant cultivées loin des contrées où elles se sont formées, sous l'influence de circonstances climatériques différentes, et, surtout, soumises à un autre traitement, dégénèrent assez rapidement, et l'on est obligé de les renouveler souvent.
Ces acquisitions de graines donnent lieu à des dépenses assez considérables; on a bien réussi, en France, à obtenir de bons produits en soumettant le lin de Riga au mode de culture adopté dans cette contrée, mais le prix de revient était beaucoup plus élevé que celui du 'commerce, et l'on a été obligé d'y renoncer.
On reconnaît la bonne qualité des graines aux caractères suivants : elles doivent être pesantes, brillantes, d'un jaune d'or ou d'un brun clair, glissantes dans la main, riches en huile; ce dernier caractère se reconnaît à leur pétillement lorsqu'on les met au feu; enfin, déposées sur une éponge mouillée, à une température moyenne, elles doivent germer en vingt-quatre heures.
La bonne graine est bien égale; et, comme il y a plusieurs variétés de lin dont les graines diffèrent sensiblement entre elles, l'égalité du grain sera une preuve de l'unité de l'espèce et une garantie contre les fraudes qui se pratiquent journellement dans le commerce. Files consistent à acheter à bas prix les fonds de greniers ou de magasins, à prendre, pour enfermer ces graines mélangées et épuisées, les barils même qui ont servi au transport des graines de Russie ou d'Italie, et
à vendre ensuite le contenu comme étant de provenance étrangère. Ces fraudes portent un grave préjudice à l'agriculture, en trompant l'attente du cultivateur et en lui faisant perdre les sacrifices qu'il s'est imposés pour obtenir une récolte qui vient à lui manquer.
Avec un peu d'attention, on évitera facilement d'être dupe; mais il est pour le cultivateur un moyen, sinon de faire disparaître entièrement, du moins de diminuer considérablement la fraude dont on cherche à le rendre victime; c'est de ne jamais revendre, mais de brûler partout, s'ds lui sont inutiles, les barils ou les enveloppes qui contenaient la graine qu'il aura achetée, car ainsi il anéantira le masque dont on se sert pour le tromper.
Voici les caractères habituels des diverses sortes de graines de lin du commerce, d'après M. Victor Meurein :
Caractères extérieurs, petites, très-propres,- plus pales que les
graines du pays, tres-propres, luisantes, roux clair, nettes, très-volumineuses, ternes, assez propres, brunâtres, recouvertes d'une poussière terreuse très-fine, assez volumineuses, grisâtres à causede la poussière qui les recouvre, mélangées de graines étrangères, roux clair, malpropres, fort mélangées, roussâtres, propres, mélangées de sénevé,
mais en faibles proportions, assez propres, roussâtres, contenant des semences de sénevé et de quelques gra • minées.
brun clair, moyennes, mêlées à des semences de graminées, roux clair, luisantes, assez bien nettoyées.
La graine de Russie ou de Riga est ordinairement terminée par un petit crochet; elle a une teinte verdàtre; elle est plus dure au toucher que la graine du pays, et se retient plus facilement dans la main.
Époque des semailles. — Le lin d été redoute les gelées tardives du printemps; la sécheresse ne lui est pas moins pernicieuse, surtout lorsqu'elle se manifeste au début de la végétation, car la plante ne prend plus qu'un faible développement en hauteur. Pour éviter ces deux inconvénients, on choisit, pour l'ensemencement, le milieu de mars, dans le Midi, et la première quinzaine de mai, dans le Nord. On profite du moment où la terre est suffisamment fraîche. Si ce moment se faisait trop attendre dans le Midi, et qu'on pût disposer de l'irriga-
Graines de Roumélie.. .
Dimensions.
— d'Anatolie.. . .
— d'Espagne.. . .
— de Nantes. . . .
— de Bombay. . .
— de Calcutta. . .
— de Marans. . .
— de Béthune. . .
lion, il faudrait, avant de semer, inonder le champ, le laisser s'égoutter, et donner un léger labour suivi d'un hersage. Si les semences sont déjà en terre et que la pluie larde à venir, on arrose le champ par infiltration.
Quant au lin d'hiver, on le sème de bonne heure, à l'automne, afin qu'il prenne un développement suffisant pour résister aux froids intenses. On choisit ordinairement l'époque du semis du seigle.
