AU
DE I/ARTICHABT.
DE l'aUTICHAUT.
V artichaut (cynara scolymus, L.) (fig. 9W24 à 926) est une plante vivace originaire de la Barbarie et du midi de l'Europe; elle appar-
Fig. 9U. Artichaut.
tient à la grande famille des composées. Ce sont, en quelque sorte, ses boutons à fleur qui servent à l'alimentation, car on ne consomme que le réceptacle et les onglets des involucres. Les fleurs ont la propriété de faire coaguler le lait sans lui communiquer aucune saveur étrangère.
Variétés. — Parmi les variétés les plus cultivées, nous indiquerons les suivantes :
MVÏ AliHICOLE.
Artichaut gros vert.
Fig. 928.
Artichaut gros camus de Èretagnc.
Artichaut gros vert ou de Uon (lîg. 027). — Capitule très-gros et très-élurgi; paillettes du réceptacle ou foin ùvs-abondant; réceptacle
charnu, très-développé: folioles de Tinvolucre écartées. Variété trèsrustique et très-produclive.
Artichaut gros camus de Bretagne, ou de Hoscoff (fig. 928). — Tète large, aplatie; folioles de Tinvolucre resserrées.
Variété précoce, mais plus sensible au froid que la précédente.
Artichaut gros camus violet. — Folioles de Tinvolucre violettes à leur extrémité supérieure, et terminées en pointe. Variété moins volumineuse que les précédentes.
Artichaut rouge fin. — Tète volumineuse; chair très-tendre; réceptacle presque sans foin. Cette variété produit pendant toute Tannée, mais elle est très-sensible au froid, ce quf Téloigne des cultures du Nord.
Climat et toi. — L'artichaut peut être cultivé sous tous les climats de la France, à condition de choisir des variétés d'autant plus rustiques qu'on se rapproche davantage du Nord, et de garantir les plantes de Tintensité des gelées. Les sols qui lui conviennent le mieux sont ceux de consistance moyenne, substantiels, profonds et qui conservent de la fraîcheur en été. L'artichaut souffre beaucoup de la sécheresse dans les terrains légers, et il pourrit facilement en hiver, dans ceux qui retiennent une trop grande dose d'humidité.
Préparation du toi. — L'artichaut enfonce profondément ses racines, il lui faut donc un terrain ameubli jusqu'à 0m40 au moins. A cet efïet, on le fait succéder à une récolte de racines fourragères; mais, quelque temps avant la plantation, on pratique un labour de O^o de profondeur, auquel on fait succéder un hersage, un roulage et un second hersage. Si cette culture a lieu dans le Midi, et qu'on puisse disposer de l'irrigation, on partage le terrain en planches étroites , séparées par des rigoles destinées à Tarrosage par infdl ration.
Engrais. — L'artichaut est une plante très-épuisante; il exige donc un sol très-richement fumé ; en supposant que le terrain sur le-
DE L'AHTICIIAUT.
quel on établit la plantation contienne déjà l'équivalent de 48,000 kil. en vieil engrais, il faudra en ajouter une égale quantité. Cette fumure est enterrée par le labour dont nous avons parlé. On fume ensuite chaque année, au printemps, à raison de 18,000 kilogrammes par hectare.
Plantation. — L'artichaut se multiplie de graines, mais la lenteur de cette opération fait qu'elle n'est employée qu'exceptionnellement, et qu'on se sert presque toujours des drageons ou œilletons qui se développent au pied des anciennes plantes.
Choix et préparation des œilletons. — Au moment de la plantation, on découvre le pied des anciennes plantes et l'on en retire presque tous les oeilletons qui s'y trouvent; ils sont au nombre de 0 à 12, et il suffit d'en laisser deux ou trois pour assurer la nouvelle production de l'année. Ces œilletons doivent être détachés du pied mère, de façon à leur conserver un talon, c'est-à-dire une portion de la souche mère.
Époque de la plantation. — On peut planter les artichauts au mois d'avril et au mois d'octobre. En choisissant la première époque, on obtient des plantes extrêmement vigoureuses dés l'année suivante, qui donnent des produits très-beaux et très-abondants, mais on est obligé de pratiquer de fréquents arrosements pour faciliter la reprise, et le produit de l'année même est presque insignifiant. La plantation d'automne donne des produits assez précoces dès le printemps suivant, et l'on n'est pas obligé d'arroser pour assurer la reprise, niais les froids fout des vides assez notables qu'il faut remplir en avril; puis les produits de l'année subséquente sont moins beaux et inoins nombreux. Il convient donc de choisir l'une ou l'autre de ces saisons, selon le climat et le sol ; le printemps, pour le nord de la France et pour les terrains frais; l'automne, pour le Midi et les sols légers, exposés à la sécheresse.
