‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 13 sur 167 · POIDS · texte numérisé non relu

POIDS

rOlDS BRUT

POIDS NtT

de la semonce

de la

déduction faile

île chaque li^ne.

récite.

de la semence.

Le résultat fut donc le même que celui d'Anderson. Voici des expériences plus récentes, faites par M. Félix Villeroy •

COMPOSITION DES MC.NEfi.

Trente pommes de terre entières.

Trente moitiés de grosses pommes

de terre

Trente pommes de terre moyennes.

Trente iroitié de pommes de terre

moyennes

Trente petites pommes de terre.

Quant à la convenance de couper les tubercules, nous voyons par ces deux dernières expériences que cela influe défavorablement sur le produit; mais, cependant, que la diminution est loin d'être en rapport avec la faible quantité de semence, comparée au poids des tubercules entiers. Toutefois, comme, à tort ou à raison, on attribue à ce fractionnement des tubercules une certaine action déterminante sur les maladies qui. depuis quelques années, attaquent cette récolte, nous pensons qu il vaudra mieux ne planter que des tubercules entiers, à moins que leur rareté an printemps ne <orce à les diviser.

AItT ÀGMCOI.E

Mais il peut arriver que l'on n'ait, à sa disposition que des tubercules de moyenne grosseur, ou même très-petits; il suffit alors, pour obtenir un rendement aussi fort qu'avec de gros tubercules, de les rapprocher davantage.

Lorsqu'on opère sur des sols très-calcaires, très-sableux ou trèsargileux, il est nécessaire de changer de temps en temps la semence. Dans les deux premiers sols, les tubercules deviennent trop secs, trop farineux, diminuent de grosseur, et il faut les remplacer par d'autres provenant d'un terrain compacte, humide. Dans le sol argileux, au contraire, les tubercules deviennent trop aqueux, et il convient de leur substituer des tubercules récoltés dans un terrain sec et léger.

Ainsi donc, posons en principe : 1° qu'on devra, généralement, choisir les plus gros tubercules ; 2° qu'en cas de cherté de la semence, on pourra diviser les gros tubercules, mais seulement pour un sol bien égoutté; 5° que les petits tubercules et ceux de moyenne grosseur peuvent être avantageusement employés, mais à la condition d'être plantés plus rapprochés que les gros; 4° qu'il y a nécessité de changer de semence de temps en temps, lorsque le sol où Ton cultive est ou très-sec ou très-humide.

Époque de la plantation. — Les jeunes tiges de pommes de terre sont très-sensibles aux gelées; aussi ne doit-on commencer la plantation des tubercules que lorsqu'on n'a plus à craindre les froids tardifs du printemps. L'époque la plus favorable est, pour le Nord et le Centre de la France, du 15 avril aux premiers jours de mai; on choisira la première époque pour les terrains légers ou exposés à la sécheresse. Dans le Midi, on pourra hâter de quinze jours ou trois semaines le moment de l'ensemencement, afin que la plante ait acquis le plus grand développement |K>ssible avant les chaleurs bridantes qui desséchent la terre.

Ces époques sont celles qui sont le plus généralement préférées; il y a, cependant, des circonstances où l'ensemencement peut être fait beaucoup plus tard. Ainsi, dans les terrains légers et de consistance moyenne du Centre et du Nord de la France, on peut encore planter vers le milieu du mois de juin, après l'enlèvement des récoltes précoces, telles que le colza, le lin, la navette, le seigle, le trèfle incarnat, la vesce d'hiver. A la vérité, les produits seront moins abondants, parce que les premières gelées de l'automne surprendront les plantes dans un état de végétation moins avancé; mais, en choisissant des variétés précoces, on pourra encore obtenir des produits satisfaisants.

Dans le Midi, on fait aussi des plantations d'été; mais seulement

dans les terrains naturellement humides, ou qui peuvent être arrosés. Si Ton peut disposer de l'irrigation, on inonde le champ après avoir enlevé la récolte précédente, on le laisse ensuite dessécher jusqu'au point convenable pour y pratiquer un bon labour, puis on procède à la plantation. Cette récolte d été donne souvent des produits plus abondants que celle de printemps, qui est fréquemment atteinte par la sécheresse avant d'avoir complété son développement; celle d été, au contraire, est placée sous 1 influence d une humidité qui, commençant peu de temps après la plantation, va toujours en augmentant jusqu'au moment de la récolte.

Mais ces plantations d'été sont faites avec des tubercules récoltés l'année précédente, et c'est là un inconvénient; car il est difficile de les conserver, sans altération, jusqu'à cette époque de l'année. Dans les contrées où, comme dans le Midi, on peut récolter en été les tul)ercules plantés de bonne heure, au printemps, on a utilisé le produit de cette récolte pour les plantations d été. On a remarqué, il est vrai, que leur développement se faisait longtemps attendre; mais, en les laissant exposés à la lumière pendant quelques, jours, ils deviennent très-propres à une reproduction immédiate.

Depuis l'invasion de la maladie dont nous parlerons plus loin, et pour essayer d'y soustraire les pommes de terre, on a tenté aussi de les planter à la fin de r automne, pour les récolter au commencement de l'été suivant. Nous ferons connaître, en parlant de cette affection, les causes d'insuccès de ce procédé.

Plantation de* tubercules. — Examinons maintenant l'espacement des plantes, la profondeur à laquelle on enterre les tubercules, les divers modes de plantation.

