‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 19 sur 167 · mai. ' U mai · texte numérisé non relu

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Ainsi, à mesure que la proportion du calcaire s'accroît dans un sol, celle du sucre diminue, et diminue rapidement même, puisqu'elle s'abaisse de 15,0 à 9j> et même à 7J) pour 1M de betteraves, lorsque la quantité de carbonate de chaux s'accroît, dans 1000 parties de terre arable, de 5^2 à 22, 0, puis à 118,7.

Nous devons dire que les faits constatés par M. Marchand sont en opposition avec l'opinion généralement reçue et avec les conclusions d'un Mémoire récemment publié par M. Leplay. Nous croyons néanmoins que M. Marchand est dans le vrai. La question mérite d'ailleurs qu'on l'étudié à nouveau.

Place dans la rotation des récoltes. — La betterave peut succéder, sans inconvénient, à toutes les récoltes, pourvu que le sol soit profondément ameubli et bien fumé. Néanmoins, comme elle exige de nombreuses façons pendant sa végétation, façons qui concourent à purger le sol des plantes nuisibles, on devra, dans l'assolement triennal, lui faire occuper la place de la jachère, et lui appliquer la plus • grande partie de la fumure qui doit fertiliser le sol pendant toute la rotation .'Il en sera de même pour l'assolement quadriennal.

Quant aux plantes qui devront lui succéder, ce seront, autant que possible, des récoltes de printemps, parce que, l'enlèvement de la betterave se faisant assez tard à l'automne, on ensemencerait diflicilement, en temps convenable, des récoltes d'hiver Les récoltes qui succéderont à la betterave seront aussi choisies parmi celles qui aiment un sol profondément ameubli, comme l'avoine, le lin, etc.

Culture. — Préparation du sol. Dans le département du Nord, où la betterave est cultivée sur de vastes surfaces et avec beaucoup de succès, on prépare le sol de la manière suivante :

A la fin de Tété, aussitôt que la récolte précédente est enlevée, on retourne le sol par un labour superficiel, donné avec l'extirpateur (fig. 472). Les racines des plantes nuisibles, exposées alors au so-

Fig. 472. Extirpatenr de Valcourt.

leil, se dessèchent; il suffit d'un hersage, donné quelques jours plus tard, pour les détruire entièrement. Mais, bientôt après, comme la température est encore assez élevée, les graines des mauvaises herbes répandues dans le sol germent à la surface, et il faut recommencer l'opération. Enfin, avant l'hiver, on donne un labour de délbncement, profond de 0m50 à 0ro40, et on laisse la terre dans cet état jusqu'au printemps. A cette époque, on pratique un labour ordinaire, suivi de hersages et de roulages, afin de bien pulvériser la couche superficielle.

Pour les sols légers, on se contente, avant l'hiver, de faire agir l'extirpateur et la herse, pour détruire les plantes nuisibles, et Ton ne donne qu'un labour profond, au printemps.

Engrais et amendements. — Les engrais les plus convenables à la betterave sont ceux qui sont riches en potasse, et cela est facile à comprendre d'après la nature des cendres indiquée plus haut. Les fumiers de cour sont très-convenables; ils doivent être transportés, autant que possible, avant l'hiver et distribués entre deux labours, ou avant le labour quand on n'en donne qu'un, afin qu'ils soient bien enfouis et retournés dans le sol. Les fumiers consommés sont préférables aux fumiers longs; d'abord parce qu'ils ont une action plus rapide, et ensuite parce que les fumiers trop pailleux, lorsqu'on en met, comme cela doit être, une grande quantité, rendent le terrain par trop meuble. Mais, si l'on ne peut disposer que de ces fumiers longs, on y mêle d'autres engrais pulvérulents et plus riches, tels que les tourteaux, le noir des raffineries, le noir animalisé, les écumes et produits de défécation du jus de betterave provenant des sucreries. " 11 faut aussi se servir des débris de terre, des collets et des radicules qu'on enlève aux racines qu'on va ensiloter ou râper.

Nous avons dit précédemment qu'il y a plus d'avantage à laisser sur le sol les feuilles de betteraves qu'à les donner comme nourriture aux animaux; elles sont, en effet, un aliment trop débilitant, tandis qu elles forment un excellent engrais qui rend au sol de nombreux sels minéraux; on les considère généralement comme faisant office d'un quart de fumure.

Dans le Nord, on fait un grand usage de l'engrais flamand; on l'administre presque toujours à l'époque des semailles. 11 exerce une action remarquable sur la végétation de la betterave; il la rend trèsactive, en conservant de l'humidité au terrain; les racines grossissent beaucoup, et sont toujours plus aqueuses; les feuilles prennent une couleur verte plus foncée et sont plus abondantes et plus larges.

Les urines employées en arrosement, à plusieurs reprises pendant le . cours de la végétation, produisent les mêmes effets. L'un de nos amis, M. Daniel Fauquet, de Déville (Seine-Inférieure), obtient jusqu'à 87,200 kil. de racines par hectare, en faisant usage des urines des fabriques. M. Villeroy cite un chaudronnier de Deux-Ponts qui a des récoltes de 250,000 kil. en betteraves rouges longues sur des terres qui reçoivent les urines des étables voisines; ces betteraves pèsent moyennement de 8 à 9 kil. En Belgique, on amène par le même moyen au poids énorme de 20 kil. des betteraves destinées à figurer dans les expositions des produits horticoles. Mais ces engrais animaux, dune action si prompte et si énergique, retardent très-manifestement la maturation de la racine, car les feuilles se dessèchent et tombent beaucoup plus tard; il serait donc convenable de ne porter ces engrais que sur des graines semées et germées de bonne heure.

