PB LA MOUTARDE NOIRE
La moutarde noire ou sénevé (sinapis nigra, L.) (fig. 920 à 922),
est une plante annuelle de la famille des crucifères qui croit spontanément dans toutes les contrées de la France; elle est surtout cultivée pour ses graines, qui renferment une huile volatile d'une saveur piquante. Ces graines servent à faire ce condiment connu sous le nom de moutarde, et la farine de moutarde, si fréquemment employée en médecine pour composer ce qu'on appelle des sinapismcs.
Fig. 921. Fleur de la moutarde noire.
Fij,'. 9*2. Fruit ti* ta moutarde noire.
Composition chimique. — Les graines seules ont été analysées. On sait qu'elles sont riches en huile grasse et douce, mais moins cependant que celles de la moutarde hlanche.
D'après M. Moride, elles contiennent :
F.au
Huile douce <a (V>
MaUéres organiques D^
Phosphates \ • * 1«*
Carbonate de chaux, silice et autres subsUnces miné- ^ ^
raies — ! —
Les matières organiques consistent en albumine végétale, gomme, sucre, matière colorante jaune, matière nacrée grasse, matière ver e particulière, acides citrique, malique et myronique, enfin smapi-
mV. James a trouvé dans les cendres des graines, sur 100 parties :
Totasse. Ag<)
5?ude ; ; : 17,3*4
C,haux-. . .
Magnésie |
Peroxyde de fer 57*39
Acide phosphoriqne *
— sulfurique
Chlorure de sodium ^ -8
Silice —
Climat et .cl. - C'est surtout en Picardie et aux environs de Strasbourg que cette culture s'est répandue.
ta„s ■« irès-ipuiaite pouf l« s* * ""™"
est égale à celle du colza. P «
S.°œ.ill. et entr^îe— La semaille est fa.te ^tofcm^ on répand la graine à la volée, ou mieu», en [^«Jf^ £ les uns des autres; on recouvre avec la herse e 1 on roule, lou semis à la volée, on sème 6 kilogr. par hectare; pour les tenu» lignes, on en répand seulement 4.
DU SORGHO fcUCKÉ.
Lorsque les plantes ont développé quatre feuilles, on pratique un premier binage avec la houe à main, on détruit en même temps les plantes nuisibles et Ton commence à éclaircir les pieds trop rapprochés. Un mois après, on donne un second binage, mais avec la houe à cheval, si le semis a été fait en lignes, et l'on éclaircit une dernière fois les plantes en les plaçant à 0m25 les unes des autres sur les lignes.
Récolte. — La maturité des siliques de la moutarde noire n'a lieu que successivement, et comme elles s'entr'ouvent et laissent échapper leurs graines aussitôt qu'elles sont mûres, on s'expose à perdre la plus grande partie du produit, si Ton attend que les dernières soient assez avancées pour commencer la récolte. Il faut donc l'effectuer aussitôt que les tiges commencent à jaunir. On emploie, du reste, pour cette opération, les procédés décrits pour la récolte des plantes crucifères oléagineuses.
Rendement. — Le
rendement moyen de la moutarde noire est d'environ 14 hectolitres de semences par hectare.
soi:r,no sucré.
Le sorgho sucré, canne à sucre de la Chine, gros mil, millet de Ca frêne, pain Fi-, 923. s or u ho sucré des anges (fig. 923),
(holcus saccharatus, Lin., sorghum saccharatum , WiL, andropogon saccharatus, Kunth) est originaire de l'Indo-Chine et des Indes
ART AGRICOLK
orientales; on le trouve aussi en Arabie. Connu depuis longtemps en Europe» il y fut de nouveau popularisé par suite des graines que M. de Montigny, consul à Shangaï (Chine) envoya en France en 1851.
C'est une plante annuelle qui a la plus grande analogie avec le sorgho à balai (t. I, p. 054). 11 en diffère cependant, entre autres caractères, par ses graines d'un beau noir luisant, par ses tiges, hautes de 2*50 à 5 mètres, qui renferment dans leur tissu médullaire une notable quantité du sucre cristallisable. Aussi est-ce surtout comme plante saccharifére qu'on a songé à introduire le sorgho dans nos cultures, quoiqu'il puisse être considéré aussi comme plante fourragère, car ses feuilles vertes et même ses tiges constituent un très-ljon fourrage, dont les bestiaux sont friands. Ses graines servent à la nourriture des volailles, des lapins, des porcs, etc., et contiennent de plus, dans les enveloppes ou gitanes, des matières colorantes utilisables dans l'industrie.
Sa culture en grand est encore récente, et l'on n'est pas complètement éclairé sur tous les soins qu'elle réclame. Nous allons néanmoins résumer ici ce que l'on a pu observer jusqu'à présent.