Espacement des plantes. On doit, à cet égard, s'efforcer de remplir les deux conditions suivantes : 1 ° faire que les plantes soient assez rapprochées pour qu'il n'y ait pas perte de terrain, et, cependant, qu'elles se développent sans se nuire mutuellement; 2° combiner l'espacement de manière que les façons d'entretien soient données le plus économiquement possible, mais sans qu'il. en résulte une diminution de produit.

Quant à la première condition, la pratique suivie dans les pays où cette culture est le plus avancée, comme en Irlande et en Savoie, montre que les plantes doivent être placées à 0m30 ou 0m3r> les unes des autres, en tous sens. Mais le prix de la main-d'œuvre - et la facilité plus ou moins grande que Ton a à se procurer des bras modifient cette pratique, car elle exige que toutes les cultures d'entretien soient données à bras d'homme.

Dans les contrées où les bras sont rares ou chers, il y a nécessité

d'exécuter les façons d'entretien au moyen de machines mues par les animaux, et il faut alors réserver le passage aux instruments et aux animaux de travail, c'est-à-dire porter l'espace entre les plantes de 0B50 à 0-60. Il surfit, il est vrai, que les instruments puissent passer sur les deux côtés opposés; on peut alors disposer les lignes a O^ôO, mais ne conserver qu'une distance de 0m30 entre les plantes sur les lignes. On déposera, de cette manière, environ 2000 kilogrammes de tubercules, ou, en volume, 23 hectolitres, en admettant qu'on écarte de la semence les tubercules de grosseur moyenne et les petits.

Toutefois la distance que nous venons d'indiquer pour les lignes n'est qu'une moyenne, qui variera suivant que la grosseur des tubercules permettra aux sujets de prendre plus ou moins de développement, suivant que telle ou telle variété occupera plus ou moins d'espace, suivant, enfin, que les plantes, plus ou moins exposées à la sécheresse, auront besoin de couvrir plus tôt le sol de Jeur ombrage, afin qu'il perde moins vite son humidité. D'après Schvverz, cette distance pourra varier, en raison de ces diverses circonstances entre 0m16et 0œ50.

Profondeur à laquelle on doit enterrer les tubercules. Le degré de profondeur moyenne auquel il convient d'enterrer les tubercules est

0m 1 0. On porte cette profondeur à 0m14 dans les terrains secs, et on la réduit à 0m06 dans les sols humides.

Modes de plantation. On plante les pommes de

Fig. 448. Bêche.

Fi?. 449. noue. Fig. 450. Pioche.

terre soit à l'aide d'instruments à main, soit au moyen de la charrue

Parmi les instruments à main, on se sert, suivant les localités et In nature du sol, de la bêche, de la houe, de la pioche, et même d'une sorte de plantoir en forme de coin (fig 448 à 450). Quand le dernier labour est donné, on ne herse pas, afin que la trace des raies île labour guide celui qui fait les trous destinés à recevoir les tubercules. Ainsi un ouvrier suit la première raie et ouvre une série de petites fosses creusées à la distance et à la profondeur déterminées à l'avance; une femme ou un enfant suit cet ouvrier et dépose un tubercule dans chaque fosse. Arrivé à l'extrémité de la ligne, il ouvre une nouvelle série de trous à côté, et à une distance convenable de la première; la terre qu'il en extrait sert à combler les trous de la / ligne précédemment suivie, et ainsi de suite Ce mode de plantation ne laisse rien à dés rer quant à la perfection, mais il est très-lent: aussi n est il généralement employé que dîsns la petite culture, ou dans les localités où les bras sont peu coûteux.

La plantation à la charrue est beaucoup plus prompte, tout aussi parfaite et plus économique. Lors du dernier labour, en ouvre une première raie d une profondeur convenable, dans laquelle des ouvriers déposent les tubercules en les espaçant également. Ces tubercules sont recouverts par la tranche de terre renversée par le sillon suivant On ouvre ensuite deux, trois ou quatre sillons, sans y mettre de semence, selon l'intervalle qui doit exister entre chaque ligne. Cultures d entretien. — Binages. Aussitôt que les jeunes pousses

Fig. 451. Houe à cheval.

commencent à se montrer, on donne un binage énergique pour détruire les plantes nuisibles, niveler le sol et rendre plus faci'es les opérations subséquentes. 11 en résulte aussi qu'on force les bourgeons, qui croissent par groupes, à se diviser et à prendre leur nourriture sur une plus grande surface. Ce premier binage est donné à l'aide

d'une herse que Ion lait passer deux fois sur le terrain et en travers des raies du labour. Dès que la verdure des tiges commence à dessiner les lignes, on donne un second binage avec la boue à cheval (fig. 4M). Cette opération est répétée aussi souvent que l'état du sol et la croissance des plantes nuisibles la rendent nécessaire.