Les engrais animaux ont souvent été signalés comme redoutables pour la betterave; mais, lorsqu'on les applique avec connaissance de cause et discernement, ils ne peuvent être que très-utiles. Il en est de même du parcage des moutons. Cependant lorsque la betterave est cultivée pour l'extraction du sucre, il faut év iter, autant que possible, les engrais qui contiennent trop de sels solubles, car les jus sont bien plus difficiles à traiter et ils sont moins riches en sucre.

Lorsque l'on ne peut pas disposer d'une suffisante quantité d'engrais pour fumer convenablement toute une surface, ou bien encore lorsqu'on veut augmenter artificiellement la profondeur insuffisante du sol arable, on dispose le fumier comme nous l'avons indiqué pour le maïs (t. 1, p. 645). Toutefois Schwerz s'élève contre cette pratique, qui a pour résultat, dit-il, de faire ramifier beaucoup les racines, d'en rendre l'emploi plus difficile et d'en diminuer la valeur.

D'après de Crud, la betterave absorbe une quantité d'engrais égale à la moitié du poids des racines récoltées. Ainsi, le rendement d'un hec-

tare pouvant être porté en moyenne à 40,000 kil. de racines et à 10,000 kil. de feuilles, il en résulte que cette récolte aura absorbé dans la terre l'équivalent de 20,000 kil. de bon fumier, ou 40 pour 100 des racines et des feuilles récoltées.

Deux procédés différents sont suivis pour la culture de la betterave : on sème les graines à demeure, ou bien on sème en pépinière, pour repiquer ensuite les jeunes plantes. Examinons séparément ces deux modes d'opérer.

Culture au moyen du semis à demeure. — Préparation de la semence. La difficulté de se procurer de la graine bien pure, et appartenant surtout à une môme variété, doit engager les cultivateurs à

récolter eux-mêmes leur semence. A cet effet, on conserve, lors de la récolte, un certain nombre de racines, les mieux conformées et offrant au plus haut degré les caractères de la variété que Ton veut cultiver. On tranche les feuilles, mais sans toucher au collet, puis on les ensable, en les dressant vertica lement, dans un cellier ou une cave sèche et fraîche. Au printemps, après la gelée, on les plante dans le sol d'un jardin anciennement fumé, à la distance de 1 mètre en tous sens. Quand les tiges commencent à se ramifier, on les soutient à laide de quelques échalas. La graine mûrit en septembre. On choisit les fruits les plus gros, les plus mûrs, et Ton néglige les autres. Chaque plante peut donner environ 200 grammes de fruits secs. Les graines germent encore convenablement au bout de trois ans, et même, d'après Schwerz, au bout de six ans.

^x^Aflj Si Ton veut récolter la graine de plusieurs

W v*lw4 variétés, on doit éviter de laisser fleurir les

porte-graines des diverses variétés l'un près de l'autre; car ces plantes s entre-fécondent très-facilement et l'on n'obtient alors que des produits dégénérés.

Comme les fruits de la betterave (fig. 475) contiennent plusieurs semences, et que, généralement, ces fruits sont semés entiers, il en résulte que deux, trois et même quatre petites plantes se développent au même point, et qu'il faut opérer un

Fig. m.

Fruit de la betterave.

sarclage pour les ôclaircir; or ces suppressions ne se font pas toujours sans danger pour les pieds réservés; c'est pour éviter ces inconvénients que quelques cultivateurs ont adopté l'usage de piler les fruits dans une sébile de bois, et de les cribler ensuite pour en extraire les graines.

Schwerz recommande, pour hâter la germination des graines, de les faire macérer pendant quelques jours dans de l'eau tiède. Cette méthode a, en outre, l'avantage de séparer la bonne graine de la mauvaise, car celle-ci surnage après cette opération; on enterre la graine tout humide, et, pour la manier plus facilement* on la saupoudre de plâtre, de cendre ou de chaux bien pulvérisée.

Quantité de semence. Si Ton sème les fruits entiers, il en faut environ 8 kil. par hectare. Si les graines sont débarrassées de leur enveloppe, il ne faut plus que 5 kil. Il y a donc avantage à user de ce dernier procédé, puisqu'on y trouve à la fois une économie de semence et une diminution dans les frais de sarclage.

Époque des semailles. Comme les gelées tardives peuvent détruire les jeunes plants de betterave, alors qu'ils commencent à sortir de terre, on attend pour semer qu'on n'ait plus à redouter les froids. Il ne faut pas cependant retarder l'ensemencement sans motif sérieux, car une perte de 20 ou 25 jours pourrait avoir pour résultat de diminuer de moitié la récolte, en empêchant les jeunes plants de prendre un développement suffisant avant les premières sécheresses de Tété. Le moment le plus convenable est ordinairement vers le milieu de mars, dans le Midi, et, dans le Nord, au commencement d'avril. Cette époque sera un peu avancée pour les sols légers, et reculée, au contraire, pour les terrains compactes et humides.

M. Marchand, de Fécamp, a publié tout récemment le résultat de ses nombreuses observations sur l'influence considérable qu'exerce sur le rendement agricole et sur la richesse en sucre de la betterave l'ensemencement précoce. Le tableau suivant, qui résume ses expériences, fait ressortir clairement cette influence :

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