DES COURGE
I^s courges sont des plantes annuelles, monoïques, appartenant à la famille des cucurbitacées, et originaires des Indes orientales. Introduites en Europe au seizième siècle, elles sont cultivées pour leurs fruits, qui constituent pour l'homme un agréable aliment.
Certaines variétés, les plus rustiques, sont consacrées, en hiver, à la nourriture des bestiaux. On les coupe en morceaux et on y mêle un tiers de nourriture sèche.
On considère que 500 kilogr. de courges équivalent à 1 00 kilogr. de foin. Les porcs en sont trèsavides, mais on dit qu'il faut en retirer les semences quand on les donne aux vaches, car elles diminueraient la sécrétion de leur lait.
C'est surtout en Hongrie, en Italie et en France, dans les départements voisins du Jura, ainsi que dans l'Anjou et le Maine, que les
DES COUHGES.
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Fig. 945. Fleur femelle du potiron.
Fig. 946. Fleur mâle dn potiron.
courges sont cultivées en plein champ, soit pour la nourriture de l'homme, soit pour celle des animaux. ^ffik
A Zambor et dans d'autres localités de la Hongrie, on a exploité, il y a quelques années, la citrouille pour en retirer le sucre qui s'y trouve, et qui est analogue à celui de la canne et de la betterave. On en extrait de 4 à 4 1/2 pour iOO.
Un hectare de terre produit, en poids, plus de citrouilles que de betteraves, de sorte que le sucre revient à meilleur marché avec les premières.
Etpèoei et variétés. — Les quatre suivantes sont les plus propres à la grande culture : jba
Le potiron (rucurbita pepo,L.)(i\g. 9i5à946).
Feuilles sans taches, se tenant dans une direction presque verticale; fleïirs à odeur de miel; fruits parvenant souvent au poids de 100 kilogr.
Cette espèce a produit un grand nombre de variétés différentes par leur forme, la couleur et la qualité de leurs . fruits.
Citrouille de Touraine ou palourde (eucurbita citrillus, L.) (0g. 947). Variété trèsféconde; fruit légèrement oblong, à écorce vert pâle jaspé de rouge
OU de blanc; Chair rose Fig. 947. CUrouiltede Touraine.
un peu jaunâtre; graines larges, aplaties, un peu rudes au loucher.
à bourrelet très-prononcè sur les bords. Feuilles très-grandes, profondément lobées, d'un vert foncé avec quelques taches blanches aux angles des nervures quand elles sont jeunes. Le giraumont (cucurbita citrullus) (lig. 948). Autre variété à feuil-
Fig. 918. Giraumont turban.
les plus découpées, point relevées, maculées; fleurs à odeur d'amande, fruits généralement plus petits, plus précoces, à chair plus ferme et plus sucrée. Cette espèce présente aussi un grand nombre de variétés dont beaucoup se rapprochent, par leur forme, de la courge des Patagofis (fig. 040), qui est une des meilleures.
Fig. 949. Courge des patagons.
Le yotiron mou ou potiron musqué (cucurbita moscatits). Feuilles maculées; folioles du calice très-développées; fleurs peu odorantes; chair ferme, sucrée, à odeur de violette; fruits tardifs. C'est Tune des espèces les plus estimées dans le Midi; mais elle mûrit mal en pleine terre au delà de la région des oliviers.
DKS COUKGLS.
i. — L'un de nous, M. J. Girardin, a analyse comparativement cinq variétés de courges, à savoir : le potiron commun, le potiron pain du pauvre, V artichaut de Jérusalem, le giraumont turban et la courge sucrine du Brésil. Tous ces fruits ne diffèrent les uns des autres que par les rapports différents de leurs principes constituants. Voici les résultats obtenus :
1. L'eau, la matière organique sèche et les sels minéraux, sont dans les proportions suivantes :
Eau
Matière organique. .
Sels minéraux. . .
Potiron commun.
Poliron pain du pauvre.
Artichaut de
Jérusalem.
Giraumont turban.
Sucrine
du Brésil.
2. La matière organique, dans chaque sorte de courge, est ainsi représentée :
Potiron
Artichaut
Sucrine
Poliron
pain
de
Giraumont
du
commun.
«lu pauvre.
Jérusalem.
turban.
Brésil.
Sucre analogue au sucre de
Albumine et caséine. . . .
Matières grasses et colo-
traces
Gomme, fécule, principe .
aromatique, acide libre, '
2,tti0
Les sels minéraux sont composés ainsi qu'il suit : parmi les sels soluhles, carbonate et sulfate de potasse, chlorures de potassium et de magnésium; parmi les sels insolubles : phosphates et carbonates de chaux et de magnésie, silice, alumine, peroxyde de fer. — C'est le carbonate de potasse qui domine dans les cendres; viennent ensuite les phosphates terreux.
L'azote se trouve dans les proportions suivantes :
Azote dans 100 Azote dans 100
de matière de matière
sèche. humide.
Potiron commun 0,466 0,0271
Potiron pain du pauvre 1,075 0,2181
Artichaut de Jérusalem 0,469 0,0061
Giraumont turban , 0,520 0,0224
Courge sucrine du Brésil. . 0,466 0,0307
De ces analyses, il résulte que c'est incontestablement le potiron pain du pauvre, qui est la variété la plus riche en substances alimentaires, à poids égal. Viennent ensuite dans un ordre décroissant : Yartkhaut de Jérusalem, la sucrine du Brésil, le potiron commun et enfin le giraumont turban.
