I. Organisation d'un domaine
Un domaine rural ne peut indemniser son propriétaire de ses dépenses et de son travail qu'autant qu'il satisfait à certaines conditions particulières, et qu'il est soumis à une direction rationnelle et sans cesse agissante.
Conditions particulières. — Les conditions particulières sont les suivantes : sol varié et de bonne qualité; agglomération des pièces composant le domaine; terres qui ne soient pas sujettes aux inondations ou aux débordements des rivières; eaux de bonne nature et assez abondantes pour la consommation du ménage, l'abreuvernent des bestiaux, larrosement des prés et le service du jardin potager; débouchés suffisants pour l'écoulement des produits; communications faciles pour les transports; contrée aisée et assez peuplée pour fournir de bons aides et des ouvriers à des prix raisonnables; enfin, population morale et laborieuse.
Examinons à part quelques-unes de ces conditions.
Nature du sol. — Autant que possible, il faut choisir un sol de bonne qualité, profond, d'une culture facile et qui "ne soit pas épuisé. Il y a toujours plus d'avantages à opérer sur une terre riche, même d'un prix très-élevé, que sur une mauvaise terre non susceptible d'être approfondie et par conséquent améliorée, quel que soit le bas prix de la location. Toutefois, pour celui qui achète ou pour celui qui a un bail de longue durée, mieux vaut encore une terre moyenne ou même réputée mauvaise, pourvu qu'elle offre la possibilité d'être améliorée par une bonne culture et des opérations bien entendues.
11 est désirable que les terres d'un domaine ne soient pas toutes assises sur la même nature de sol, et qu'il y en ait de légères et de fortes, de sèches et de fraîches; car on est ainsi, quelles que soient les circonstances atmosphériques, certain d'avoir des récoltes; on peut aussi varier davantage les genres de produits et donner des façons, avoir du travail pour toutes les saisons.
Agglomération des diverses parties du domaine. — On ne saurait apporter trop de soins à posséder des terres réunies en un seul tenîint, ou du moins peu distantes des bâtiments d'exploitation. Des champs éloignés ou des pièces trop petites font perdre beaucoup de temps aux attelages, et augmentent singulièrement les frais de culture. Il faut surtout éviter de prendre des terres qui soient enclavées, car il est
presque impossible de les améliorer, et il surgit presque toujours une foule de désagréments et même de procès par ces passages continuels des uns sur les autres.
La position la plus favorable est celle où les bâtiments sont placés au centre des terres de l'exploitation.
Facilité des débouchés. — Plus les débouchés sont faciles et nombreux, plus les produits se placent avantageusement. Dans tous les cas, il faut préférer le genre de production dont le débit est le plus assuré et le plus constant.
Voies de communication. — On doit choisir les localités situées à peu de distance des marchés importants, ou du moins percées de routes, de canaux ou de rivières navigables qui facilitent le transport des produits.
Lorsque les voies de communication sont rares ou en mauvais état, on doit s'attacher à produire, non des matières encombrantes comme les grains, mais des denrées d'un transport plus commode et moins onéreux, telles que viande, IVomages, laines, et se livrer de préférence à l'élève du bétail qui peut s'expédier au loin sans de grands frais.
On ne songe pas assez que le mauvais état des chemins qui entourent une exploitation élève considérablement les dépenses, en forçant d'augmenter les attelages, en nécessitant le renouvellement ou la réparation plus fréquente des instruments, en faisant perdre plus de temps aux domestiques; aussi Mathieu de Dombasle disait-il qu'il y a toujours économie pour le cultivateur à réparer lui-même sps chemins, quand môme il supporterait seul une dépense qui devrait profiter à d'autres qu'à lui.
Étendue du domaine. — Dans le choix d'un domaine à exploiter, il faut surtout tenir compte de son étendue, car elle doit être en rapport exact avec la somme des capitaux dont on dispose.
Il y a des fermes petites, moyennes et grandes. C'est le mode de culture, la somme des produits et la position du cultivateur ou de celui qui veut faire valoir qui déterminent l'importance de l'exploitation.
Une petite ferme est celle où l'exploitant est oMigé de travailler manuellement avec sa famille, sans le secours d'ouvriers étrangers ou au moins avec un petit nombre. On ne peut y viser qu'à la production des denrées de débit journalier, telles que fruits, légumes, plantes tinctoriales et médicinales, chardons à foulon, safran, plants d'arbres utiles à l'arboriculture. Cette petite culture s'exerce surtout dans les contrées très-peuplées et aux environs des villes.