Composition chimique. —Voici, d'après l'analyse de M. Barrai, la composition chimique du sorgho sucré récolté dans le département du Tarn. Cette analyse a porté sur la partie moyenne de la tige :
Eau fi.>,88
Sucre cristallisable et incristallisable 18,64
Matières azotées 1,06
Matières résineuses, grasses et colorantes 0,50
Ligneux 15.41
Sels solubles dans l'eau (sulfates et chlorures) 0,27
Sels insolubles (de chaux el d'oxyde de fer) 0,45
Silice 0,01
Suivant M. Hétel, de Toulon, la tige de sorgho contient 80 pour 10Û d'un jus sucré renfermant des proportions variables de sucre : la quantité peut aller jusqu'à 10 et même 15 pour 100; mais oh peut considérer la moyenne comme étant de 7 pour 100. Ces variations tiennent à la culture, à l'exposition, au climat, au terrain. Ce sucres est cristallisable; on peut l'extraire directement ou le transformer en alcool de très-bon goût et en vinaigre. On peut encore, avec le jus mis à fermenter dans des conditions convenables, obtenir une boisson assez agréable.
Climat. — Le sorgho sucré appartient à la région du maïs. Au nord de ce climat, les graines ne mûrissent pas; or, on a reconnu
DU SORGHO SIÏCRK.
que c'est au moment de la maturité des graines que le sucre est le plus abondant dans les tiges.
Sol. — Le sorgho demande une terre de consistance moyenne, un peu fraîche, renfermant dans sa composition élémentaire une suffisante quantité de calcaire favorable au développement du principe sucré. Les plus belles récoltes du sorgho que nous ayons observées dans le Midi, ont été obtenues dans les terres d'alluvion argilo-calcairo-siliceuses pouvant être arrosées.
Place dans la rotation. — Le mode de culture de cette plante ayant la plus grande analogie avec celui du maïs, et ses effets sur la fertilité du sol paraissant aussi être les mêmes, il conviendra sans doute de lui faire occuper la même place dans la succession des récoltes.
Engrais. — Cette espèce de sorgho doit, être considérée comme aussi épuisante pour le sol que le sorgho à balai dont nous avons parlé au chapitre des céréales. Elle exige donc un sol richement fumé. Mais si les engrais employés sont très-azotés, il en résultera pour cette plante, comme pour la betterave et la canne à sucre, que les substances albuminoïdes seront augmentées au détriment du principe sucré. Le sang sec, la poudrette, les fumiers très-décomposés, les engrais végétaux sont les matières à employer de préférence.
Culture. — Le sol destiné à recevoir cette récolte est préparé comme pour le mais et le sorgho à balai.
Le semis est fait à l'époque à laquelle on ensemence le maïs et les haricots. On trace sur le sol, parfaitement ameubli, des sillons peu profonds, dans le sens de la longueur et à 0m40 les uns des autres, puis on en trace d'autres en travers et à la même distance. Ce travail s'exécute avec un rayonneur. On répand ensuite deux graines à chacun des points d'intersection de ces lignes, et on les recouvre avec un râteau, de 0m04 à 0m06 déterre. On emploie ainsi environ 1 kilogr. 50 de graines à l hectare.
Cette récolte doit recevoir, pendant sa végétation, un nombre de binages suffisants pour que le sol soit toujours ameubli et exempt de mauvaises herbes. Lorsque les plantes ont atteint environ t mètre de hauteur, il convient de leur appliquer un buttage destiné à les maintenir contre la violence des vents, et aussi pour les préserver de la sécheresse.
Si celle-ci devient intense, il conviendra de pratiquer quelques arrosements par infiltration, et non par immersion. Ces arrosements devront être peu nombreux, autrement on nuirait au développement du principe sucré.
Récolte. — Au point de vue de la production du sucre, le sorgho
doit être récolte* !ors de la maturité des graines, vers la fin de septembre sous le climat de l'olivier, car c'est à cette époque que le sucre est en plus grande quantité. 11 n'y a donc aucun avantage à décapiter les tiges, ainsi qu'on le fait pour le maïs.
Rendement. — D'après M. Hétet, un pied de sorgho fournit en moyenne :
Tige sans feuilles ni graines 250 gr.
Feuilles vertes 70
r.raines • 10
Un hectare peut fournir 120,000 pieds, ce qui donne :
Tiges 50,000 kil.
Feuilles 8,400
Graines 7,200
50,000 kilogr. de tiges peuvent donner en moyenne 2100 kilog. de sucre et 1,000 kilog. d'alcool de très-bon goût. Ces résultats laissent entrevoir un bel avenir pour la fabrication du sucre ou de l'alcool avec le sorgho. Les bagasses peuvent être données aux bêtes à cornes comme aliment.
Un des avantages du sorgho, considéré comme plante saccharifère, c'est qu'il peut être desséché facilement, et, dans cet état, se conserver indéfiniment sans que le sucre s'altère. On peut donc le mettre en réserve, le transporter au loin et le travailler toute l'année, ce qui ne peut avoir lieu avec la betterave. D'après M. Leplay, la fabrication du sucre avec le sorgho desséché est beaucoup plus simple qu'avec la plante verte.