HECTARE
RACINES
SUCRE
kil.
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Avril 24
Mai I
juin 5
M. Marchand conclut de toutes ses expériences, répétées pendant plusieurs années, que, la constitution chimique du sol restant la même, la production agricole des betteraves est plus assurée par des ensemencements précoces que par des ensemencements tardifs, et que la richesse saccharine s'accroît dans ces racines avec l'ancienneté des plantations.
Ces conclusions sont confirmées par les résultats pratiques constatés dans le nord de la France et en Belgique.
Modes de semailles. Les graines peuvent être répandues à la volée ou en lignes; mais, le premier mode n'étant plus usité à cause des inconvénients nombreux qu'il présente, nous ne parlerons que du second.
La distance à réserver entre les lignes doit être telle, que la plus grande partie des façons d'entretien puisse être donnée par les instruments attelés; mais, tout en remplissant cette condition, cette distance peut encore varier dans de certaines limites. Le développement plus ou moins complet des plants, suivant la richesse du sol en engrais et la dose d'humidité qu'il peut retenir pendant l'été, influent beaucoup sur cette distance, de même que sur celle qu'il faut maintenir entre les plantes sur les lignes. Dans les conditions les meilleures, on réserve 0m60 entre chaque ligne; tandis que, dans les cas les moins favorables, la dislance n'est que de 0m50. Les mêmes circonstances font varier de 0m50 à 0œ50 l'espace à conserver entre les plants sur les lignes.
Quant à la profondeur à laquelle on enterrera les graines, elle varie entre 0ro02 et 0^03, suivant la plus ou moins grande consistance du sol.
Pour répandre la semence, on s'était d'abord contenté de tracer sur le sol, à l'aide d'un rayonneur (lig. 474), des sillons suffisamment
Fig. Ali. Rayonneur vu de profil.
espacés, puis de recouvrir la graine avec la herse: mais on a bientôt reconnu qu'on procéderait avec beaucoup plus de promptitude, d'éco-
DE LA BETTEHAVE. 71
nomie et de régularité en employant le semoir. Le semoir Hugues (t. 1, p. 608) serait assurément préférable à tout autre; toutefois il en est d autres dont les effets, bien que moins complets, sont encore assez satisfaisants pour que leur prix peu élevé les fasse choisir dans les petites exploitations. De ce nombre est le semoir à brouette de Mathieu de Dombasle, dont nous avons également donné la description (t. I, p. 648); mais, comme il n'ouvre pas les sillons qui doivent recevoir les graines, il faudra les tracer à l'avance avec le rayonneur. Le semoir devra être ajusté de manière à déposer une graine tous les 0-08, sauf à enlever ensuite les jeunes plants trop rapprochés.
Après le semis, on remplit les sillons, et Ton recouvre les graines au moyen d'une herse composée d un châssis en bois sur lequel on a fixé des branches d'épines (fig. 475). La herse ordinaire enterrerait trop profondément les graines ou les déplacerait.
Enfin, on termine l'opération en plombant le sol à l'aide d'un roulage plus ou • moins énergique, suivant le degré de compacité ou d'humidité de la terre. Dans les sols très-humides, on soustrait, en partie, la betterave à l'excès d'humidité, en pratiquant l'ensemencement au sommet de petits billons formés avec le buttoir. >
Soins dî entretien. Le succès de la culture de la betterave exige de nombreux formée de ïranchet'i épines. sarclages et binages. Le premier sarclage
doit être pratiqué lorsque les feuilles ont atteint une longueur de 0œ04 environ; la binette Lecouteux (fig. 470)" est très-propre à cet
Fig. 476. Binette Lecouteux.
Usage. Trois semaines après, on en effectue un second, mais avec la houe à cheval, excepté sur la ligne, où ce travail est toujours fait à l;i main. C'est après ce second sarclage que l'on supprime les plants trop rapprochés. A cet effet, on n'arrache pas les plants que Ton veut
détruire, mais ou les coupe au-dessous du collet; autrement on ébranlerait les jeunes plants conservés. A partir de ce moment, jusqu'à celui où les feuilles couvrent complètement la surface du sol, on donne un ou deux binages, suivant que l'exige la croissance des plantes nuisibles.