Quantité de semences. — La quantité de semences varie selon les résultats qu'on se propose d'obtenir. Lorsqu'on cultive pour la graine, on sème très-clair; 150 à 150 kilogr. suffisent par hectare. Si, au contraire" la filasse doit être le produit principal, on doit employer 200 à 250 kilogr. Lorsque enfin on veut obtenir la filasse la plus fine possible, on cultive suivant la méthode dite lins rainés que nous examinerons plus loin, et l'on sème jusqu'à 380 kilogr. de graines. Ces quantités sont pour des graines de très-bonne qualité, répandues avec tout le soin possible; mais elles devront être augmentées à mesure que les circonstances se présenteront moins favorablement.
Mode de semaille. — On répand la semence à la volée, puis on la recouvre au moyen d'un hersage, et l'on termine en plombant légèrement le sol par un roulage. Les engrais pulvérulents sont répandus en même temps que la semence, et le dernier hersage les mélange avec la couche superficielle.
Entretien. — Si le sol est suffisamment frais, le lin sort de terre huit ou dix jours après son ensemencement. Dès qu'il atteint 0*03 de hauteur, des femmes et des enfants enlèvent à la main toutes les herbes adventices, et donnent une légère culture au pied des plantes, avec une petite houlette. Ce sarclage est répété deux ou trois fois, de dix en dix jours, selon que l'abondance des plantes nuisibles le rend nécessaire. Dans les terres du Midi susceptibles d'être arrosées, les irrigations par infiltration sont répétées aussi souvent qu'il le faut pour maintenir le sol constamment frais.
Lins ramés — Dans plusieurs localités du Nord, on cultive cé que Ton nomme des lùis ramés, qui se distinguent par leur tige trèshaute et très-déliée. Ce sont ces lins qui donnent la filasse qui sert à faire les dentelles. Voici comment on les obtient : on sème très-dru, dans les terres qui conservent le plus de fraîcheur en été, sans présenter cependant une humidité surabondante; et, lorsque le lin a reçu les sarclages, on entoure chacune des planches de piquets fourchus hauts de 0ml(>, et placés à la distance d'un mètre l'un de l'autre, et supportant des perches posées en travers. Sur ces perches repose un grillage fait en petites baguettes, dont l'office est de soutenir le lin et de l'empêcher de verser.
m ART AGRICOLE.
Accidents et maladies. — Ln grêle, le ver blanc, la cuscute émisent au lin comme au chanvre de sérieux dommages.
Récolte — Dans le Midi, le lin d'été épanouit ses fleurs un mois environ après l'ensemencement, et deux mois après dans le Nord. Le lin d'hiver fleurit vers la fin de mai dans le Midi; les graines commencent à mûrir quinze jours environ après la floraison.
L'époque de la récolte dépend du produit que l'on veut en ohtenir.
\a Le lin en doux arrive ordinairement à maturité vers la fin du mois de juin; lorsque les feuilles commencent à jaunir sur la tige et que les fleurs les plus tardives ont disparu, le moment est venu de procéder à l'arrachage.
Ce travail est ordinairement exécuté par des femmes qui, à mesure qu'elles arrachent, lient le lin en paquets ou petites boites de 50 centimètres environ de circonférence, qu'elles couchent derrière elles, en rangées régulières, tout en avançant. Mais au lieu de coucher les poignées à plat sur le sol, il vaut mieux les planter debout trois par trois, car s'il survenait du mauvais temps qui empêchât l'étendage immédiat, la poignée ne serait plus exposée à fermenter, et conséquemment à se détériorer.
Pour le lin en doux le fanage et le rouissage ne sont pour ainsi dire qu'une seule opération, et comme il n'y a pas de graine à séparer de la tige, on y procède immédiatement après l'arrachage.
À cet effet on retourne, à la charrue, le champ lui-même, on y sème de la vesce ou de la rabette pour obtenir, soit une récolte dérobée, soit une fumure en vert, et c'est sur ce sol hersé, qu'on étend le lin en couches très-minces et en rangées aussi régulières que possible, en ayant soin de disposer toutes les tiges dans le même sens, c'est-à-dire la tète de la seconde rangée touchant presque les racines de la rangée précédente et ainsi de suite.