Mode de plantation. — Les jeunes sujets sont plantés en lignes, nlin que les façons d'entretien puissent être données en grande partie avec les instruments attelés. Les lignes sont espacées à 0m80 les unes des autres, et on laisse le même intervalle entre les plants sur les ligues. Celles-ci sont tracées par deux coups de rayonneur donnés en long et en travers du champ, et dont les produits d'intersection indiquent la place où le plantoir doit fonctionner. Au pied de chaque plant, on forme une petite cuvette qui facilite les arrosements, à moins qu'il ne s'agisse d'une plantation d'automne, ou que les arrosements n'aient lieu par infiltration.
Entretien. — Immédiatement après la plantation du printemps, on arrose, et l'on répète cette opération aussi souvent qu'il le faut pour
rvoi
AIlT AGRICOLE.
maintenir la terre constamment fraîche, jusqu'au moment où le développement de nouvelles feuilles annonce la reprise des jeunes plants.
Dans le Nord, dès que cette reprise s'est manifestée, jusqu'au moment où les tiges commencent à monter, les artichauts ne réclament que des binages qui maintiennent le sol ameubli et détruisent les mauvaises herbes; mais dans le Midi, il faut, en outre, irriguer tous les huit jours; aussitôt que les tiges montent, il convient de veiller à ce que la terre reste fraîche.
A l'approche des premiers froids, on coupe les grandes feuilles à 0"16 du sol, et Ton amasse la terre autour des plants, mais sans en mettre sur le cœur. Quand les gelées commencent à se faire sentir, on couvre chaque pied avec des feuilles ou de la litière sèches. Ce buttage et cette couverture doivent être fails par un temps bien sec. 11 convient aussi d'enlever les feuilles ou la paille toutes les fois qu'il ne gèle pas; autrement, les plantes seraient exposées à pourrir. Dans le Midi, où les froids sont beaucoup moins rigoureux, on se contente du buttage.
Au printemps, aussitôt que les gelées ne sont plus à craindre, on enlève la couverture, on supprime le buttage, on fume et Ton pratique un bon labour. Puis, lorsque les nouvelles feuilles ont atteint une longueur de 0"20 à 0"30, on déchausse chaque pied et Ton détache tous les œilletons, moins les deux ou trois plus beaux que Ton conserve pour la nouvelle production. On recommence alors la série d'opérations indiquées pour la première année.
Récolte. — La récolte des artichauts a lieu au printemps et à l'automne; mais comme les tètes n'arrivent pas en même temps au degré de développement convenable, cette récolle est toujours successive.
Pour la récolte du printemps, on coupe chaque tète principale aussitôt qu'elle a acquis une grosseur suffisante, et les têtes secondaires lorsqu'elles ont atteint seulement la moitié de leur grosseur; car, si on les laissait croître davantage, elles épuiseraient la plante, et celleci ne donnerait plus que de chétifs produits à l'automne. Aussitôt qu'une tige est dépouillée de ses tètes, il importe de la couper le plus près possible de terre.
11 en est de la récolte d'automne comme de ceWe du printemps. Mais, comme il arrive souvent, dans le Nord, qu'une partie des tètes est surprise par les premiers froids avant d'avoir acquis un dévelopment suflisant, ce cas échéant, on coupe les tiges près de terre et on les place sous un hangar, enfoncées verticalement et à 0"25 de profondeur, dans du sable frais où les artichauts continuent de grossir, et se conservent frais pendant cinquante à soixante jours.
DE I/ARTICUÀIT.
Durée. — Les artichauts étant vivaces, leur durée pourrait être indéfinie; mais l'expérience a démontré que, vers la quatrième ou la cinquième année, leurs produits deviennent moins beaux et moins abondants; il faut donc les rajeunir par une nouvelle plantation, et c'est ordinairement la fin de la troisième année que Ton choisit pour faire cotte opération.
Lorsque le plant d'artichauts doit être arraché à l'automne, on laisse prendre aux têtes latérales tout leur développement, au lieu de les couper à moitié grosseur, comme nous l'avons indiqué plus haut. Si le défrichement ne doit avoir lieu qu'au printemps suivant, on supprime sur chaque pied, au mois d'octobre, la moitié environ des œilletons parmi les plus faibles; les autres profitent seuls des derniers beaux jours, et l'on a ainsi de plus beaux plants pour la nouvelle plantation.
Rendement. — Les artichauts donnent, en moyenne, sept tètes par pied, une grosse, deux moyennes, et quatre petites, ce qui fait, pour les 15,000 pieds que contient au moins chaque hectare, 105,000 têtes, ou, pour trois ans, 315,000, dont le prix moyen peut être porté à 4 fr. 50 c. le 100.
COMPTE DE CULTURE d'un HECTARE d\\RTICHAUTS PLANTÉS AU PRINTEMPS