On ignorait, il y a jkmi de temps encore, que l'influence de la lumière sur la racine de la betterave pût nuire à sa qualité pour la fabrication du sucre. Mais, M. Decaisne ayant démontré que les par- . lies de la racine soumises à Tact ion de cet agent renferment une proportion notable de principes nuisibles à l'extraction du sucre, on a reconnu la nécessité de recourir au buttage. Lors donc que les racines sont destinées aux sucreries, on pratique deux buttages; ils sont suffisants pour couvrir convenablement le sommet des racines; le premier est appliqué dès que les racines ont atteint 0m06 de circonférence, et le second un mois après. Ces buttages sont exécutés avec le buttoir de Désert (page 51, fig. 463.)
Culture au moyen du repiquage. — Dans quelques localités, surtout en Allemagne, on a profité de ce que la betterave peut êlre trèsfacilement transplantée pour la cultiver au moyen du repiquage; ce procédé a parfaitement réussi, et il se répand chaque jour de plus en plus. Quelques cultivateurs ont, il est vrai, tenté de discréditer cette méthode. Ils se fondent sur ce que les betteraves qu'ils ont repiquées dans les lignes de semis à demeure, pour y remplir les lacunes accidentelles, ne donnent jamais que des racines beaucoup moins développées que celles des plants semés à demeure. Mais Mathieu de Dombasle a très-bien fait remarquer que les plants repiqués dans un semis à demeure sont loin d'être placés dans des conditions aussi favorables que ceux qui sont repiqués en plein. En effet, les premiers sont pla és dans une terre déjà tassée qui rend leur végétation longtemps languissante; ils restent soumis, pendant tout le temps de leur reprise, à la domination des plants voisins qui ont pris possession du sol, et qui, exerçant leur succion sur un rayon plus étendu que ne semble l'indiquer la longueur de leur racine, épuisent le sol qui entoure les plants repiqués. Au contraire, les plants repiqués en plein trouvent une terre fraîchement préparée, et, comme ils sont tous placés dans des conditions égales, ils n'exercent aucune influence fâcheuse les uns sur les autres.
Pépinière. Si l'on adopte le repiquage, le sol de la pépinière doit être riche et bien préparé; un hectare de pépinière peut fournir du plant pour 10 hectares de terre. La semence y est répandue à la même époque que pour le semis à demeure; on la place en lignes distantes de 0m30 les unes des autres, mais on sème beaucoup plus dru. Il est
important d'éclaircir de boime heure les plants et de leur appliquer les binages convenables; ces opérations hâtent leur développement et le moment où Ton pourra les repiquer; or, moins cette époque est reculée, plus le produit est abondant.
Repiquage. On ne peut commencer le repiquage qu'au moment où les plants présentent 0m015 de diamètre; jusque-là ils n'offrent pas assez de rusticité, et sont exposés à être détruits par la sécheresse. Ce n'est guère que vers le commencement de mai, dans le Midi, et du 15 au 20 dans le Nord, qu'on peut espérer d'avoir des plants assez forts.
Quand le moment est venu, on choisit un temps sombre, humide, puis on déplante d'abord une ligne sur deux; de sorte que les ligues restées intactes sont placées à 0m60 les unes des autres. On éclaircit ensuite les plants sur ces dernières lignes de façon qu'ils soient à distance de 0m30 les uns des autres; la pépinière, ainsi éclaircie, reçoit ensuite la même culture que le semis à demeure et donne de très-beaux produits.
A mesure que les jeunes plants sont enlevés de la pépinière, on coupe les feuilles à 0,n 10 environ au-dessus du collet i*>ur diminuer les effets de levaporation; on coupe également l'extrémité de la racine lorsqu'elle est trop longue pour se loger dans la terre sans se replier, et l'on repique.