Huilage. Dans ces derniers temps, on a mis en doute l'efficacité du buttage. Ainsi Mathieu de Dombasle a conclu de ses expériences que le produit des pommes de terre buttées était inférieur d'environ 17 pour 100 à celui des pommes de terre non buttées. Kobertson, au contraire, a trouvé que le produit des pommes de terre non buttées était inférieur d environ 10 pour 100 à celui des pommes de terre buttées. Pour nous former une opinion à cet égard, nous avons tenté nous-mêmes une expérience qui nous a donné une différence de 6 pour 100 au profit des pommes de terre non buttées. Nous ne pensons pas, toutefois, que ce résultat soit de nature à faire abandonner la pratique du buttage. En effet, la proportion du rendement n'est pas la seule considération à laquelle on doive s'arrêter; il faut aussi rechercher l'économie de main-d'œuvre. Or les pommes de terre non buttées ne peuvent être récoltées au moyen de la charrue, parce qu'on ne peut faire piquer cet instrument à une profondeur convenable pour extraire du sol tous les tubercules; on est donc obligé de faire cette opération à bras d'homme. Les pommes de terre buttées, au contraire, développant leurs tubercules* dans un point situé au-dessus de la surface du sol, peuvent être facilement récoltées avec la charrue. Cependant cela ne prouverait encore rien en faveur du buttage, si la perte éprouvée dans le produit n'était pas compensée par cette économie de main-d'œuvre. Or l'expérience a plusieurs fois démontré que cette économie, jointe à l'avantage que procure ce mode d'arrachage, lequel équivaut à un labour et simplifie les frais de préparation du sol pour l'ensemencement des céréales, compense et au delà la perte que l'on . éprouve dans le rendement.

Ce qui précède nous porte donc à conclure que le buttage des pommes de terre sera toujours une opération avantageuse, au moins dans les grandes exploitations où Ton opère sur de larges surfaces.

Pour que cette opération soit aussi efficace que possible, on doit la pratiquer à deux reprises différentes : on donne une première façon après le premier binage à la houe à cheval; la seconde, plus énergique, est appliquée après le deuxième binage, et de telle sorte, que ces deux buttages soient terminés avant que les tiges aient atteint les deux tiers de leur développement.

Suppression des fleurs et des liges. — Quelques agronomes ont

uigitizeo Dy

lieuse qu'en empêchant la fructification de la pomme de terre, c'està-dire eu supprimant les fleurs dès leur apparition, on augmenterait la production des tubercules. Il est incontestable, en effet, que les fruits ne se forment qu'en absorbant une certaine quantité de fluides nourriciers, et qif ils nuisent ainsi plus ou moins au développement des tubercules; toutefois l'augmentation du produit a été tellement insignifiante, qu'elle n'a pu compenser les frais du travail; on y a donc complètement renoncé.

D'autres ont voulu supprimer les feuilles et les tiges avant la maturité des tubercules, pour les faire consommer par les bestiaux, il n'était pas difficile de prévoir le résultat de cette pratique, car, les tiges étant les organes générateurs des racines et des tubercules, ce retranchement devait nécessairement empêcher eu grande partie la formation de ces dernière; c'est ce que démontre l'expérience suivante, due à Anderson; cet agronome a constaté que la diminution du produit a été :

Tour les pommes de terre effanées le ± aoiU de 77 p. 10 ).

Mollerat a obtenu de semblables résultats. Le fourrage que l'on récolterait ainsi serait doue payé beaucoup trop cher, outre qu'il serait d'une très-mauvaise qualité.

Maladies. — La pomme de terre est sujette à plusieurs maladies distinctes: les unes attaquent uniquement les parties aériennes, telles sont la rouille et la fr isolée; les autres envahissent les tubercules, telles sont la gale, la pourriture sèche et la maladie proprement dite qu'on pourrait appeler la gangrène brune ou humide.

La rouille et la frisolée, en détériorant les feuilles et les rendant inhabiles à remplir leurs fonctions, surtout au moment où la végéta-* tion devrait être la plus vigoureuse, s'opposent au développement des tubercules et diminuent singulièrement les produits de la récolte. Ces maladies sont le résultat de petites plantes parasites, de mucédinées qui se développent sous l'influence des brouillards de 1 été. On ne commit pas de préservatifs bien efficaces et de moyens de guérison. On a indiqué l'emploi des cendres et du sel, l'usage exclusif, pour semis, de gros tubercules provenant de plantes saines; mais il faut dire qu'on n'a aucun renseignement bien certain à cet égard. C'est sur»

5 septembre. . . I l

luut dauss la Grande-Bretagne que se montre la frisolée; les Anglais la nomment le curl.

La gale (Ràude ou Krâtze des Allemands), observée surtout dans les terrains calcaires de la Thuringe, dans la Bavière supérieure et en Autriche, parait due au développement d'un petit champignon d une structure très-simple, du genre des protom yées. Ce cryptogame affecte surtout les parties situées sous 1 épidémie; il empêche les tubercules de grossir et leur ôte toute saveur. Cette affection, toutefois, est peu redoutable et ne s'étend pas au loin.

II n'en est pas de même de la gangrène sèche, qu'on nomme en Allemagne irocken Fâule, SLockfaulc, et qui, depuis 1850, se montre romme une véritable épidémie sur les bords du Rhin, en Bavière, eu Saxe, dans le Mecklembourg, la Bohême et la Silésie. Dans la pro ince bavaroise du Palatinat, cette maladie a causé de tels ravages eu 1840, qu'en plusieurs cantons les récoltes ont été réduites au tiers.