Une fenne moyenne est celle dont le chef doit employer une partie
de son temps à surveiller et à diriger les ouvriers; c'est une ferme d'au moins une charrue, et par conséquent comprenant de vingt à trente hectares en moyenne. C'est là la condition la plus générale des cultivateurs en France.
Une grande ferme est celle où toutes les opérations sont exécutées par les animaux ou les machines dont l'homme n'a que la conduite et la direction; l'exploitant ne peut pas toujours suffire seul à la surveillance des travaux; il lui faut alors des employés, des sous-maitres, des chefs d'attelage; c'est une ferme d'au moins trois charrues; c'est la grande culture qui fournit toutes les céréales, les chevaux et les bêtes ovines. Gomparée à la petite et à la moyenne propriété, elle économise et régularise l'emploi du temps et des forces; elle favorise le perfectionnement de toutes les branches de l'agriculture; elle se prèle facilement aux combinaisons des assolements, aux spéculations sur les bestiaux; elle peut se procurer les engrais du dehors et parer plus facilement aux pertes provenant des mauvaises récoltes. Elle produit des profits plus considérables; mais elle exige de la part du maitre plus d'avances, d'énergie, de sagesse dans la direction, une plus grande connaissance des principes de la science économique.
Direction générale des travaux. — Dans une exploitation agricole, le travail n'est pas assujetti à une marche uniforme comme dans une fabrique ; on ne saurait donc déterminer cet emploi d'une manière rigoureuse, mais il faut toujours satisfaire aux conditions suivantes :
1° Éviter d'entreprendre plus de travaux qu'on n'a de forte à y consacrer ;
2° Appliquer à chaque opération le nombre de bras nécessaires, mais ne jamais prodiguer la main-d'œuvre ;
5" Faire marcher les différents travaux suivant leur importance, et réseï ver pour des temps de loisir ceux qu'on peut ajourner sans inconvénient;
4° Ne jamais remettre au lendemain ceux qu'on pourrait exécuter à propos. Le temps perdu ne se recouvre plus, et ce qui doit être fait l'est toujours mieux aujourd'hui que demain ;
5° Disposer la succession des opérations de manière qu'il n'y ait pas de temps mal employé, tant par les lu mines que par les animaux de travail.
Voyons actuellement comment un bon cultivateur peut remplir ces diverses obligations.
I . Capital d'exploitation. — On ne peut réussir, en agriculture, ainsi que dans tout autre genre d'industrie, qu'autant qu'on pos-
sède un capital suffisant pour faire largement face à tous les besoins prévus et imprévus.
Ce capital se divise en capital mobilier ou engagé et en capital roulant ou de circulation.
Le premier comprend la valeur des bêtes de travail et de rente, des instruments et machines, des divers objets nécessaires au logement des domestiques, des ustensiles de ménage, des objets relatifs aux harnachements des animaux et à l'ameublement des écuries, étables, bergeries, etc.
Le second comprend les fonds nécessaires à l'entretien des objets immobiliers et mobiliers, aux améliorations foncières, aux achats de semences et autres matières premières, au salaire des ouvriers, aux dépenses du ménage, aux dépenses imprévues et au fonds de réserve.
Une faute que Ton commet trop souvent, c'est de se mettre à la tète d'une entreprise agricole sans avoir des capitaux en rapport avec son étendue et son importance. 11 en résulte que, même avec de l'ordre, de l'activité, de l'intelligence et du savoir, on éprouve des embarras continuels, on fait des pertes considérables parce qu'on se trouve obligé de vendre à vil prix ou d'acheter dans de mauvaises conditions, et l'on finit par échouer, alors qu'on aurait fait d'excellentes affaires sur un domaine beaucoup plus restreint. Tout devient une occasion de perte pour celui qui n'a pas un capital suffisant dont il puisse disposer librement à chaque instant. D'ailleurs il faut pouvoir supporter sans trop de gêne les désastres qui surviennent par la grêle, les épizooties, l'avilissement subit du prix des laines et des bestiaux; il faut pouvoir attendre des temps opportuns pour le placement de ses produits.