Le repiquage est pratiqué soit à la charrue, soit au plantoir. Dans l'un et l'autre cas, le sol est préparé comme pour le semis à demeure. Lorsqu'on se sert de la charrue, on dépose les jeunes plants contre la bande de terre renversée, on les y enterre légèrement, en ayant soin de les espacer convenablement, et le trait de la charrue vient les recouvrir; il n'y a plus alors qu'à presser la terre avec le pied contre la racine. On garnit [ainsi une raie sur trois ou quatre, selon la largeur des raies et la distance qu'on veut réserver entre chaque ligne.
Pour le repiquage au plantoir, on trace sur le sol, avec le rayonneur, des sillons régulièrement espacés. Des femmes, munies d'un plantoir dont la longueur leur sert à mesurer la distance à réserver entre chaque betterave, et portant des plants dans leur tablier, suivent chacun de ces sillons. Tandis que, de la main droite, elles enfoncent le plantoir, de la gauche elles introduisent le plant jusqu'au-dessus du collet; enfonçant ensuite le plantoir un peu obliquement à 0n,05 ou 0m05 du plant, elles tassent d'abord la terre contre l'extrémité inférieure de la racine; puis, ramenant promptement la portion supérieure du plantoir du côté de cette dernière, elles pressent la terre contre la racine jusqu'au collet. En avançant le pied pour passer à la h. 5
betterave suivante, elles appuient le talon de manière à remplir de terre le dernier trou du plantoir. Le succès de ce repiquage dépend beaucoup du soin que Ton apporte à comprimer la terre contre la racine. On peut aussi se servir du plantoir à branche double (fig. 477), en
usage en Flandre. Un ouvrier saisit cet instrument, le plonge en terre en aj>puyant sur la traverse horizontale; puis, faisant un pas à reculons, il ouvre deux trous en ligne droite avec les premiers; des femmes, qui le suivent, y déposent deux plants et ferment les ouvertures, comme nous venons de l'indiquer, en se servant d'un plantoir simple. Le plantoir à branche double est construit de manière que l'intervalle qui sépare les deux "branches égale l'espace à réserver entre les plants sur la ligne.
Si le temps humide se faisait trop attendre, et qu'on fût obligé de pratiquer le repiquage. en temps de sécheresse, il faudrait arroser les jeunes plants, immédiatement après le repiquage, avec de Peau douce, ou mieux encore avec du purin.
L'entretien que réclament les plants se borne à trois binages : le premier, lorsqu'ils ont développé deux ou trois nouvelles feuilles; le second, une quinzaine de jours après, et le troisième, avant que les feuilles couvrent entièrement le terrain. Ces trois façons sont données avec la houe à cheval.
M. Demesmay, à Templeuve (Nord), fait usage de l'instrument suivant (fig. 178 et 179) pour biner et butter les betteraves.
Fig. 477.
Plantoir à brandie double.
Fig. 478. Houe à biner et à battre les betteraves, de M. Demesmay.
I) E F, cadre porté par la roue R et les deux patins l* et P\ Sa position au-dessus du sol est variable en raison de la position de la roue qui y fait corps au moyen d'une clavette, et aussi de la position des patins qui y sont fixés par une vis de pression. Ces patins se relèvent plus ou moins en raison de la profondeur à laquelle les socs doivent pénétrer.
La tige portant la roue est percée de trous dans toute sa longueur. C'est au plus élevé de ces trous qu'est tixée la pièce d'attelage A; le point D s'y rapproche quand on est en marche pour aller au champ; on le met an point le plus bas pour faire fonctionner l'instrument.
Les socs sont adaptés à une traverse FF qui ne fait pas corps avec le châssis D E F, mais qui y est attachée au moyen de tiges parallèles C C C'C qui permettent d'imprimer à la traverse et aux socs un mdVivement à droite ou à gauche, à l'aide des mancherons M M, que le conducteur tient dans ses mains. De cette manière, on se rend indépendant de la marche irrégulière du cheval» et les socs sont toujours maintenus au milieu des lignes de betteraves
Pour le binage, les socs SS sont plats; pour le bultage, on les surmonte de deux versoirs V V qui portent la terre contre les betteraves.