D'après M. Martius, la gangrène sèche est due à un champignon microscopique, le fusisporium solani, qui s'attache à la pomme de terre, la pénètre, l'envahit jusqu'au centre, absorbe la plus grande partie de son eau de végétation, convertit la partie fibreuse en uhnine, la tue par conséquent, et la rend impropre à la reproduction. La pomme de terre, alors, non-seulement ne peut plus produire, mais elle ne peut plus servir à la nourriture des hommes ni des animaux, car elle devient dure comme une pierre et résiste à toute espèce de cuisson, même à la vapeur des appareils distillatoires. * Dans le principe de la maladie, les pommes de terre n'offrent extérieurement aucun indice, si ce n'est que leur surface est tachetée d'une couleur plus foncée et réticulée, par reflet de la dessiccation partielle de l'épidémie; mais, plus tard, elles deviennent plus sèches, et présentent à l'intérieur plusieurs traces d'une couleur livide et noirâtre. On y découvre aussi des parties extrêmement minces, d une couleur blanchâtre, qui ne sont autre chose que le réseau du champipignon lui-même; ce sont des agglomérations de petits filets organiques, tout à fait analogues à ce que les jardiniers appellent blanc de champignon, et dont ils lardent les couches destinées à produire le champignon de table. Arrivé à cette époque, le fusisporium solani ne tarde p; s à prendre un accroissement très-rapide; il pénètre l'épidémie et se présente à la surface sous la forme de petits coussinets filamenteux, blanchâtres, au sommet desquels se développe une quantité innombrable de graines ou spores, qui se dispersent très-facilement. Fai même temps, les pommes de terre deviennent de plus en plus sèches et aquièrent une telle dureté, qu'on ne peut plus les diviser sans employer une fore » très-considérable. L'intérieur ressemble alors à une

espèce de truffe extrêmement compacte, dont la surface serait hérissée de petites protubérances blanches, offrant la consistance de la marne crayeuse. Les tubercules présentent, en effet, l'apparence complète d'un morceau de craie.

Pour arrêter la propagation du champignon parasite et détruire ses graines et son blanc, M. Martius conseille de garantir les récoltes encore saines, en évitant tout contact avec les pommes de terre affectées; de détruire complètement ces dernières, si elles sont tellement avancées dans leur maladie, qu'on ne puisse plus en tirer parti; de laver à l'eau de chaux le local qui a contenu les tubercules gangrenés, et de laisser écouler plusieurs années avant d'y placer d'autres pommes de terre, car les germes malfaisants se conservent dans les caves ou dans la terre pendant un temps fort long; enfin, de soumettre au chaulage les tubercules destinés à la reproduction, avant de les confier au sol.

La maladie a été observée surtout dans les cantons de l'Allemagne où Ton suit le système de ne mettre en terre que des portions de tubercules coupées en tranches, garnies de quelques yeux; et dans d'autres lieux, où Ton a la funeste habitude de remplir complètement les caves de pommes de terre avant qu'elles soient assez desséchées, et sans les exposer au courant d'air nécessaire pour éloigner la fermentation. On range ces deux pratiques parmi les causes accessoires qui agissent le plus puissamment sur le développement de cette affection.

Mais la maladie qui exerce les ravages les plus étendus, c'est assurément celle que l'on désigne sous le nom de gangrène brune ou humide. Connue depuis longtemps déjà aux États- Unis, au Canada, c'est vers 1 842 qu'elle a été observée en Belgique, et c'est surtout à partir de 1845 qu'elle a éclaté avec une rapidité inouïe sun mille points différents de l Eu- Fig ^ Coupe (fm lubercule de patraqve 0ffra„t rope. La nature chimique lcs trace8 de la maladie à son débuL

et géologique des sols,

l'exposition des terres, les modes de culture, rien n'a arrêté la marche de cette nouvelle carie, et, parmi les diverses variétés de pommes de ii. 3

ART APICOLE

terre cultivées, il serait difficile d'en signaler quelques-unes qui aient échappé au fléau. Il y a là un vice général, une véritable épidémie, qui a embrassé dans son parcours une grande partie des États du nord de l'Europe et de l'Amérique.

C'est généralement en juillet et août que cette singulière affection envahit les champs; on s'en aperçoit immédiatement à l'aspect du feuillage, qui pâlit d'abord, jaunit ensuite, et se couvre de taches brunes; ces taches s'étendent peu à peu sur divers points de la tige, s'agrandissent incessamment; enfin, les feuilles et les tiges se dessèchent, et toute la plante offre une teinte noirâtre. Les tubercules des touffes avariées sont presque toujours attaqués euxmêmes; ils commencent à s'altérer dans la région voisine du point d'insertion (fig. 452); on voit d'abord quelques points rougeâtres sous l'épiderme; la quantité de ces points augmente rapidement, et bientôt toute la périphérie des tubercules est colorée en brun jusqu'à une profondeur de plusieurs millimètres sous l'épiderme; cette coloration se propage insensiblement vers le centre (fig. 453). Plus rarement,

l'altération débute dans quelque région profonde en marchant vers la périphérie (fig. 454).

Quand les tubercules envahis sont arrachés du sol, ils éprouvent, peu de jours après, deux modes de décomposition. Dans les uns, la région envahie devient très-dure et acquiert une coloration brune très-foncée, tandis que les parties voisines se conservent à* l'état sain; les

Fig. 453. Coupe (Tun tubercule de pannentière complètement envahi par la maladie.

Fig. 45 i. Coupe d'un tubercule de patraque montrant la marche de la maladie du centre à la périphérie.

portions colorées ont une telle cohérence, qu'elles ne peuvent plus se ramollir dans l'eau bouillante. Dans les autres, les parties gâtées, d'indurées qu'elles étaient, se ramollissent spontanément, puis tout le parenchyme des tubercules se transforme en une matière pullacée analogue à la bouillie, en exhalant une odeur putride et nauséabonde, et dégageant de l'ammoniaque et de l'hydrogène sulfuré. Dans cette dernière période de décomposition apparaissent des végétations microscopiques, des infusoires, accompagnement obligé de toute putréfaction organique.