Climat et toi. — Les courges, considérées comme plantes de grande culture, appartiennent surtout au Midi. Leur culture ne peut guère dépasser la région du maïs. Toutefois, en semant les graines sur couches, on peut étendre la culture en grand des variétés les plus précoces jusque sous le climat de Paris.
Les courges veulent des terrains légers et frais en été. Si cette dernière qualité manque, il devient indispensable de recourir à l'irrigation, car aucune autre plante ne redoute autant la sécheresse.
Préparation du toi et engraig. — 11 suffit, pour préparer le sol, de lui appliquer, avant l'hiver, un labour de 0m20 de profondeur. On herse au printemps, puis, au moment de l'ensemencement, on donne un labour superficiel suivi d'un second hersage.
L'expérience a démontré qu'une fumure d'environ 50,000 kilogr. de fumier par hectare, est nécessaire pour obtenir de beaux produits. Mais, c'est seulement pendant sa jeunesse que la courge tire du sol une partie notable de ses éléments nutritifs; plus tard, l'atmosphère les lui fournit, et ses tiges et ses feuilles, abandonnées sur le sol après la récolte, rendent à la terr&plus de principes utiles qu'elles n'en ont absorbé au début de la végétation. C'est donc, en résumé, une plante plutôt améliorante qu'épuisante.
Semaille — Les cultivateurs peuvent récolter eux-mêmes les semences de courges; il suffit de conserver les plus beaux fruits dans ce but. Mais, comme les diverses variétés s'entre-féeondent avec la plus grande facilité, il importe de n'extraire les semences que des fruits qui ont mûri loin d'autres variétés appartenant à la même espèce. Autrement, Ton n'obtiendra que des produits dégénérés.
Cette remarque s'applique également aux autres espèces de cucurbi lacées, dont nous parlerons ci-après.
Lorsqu'on sème des graines de la récolte précédente, on obtient une germination plus rapide et une végétation plus vigoureuse; mais les plantes se mettent moins facilement à fruit; aussi sera-t-il plus convenable de se servir de graines plus âgées; celles-ci conservent d'ailleurs leurs facultés germinatives pendant un grand nombre d'années. Il suffit de s'assurer qu'elles restent bien pleines et de les faire tremper dans de l'eau tiède, 24 heures avant de les semer.
On pratique la semaille lorsque la température moyenne s'est élevée
DKS COMICES. m
à 4-12°. Avant ce moment, les jeunes plantes pourraient rire atlei nies par les gelées tardives.
Quand le moment est venu, on trace avec un rayonneur des sillons légers, et distants les uns des autres delm60. D'autres sillons, offrant entre eux le même intervalle, sont tracés perpendiculairement aux premiers. A chaque point d'intersection, on ouvre, avec la houe, une petite fosse de 0m50 de diamètre, et de 0m40 de profondeur, et Ton y place une couche de 0*50 de bon fumier consommé et bien tassé, ou son équivalent en engrais pulvérulents, suffisamment humectés. Cet engrais est immédiatement recouvert par une couche de terre meuble de 0m01 , sur laquelle on place trois semences en triangle, espacées de 0m05 l'une de l'autre, et que Ton charge de 0m05 à 0m06 de terre mélangée de terreau. La germination s'effectue ordinairement au bout de huit jours.
Entretien. — Lorsque les trois semences sont bien germées, on ne conserve que la plus belle. A mesure que la tige centrale s'élève, les feuilles naissent et une branche latérale se développe à leur aisselle. Il en naît ainsi jusqu'à quatre des quatre premières feuilles caulinaires. On pince alors le sommet de la tige centrale, au-dessus de la quatrième feuille, et on laisse développer les quatre branches jusqu'à ce que les première fruits aient atteint la grosseur d'un œuf. A ce moment, on retranche deux des branches, en conservant de préférence celles qui portent les plus beaux fruits, puis on coupe l'extrémité do chacune de ces deux branches conservées au-dessus de la deuxième feuille qui précède le fruit. On visite ensuite la plantation de temps en temps, pour supprimer les nouveaux bourgeons. Deux beaux fruits par plante suffisent pour assurer une pleine récolte.
Rarement on est obligé de donner plus d'un sarclage* et un binage, caries feuilles couvrent bientôt toute la surface du sol. L'irrigation est indispensable dans les terrains qui ne conservent pas assez de fraîcheur pendant l'été; mais ces arrosements doivent être suspendus dès que les fruits approchent de leur maturité, sous peine de compromettre leur qualité et le succès de leur conservation.
Récolte. — Lorsque les feuilles se dessèchent, et qu'un couplrappé sur le fruit rend un son creux, sa maturité est arrivée; on le détache alors de sa tige, en lui laissant tout son pédoncule, et on le laisse exposé au soleil pendant quelques jours; après quoi, on le rentre dans un endroit sec, frais, mais à l'abri de la gelée.
Rendement. — On peut obtenir, en moyenne, 00,000 kilogr. rte courges par hectare.