Kig. 479. Vlan de In houe de M. Demesmay.
AKT AGRICOLE.
L'homme qui conduit la houe a assez de besogne à régulariser la marche des socs; il doit être accompagné d'un aide qui dirige le cheval à l'aide d'un cordeau.
Dès l'origine, on adaptait les socs et les mancherons à la traverse E E, et l'on coupait fréquemment des lignes de betteraves.
L'outil modifié permettrait de biner le blé, dont les lignes ne sont distantes que de 0m!20 à O"^; mais autour de Lille on ne l'emploie que pour la betterave, dont les lignes sont écartées de 0"45.
Avantages et inconvénients de ce mode de culture. La culture de la betterave au moyen du repiquage présente les avantages suivants : d'abord, elle permet de nettoyer, par des labours et hersages multipliés, les terres salies par une grande quantité de plantes nuisibles; ensuite, ce repiquage réussit parfaitement dans les sols compactes et humides, tandis que les semis à demeure y viennent mal, parce que ces terres se durcissent beaucoup à leur surface sous l'influence de la pluie et de la sécheresse. D'un autre côlé, comme ces terres s'égoullent et s'échauffent plus lentement que les autres, elle ne peuvent être ensemencées que fort tard au printemps, et les jeunes plants y sont surpris par la sécheresse avant d'avoir acquis assez de force pour s'en défendre; eu outre, la récolte y est plus tardive. Enfin et surtout, ce mode de culture donne un bénétice net plus élevé que le semis à demeure.
Mais à ces avantages il faut opposer cet inconvénient bien grave, que, le repiquage ne pouvant être fait avant le commencement de mai clans le Midi, et le 1 5, dans le Nord, les jeunes plants sont souvent surpris par la sécheresse avant d'avoir pris possession du sol; s'ils surmontent assez facilement cette difficulté dans les sols un peu frais du Nord, ils réussissent rarement dans les terrains légers du Nord et dans tous ceux du Midi. •
lie piquage par le procédé Kœc/Uin. La betterave est une plante bisannuelle qui, pendant sa première année, grossit en proportion du temps pendant lequel elle jouit, à la fois, de la chaleur et de l'humidité. Semée en mars et en avril, elle n'a donc que six mois de végétation active; encore convient-il de retrancher, pour tout le Midi et pour les sols légers du Nord, environ deux mois de sécheresse pendant lesquels elle languit. Si l'on pouvait hâter de 50 à 00 jours, au printemps, sa mise en culture, il est évident qu'on doterait la plante d'une prolongation de vie bien précieuse, et que Ton augmenterait son produit. C'est là le problème que M. Koxhlin s'est efforcé de résoudre en semant sur couche, dès le mois de janvier, pour repiquer vers le 15 avril.
Aidé de cette chaleur artificielle, et pratiqué sur une terre bien
préparée, le semis pousse avec vigueur et peut être beaucoup plus serré que dans les pépinières en plein champ; aussi 50 mètres carrés de couche suflisent-ils pour repiquer un hectare.
M. Kœchlin déclare avoir obtenu un rendement de 540,000 kilog. par hectare, et M. de Gasparin, qui a essayé cette méthode dans le Midi, a récolté 275,000 kilogrammes sur la même surface, là où, par la méthode des semis, il avait jt peine un rendement de 20,000 kilog.
Nous croyons devoir donnerai un extrait de la note publiée à ce sujet par M. de Gasparin.