A moins que le champ voisin, correspondant à la racine des plantes, ne soit libre, il faut avoir soin de réserver entre la dernière rangée et ce même champ un espace vide égal à la largeur d'une rangée, autrement on se trouverait embarrassé lorsqu'il s'agirait de retourner le lin pour achever le rouissage.
"2° Le lin en graine ne se récolte ordinairement qu'un mois ou cinq semaines après le Un en doux. Sa maturité se reconnaît à la teinte jaune des tiges, à la chute des feuilles, à l'entier développement des capsules; les graines qu'elles renferment sont encore molles et vertes, mais elles commencent à brunir; c'est le moment de faire arracher.
On effectue ce travail comme pour le lin en doux; on lie les tiges par poignées qu'on réunit en paquets de trois et l'on redresse les paquets sur le sol en écartant les poignées par le pied pour qu'elles
puissent se tenir debout; mais il est une autre méthode bien préférable à celle-ci, et que nous allons décrire.
Les arraclieuses ne lient point les poignées, elles les déposent simplement derrière elles par petits Lis, en ayant soin de les croiser en divers sens pour éviter qu'elles ne se mêlent. Deux hommes suivent les arraclieuses et , au lieu de disposer le lin en gerbes, ils en forment une longue muraille à double pente, comme on le voit dans la fig. 858.
Pour commencer ce travail, on plante en terre un piquet, et c'est contre lui que l'ouvrier appuie les deux premières poignées, graine contre graine, la racine en dehors, de manière à former un toit aigu ; il allonge indéfiniment cette espèce de toit en appuyant de nouvelles poignées contre celles qui sont déjà en place, alternativement d'un côté et de l'autre.
Lorsque la rangée est terminée et avant d'enlever le piquet, on marie ensemble par la tête et à l'aide de quelques brins de lin, les cinq ou six poignées de chaque extrémité, et quand le tout est ainsi disposé, il faudrait un vent bien violent pour le renverser.
Cette forme a l'immense avantage de permettre à la fenaison de s'opérer plus vite et plus régulièrement; l'air circule, en effet, partout avec une égale facilité, ce qui ne saurait avoir lieu lorsque les • poignées sont réunies par des liens. Ceux-ci ont, en outre, l'inconvénient, lorsque le temps est pluvieux, de retenir l'eau dans la partie de la tige qu'ils compriment, et de lui faire éprouver un commencement de rouissage, duquel il résulte, quand on procède au rouissage général, que certaines parties sont déjà trop avancées lorsque les autres ne sont encore qu'à point.
Ce mode de fanage est de beaucoup supérieur à celui que Ton exécute par poignées. 11 n'est pas, d'ailleurs, sensiblement plus dispendieux, puisqu il suffit de deux hommes pour dix arraclieuses, et que celles-ci, n'ayant pas à lier les poignées, peuvent faire plus de travail.
Il faut environ huit jours, lorsque le temps est favorable, pour que
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la fenaison soit complète; elle se reconnaît à la roideur des tiges et à la fermeté qu'a acquise la graine. Alors on entame la muraille par un bout, en prenant le lin par la tète, et avec des liens de paille, on
Fig. 859. Peigne pour détacher Ut graines des tiges du lin.
forme des bottes que l'on porte à la grange, pour en séparer la graine. 11 est très -important de ne rentrer ces bottes que par un temps très-sec; autrement le lin se couvrirait de taches qu'il serait impossible de faire partir au blanchiment.
L'égrenage se fait au moyen d'une espèce de peigne à dents de fer de 0ro53 de long (fig. 859 et 860). Ce peigne, ou drège, a deux ou trois rangées de dents, et se fixe sur un chevalet solide. L'ouvrier prend une poignée de lin par la racine et frappe le sommet sur le peigne en tirant à lui; les capsules ne pouvant passer entre les dents, tombent sur une toile placée au-dessous du chevalet. | Lorsque la graine est séparée de sa tige,
on Fétend sur des draps, au soleil, puis, Fig. 800. Coupe transt^ersalc quand ^ ^ Qn ,a ^ # m ,a
passe au tarare pour la nettoyer.
Rouissage. — Les opérations du rouissage sont, comme pour le chanvre, le rosage et le rouissage dans l'eau.
