NOTIONS SOMMAIRES
Sous ce titre, nous comprenons l'ensemble des principes qui indiquent la marche à suivre pour tirer le meilleur parti possible du sol. L'agriculture est une industrie au même tilre que l'exploitation des mines, la manutention et les transformations des fibres organiques en tissus; et, comme toute industrie, la culture ne peut être exercée avec quelque chance de réussite qu'autant qu'on se soumet à l'observation de certaines règles qui éclairent, dirigent et rectitient les observations et les données de la pratique manuelle.
Sans doute, il est possible de faire produire à la terre de belles récoltes sans avoir les plus simples notions d'économie rurale, ou, pour mieux dire, sans s'être livré d'une manière spéciale à l'étude de la science écoonomique. On voit, il est vrai, chaque jour de simples paysans cultiver avec succès; mais, qu'on ne s'y trompe pas, il leur a fallu pour réussir bien plus de temps, d'efforts et de dépenses que s'ils eussent appris d'abord les principes pour les appliquer ensuite à la pratique. Et d'ailleurs, tel praticien qui réussit admirablement sur un terrain donné, dans des conditions particulières dont une longue observation l'a rendu maître, serait fort inhabile et tout désorienté sur un sol nouveau, dans une localité et un climat différents de ceux où il opérait; presque toujours, n'ayant que l'empirisme pour <{uide, il voudrait appliquer ses habitudes traditionnelles à des circonstances qui exigeraient des méthodes qu'il ignore, et, après bien
des tâtonnements, Mes essais hasardeux, des déceptions, il échouerait complètement, parce que l'élément scientifique lui aurait fait défaut.
1) est peu d'industries qui nécessitent autant de connaissances variées que l'agriculture, en dehors même de la pratique culturale proprement dite. La connaissance de la nature et des qualités des sols; celle des plantes utiles à faire naître; l'art de se procurer et de mettre en œuvre les divers agents qui peuvent améliorer et enrichir la terre; le choix et le fonctionnement des instruments et machines de travail; l'élève et l'engraissement des animaux domestiques dont chaque espèce doit être hien connue dans son organisation, ses habitudes, ses besoins; la valeur comparée des aliments; la conservation des produits; la disposition à donner aux bâtiments; Tordre de succession des récoltes, lesquelles doivent varier suivant les sols, les pays, l'absence ou la facilité des débouchés; la connaissance de la comptabilité, indispensable pour s'éclairer sur les avantages ou les inconvénients des systèmes de culture suivis; voilà, certes, des questions nombreuses qui montrent que l'art agricole est beaucoup plus compliqué qu'on ne le suppose généralement. Mais il y a eucore quelque chose au-dessus de chacune de ces connaissances considérées isolément; c'est le talent de les mettre en harmonie et de les faire marcher d'accord vers un même but, c'est-à-dire vers le profit. Tout ceci fait comprendre que, sans une instruction spéciale, il est très-difficile de conduire à bien une entreprise agricole quel conque.
Le célèbre Marshall la dit avec raison : « L'agriculture, même en la restreignant à l'art de gouverner les terres d'une ferme, lorsqu'on l'envisage dans toutes ses branches, et dans leur plus grande étendue, n'est pas seulement le plus important et le plus difficile de tous les arts économiques, mais aussi de tous les arts et de toutes les sciences qui sont dans le domaine de l'homme. »
La nature de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans tous les développements que comporterait l'exposé complet des principes delà science agricole. Nous nous bornerons à des réflexions générales, (lui suffiront pour mettre en évidence ce que nous tenons surtout à démontrer aux jaunes gens et aux propriétaires qui voudraient entrer dans la carrière agricole, que l'agriculture n'est point un art grossier, reposant uniquement sur une pratique manuelle et routinière, mais une science ayant ses règles et ses doctrines, obligeant par conséquent ceux qui veulent s'y livrer à des études suivies.