En suivant, sous le microscope, avec M. Pouchet, les diverses phases de cette altération des tubercules, on voit que le tissu cellulaire, d'abord peu coloré, offre des granules trèspetits d'un brun clair, très-apparents surtout dans les espaces intercellulaires (flg. 455). Un peu plus tard, ces granules se multiplient à la surface des cellules, se serrent, se colorent de plus en plus, et envahissent des régions plus ou moins considérables des parois des cellules (fig. 456 et 457); la fécule est dans l'état normal. A une

Fig. 455. Tissu ' cellulaire de la pomme ae terre au début de la maladie.

Fig. 456 et 457. Tissu cellulaire de la pomme de terre présentant le deuxième degré de la maladie.

époque encore plus avancée, les endroits aflectés acquièrent une teinte brune plus intense; les parois cellulaires se déchirent de place en place, puis se réduisent en lambeaux que l'on aperçoit épars de côté et d'autre, mêlés à la fécule restée intacte (fig. 458 et 459). Enfin, au dernier terme de la maladie, le tissu est mou et noirâtre;

les membranes cellulaires sont tout à fait détruites et réduites en gra-

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Fig. 458 et 459. Tmn cellulaire offrant le troisième degré d'altération.

nulalions brunes très-fines (fig. 460); au. milieu de ce putrilage nagent

les grains de fécule dans toute leur intégrité.

Suivant MM. Morren, Payen, Montagne, la gangrène humide aurait pour cause première un champignon microscopique, le botrytis infestatis, dont les sporules ou semences agiraient de la même manière Fig. 460. Quatrième degré que Yuredo caries sur le blé. Ce champi-

^ o^nme^eUrre ^ 811011' ^°ni lô développement serait favopomme e rr . ^ ja chaleur et l'humidité, naîtrait

dans les stomates des feuilles, répandrait rapidement ses émanations dans les canaux séveux des tiges, et descendrait ainsi dans les tubercules, dont il détruirait peu à peu le tissu cellulaire. ^Malgré l'autorité des savants respectables que nous venons de nommer, nous- ne pouvons admettre cette théorie. Les observations de MM. Decaisne, Gaudichaud, Pouchet, Leveillé, Duchartre, Ad. Brongniart, Desmazières, Philippart, Grelley, et les i:ôtres, s'accordent pour démontrer que les champignons et autres mucédinées sont complètement étrangers à l'altération dont il s'agit. Le botrytis infestans se développe bien sur les parties aériennes de la plante, mais il ne se montre jamais sur les tubercules; son action est toule locale, et d'ailleurs, dans 1 immense majorité des cas, les tiges des champs ravagés sont détruites, sans qu'on puisse y découvrir la moindre trace de ce champignon.

En réalité, la gangrène humide consiste dans une altération des liquides du végétal et surtout des liquides albumineux, provoquée sans aucun doute par une basse température et un excès d'humidité. Cette

altération amène la désorganisation du tissu cellulaire, ainsi que cela se produit dans le blossissement des fruits charnus; c'est, en un mot, une simple fermentation qui rentré dans le cadre des fermentations ordinaires, et qui est suivie, comme dans toute pourriture de matières organiques, de la production de cryptogames, inlusoires et autres êtres microscopiques, qui sont effet et non cause des phénomènes observés'.

Dans les pommes de terre les plus altérées, la fécule se conserve intacte, et la quantité est, à très-peu de chose près, la même que dans les tubercules sains, ainsi que MM. Decaisne et Pouchet Pont reconnu par l'observation au microscope, et que MM. Girardin et Bidard Pont constaté par Panalyse chimique. Ces deux derniers chimistes ont obtenu les résultats suivants de deux variétés dont chacune a été prise à Pétat sain et en voie d'altération :

VAKIKTÉ nO* DE JAUNR. VAWÉTK LONGUE JAUNE.

Saine.

Malade.

Saine.

Malade.

On peut donc tirer encore parti des tubercules malades pour la nourriture de Phomme et des animaux. Nous empruntons les renseignements suivants à une excellente notice publiée par notre ami M. Bidard, secrétaire de correspondance de la Société centrale d'agriculture de Rouen.

t Pour la consommation des bestiaux, les tubercules faiblement altérés sont d'un bon usage; mais, autant que possible, il faut s'abstenir de les faire consommer crus. La coction à la vapeur, à Peau, au four, sera d'un bon emploi toutes les fois qu'on agira sur des produits altérés ou en voie d'altération. H sera bon de mélanger la pulpe avec une certaine quantité de sel, soit environ 500 grammes à 1 kil. par quintal métrique de pommes de terre. M. Boussingault a indiqué un mode opératoire qui est très-commode. Il consiste à faire cuire les tubercules à la vapeur, et, pendant qu'ils sont chauds encore, à les tasser très fortement et par couches peu épaisses dans un tonneau ouvert. Quand le tonneau est plein, on le démonte, et on obtient une niasse cylindrique, qui, bien qu'exposée à Pair, mais à l'abri de la pluie, se conserve pendant plusieurs mois sans altération.