Pour arriver à un tel résultat il faut remplir huit conditions :
1° Défoncer rapidement le terrain. Cela permet à la racine un plus grand développement;
2° Y accumuler une grande masse d'engrais. La quantité employée par M. de Gasparin a été par hectare de 200 mètres cubes de bon fumier, et de 1500kil.de tourteaux de colza;
5° Resserrer les plants à 0,n55 en tous sens. Faire le semis sur couche ef sous vitrage au commencement de janvier; planter en avril avec du plant qui a alors la grosseur du doigt;
4° Arroser par immersion tous les quinze jours (dans le Midi), quand il ne pleut plus;
5° Donner un binage après chaque irrigation, tant que cela est possible. Ordinairement cette opération devient inutile après le quatrième arrosage, le sol étant entièrement couvert par les feuilles ;
6° Châtrer toutes les plantes qui veulent monter en graine;
7° S'abstenir de l'effeuillage;
8° N'arracher qu'à la fin de novembre, quand tout l'acte de la végétation est accompli. Les racines ont alors neuf mois de végétation, au lieu de six si l'on eût semé à demeure en avril, et ces trois mois en plus suffisent pour doubler le volume des racines.
Ce sont là de magnifiques résultats qui, s'ils se généralisent, sont appelés, non-seulement à introduire le repiquage de la betterave dans le Midi et dans lès terrains légers du Nord, mais encore aie substituer partout à la culture par semis.
EfteuUlement. — Beaucoup de cultivateurs contestent encore qu'il y ait avantage à enlever une partie des feuilles de la betterave, avant sa récolte, pour en nourrir les bestiaux. H est bien positif que cette suppression diminue plus ou moins le développement, selon que la quantité de feuilles enlevées a été plus ou moins considérable; il paraît également démontré que cette nourriture, donnée seule aux bestiaux, agit sur eux comme purgatif et qu'ils ne s'assimilent pas les principes azotés assez abondants qu'elle contient. Mais il est constant aussi que l'effeuillement, pratiqué de manière à enlever sur chaque
plante seulement les deux feuilles de la base, ne nuit pas sensiblement au produit, et que ces feuilles, mêlées à d'autres fourrages, deviennent une assez bonne nourriture pour les bestiaux.
Là donc où la main-d'œuvre sera à très-bas prix et où Ton manquera de fourrage vert, on pourra recourir à Teffeuillement partiel (les betteraves; car la petite quantité de racines que Ton prélèvera ainsi indirectement sur la masse du produit aura, à ce moment, une bien plus grande valeur qu'au moment de la récolte.
Mais il ne faudra pratiquer cet effeuillement que très-tard, alors seulement que l'intensité du phénomène de vitalité commence à décroître; opéré avant l'époque de la récolte, il ne doit porter que sur les feuilles qui s altèrent dans leur constitution, ou sur celles dont les pédoncules commencent à jaunir ou à se flétrir.
Maladies et insectes nuisibles. — Les betteraves ne sont sujettes qu'à un bien petit nombre de maladies, et ne comptent que peu d'enuemis parmi les insectes.
Dans quelques parties de la France, elles sont atteintes d'une affection nommée pied-chaud, qui apparaît pendant le premier âge, et arrête complètement la croissance des plantes. On reconnaît cette affection aux racines, qui, sur tout ou partie de leur longueur, sont flétries, brunes et desséchées. Les plantes attaquées périssent souvent; mais souvent aussi, après 8 ou 15 jours de souffrance, quelques journées chaudes ou une pluie douce suffisent pour faire naître de nouvelles radicelles et déterminer une guérison rapide. Mathieu de Dombasle attribuait cette maladie aux froids qui surviennent pendant les premiers temps de la croissance, et aussi à la mauvaise qualité du sol.
En 184*3, M. Payen a constaté dans les grandes exploitations de nos départements du Nord, et dans plusieurs provinces de la Belgique, une altération spéciale et nouvelle de la betterave, qui a la plus grande analogie avec la gangrène humide des pommes de terre. On aperçoit, autour des betteraves attaquées, et surtout aux points d'insertion des feuilles détruites, des taches fauves s'étendant sur le corps de la racine, formant des dépressions, ou même des cavités sinueuses, plus ou moins profondes. Si l'on coupe en deux la betterave par un plan passant dans l'axe, on voit que les parties tachées ont une épaisseur variable et se prolongent, avec leur coloration brune, en suivant les lignes des faisceaux vasculaires (fig. 480 et 481). Dans une zone plus ou moins pénétrante, le tissu se montre plus translucide que dans les portions correspondantes aux parties de la racine plus profondément situées en terre et non atteintes par la substance brune. Ces altérations font des progrès lents, lorsque les racines sont isolées; elles se
propagent rapidement, au contraire, dans les betteraves accumulées en tas. Par la coction, les parties atteintes par la substance brune éprouvent une induration notable, tandis que le tissu normal devient mou et cède à la moindre pression. Les parties brunes ont subi une déperdition presque totale de matière sucrée; dans les tissus devenus
Fig. 480. Coupe verticale d'une betterave Fig. 481. Coupe verticaleld'iine betterave attaquée de la maladie brune. saine.
