QUATRIÈME SECTION
Plantes économiques. — Sous la dénomination de plantes économiques, nous comprenons celles qui n'ont pas trouvé place jusqu'ici dans les sections qui composent le chapitre des plantes industrielles.
Telles sont :
Le houblon. La moutarde noire.
Le tabac. La betterave.
La cardére. Le sorgho sucré.
La chicorée à café. La pomme de terre.
La betterave et la pomme de (erre sont, à la fois, des plantes alimentaires et des plantes économique;, puisqu'elles sont souvent cul- tivées, l'une pour la fabrication du sucre, l'autre pour l'extraction de la fécule. Mais comme elles ne réclament pas, sous ce rapport, d<» soins particuliers, nous renvoyons à ce que nous en avons dit à l'ar ticle des racines fourragères.
nu lira m on.
Le houblon (humulus lupulm, L.) (tïg. 898 à 902) est une plante vivace, dioïque, à tiges volubiles de gauche à droite, et qui appartient à la famille des urticces. Il croit spontanément dans les parties septentrionales de l'Europe ; on le rencontre dans les hîiies et sur la lisière des forêts, dans les lieux humides; il forme l'objet de cultures très-importantes dans toutes les contrées où la vigne et les arbres à fruits à cidre n'ont pu réussir, et où la bière est la boisson habituelle. Les petits cônes membraneux qui constituent les fruits du houblon offrent, à la base de chaque écaille, une poussière jaune, granulée, d'une amertume particulière, qui communique à la bjère
le goiït qui la caractérise et contribue :i la défendre des altérations
Vit. 899. Grappes de fleurs mâles du houblon.
Fi«. 900.
Fleur femelle du houblon.
Fi g. 901. Fleur mâle du houblon.
Fi?. 898. Houblon femelle.
qu'éprouvent la plupart des solutions végétales fermentées.
. Le houblon a remplacé entièrement, dans cette destination, If buis, le trèfle
d'eau, l'absinthe, la gentiane, etc., qu'on y introduisait autrefois.
Le berceau de la culture du houblon paraît avoir été la Flandre. Aujourd'hui elle est répandue en Belgique, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Bohême, en Amérique, etc. En France, c'est particulièrement dans la Franche-Comté, l'Alsace, le département du Nord, la Lorraine, les Vosges, qu'elle est en grande laveur, et prend chaque jour plus d'extension.
Variétéi. — Les cônes fournis par le houblon sauvage ont une odeur moins agréable et sont moins aromatiques que ceux du houblon cultivé, ^ussi ne sont-ils presque jamais employés. Le houblon cultivé offre plusieurs variétés, parmi lesquelles nous indiquerons seulement les suivantes :
Houblon précoce ou de spalt. — Tiges d'un vert assez foncé, cônes de couleur blanche, maturité précoce; produit de bonne qualité et assez recherché.
Fig. 002.
Cône de houblon.
5'2l2 ART AGRICOLE.
Houblon demi-précoce. - Tiges de mAme couleur que celles du précédent, cônes plus petits.
Houblon rouge. — Tiges d'un rouge cramoisi; cônes longs, rougeàtres vers le pédoncule, très-riches en matière jaune, attachés solitairement à l'extrémité d'un long pédoncule; maturité plus tardive que celle des deux variétés précédentes; produit très-abondant, de trèshonne qualité et très-recherché.
Houblon tardif. — Tiges d'un rouge clair, cônes très-petits; ne commence à épanouir ses fleurs que vers la fin d'août; mûrit après toutes les autres variétés; très-productif.
Le choix à faire parmi ces diverses variétés est surtout déterminé par le climat, car il faut que la maturité puisse être complète avant les premières gelées de l'automne. Si plusieurs d'entre elles remplissent cette condition, on n'a plus qu'à choisir celle dont les cônes sont les plus abondants, les plus longs, et offrent l'odeur la plus forte et la plus pénétrante.
Composition chimique. — D'après Sprengel, le houblon récolté pendant la floraison contient les substances suivantes :
Eau 73,800
Substances solubles dans Peau 1,460
— dans une lessive alcaline. .... 11.452
Cire, résine et matière yerle 0,720
- Fibre végétale 0,588
Us principes immédiats organiques, solubles et insolubles dans l'eau, consistent en albumine, gomme ou mucilage, matières extractive et amère, asparagme, tannin, acide malique, malate acide de chaux.
100 parties en poids de cette plante fraîche (26,2 delà plante sèche), réduites en cendres, contiennent :
Potasse 0,169
Soude 0,078
Chaux 0,641
Magnésie 0,094
Oxyde de fer 0,017
Alumine 0,019
Oxyde de manganèse traces
Silice 0,048
Acide sulfurique 0,217
— phospliorique 0,091
Chlore 0.H7
Suivant M. Nesbil, les cônes dessécliés fournissent 9,87 pour 100 de cendres, les feuilles 13,6 et les tiges 3,74. Voici la composition comparée de ces trois organes :
de cônes.
de Feuilles.
de li-jes.