« Pour arrêter l'altération peu avancée des pommes de terre, on peut faire usage de la méthode employée en Suisse, en 1816 et 1817,

sur la recommandation de l'habile agronome Pictet, méthode qui consiste à dessécher au four les tubercuLes préalablement cuits. Cette sorte de pulpe se conserve indéfiniment. On peut aussi, comme M. Liebig l a indiqué, faire macérer les tubercules, coupés en rouelles, dans de l eau contenant un centième de son poids d'acide sulfurique du commerce. Après vingt-quatre heures de contact, on procède à des lavages jusqu'à ce que l'eau employée ne soit plus acide; puis on sèche à lair ou au four. On obtient ainsi 25 pour 100 du poids des pommes de terre employées, en morceaux d'une apparence crayeuse qui, passés au moulin, donnent une farine blanche. * « Pour tirer parti, comme nourriture, des pommes de terre pourries, on commence par réduire les tubercules en bouillie, que Ton soumet, dans des cuviers, à trois ou quatre lavages à grande eau, pour la débarrasser complètement de son odeur infecte. On la laisse égoutter, on la soumet à une forte pression dans des sacs de toile, et on fait sécher les gâteaux dans le four, après la cuisson du pain. On recueille ainsi une matière tout à fait inodore, facile à conserver et à transporter, qui peut très-bien servir à la nourriture des bestiaux, et s'employer à la manière des tourteaux de colza. C'est là, en définitive, ce qui nous a le mieux réussi, à M. Girardin et à moi. Le baron d'Haussez, de Saint-Saens, et M. le comte Gustave de Robillard, de Saint-Maurice (Orne), qui ont adopté ce mode de préparation pour les tubercules gâtés, en ont été très-satisfaits, et ils ont conservé une énorme quantité de matière alimentaire pour la nourriture de leurs bestiaux pendant l'hiver de 1846. »

L'extraction de la fécule des pommes de terre gâtées, et surtout de celles arrivées à l'état de putrilage, n'est pas aussi profitable que leur conversion en pulpe sèche; car on ne peut en obtenir qu'uue fécule grise : les lavages les plus nombreux et le tamisage le plus fin ne peuvent en séparer une portion notable du parenchyme brun altéré. }l. Grelley, toutefois, est parvenu à se débarrasser de ce tissu cellulaire, en agitant la fécule grise dans une eau faiblement ammoniacale, qui gonfle ce tissu et le retient en suspension beaucoup plus longtemps que les grains de fécule, qui se déposent en une couche blanche que Ton peut isoler.

Suivant certains agronomes, la contagion se propage dans les silos et les magasins; suivant d'autres, les tubercules arrachés et mis en cave ne s'altèrent qu'autant qu'ils renferment en eux le germe de la maladie, et celle-ci n'est pas contagieuse. Il est certain que des tubercules parfaitement sains, conservés au milieu de tubercules gâtés, sont restés exempts de l'altération; d'un autre côté, des tubercules sains en apparence au moment de la récolte, et séparés de ceux qui

avaient la moindre trace d'altération, ont été atteints de la maladie après plusieurs mois de conservation, bien qu'on les eût maintenus dans un lieu sec et à l'abri de la gelée.

Quoi qu'il en soit, il y aura toujours avantage, au moment de la récolte, à séparer les tubercules qui présentent quelques traces d'altération, puis à placer les tubercules sains, en couches peu épaisses, dans des caves ou celliers aussi secs que possible et bien aérés. 11. Morren conseille de saupoudrer les racines de chaux fusée bien sèche, au moment de les emmagasiner; le docteur Ja3nger préfère le plâtre cuit, qu'il emploie dans la proportion de 2 à 5 litres par hectolitre de pommes de terre. Les tubercules non arrivés à maturité complète et par conséquent gorgés d'eau, les tubercules malades même, enroulés dans le plâtre cuit, se conservent très-bien, par la raison que cette substance absorbe l'excès d'eau, dessèche les parties malades, condense le tissu cellulaire, et prévient ainsi la pourriture.

S'il est important de savoir conserver et utiliser les pommes de terre attaquées de la gangrène humide, il le serait encore plus de pouvoir les préserver de cette désastreuse maladie; mais nous sommes moins avancés, il faut bien le reconnaître, sur cette seconde question que sur la première. Ce n'est pas la faute des agronomes et des praticiens, car, depuis 1845, les observations et les expériences n'ont pas manqué. Voici les seuls faits qui nous paraissent définitivement acquis à la science :

1° 11 est ppéférable de restreindre le plus possible la superficie consacrée aux espèces tardives, et de s'attacher plus spécial» ment à la culture des variétés précoces. Au nombre des espèces les plus recommandâmes, nous signalerons les suivantes, parmi celles dont nous avons précédemment donné la liste :

Patraque blanche premières façons.

— jaune premiers champions.

— — première llopson.

— — grande hâtive américaine.

— première Wellington.

— — Mailloche.

— rose dite patraque blanche.

— — prime rouge.

Les variétés les plus hâtives sonf moins accessibles que les autres à l'affection, parce qu'elles ont à peu près achevé leur maturation à l'époque où la maladie commence à sévir avec quelque violence. Nous pensons, toutefois, qu'au lieu de ne cultiver que des variétés mûrissant toutes à la même époque, il sera plus prudent de les choisir

mûrissant à trois époques différentes : de cette manière, quand viendront à éclater des influences atmosphériques nuisibles, on aura plus de chances de voir une partie notable de la récolte y échapper. Nous indiquons plus loin, en traitant de la récolte, l'époque de maturité des meilleures variétés.