« Compter sur les bénéfices , dit Mathieu de Dombasle , pour compléter un capital insuffisant, est le calcul le plus erroné; car le capital est la condition la plus indispensable à la création de ce bénéfice. Il n'est personne qui ne sache que lorsqu'on veut apporter des modifications importantes au système de culture auquel était soumis un domaine, on doit se résigner à la nécessité d'éprouver beaucoup de non-valeurs dans les premières années d'exploitation ; d'ailleurs, dans les débuts d'une entreprise agricole, on doit s'attendre à des non-valeurs d'un autre genre, parce que l'homme même le plus expérimenté commettra certainement, dans un domaine qu'il ne connaît pas encore, des fautes qui diminuent du moins les bénéfices qu'il eût pu faire. Dans ces. circonstances, commencer' avec un capital qui serait insuffisant pour la marche d'une entreprise dans son cours régulier d'activité, est une faute que l'on payera presque
OU
toujours par une chute éclatante ou par la lente agonie de quelques années de stériles efforts 1 . »
Le capital nécessaire à une exploitation varie, suivant les lieux, le prix de loyer de la terre, celui des bestiaux, des instruments, des grains, de la nourriture et des gages des domestiques, et autres dépenses, très-différentes suivant les localités.
Pour évaluer la quotité du capital nécessaire, on peut prendre pour base soit la rente ou le loyer du domaine, soit 1 étendue superficielle du fonds à exploiter.
Dans le premier cas, il faut que le minimum de ce capital soit dix fois environ plus élevé que le prix de location de l'hectare, quand ce prix est de 30 francs et au-dessous, neuf fois plus élevé quand il est de 50 à 40 francs, huit fois de 40 à 50 francs, et sept fois de 00 à 100 francs.
Si donc Ton prend pour base un domaine de cent hectares, on trouve que les chiiïres suivants représentent le capital nécessaire pour chaque prix de location :
l'rix de location annuelle. Capital d'exploitation nécessaire.
3000 fr 50,000 fr.
Dans une ferme de 200 ou 500 hectares, le capital serait, pour chaque cent d'hectare, augmenté de la moitié seulement de chaque évaluation, c'est-à-dire que jwur 200 hectares à 30 fr., le capital devrait être de 45,000 fr., ou de 60,000 fr. pour 500 hectares* Il serait de 54,000 fr. pour une ferme de 200 hectares à 40 fr., de 72,000 fr. si elle en avait 500, et ainsi pour les autres.
Cette appréciation de calcul est basée sur ce qu'en général le prix des bestiaux, les gages des domestiques et les autres dépenses agricoles sont en rapport avec le prix de rente ou de location des terres.
Mathieu de Dombasle regarde comme beaucoup plus raisonnable l'évaluation du capital d'après l'étendue superficielle du domaine.
• Annales de Roville, t. VIII, p. 66.
Kn prenant une moyenne en France, entre les diverses circonstances qui peuvent élever ou abaisser le chiffre de ce capital d'exploitation, il pense que pour un domaine de 200 hectares on peut admettre qu'un chiffre de 00,000 fr. ou 500 fr. par hectare sera suffisant, dans la plupart des cas, pour l'introduction immédiate d'un système de culture alterne; il est très-peu de circonstances où il soit prudent de former cette entreprise avec un capital inférieur. Pour une exploitation moitié moindre, c'est-à-dire de 100 hectares, il porte le capital.à 400 fr. par hectare, soit 40,000 fr. L'accroissement serait de même progressif, à mesure que l'étendue du fairevaloir diminuerait.
Malheureusement, dans la plus grande partie de la France les cultivateurs ne possèdent pas le quart de ce capital relatif. C'est là ce qui explique le peu de progrès de l'agriculture dans certaines contrées, et la misère de la population rurale. Du vieil adage dit : Agriculteurs pauvres, pauvre agriculture. Il y a donc toujours insigne folie à entreprendre une exploitation avec un capital insuffisant. Columolle a exprimé cette pensée d'une manière très-naïve en disant : Le champ doit être plus faible que le laboureur, car s'il est plus fort, le maître sera écrasé.
IL Constructions rurales 1 . — La lionne disposition des bâtiments d'une exploitation rurale inllue plus qu'on ne le croit sur les résultats. L'usage le plus général, on peut même dire presque universel en France, est de former, avec les bâtiments d'habitation et de service, une enceinte dans laquelle sont contenus les fumier», ainsi que les puits, les fontaines, les citernes, ou la mare destinée à y fournir de l'eau.