Le rosage ou rouissage sur terre se fait en étendant le lin en couches égales et aussi minces que possible, ordinairement sur les prairies, d'après les indications que nous avons données au sujet du lin
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en doux. S'il ne pleut pas aussitôt après cet élendsige, on arrose le lin soit pour hâter le rosage, soit pour affaisser uniformément les liges et les empêcher d'être enlevées et brouillées par le vent. Le lin reste dans cet état jusqu'à ce qu'il soit suffisamment roui du côté inférieur, ce que l'on reconnaît à ce que les tiges se brisent nettement, et que la couche fibreuse se détache avec facilité; cela a lieu au bout de deux à quatre semaines, selon le degré d'humidité atmosphérique.
On le retourne alors de façon à lui faire occuper la même position, et de manière que la face qui touchait le gazon soit placée en des- . sus. L'opération s'effectue avec des gaules longues et légères que l'on introduit à fleur de terre sous la tête du lin, et que l'on soulève ensuite en faisant pivoler la plante sur sa racine et en la renversant de l'autre côté; c'est pour que ce travail puisse s'exécuter sans obstacle, qu'on laisse un espace libre sur le bord du champ; on évite d'entremêler les tiges, et l'on conserve avec soin l'égalité des couches pour que le rouissage marche également, et que tout arrive à point à la même époque; car il est bien important de ne pas laisser le lin couché à terre un jour de plus qu'il n'est nécessaire; c'est de là que dépend presque toujours la bonne ou mauvaise qualité du produit. Au bout de deux à trois semaines, la nouvelle face inférieure a également atteint un degré de rouissage suffisant, et l'on profite d'un beau temps pour en former des gerbes coniques qu'on lie solidement. Ainsi disposé, le lin sèche en très-peu de temps; on le réunit ensuite en bottes de médiocre grosseur, que l'on conserve dans un lieu sec et aéré jusqu'au moment du broyage.
Nous avons dit, en parlant du chanvre, que le rouissage proprement dit, ou rouissage à l'eau, est préférable au rosage, et qu'on ne doit employer celui-ci qu'à défaut d'eaux courantes on de routoirs; il en est de même pour le lin. Les meilleures eaux sont celles qui sont presque stagnantes, mais dont la masse n'est renouvelée que lentement, et au moyen d'un faible courant ayant entrée par un bout du routoir et s'échappant par l'autre extrémité. La ligure 801 représente un de ces routoirs composés de cuves en maçonnerie dans lesquelles l'eau passe successivement. Les fosses à eau donnante de la Saxe prussienne sont représentées par la figure 862.
Voici comment on procède au rouissage à l'eau. Aussitôt après l'arrachage et la séparation des capsules, le lin est réuni en bottes, qui sont immédiatement placées dans l'eau des routoirs. Là, on les maintient debout, le sommet en haut, et enfoncées sous l'eau, au moyen de pieux solidement lixés et de planches chargées de pierres. Au bout de cinq à sept jours, suivant la température de l'eau, on visite les bottes toutes les trois ou quatre heures; lorsque les tiges
se rompent avec facilité, et que la couche fibreuse peut se détacher d'un bout à l'autre tout en restant unie, on les enlève, après les avoir
Fi g, 861. Bouloir à courant d'eau delà Saxe.
lavées par poignées, pour les débarrasser de la vase et de la matière
colorante qui les salit. Quand le lin est bien égoutté, on l'étend sur le gazon, et on le retourne plusieurs fois, de façon à lui faire subir une sorte de rosage qui le blanchit. Ce rosage duré de six à quinze jours, selon que la première opération a été poussée plus ou moins loin. Enfin, on profite du moment où il est bien ^ee, pour le lier en bottes, puis on le rentre pour attendre le moment du broyage.
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Fig. 8ov2. Houtoir à eau dormante de la Saxe. '
Le rouissage dans une eau qui peut se renouveler, sans avoir un cours trop rapide, est celui qui convient le mieux; les liges ont alors une belle couleur jaunâtre qui leur donne beaucoup de prix; il n'y a plus d'exhalaisons aussi fortes que dans le rouissage à l'eau dormante, et les libres courent moins le risque d'être attendries par une fermentation trop active. Sur les bords de la Lys, en Fiance et en
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Belgique, en Hollande, où l'on rouit une si grande masse de lin, on donne la préférence à ce mode de rouissage. Les lins qui en-proviennent sont presque blancs.