2° Quelles que soient les variétés cultivées en plein champ, il faut toujours préférer, pour la semence, les plus gros tubercules parmi ceux qui ne présentent aucune trace d'altération. On devra planter ces tubercules entiers, contrairement à l'usage établi trop généralement de les couper en quartiers, ou même de n'en planter que les yeux seulement, ou de n'employer que de petits tubercules. Ces usages sont d'autant plus vicieux que des expériences positives ont établi que le rendement a toujours été proportionnel au volume des semences employées. En Allemagne, où diverses altérations attaquent les récoltes de pommes de terre, presque tous les savants les attribuent, surtout, à l'usage de planter des fractions de tubercules.

3" La pomme de terre affectionne, par nature, les terrains sablonneux, profonds, parfaitement meubles et perméables, frais sans être humides. Aussi est-ce dans ces sortes de sols que la gangrène humide sévit avec le moins d'intensité.

Dans les terres fortes et humides, les tubercules qui se trouvent à une certaine profondeur sont tous altérés, tandis que ceux qui sont plus près de la superficie sont rarement atteints; plus la terre est argileuse et humide, plus il faut craindre, à l'ensemencement, de recouvrir les tubercules d'une trop forte épaisseur de terre.

4° La culture automnale, qui a été tant préconisée par M. Morren et les Anglais, comme procurant des récoltes plus hâtives que les plantations faites en mars et avril, est entachée de deux défauts qui, chacun séparément, peuvent détruire toute espérance de récolte. Ou l'on plante trop profondément, et le tubercule pourrit; ou l'on plante trop superficiellement, et le tubercule peut geler, à moins que l'on ne couvre la terre de paille ou de feuilles, ce qui devient peu praticable en grande culture. Il faudrait, pour qu'une semblable méthode eût; quelque chance de réussite, planter à 20 centimètres de profondeur, et avoir'un hiver peu rigoureux; ce serait alors le hasard qui déciderait du succès. On a constaté d'ailleurs que la maladie a sévi avec autant de force sur les plantations automnales que sur celles du printemps.

On a conseillé aussi de soumettre les tubercules destinés à la plantation à différents procédés de préservation. M. Morren reccommande de les chauler, en les plongeant pendant une demi-heure dans un mélange de 125 litres d'eau, 25 kilogrammes de chaux, 3 kilogrammes

de sel et 125 grammes de sulfate de cuivre. Cette dose suffit pour 2 hectolitres à i hectolitres et demi de tubercules. Ce procédé est suivi en Irlande, en Écosse et en Angleterre.

M. de Romand, d'Indre-et-Loire, affirme avoir préservé trois ans de suite des pommes de lerre de toute altération en les plantant entre deux couches de poussier de charbon de bois. Un enfant, muni d'un sac contenant de cette poussière, en dépose, dans le sillon ouvert par la charrue, une petite poignée à la place où doit être placé le tubercule reproducteur. La seule précaution qu'il ait à prendre est de comprimer légèrement le sol avec le dos de la main. Les femmes qui sont ordinairement employées à la plantation déposent le tubercule à l'endroit indiqué parle petit tas de charbon. Un autre enfant, marchant à leur suite, place une autre poignée de charbon sur le tubercule. La charrue n'a plus alors qu'à tracer un nouveau sillon pour recouvrir le tout de la terre qui doit assurer la végétation.

Enfin, MM. Masson et Brunet disent avoir obtenu des résultats certains en faisant macérer les tubercules de semence pendant deux heures dans de l'eau acidulée d'acide sulfurique (500 grammes d'acide pour 100 kilogrammes d'eau), les roulant ensuite dans de la chaux vive en poudre, et ajoutant de plus à chaque tubercule, lors du plantage, une légère pincée du même caustique. Pendant trois années consécutives, ce procédé a donné une récolte supérieure d'un tiers en beaux tubercules sans aucun germe de maladie, et contenant proportionnellement plus de matière sèche que les tubercules de culture ordinaire.

Bien d'autres moyens de préservation ont été indiqués depuis 1845, mais nous n'avons cité que les trois précédents, parce qu'ils nous ont paru les plus simples, les plus économiques et les plus rationnels.

Nous n'abandonnerons pas ce sujet sans dire quelques mots du parti que l'on peut tirer des tubercules gelés. Tous les ans, le froid plus ou moins rigoureux de l'hiver occasionne la perte d une grande quantité de substance alimentaire, car on jette au fumier les tubercules gelés, par suite de cette déplorable croyance qu'ils ne valent plus rien. On va voir que lorsqu'ils sont durs comme du bois, aussi bien que lorsqu'ils sont dégelés et pourris, on peut encore les utiliser.

M. J. Girardin a analysé les pommes de terre dans ces deux états, et voici ce qu'il a trouvé :

Matière sèche Eau. ....

En d'autres termes :

Fécule 16,6G

Parenchyme, albumine, sels. . . 11,21 Eau "2,13

Les pommes de terre gelées ont donc absolument la même composition que les tubercules sains; il n'y a que l'organisation végétale qui soit altérée; les principes constitutifs ne subissent aucun changement dans leur nature, seulement ils changent de position à l'égard les uns des autres, et cela suffit bien pour rendre compte des différences de goût, de saveur qu'on trouve dans les tubercules avant et après leur congélation. Si, après le dégel et lorsqu'ils sont pourris, ils fournissent comparativement plus de matière sèche et par suite de fécule, sous le même poids, cela tient à ce que le tissu cellulaire élant entièrement disloqué par l'effet du gel et du dégel, Feau s'est écoulée en grande parlie, et que les cellules rompues abandonnent plus facilement la fécule, de sorte que le parenchyme resté sur les tamis, après les lavages, en retient beaucoup moins emprisonnée entre ses mailles.

