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THÉORIE DES ASSOLEMENTS

La nécessité de l'alternance de diverses sortes de récoltes sur le même terrain était parfaitement connue des anciens ; ces pratiques, conservées sur quelques points privilégiés pendant les siècles de barbarie qui succédèrent à la décadence romaine, se répandirent de nouveau en Europe, et arrivèrent progressivement au point de perfection où nous les voyons aujourd hui. Mais, jusqu'à ces derniers temps, on n'avait pu expliquer d'une manière satisfaisante un grand nombre de causes qui, outre celles dont nous avons déjà parlé, rendent indispensable l'alternance des récoltes. Ce n'est que depuis la fin du dernier siècle que les progrès de la chimie et de la physiologie végétale sont venus jeter quelques lumières sur cette importante question. Examinons successivement les principes qui servent de base à la théorie des assolements. Nous poserons ensuite les lois qui en découlent .

Antipathie supposée des plantes. — Nous avons fréquemment signalé l'insuccès de cei taines récoltes lorsqu'on les faisait succéder immédiatement à elles-mêmes ou à certaines autres espèces de plantes. Ainsi nous avons remarqué qu'en général les produits du blé, du lin, du trèfle, de la luzerne diminuaient dans une forte proportion, quelque soin qu'on prît de fumer convenablement le sol. Nous avons vu que le froment ne donne souvent que de chétifs produits après les pommes de terre et la betterave ; mais cette antipathie n'est réellement

qu'apparente, et ne tient pas à la nature des plantes elles-mêmes, mais à l'état dans lequel elles laissent le sol qui les a nourries et qui ne convient plus aux besoins des récoltes qu'on y cultive après elles. 11 suffirait donc de replacer le sol dans des conditions convenables pour faire disparaître les antipathies. Ainsi, le dépérissement du blé se succédant à lui-même s'explique facilement par 1 abondance toujours croissante des plantes nuisibles et par la préparation imparfaite du sol résultant de 1 époque tardive de la récolte, au moins dans le >ïord.

La luzerne, le lin, le trèfle se succèdent difficilement à eux-mêmes, parce que leurs racines, pivotantes et peu ramifiées, vont épuiser les couches du sol à une profondeur telle que celles-ci ne peuvent reprendre toute leur fertilité qu'après un certain nombre d'années. Les pommes de terre, les betteraves sont un mauvais précédent pour le 'froment, à cause de la récolte tardive de ces racines, qui ne permet pas de semer à une époque convenable, et aussi parce que la terre, profondément ameublie, se tasse pendant l'hiver, et déchausse le blé.

D'autres causes, telles que les insectes nuisibles, les champignons et autres plantes parasites qui se multiplient à l'infini dans le sol, si l'on continue d'y cultiver la plante dont ils se nourrissent, viennent encore expliquer la diminution des récoltes qu'on maintient sur le même terrain pendant plusieurs années.

Dissemblance des éléments nutritifs suivant les espèces de récoltes. — On a aussi tenté d'expliquer la mauvaise réussite de certaines récoltes succédant à d'autres, par la propriété qu'auraient les racines des plantes d'absorber dans le sol des substances spéciales, et d'en délaisser d'autres. D'où il résulterait que certaines espèces épuiseraient promptement la terre des matières qui lui sont propres, tandis que celle-ci resterait fertile pour les plantes qui se nourrissent de principes de;..eurés intacts. Cette théorie, posée d'une manière aussi absolue, est inexacte; car on sait positivement que les racines absorbent indistinctement toutes les matières dissoutes dans l'eau, même celles qui leur sont nuisibles. Ce qu'il y a de vrai, c'est que la proportion des principes absorbés n'est pas la même pour les diverses espèces de plantes. On le démontre facilement, soit en faisan t végéter des plantes différentes sur un terrain de même nature, et en analysant ensuite chacune des parties où elles se sont nourries, soit en faisant l'analyse de ces plantes elles-mêmes.

Ces faite doivent tenir une place importante dans la théorie des assolements. En effet, si nous prenons comme exemple la pomme de terre, nous voyons, par l'analyse, qu'elle absorbe une plus forte proportion de potasse que n'en contient habituellement le fumier, et que,

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quoique le sol reste chargé de principes azotés, elle ne vivra plus que diflicilement si Ton v continue sa culture sans ajouter une certaine quantité de potasse aux engrais qu'on lui donnera. Au contraire, le blé absorbe moins de potasse et une plus forte proportion des autres principes de fertilité; il conviendrait donc de faire succéder la pomme de terre au blé pour que toutes les parties de l'engrais fussent également utilisées.