Préparation. Hûlage, — Quelque sec que paraisse le lin après sa rentrée, il renferme toujours une certaine quantité d'humidité qui empêche la chènevotte de se rompre avec netteté, la couche fibreuse de s'en détacher entièrement, et les fibres elles-mêmes de se séparer facilement les unes des autres. Pour lui donner le degré de siccité qui lui manque, on le hâle c'est-à-dire qu'on le soumet à un certain degré de chaleur. A cet effet, on l'expose au soleil, si l'on opère en été, ou dans un four après la cuisson du pain, ou enfin dans un haloir construit exprès. Ce haloir est d'abord chauffé à la température de 50°; puis, lorsque la plus grande partie de l'humidité est vaporisée, on porte la chaleur, pendant quelques moments, jusqu'à 45°, et l'opération est terminée. On laisse refroidir pendant quelques heures, et l'on soumet immédiatement le lin aux opérations suivantes, qui ont pour but de séparer la chènevotte de la couche libreuse, et de réduire celle-ci en filasse. Les meilleurs procédés étant ceux qu'on suit dans les Flandres, nous allons nous borner à leur description.
Macquage ou maillage. — On commence par enlever les liges courtes, rompues ou brouillées, qui nuiraient aux opérations ultérieures. A cet effet, on prend les tiges par poignées, et on les passe sur le peigne indiqué par la ligure Sol). Les déchets qui en résultent servent ensuite à faire des étou-
Fig. 864.
Face inférieure du battoir.
Fig. 8G3.
Battoir pour le lin.
Cela fait, on étend le lin sur une aire plane, puis on l'écrase à grands coups, avec une pièce de bois dur, nommée battoir (tig. 865 et 864), longue de 0m20, large de 0,n13 et épaisse de 0ro08. Cette pièce porte, en dessous, des cannelures prismatiques, à arêtes arrondies, d'environ 0,n013 de saillie, et dans son milieu est lixé un manche courbe qui sert à la manœuvrer. Quand il est maillé d'un côté, le lin est retourné de l'autre, et traité de la même manière; après quoi, l'ouvrier enlève les poignées, les secoue pour en détacher les débris de chènevotte, et en forme des paquets.
ir. *27
470 AfcT AGRICOLE.
Êcangage. — Cette opération succède au maillage, voici comment on la pratique. Vécangue (fig. 805) est une espèce de couperet ou
hachoir mince, plat, muni par. le haut d'une sorte de tète qui est destinée à lui donner plus de poids ou de volée ; le manche est court, aplati, fixé par des chevilles de bois sur une des faces du couperet. Cette écangue est en bois dur et lisse, d'une épaisseur de 0m05. La planche à écanguer (fig.
860) a tm52 de hauteur, 0m32 de largeur et 0m02 d'épaisseur. Elle est assemblée verticalement sur une autre planche horizontale, qui lui sert de patin ou de pied, et porte à 0rc80 de hauteur une échancrure de 0m08 de hauteur et de 0m10 de profondeur. Les arêtes de cette échancrure sont taillées en biseau, pour que l'écangue, en tombant, ne coupe pas la lilasse. Le patin, ou planche inférieure, a lm02 de long, 0m48 de large et 0m05 d épaisseur. Du côté où l'ouvrier se place, et à chaque extrémité, sont deux forts montants, de O^S de hauteur, qui reçoivent une grosse courroie en ■ cuir, fortement tendue, laquelle sert à garantir les jambes de l'ouvrier pendant le travail ou la chute de lYcangue. L'écangueur prend, dans la main gauche, autant de lin qu'il peut en tenir, le passe dans Téchancrure, jusqu'au milieu de sa longueur, l'étend sur le bord inférieur, puis frappe verticalement dessus avec 1 écangue qu'il tient de la main droite; il roule, retourne et frappe ainsi sa poignée jusqu'à ce que la chènevotte soit détachée, et qu'il ne reste que la soie.
En WVslphalie et en Bohème,, on obtient le même travail au moyen d'un brisoir que représente la ligure 807.
Un ouvrier met en mouvement le rouleau qui est cannelé et lui imprime un va-et-vient sur la ta'.le qui offre aussi des cannelures; un second ouvrier tient le lin, le retourne et le secoue plusieurs fois, afin que les chènevottes se détachent des tiges.
Fig. 866. Planche à écanguer le lin.