Cette disposition est, selon nous, la meilleure qu'on puisse indiquer. La maison d'habitation, placée au centre ou au milieu d'un des côtés de cette *cour, permet au propriétaire, fermier ou colon, d'avoir continuellement sous les yeux ses domestiques et ouvriers. Ceux-ci ont peu de distance à parcourir pour se rendre d'un bâtiment à un autre; le transport des fourrages de la grange et du grenier aux étables, écuries et bergeries est plus prompt; les fumiers réunis au centre de ce carré sont plus faciles à amalgamer, à manipuler; rien de ce qui émane des animaux ne se trouve disséminé; ces mêmes animaux ne s'épuisent point en marches inutiles, en courses qui les exposent à se blesser.
La crainte des incendies a bien pu, en d'autres temps, faire adop-
1 .Nous devons ce chapitre à l'obligeance de M. Curmer, ancien président de la Société centrale d'agriculture de la Seine-Inférieure, et l'un des hommes les plus compétents en pareille matière.
ter l'usage des bâtiments isolés, mais aujourd'hui que les assurances sont passées dans les habitudes générales, ce motif a bien moins d'importance.
Dans la haute Normandie, le plateau cauchois présente un genre particulier d'arrangement. Les bâtiments y sont placés sur les différents points de vastes vergers. Cette disposition existe aussi dans d'autres contrées, mais rarement elle présente un aspect séduisant comme dans la principale plaine du département de la Seine-Inférieure, où des masses considérables d'arbres de haut jet entourent de vastes cours plantées de pommiers et de quelques autres arbres à fruits. La maison d'habitation est à coup sûr plus agréablement placée au centre de ces vergers que sur l'un des côtés d'une cour remplie de paille et de fumier; le bétail, s'il est exposé à quelques fatigues, y puise de la force et de l'agilité; les greniers risquent moins d'être incendiés, mais tout cela n'empêche pas la première disposition de rester préférable, au point de vue agricole et économique.
Lorsqu'il est question de faire de nouvelles constructions, on ne saurait trop insister sur ce point véritablement essentiel, assez souvent oublié par les bâtisseurs, que la largeur d'un édifice augmente dans une immense proportion les ressources qu'on peut en attendre. Prenons pour exemple une grange mesurant intérieurement 27m00 de longueur. Si on lui donne 4ro00 de largeur, on aura 64m40 de pourtour à l'intérieur, ou 1 20m96 de superficie. Que Ton donne à cette grange 9m20 de largeur, au lieu de 4œ60, sur la même longueur intérieure,. on aura à construire 9W20 de pourtour de mur ou un septième en plus, et la superficie destinée à recevoir les gerbes sera doublée; de 126m96 elle s'élèvera à 253m92. Si, dans le premier cas, on peut loger 4900 gerbes, dans le second il y aura place pour 9800. L'augmentation de dépense en charpente et en couverture sera aussi largement dépassée par les avantages à obtenir, la hauteur des combles offrant de grandès ressources pour placer des gerbes ou des bottes de fourrage.
.Si l'on applique la même comparaison à deux bergeries, l'augmentation du pourtour des 9œ20 donnera six compartiments de 9W20 chacun, au lieu de trois, c'est-à-dire le double de place, tout en permettant de disposer les portes de manière à ne rien prendre sur remplacement destiné à recevoir les crèches et les râteliers.
Nous n'avons pas adopté pour base de nos comparaisons des grandeurs inusitées. On voit beaucoup de bâtiments d'exploitation de A mètres de largeur intérieure , et si nous les avions pris comme objets de comparaison, la différence aurait été plus sensible que
colle signalée. La largeur de 4B,60 que nous avons choisie connue minimum est celle que Ton rencontre communément ; celle de 9n,20 est beaucoup trop rare. 11 est facile de l'obtenir, même avec le système de construction en usage de temps immémorial, avec des poutres de cette dimension, ou en les composant de deux parties et les soutenant par un point d'appui.
L'art de bâtir a d'ailleurs fait des progrès qui pennettraient de donner aux bâtiments des largeurs supérieures à 9m20, si le besoin en était reconnu.
Une autre attention qu'il faut avoir en construisant un bâtiment, c'est de l'élever au-dessus du sol; qu'il doive servir à recevoir les hommes, les animaux ou les produits végétaux, il y a tout avantage à lui donner cette élévation, qui entretient la santé des êtres animés, et empêche la détérioration des grains et des fourrages.
L'élévation des écuries et étables permettra de recueillir plus facilement les urines el les excréments liquides des bestiaux; il sera aussi inoins dispendieux de les enlever.