Épuisement du toi. — Les plantes vivent aux dépens du sol parleurs racines, et de l'atmosphère par leurs feuilles; mais les fonctions absorbantes de ces deux organes n'agissent pas avec la même intensité dans toutes les espèces. Il en résulte que les plantes qui absorbent plus puissamment par les feuilles que par les racines doivent être moins épuisantes pour le sol que celles chez lesquelles l'inverse a lieu. Voilà pourquoi les céréales, qui vivent plus par leurs racines que par leurs feuilles, épuisent plus le sol que les légumineuses, qui puisent dans l'atmosphère une grande partie de leurs éléments nutritifs.

L'épuisement du sol par la même espèce est d'autant moins considérable, qu'on recueille les produits sans enlever les racines; car celles-ci, laissées dans la terre, compensent une partie de la fumure consommée par la plante. Si le trèfle était arraché au lieu d'être fauché, il deviendrait peut-être une récolte épuisante, tandis qu'il rend par ses racines plus qu'il n'a enlevé.

Une autre cause d'influence est due à l'état de végétation des plantes lorsqu'on les récolle. Ainsi, la même espèce sera d'autant plus épuisante, qu'on attendra, pour la couper, l'époque de la maturité de ses graines. Ces dernières absorbent, en mûrissant, une très-grande quantité des principes nutritifs tenus en réserve dans les tissus de la racine et du collet de la plante, et ces organes, ainsi épuisés, ne rendent plus au sol qu'une faible partie des éléments utiles qu'ils contenaient auparavant. Cela est si vrai, que l'orge, le seigle, trés-épuisants lorsqu'on les laisse mûrir avec leurs graines, le deviennent très-peu lorsqu'on les cultive comme fourrage vert, et qu'on les coupe avant leur floraison. Le même effet* a lieu pour les fourrages légumineux.

Entin, une dernière cause, à la fois la plus influente et la plus évidente, vient de ce que, en général, les plantes puisent d'autant plus dans le sol, que leur produit en poids est plus considérable. Aussi celte action est quelquefois si grande, que certaines récoltes qui, en raison de l'une des causes précédentes, seraient peu épuisantes, le deviennent au plus haut degré par son concours. C'est ainsi que la betterave, qui peut être considérée comme bien moins épuisante que le blé, l'est beaucoup plus en réalité parce qu'elle donne, par hectare, 50,000 ki-

AllT AGRICOLE.

logr. de racines et de feuilles, tandis que le froment ne fournit que 0000 kilogr. de grains et de paille.

Ce qui précède démontre combien il est intéressant que le cultivateur s«» rende un compte exact de la perte d engrais éprouvée par la terre, après chaque molle. Car c'est ainsi seulement qu'il pourra faire un choix judicieux parmi les récoltes qui doivent se succéder, de manière qu'elles soient toujours aussi abondantes que possible.

Étendue relative de chaque sorte de récolte. — De la nécessité de réparer sans cesse les pertes d'engrais éprouvées par le sol, résulte cette autre nécessité de se procurer les engrais nécessaires. Ceux-ci peuvent être pris soit en dehors de l'exploitation, soit dans l'exploitation même; ce dernier cas, et c'est le plus général, exige la présence d'un certain nombre de bestiaux nourris convenablement. D'où il résulte qu'une suffisante étendue des terres de l'exploitation doit être consacrée aux fourrages destinés à cette alimentation. Quant à l'étendue de ces terres, relativement à celles consacrées aux autres cultures, elle doit être telle qu'on puisse y récolter assez de paille et de fourrages pour la litière et la nourriture des bestiaux entretenus.

Or, l'expérience a démontré qu'il faut une surface de 1 hectare pour l'entretien d'une tète de gros bétail, et que le fumier produit par chaque tète suffit à la fumure annuelle de 2 hectares. 11 en résulte donc que l'on doit consacrer, au moins, la moitié de toutes les terres arables de l'exploitation à la nourriture des bestiaux, sous peine de voir le rendement des récoltes diminuer progressivement faute d'engrais suffisants.

Ainsi, en supposant que les terres arables d'une exploitation comprennent une étendue de 60 hectares, et que les circonstances locales permettent d'y introduire la culture des espèces suivantes, on établira ainsi l'assolement :

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