A H a ciilfiiT*imi*>
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o fin*;
U,1ZV
— phosphorique
— de potassium. . .
M. Hawkhurst dit avoir obtenu jusqu'à 05 pour 100 de cendres de la variété de houblon désignée sous le nom de the grapes, après quelle avait été séchée à 100° et quelle avait perdu H pour 100 d'eau.
D'après M. Payen, l'azote existe dans 100 parties de ces trois organes dans les rapports suivants :
A l'étal Après dessiccation normal. complète.
Cônes 8,82 9,80
Feuilles. ... 1,50 1,51
Tiges 0,61 0,70
La poussière jaune aromatique qui existe à la base des écailles des cônes a une composition lort complexe; elle renferme de la cire, une résine, un principe amer, de la gomme, des substances azolées, une huile essentielle aromatique, et des sels au nombre desquels se trouve de l'acétate d'ammoniaque. Cette poussière, qu'on a désignée sous le nom de lu pu line, et qui forme, en moyenne, 10 pour 100 du poids des cônes, est considérée comme la substance active du houblon, comme celle, du moins, qui est la plus utile à la fabrication de la bière et qui constitue, par conséquent, la qualité du houblon. Son action est dix fois plus énergique que celle des cônes eiix-mèmes. C'est surtout à l'huile volatile aromatique, qui s'y trouve dans la proportion de 1 à 2 pour 100, qu'elle doit ses principales propriétés.
Climat et toi. — 11 importe que le sol où l'on cultive le houblon soit placé du sud à l'est; les expositions du nord et de l'ouest ne lui
conviennent pas. 11 en est de même des localités que le voisinage des rivières on des étangs expose à des brouillards ou à de fréquentes gelées blanches. Il faut aussi éviter le voisinage des grandes routes à cause de la poussière. Si la localité est ouverte aux vents violents, il convient d'abriter la houblonnière par quelques plantations.
Le houblon aime les terres de consistance moyenne, fraîches, mais non humides, et offrant une profondeur de 0m70 à 1 mètre. Il pourrit dans les sols compactes où l'humidité reste stagnante; il languit dans les terrains secs ou peu profonds, et ses produits y restent peu abondants et de médiocre qualité. On obtient de très-bons résultats dans les sols secs, mais profonds, à condition de pouvoir les soumettre à rirrigation.
PUœ dam la rotation. — Dans un terrain bien préparé et de bonne qualité, le houblon peut prospérer pendant quinze ou vingt ans; aussi ne peut-il entrer dans un assolement régulier. Il peut succéder à toute espèce de récolte, mais il préfère celles qui ameublissent et fertilisent profondément le terrain, telles que la garance, les fourrages-racines, les défrichements de prairies à longue durée, etc. Lorsqu'on rompt une houblonnière, il faut laisser s'écouler cinquante ou soixante ans avant de la rétablir sur le même terrain. Quant aux récoltes qu'il convient de lui faire succéder, ce sont, de préférence, celles qui réclament de nombreux binages, car ces opérations achèvent de détruire le houblon qu'un premier défrichement est toujours impuissant à faire disparaître entièrement.
Préparation du sol. — La durée de la houblonnière se prolonge d'autant plus, et ses produits sont d'autant plus abondants et plus riches, que le sol a été plus profondément et plus complètement ameubli. Cet ameublissement doit pénétrer jusqu'à 0"fi5 environ, et si la récolte à laquelle on la fait succéder ne laisse pas le sol dans cet état, on pratique un défoncement. Si la plantation doit être faite au printemps, on exécute ce défoncement avant l'hiver et l'on attend le printemps pour herser, labourer et herser de nouveau. Si la plantation doit être effectuée à l'automne, le défoncement est fait au printemps et est immédiatement suivi des hersages et du labour dont nous venons de parler. Après quoi, on sème une récolte de fourrages-racines, dont le produit paye une partie des frais de préparation du sol et de loyer de la terre, et il n'y a plus qu'un labour et un hersage à donner au'moment de la plantation du houblon.
EngraU et amendements. — Le houblon est une plante très-épuisante; 100 kilogrammes de cônes secs étant accompagnés, d'après les expériences du docteur Crantz, de 259 kilogrammes de feuilles et de 7>r»4 kilogr. de tiges à l'état sec, et la récolte moyenne d'un hectare
plant de 1700 kilogramme* de cônes, 4405 kilogrammes de feuilles et de 6018 kilogrammes de liges, il en résulte, d'après la composition chimique des trois organes, que la récolte entière dépouille le sol de :
275 kilogrammes d'azote.