Une écurie doit se calculer à raison de iB30 de longueur de râtelier par cheval de trait, et de 4m20 pour la largeur de l'écurie, si les râteliers sont sur un seul rang, ou de 8 mètres s'ils sont sur deux, y compris, dans les deux cas, l'espace nécessaire pour passer derrière les chevaux. Dans les étables, il faut 1 ro30 pour un bœuf, 1 mètre pour une vache, 64 centimètres pour un veau au râtelier, sur 4 mètres de largeur, pour Tétable simple, et 0ra50 pour l'étable double. On calcule sur 0œ40 par mouton au râtelier, et 4m60 à 5 mètres d'un râtelier à l'autre, y compris les râteliers et crèches. La nécessité de donner beaucoup d'air à une bergerie ne doit jamais être perdue de vue.
Pour ce qui est des poulaillers et étables à porcs, nous nous bornerons à dire qu'il faut une grande circulation d'air pour que ces animaux prospèrent et donnent de bons produits.
La méthode qui consiste à réserver un espace derrière les crèches et râteliers des étables, pour y apporter les différentes rations sans déranger les animaux, constitue une augmentation de dépense que l'on peut éviter; toutefois, elle peut avoir de très-bons résultats, lorsqu'on se livre à l'engraissement de la race bovine.
4)n sent généralement aujourd'hui la nécessité de remplacer, par des solives recouvertes de planches, de pavés ou de terre, les perches sur lesquelles on dépose encore les fourrages dans un grand nombre de fermes. Le danger d'incendier les bâtiments, lorsqu'on est obligé d'y entrer avec de la lumière; la santé des animaux qui les habitent, des hommes qui les fréquentent, compromise par la poussière qui y
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l ègue continuellement, la détérioration des fourrages par les émanations animales, doivent faire à jamais proscrire cette défectueuse méthode.
Avec les anciens procédés de l'agriculture, on se dispensait, sans de très-graves inconvénients, des constructions souterraines; aujourd'hui, elles sont devenues de première nécessité. Les laiteries d'abord demandent à être placées plus ou moins au-dessous du sol. Sans cette précaution, le beurre na peut plus se vendre qu'à des prix misérables, et les populations repoussent celui qu'elles acceptaient autrefois, faute de mieux.
Lorsqu'on n'avait à s'occuper que de la conservation des laissons, les celliers suffisaient, une légère gelée n'étant point à craindre pour les liqueurs plus ou moins alcooliques. Mais les pommes de terre, les betteraves et les carottes, qui figurent maintenant si utilement dans les assolements, sont perdues lorsqu'elles ont à supporter une température au-dessous de zéro.
On peut, il est vrai, suppléer à des caves par des silos; mais il y a avantage et économie, lorsqu'on élève un bâtiment rural, à le faire servir de couverture au meilleur de tous les silos, c'est-à-dire une bonne cave.
Une nécessité non moins grande, et dont on tenait trop peu de eompte autrefois, c'est celle des greniers à conserver le blé et autres grains. Un praticien intelligent ne prendrait point aujourd'hui à bail une ferme privée de cet accessoire.
Il nous reste à parler de la nature des couvertures qui nous parait préférable 1 .
Sous la zone septentrionale de la France, doit-on préférer l'ardoise, la paille ou la tuile? Une sorte d'enquête faite entre les cultivateurs les plus distingués de l'ancienne Normandie, en 1842, nous permet de donner ici l'avis de ces hommes expérimentés.
La couverture en tuile fut à peu près généralement repoussée; on lit ressortir les inconvénients de combles très-élevés en charpente massive, nécessités par le poids considérable de la tuile; on lui reprocha encore de permettre difficilement l'emploi des gouttières, si nécessaires pour la conservation et la direction des eaux pluviales; on mit en avant la détérioration des récoltes par la neige, qui, dans une grande partie de la France, est poussée par les vents d'hiver à travers les interstices que laisse ce genr»de couverture.
1 Nous prévenons que nous occupant plus particulièrement des constructions rurales sous le climat de Paris et dans le Nord de la France, une réserve doit être faite en ce qui touche les constructions dans nos provinces plus méridio^
La tuile plate, plus ou moins grande, étant seule en usage dans la Normandie, il ne put être question des autres modèles, mais il est impossible de ne pas reconnaître que, pour le Mord de la France au moins, toutes les tuiles présentent à peu près les mêmes inconvénients; si, creuses ou plates et garnies de mortier, elles laissent moins redouter l'envahissement de la neige, c'est en augmentant considérablement le poids, autre inconvénient non moins grand.