Depuis plusieurs années, on emploie en Normandie et ailleurs une machine à teiller de l'invention de M. Bourdon-Ouesney, daGueure (Seine - Inférieure), qui est un perfectionnement des anciens moulins à ailes de bois que nous avons représentés (lig. 852) à propos du chanvre. Dans la machine de M. Bourdon (fig. 808), la mobilité de la paisselle, planche sur laquelle l'ouvrier appuie la poignée de lin qu'il veut teiller, la rend supérieure à toutes celles
qui Tout précédée, en Fié'- &>7. Brisoir allemand pour écanguer le lin.
ce quelle ne permet plus à la leilleuse de briser les parties filamenteuses du lin.
Cette machine ne teille que le lin qui a été préalablement broyé.
Pour s'en servir, on présente à l'action des écouches ou battes du moulin, une poignée de tiges, et on la change plusieurs fois de position. Elle reçoit par minute 1000 à 1200 coups d écouches, car le volant sur lequel celles-ci sont fixées
fait 80 à 100 tours par minute La fi- ' Machine de Bourdon-Quesney pour le teillage
ij et donne
A UT AGIUC01E.
très-peu d'étoupes. Un homme peut teillcrde 20 à 25 kilogrammes de filasse par jour. Malheureusement cette machine se vend 500 francs.
Peignage ou sérançage. — Le lin nettoyé subit encore le peignage ou sérançage destiné à enlever les traces de la gomme-résine qui salit ses lils, à les démêler, les refendre et les finer. Les peignes ou sèraits, se composent de pointes métalliques lixées sur une planche, et plus ou moins rapprochées les unes des autres, selon le degré de liuesse que l'on veut donner à la lilasse. L'ouvrier fait passer à plusieurs reprises chaque i>oignée de lin entre les dents de ces peignes, en commençant par les plus écartées et en finissant par les plus serrées.
Les lins rainés, destinés à la fabrication des dentelles et des batistes, ne sont pas peignés. On remplace cette opération par l'action de la brosse, qui débarrasse mieux la lilasse de sa gomme et lui donne plus de .finesse.
Les inconvénients assez nombreux des modes de rouissage suivis jusqu'à présent ont engagé depuis longtemps à rechercher des procédés plus expéditifs, plus sûrs et moins dangereux. Après bien des essais faits avec des agents chimiques de diverses natures, on a reconnu qu'un séjour de 72 Ji 96 heures seulement dans une eau maintenue à la température de 52 degrés centigrades suffit pour effectuer la séparation des fibres textiles de la tige, beaucoup plus complètement que partout autre moyen. L'idée première de ce 'procédé appartient à Soubeiran. C'est celui qu'on suit actuellement dans les grands établissements d'Amérique et d'Irlande, où, à l aide de machines ingénieuses, ou broie et teille le lin beaucoup plus parfaitement qu'on ne le faisait jusqu'ici. Une révolution complète s'est donc accomplie dans cette partie du travail du lin, et il en résulte une industrie nouvelle, intermédiaire entre le lilateur et le cultivateur, qui n'a plus dès lors à livrer au commerce que des lins~siinplement fanés et conséquemnient affranchis des chances fâcheuses que leur font souvent courir les anciens procédés de rouissage. On peut consulter, pour connaître plus en détail le nouveau système de rouissage, de broyage et de teillage du lin, le rapport de M. Payen sttr la culture et la préparation du lin dans la Grande-Bretagne.
Rendement. — Le rendement moyen par hectare est :
En Flandre, de 503 kil. de filasse cl de 260 kil. de {fraine*
En Angleterre 552 — —
A Courtrai 022 — —
En Lombardie (lui d'hiver). . . . 350 — 817 —
En Lombard ie (lin de printemps) 569 — 51)1 —
En Anjou 348 — • r>07
En Picardie 332 m -
Il résulte donc de ce qui précède que le rendement moyen du lin, par hectare, est de 4C9 kilogr. de filasse et de 410 kilogr. de graines. Mais on voit, qu'en général la proportion de filasse diminue à mesure que celle des graines augmente : or, comme le prix de ces dernières est bien inférieur à celui de la filasse, il s'ensuit qu'il y a tout avantage à favoriser la production de celle-ci, soit par un mode de culture convenable, soit en choisissant les variétés les plus productives fous ce rapport.