Pour tirer parti de ces tubercules gelés, on les met tremper dans l'eau froide pendant six à dix jours, en renouvelant l eau de temps en temps jusqu'à ce que l épidenne commence à se réduire en bouillie; on les soumet à la presse dans des sacs de grosse toile, puis on les fait sécher au four, après la cuisson du pain, et on les réduit en farine dans un moulin ordinaire. Cette farine est très-bonne pour l'alimentation. On peut extraire aussi la fécule, après avoir râpé les tubercules ramollis par l'eau. Dans le premier cas, on réalisera au moins de 22 à 25 pour 100 de bonne farine; dans le second, de 12 à 15 pour 100 de fécule, qui se vend ordinairement de 30 à 40 francs le quintal métrique.

Quant aux pommes de terre dégelées et pourries, comme elles fournissent toujours une fécule grisâtre, acide et d'odeur de moisi, le mieux, c'est, après les avoir réduites en pulpe, de laver celle-ci dans des baquets avec de l'eau, à plusieurs reprises, et de les traiter comme les pommes de terre malades, ainsi qu'il a été dit plus haut. Le marc, cuit, écrasé, mis en baril, après addition entre chaque couche de 30 centimètres d'une forte pincée de sel et de deux à trois poignées de son, fermente en moins de vingt-quatre heures, et peut être alors donné aux cochons et aux volailles, qui s'en montrent aussi friands que des pommes de terre saines. M. Auguste Baudouin, président du Comice agricole de Rouen, a mis en pratique ce procédé, conseillé

dès 1837 par M. Girardin, et Ta recommandé à tous les cultivateurs.

Récolte. — Époque de maturité. Vers l'automne, les tiges et les feuilles de la pomme de terre, épuisées par la production, jaunissent et se flétrissent. Les feuilles ne pouvant plus élaborer aucun suc nourricier, tout accroissement cesse; les tubercules ont alors reçu leur organisation complète; ce que Ton reconnaît à l'épaississement de Técorce (F, fig. 447), au durcissement de la masse celluleuse centrale (A) qui, jusque-là, était restée aqueuse et en bouillie, et enfin, à ce qu'ils ne renferment plus que 70 à 75 pour 400 d'eau. C'est le moment de les récolter.

La mort des tiges de la pomme de terre n'est pas toujours déterminée par leur épuisement; elle est quelquefois accidentelle Ainsi, dans les terres compactes, humides, où la végétation, plus tardive, se prolonge longtemps, il arrive souvent que ces tiges, encore pleines de vie, sont surprises par les premières gelées, qui les désorganisent et les flétrissent. Dans ce cas, les tubercules n'ont pas, il est vrai, complété leur maturité; mais on pourra néanmoins les récolter, car ils pourront parfaire leur organisation intérieure dans les caves ou les silos.

On peut donc dire, en thèse générale, que les pommes de terre devront être récoltées lorsque leurs tiges seront flétries, soit par épuisement, soit par toute autre cause. Si Ton devançait ce moment, on perdrait sur la quantité, puisque les tubercules n'auraient pas pris tout leur développement, et sur la qualité, puisqu'ils seraient moins riches en principes utiles. Si, au contraire, on retardait trop cette récolte, on exposerait le produit à l'influence lâcheuse des gelées, car il suffît d'un abaissement de température d'un degré au-dessous de zéro pour désorganiser complètement les pommes de terre et rendre leur conservation impossible.

Les indices de maturité que nous venons d'indiquer ne se produisent pas à la même époque pour toutes les variétés. Jusqu'à présent, l'époque de maturité de chacune d'elles n'a été observée que pour un petit nombre de variétés, et pour une, seule espèce de sol. 11 importe cependant beaucoup au cultivateur d'être éclairé à cet égard, afin de pouvoir faire un choix convenable parmi les diverses variétés, suivant l'époque à laquelle il est obligé de planter et les plantes qui peuvent les remplacer. Ainsi nous avons vu que, dans le Nord et le Centre de la France, la pomme de terre peut succéder utilement à certaines récolles précoces, telles que le seigle, le trèfle incarnat, etc. Mais, comme la plantation ne peut en être faite avant le milieu de juin, on est obligé d'employer des variétés très-précoces, afin qu'elles puissent mûrir avant les premières gelées. Si, d'un autre côté, il devient nécessaire de faire succéder aux pommes de terre une céréale d'hiver,

il faut encore ici choisir des variétés précoces pour que leur récolte soit faite de bonne heure et qu'on ait le temps de préparer le sol pour l'ensemencement de cette céréale.

Ces considérations nous ont engagés à noter avec soin 1 époque do maturité de chacune des cinquante-cinq variétés que nous avons soumises à nos expériences.

On conçoit que, pour chaque variété, 1 époque de maturité varie de quelques jours, en raison du moment de la plantation, des circonstances météoriques qui distinguent chaque année, de la nature du sol, etc. Il serait donc difficile* de donner le moment précis de cette maturité; mais, comme le cultivateur a plutôt besoin de connaître l'époque relative que le terme absolu de cette maturité, nous croyons que les indications que nous allons fournir seront suffisantes pour la pratique.

Voici, à partir du 16 avril, jour où nous avons effectué la plantation, le laps de temps que chaque variété a exigé pour mûrir dans les cinq sortes de terre sur lesquelles nous avons opéré, ftous ne donnons ici que les variétés indiquées précédemment comme les meilleures pour chaque sorte de terrain :

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