plus translucides, la proportion de sucre cristallisable est amoindrie; une quantité notable de glucose s'est produite; le suc n'est plus sensiblement acide, il offre plutôt une légère réaction alcaline. Des hypothèses nombreuses ont été faites sur les causes déterminantes de la • maladie, mais elles sont plus ou moins contredites par les faits.
Un insecte très-petit, désigné sous le nom de ver gris, attaque les betteraves cultivées dans les terres compactes et richement fumées. Les ravages commis dès le début de la végétation s'étendent en quelques jours sur toute la surface d'un champ. Le seul moyen de le
délruire est remploi du rouleau Croskyll. Quelques cultivateurs du Nord ont obtenu un grand succès en le faisant passer sur le champ aussitôt l'apparition de cet insecte.
M. Bazin fils, du Ménil-Saint-Firmin, a observé une chenille, d'un vert intense dans le jeune âge, d'un gris légèrement *erdàtre après qu'elle a changé de peau, et qui dévore les feuilles de la betterave du commencement de septembre à la fin d'octobre. A cette époque, elle se change en chrysalide rouge qui se cache en terre, autour des racines, à une petite profondeur.
Les deux chenilles précédentes font quelquefois des dégâts considérables dans les champs de betteraves, et c'est uniquement à des insectes semblables qu'on attribue l'impossibilité où Ton s'est trouvé, près de Marseille, de continuer cette culture.
L'ennemi le plus redoutable pour la betterave est la larve du hanneton. Celle-ci l'attaque lorsqu'elle a déjà pris un certain développement, et à une époque où les plants dévorés ne peuvent plus être remplacés; les feuilles se flétrissent immédiatement On ne doit pas hésiter à arracher la racine, pour détruire avec elle la larve, qui, sans cela, attaquerait successivement plusieurs plantes.
Récolte. — Époque de maturité. Pendant la première année de sa végétation, la betterave développe seulement des feuilles et une racine. Ces deux organes puisent dans l'atmosphère et dans le sol certains fluides qui, élaborés par les feuilles, concourent en partie à l'accroissement de la racine, et s'accumulent dans son tissu pour fournir, l'année suivante, un prompt et vigoureux développement de la tige et des fruits. C'est la présence de ces fluides dans les tissus de la racine qui donne à cet organe les propriétés qui le font rechercher, soit pour la nourriture des animaux, soit pour l'extraction du sucre.
Le moment le plus convenable pour la récolte serait donc celui où elle a acquis le plus de développement et où elle a accumulé dans ses tissus la plus grande quantité de ces fluides. Comme cet accroissement et cette accumulation se continuent même pendant l'hiver, quoique d'une manière peu sensible, on pourrait en conclure que l'arrachage ne devrait être fait qu'au printemps, c'est-à-dire au moment où les fluides réunis dans la racine vont concourir au développement de la tige. Mais, en la récoltant à cette époque, cette racine perdrait un de ses principaux avantages, celui de fournir, pendant l'hiver, une nourriture verte aux bestiaux; aussi ne l'enlève-t-on de terre que d'octobre en décembre.
Les circonstances suivantes déterminent le moment convenable. Si le sol est compacte, argileux, il faut récolter de bonne heure; car,
en absorbant l'humidité, il devient collant, boueux; l'arrachage s'y opère difficilement et laisse le champ en très-mauvais état pour la récolte suivante. On doit également récolter de bonpe heure, si Ton se propose de semer une céréale d'hiver, car il faut le temps de préparer le terrain.