Les avantages de la couverture en paille, ne furent pas niés dans l'enquête de 1812, mais il fut reconnu que, pour les récoltes rentrées dans des temps humides, on était heureux d'avoir des granges et des greniers couverts en ardoise. La perte de litière, lorsque la paille est employée en couverture et n'est rendue qu'en partie à la terre après avoir pourri vingt ans sur un toit, ne fut pas regardée comme indifférente; mais l'impossibilité d'appliquer à ces sortes de ( ouverture des gouttières fut considérée comme le motif le plus puissant de les abandonner; les dangers d'incendie, ou au moins l'augmentation de la prime d'assurance furent encore invoqués. D'un autre côté, les avantages pour la conservation des grains et fourrages furent, non pas précisément contestés, mais on réclama contre leur importance, et surtout dans ce qu'ils avaient d'exclusif.
La majorité des agriculteurs présents à cette discussion se prononça eu faveur de la couverture en ardoise, qui a pourtant contre elle de se réparer assez difficilement, de rie pas toujours résister suffisamment à une forte grêle, mais qui permet de ne pas pardre une goutte de l'eau du ciel, et qui, de plus, est légère et diminue considérablement la dépense des charpentes des toits.
III. Agents de la culture. Personnel. — On ne saurait apporter trop d'attention à n'avoir dans une exploitation rurale que le nombre d'agents strictement nécessaire au bien du service, car plus on a -de serviteurs, moins bien on est servi.
On peut lixer approximativement le nombre des travailleurs indispensables aux besoins de la culture, en dressant, par journée ou par heure, le tableau des opérations à effectuer dans l'année, et en divisant cette quantité par celle des journées ou des heures de travail que chaque homme fournit dans l'espace d'un an. Quant aux aides nécessaires aux autres travaux de la ferme, tels que les soins du ménage, le service des animaux, le nombre en est plus arbitraire; on le détermine d'après l'expérience et les usages locaux.
Les agents de culture forment deux catégories : les domestiques à demeure et à gages, et les ouvriers extérieurs ou journaliers. Les premiers travaillent généralement mieux que les seconds, mais ils sont plus embarrassants et leur travail est plus cher; aussi n'en doit-on
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avoir que pour les opérations qui durent toute l'année et qui exigent une pratique habile ou une exécution consciencieuse. Toutefois, le choix entre les uns et les autres est en grande partie déterminé par le climat, le système de culture, le plus ou moins de population, los qualités et les habitudes de celle-ci.
Les serviteurs à demeure et à gages sont habituellement les laboureurs ou charretiers, les bergers, les vachers, les valets et filles de cour. Nous n'avons pas à nous occuper de la manière dont on se les procure, ni des gages qu'on leur alloue, attendu que rien if est plus variable suivant les localités.
Rien n'est plus important que le choix d'un bon charretier- laboureur, car c'est de lui que dépendent en grande partie la santé des bêtes de trait, l'économie des fourrages, la multiplication des engrais, les bonnes façons données à la terje et conséquemment la réussite des récoltes. Il doit être exercé à toutes les opérations de la culture, connaître l'âge, les qualités, les défauts des animaux, savoir les panser, les traiter avec douceur et patience, et leur donner les premiers .soins en cas d'accident ou de maladie. Les bons laboureurs sont rares, et il faut en changer le moins possible. On compte deux hommes par charrue, lorsqu'on attelle plus de trois chevaux; mais, dans ce cas, l'un des deux aides est un jeune garçon qui dirige l'attelage.
Le berger est encore un des serviteurs dont les fonctions sont des plus importantes, car elles exigent non-seulement une vigilance exacte et des soins constants, mais encore de l'expérience et des connaissances diverses. Tant vaut le berger, tant vaut le troupeau, dit un ancien proverbe. — Un berger conduit deux cents à quatre cents bêtes, mais il a besoin d'un aide lors de l'agnelage. — C'est une mauvaise chose que de permettre au berger, en place de gages, d'entretenir dans le troupeau qu'il conduit un certain nombre de bêtes pour son propre compte : mouton de berger, dit le proverbe, ne meurt jamais. — Mieux vaut une augmentation de gages qu'une participation aux produits.
Le travail des valets de cour ne produit pas, en général, une valeur supérieure ni même égale au prix que coûte leur entretien. Il n'en est pas de même des servantes qui sont chargées de la laiterie, des porcs, de la basse-cour et des travaux du ménage. Une servante active peut soigner dix vaches, quelques porcs et la basse-cour. Les femmes font toujours proportionnellement plus d'ouvrage que les hommes; elles sont plus soigneuses, plus faciles à diriger, et rapportent constamment plus qu'elles ne coûtent.