Mais, à part ces deux circonstances, et surtout si les produits sont destinés aux sucreries, on récolte le plus tard possible, en décembre; on obtient ainsi une plus grande masse de racines; elles se conservent plus facilement et sont plus propres à l'extraction du sucre.
Arrachage. L'arrachage de la betterave se fait ordinairement à bras d'homme. Lorsque les racines sont complètement enterrées, on emploie la bêche ou la fourche trident (fig. 482); mais, pour les variétés qui sortent de terre, il suffit de les tirer par les feuilles pour les détacher du sol.
L'arrachage à bras d'homme des racines enterrées est une opération longue et dispendieuse; on a donc cherché à la remplacer par un agent mécanique. Mathieu de Dombasle a imaginé une charrue qui parait ne rien laisser à désirer. C'est un araire (fig. 483 et 484) dépourvu de coutre, et auquel on n'a conservé que la partie antérieure du
Fi". 482.
Fourche- trident.
Fig. 485 et 484. Charrue pour arracher les betteraves.
versoir (d). Cette partie est en bois, et simule un coin dont la pointe et l'un des côtés se lient insensiblement avec le soc («), et dont la base est appuvée sur l'étancon de devant .
82 AKT AGRICOLE.
On attelle à cette charrue deux ou quatre chevaux, selon la ténacité «lu sol, puis, prenant la ligne de betteraves un peu sur la gauche, on fait piquer le soc de l'instrument assez profondément pour pénétrer au-dessous des racines. Le soc passe ainsi sous toute la ligne en la soulevant un peu, mais sans rien retourner; de sorte qu'a la surface du sol on s'aperçoit à peine du travail de l'instrument. Néanmoins les racines sont tellement détachées de la terre, qu'il suffit de les saisir par les feuilles pour les enlever sans aucune résistant e. On peut, à l'aide de cette charrue, et lorsque les lignes de betteraves sont distancées de 0m60, arracher jusqu'à deux hectares dans la journée, et remplacer ainsi le travail de 50 ouvriers.
Décolletage. Quelle que soit la méthode employée pour l'arrachage, dés que cette opération est terminée, on procède au décolletage des racines, c'est-à-dire qu'on coupe le collet. Cette suppression a pour but d'empêcher le développement de nouvelles feuilles lorsque les racines sont emmagasinées, développement qui se fait aux dépens des principes sucrés et nutritifs.
Lorsqu'on opère le décolletage, on enlève aussi l'extrémité des racines et toutes-les petites ramifications qu'elles peuvent offrir. On les débarrasse également, aussi complètement que possible, de la terre qui les recouvre. Dans cette dernière opération, comme dans toutes celles où les ouvriers manipulent les racines, on doit veiller à ce qu'ils ne les heurtent pas les unes contre les autres, car il en résulterait des contusions qui les feraient toutes pourrir. Si l'on manque de fourrage vert, on pourra donner aux bestiaux le produit du décolletage; mais il est préférable de l'abandonner sur le sol, car si on l'enterre immédiatement il équivaut à un quart de fumure.
Rentrée des racines. Naguère encore l'opinion générale prescrivait de ne rentrer les betteraves que par un temps sec, et après qu'elles avaient été bien ressuyées, au contact de l'air; mais de nombreux accidents sont venus démontrer tout ce que cette méthode a de vicieux . Kn effet, ces racines sont destinées par la nature à conserver leur principe vital jusqu'au printemps suivant, afin de fournir à une nouvelle végétation. En les laissant exposées, pendant quelque temps, à la sécheresse de l'air et à l'ardeur du soleil, elles s'échauttent, se dessèchent, se rident, et perdent une grande partie de ce principe; les fluides qu'elles contiennent fermentent, et un grand nombre d'entre elles |K>urrissent.
Dans quelques grandes exploitations du département du Nord, on emploie le procédé suivant, et l'on s'en est constamment bien trouvé. Aussitôt que les betteraves sont décolletées, on les réunit sur le sol en petits tas, assez distants les uns des autres pour que les \oitures
He transport puissent parcourir le champ sans les endommager; puis on couvre chaque tas avec les feuilles pour préserver les racines de la sécheresse. Elles restent dans cet état le plus longtemps possible, c?r on a remarqué que plus on tarde aies rentrer, mieux elles se conservent ensuite : cela tient sans doute à ce que, à cette saison de l'année, elles sont exposées à une température moyenne toujours moins élevée que celle des celliers ou des silos. Elles peuvent supporter ainsi, sans altérations, un abaissement de température de 0° cent, au-dessous de zéro. Enfin, on choisit, pour les rentrer, un temps froid et pas trop sec.
Rendement. — La betterave est, de toutes les racines fourragères, celle qui donne le produit le plus élevé, même en ne tenant pas compte du rendement extraordinaire qui parait résulter de l'emploi du procédé Kœchlin. Thaér et Srhwerz obtenaient habituellement un produit en racines de 56,000 kil. qui s'élevait quelquefois jusqu'à <>0,000 kil. par hectare. Le rendement moyen annoncé par Mœllinger n était que de 27,100 kil., celui de Mathieu deDombasle ne dépassait pas 20,000 kil. Dans le département du Nord ce produit .est, en moyenne, de 40,000 kil. Nous l'avons vu fréquemment arriver à 50,000 kit. dans la Seine-Inférieure. On peut donc porter le rendement moyen des racines à environ 40,000. Quant à celui des feuilles, nous voyons qu'en prenant la moyenne de celles produites dans le sable d'alluvion et dans la terre argileuse, pour les betteraves que nous avons cultivées (p. 58), il égale environ le quart du produit en poids des racines.
COMPTE DE CULTURE D'UN HECTARE DE BETTERAVES SEMEES A DEMEURE AU DÉBUT DE LA ROTATION DES RÉCOLTES.
DÉPENSE
I n trait d'extirpateur à la fin de l'été 6 f. - c.
I n hersage ^ 60
Un trait d'extirpateur 6, »
l'n hersage *2 60
I n labour de défoncemenl, avant l'hiver, :'i (K»0 de
profondeur 80
Un labour ordinaire, au printemps 22 »
Un hersage. . , 2 60
Un roulage w2 »
Un hersage , . . 2 60
Semence, 8 kilogrammes, à 2 fr. HO le Kilogramme. . 20 *
Rayonner le terrain pour recevoir la semence. ... 2 60
Répandre la semence au semoir à brouette 1 »
Un hersage pour recouvrir la semence 2 60
A reporter 152f.60
Report 152 f. 60
t'n roulage. 2 »
Un binage à la houe à main 14 »
l'n binage à la houe à cheval. . 5 »
Un binage à la houe à main, sur les lignes et suppression des plants trop rapprochés 14 »
Un binage à la houe à cheval 5 »
.Arrachage des racines à la charrue 10 »
Décolletage, nettoyage, mise en tas et couverture des
racines '. 70 »
Transport des racines à la ferme et emmagasinage. . 54 » 50,000 kil.de fumier, à 10 fr. les 1000 kil,., y compris les frais de transport et d'épandage, 500 fr. Les deux tiers de cette somme à la charge des betteraves. . 200 • Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, du prix de la fumure non absorbée 5 •
Loyer de la terre 70 »
Frais généraux d'exploitation 20 »
Intérêt pendant un an, à 5 pour 100, des frais ci-dessus. 50 08
Total 63ir.68c
PRODUIT
40,000 kil. de racines équivalant à 10,000 kil. de foin
sec, à 71 fr. 50 c. les 1000 kil 715 f. » c.
10,000 kil. de feuilles rendues à la terre et équivalant
à un quart d une fumure ordinaire de 50,000 kil. . . 75 »
Total 790 f. »c.
BALAXCF.
Produit 790 f. • c.
Bénéfice net 158 f. 52 c.
25 pour 100 du capital employé. * »