Les ouvriers extérieurs ou les journaliers sont employés à la tâche ou à la journée. Le premier mode est le plus économique, parce que
l'ouvrage est exécuté plus rapidement; toutefois le travail à la journée l'emporte sous le rapport de la qualité, quand il est bien surveillé. Il faut n'employer le travail à la tâche que pour les opérations longues et importantes, et quand on peut en apprécier suffisamment la bonne ou mauvaise exécution. Habituellement le salaire des gens de journée s'acquitte en argent. Dans quelques cas, on paye en denrées, ce qui est souvent plus commode pour le fermier et met le prix du travail plus en rapport avec la valeur du produit. Il est rarement avantageux de nourrir les manouvriers, car la réduction sur le salaire ne compense pas les frais de nourriture.
Ce qu'il faut rechercher dans tous les serviteurs, c'est la probité, les bonnes mœurs, le dévouement, l'intelligence, le zèle pour le travail, la docilité, Tordre et l'adresse. Mais aussi il faut savoir les diriger avec fermeté et précision, les traiter avec douceur et justice, leur montrer de la confiance, leur laisser une certaine liberté d'action, veiller à leur nourriture, à leur santé, en un mot se montrer à leur égard paternel, équitable et humain. Il ne faut pas oublier que les bons maîtres font les bons serviteurs.
Il importe beaucoup, dit Mathieu de Dombasle, que les mêmes individus soient employés constamment au même genre d'opérations, soit comme chefs, soit comme subordonnés. C'est là une condition que l'on remplit beaucoup plus facilement dans les grandes exploitations que dans les petites, et il en résulte un immense avantage pour les premières. En effet, non-seulement les hommes exécutent mieux et en moins de temps ce qu'ils sont accoutumés à faire; mais rien ne dispose plus efficacement tous les individus à prendre intérêt aux opérations qu'ils pratiquent, que cette application exclusive, d'où résulte pour eux l'idée que le succès est leur ouvrage. D'un autre côté, tous les hommes ne sont pas également propres à tous les genres d'opérations, et le maître ne peut trop s'attacher à reconnaître à quoi chacun a le plus d'aptitude par ses dispositions naturelles ou par ses habitudes, afin déplacer chaque individu au poste où il peut se rendre le plus utile.
Ce qui n'est pas moins important, c'est qu'il n'y ait qu'une seule direction, que les ordres ne se croisent pas et que chacun soit responsable de la tâche dont il a été chargé. L'unité de pouvoir et l'unité de responsabilité sont les deux conditions qui doivent faire la base de toute organisation et qui assurent la bonne exécution des travaux. Toutefois, pour obtenir un concours dévoué des agents qu'on emploie, il faut gagner leur confiance en leur montrant qu'on est digne, par son savoir et son expérience, de les commander. Ce qui a surtout fait échouer les entreprises agricoles tentées par des person-
nés étrangères aux pratiques de l'agriculture, c'est le défaut d'entente entre le maître et ses serviteurs, occasionné par l'ignorance du premier et le mauvais vouloir, le dégoût des seconds pour des opérations mal conçues, intempestives ou tout à fait contraires aux plus simples règles de la science agricole ou aux données de l'expérience. Pour bien commander, il faut être en état d'exécuter soi-même avec succès.
IV. Animaux de l'exploitation. — La prospérité de toute entreprise agricole dépend du nombre d'animaux qui y sont nourris; ils rendent à la terre, par les fumiers, ce qu'ils lui ont emprunté pour leur nourriture, et par les produits divers qu'ils fournissent, tels que lait, beurre, fromage, laine, chair, cuir, etc., ils payent avec usure les soins du cultivateur. Les bestiaux sont la véritable richesse de l'agriculture, et le malaise général de celle-ci en France vient en grande partie de ce qu'on méconnaît cette vérité.
Animaux de rente. — On doit faire une distinction entre le bétail de rente et le bétail de trait ou de travail. Le premier comprend les animaux qu'on entretient pour consommer les fourrages, fournir les articles de vente et produire l'engrais nécessaire à la fertilisation du soL Plus on peut nourrir et engraisser d'animaux de cette espèce, plus on tire de profit du domaine, puisque, outre les bénéfices qu'ils donnent par leurs produits divers, ils fournissent des engrais abondants, ce qui met par suite en état d'obtenir de plus abondantes récoltes. Il faut toutefois régler la quantité du bétail à entretenir d'après la quantité de fourrages ou de matières alimentaires de toute sorte dont on peut disposer, sans quoi l'on n'aurait pas assez de nourriture et de litière, et les animaux, mal pansés et maigrement nourris, coûteraient beaucoup plus qu'ils ne rapporteraient.
Nous n'avons pas à indiquer ici, d'une manière spéciale, tout ce qui a trait au mode de nourriture et d'engraissement des animaux, à la valeur comparative des diverses substances alimentaires, ce sujet devant être traité dans un autre ouvrage. Nous nous bornerons à dire, en termes généraux, qu'il faut régler avec soin la nourriture, l'approprier aux âges et aux espèces, la varier selon les saisons et l'état du bétail, et la proportionner suivant le parti qu'on veut en tirer; ainsi, nourrir copieusement les animaux destinés à la boucherie, tenir seulement les autres en bon- état sans les engraisser; donner des fourrages verts ou des racines aux vaches laitières, des fourrages secs et des grains aux chevaux, aux bœufs de trait, aux béliers destinés à la monte, ainsi qu'aux brebis portières. Dans cette distribution des aliments, on doit s'attacher non-seulement à conserver la santé et la vigueur des animaux, mais encore à obtenir d'eux la plus grande
quantité de produits qu'ils puissent donner avec le moins de sacrifices possible. La surveillance du maître à cet égard ne doit jamais se relâcher, car les moindres abus introduits dans le service des écuries, des étables et des bergeries peuvent occasionner des pertes énormes.
Si h nature du sol ne permet pas de produire assez de fourrages et de racines alimentaires pour entretenir convenablement le bétail, il faut réduire la quantité des terres emblavées et laisser en pacage celles qui ne pourraient être convenablement fumées, jusqu'au moment où, les ayant améliorées, on pourra y faire croître des grains et des fourrages; c'est là surtout le motii des longs assolements, dans lesquels on a proposé d'introduire, sur les terres les moins fécondes, des genêts ou des ajoncs, qui y resteront pendant six ou nuit ans, et même des bois de pins, qui pourront y être conservés davantage, soit comme pacage, soit comme produit vénal.
Dans les exploitations où la culture des terres arables est la principale branche d'industrie, et où, par conséquent, les pâturages sont assez restreints, on peut entretenir une tète de gros bétail d'un poids moyen ou l'équivalent en autres bestiaux par 175 ares. Sur un sol de bonne qualité, au moyen de la stabulation permanente, et avec un bon système de culture alterne, on peut facilement charger chaque hectare d'une tête de gros bétail et même plus. Lorsqu'il faut plus de 2 hectares pour suffire à l'entretien d'une tète, c'est que le sol est pauvre, ou l'assolement mauvais, ou la direction inhabile.
Animaux de travail. — On ne doit avoir en bêles de travail que la quantité strictement nécessaire pour exécuter convenablement les travaux; il y a donc tout avantage à remplacer les instruments lourds et de fort tirage par des instruments perfectionnés, qui fonctionnent avec moitié moins de force; on obtient ainsi une économie considérable en bêtes de trait et en garçons d'écurie.
Rien de plus important que de savoir organiser convenablement le service des attelages, car la bonne réussite d'une exploitation dépend aussi de leur composition et de leur direction. Leur entretien est si coûteux qu'il faut ne jamais les laisser oisifs.
Dans l'origine des choses, les bœufs seuls étaient employés aux travaux des champs. Encore aujourd'hui, dans les trois quarts de la France, ce sont eux qui servent comme bêtes de trait; ce n'est que dans nos provinces du Nord qu'on les a remplacés par des chevaux, les fermiers de ces provinces trouvant qu'il y a plus d'avantage à les élever comme bêles de rente. En effet, depuis que, par l'amélioration de la race bovine, on a donné à toutes les races une plus grande propension à l'engraissement, les bœufs sont devenus en même temps
moins robustes et moins propres aux travaux de la culture. Toutefois, leur emploi, même dans les exploitations les plus riches et où les fourrages sont abondants, offre une grande économie sur celui des chevaux, dans la nourriture, les frais d'attehge et de harnais, le ferrage, la plus longue durée de tous les instruments et voitures, et la moindre dépréciation.
Voici le tableau comparatif des dépenses qu entraînent quatre bœufs et quatre chevaux 1 :
Différence en plus
pour les chevaux.
Différence d'intérêts
Nature
Pour
Pour
des dépenses.
4 bœufs.
i chevaux.
par an.
Capital d'acquisition. . . .
1600 fr.
2000 fr.