‹ Traité élémentaire d'agricultureChapitre 27 sur 167 · POUR LE SOL CALCAIRE · texte numérisé non relu

POUR LE SOL CALCAIRE

NOMBRES

exprimant les valeurs relatives.

Carotte rouge de Flan-

— blanche à collet vert.

— blanche de Breteuil. .

— sauvage améliorée de Vilmorin

— rouge d'Achicourt. .

Carotte rouge de Flandre

— blanche de Breteuil.

— sauvage améliorée de Vilmorin. . . .

— rouge d'Achicourt..

— blanche à collet vert.

Après avoir étudié ce tableau, on sait quelles sont les variétés qui conviennent à la culture de chaque sol ; toutefois, comme la carotte exige une terre assez profonde pour rallongement de sa racine, et que quelques variétés en développent une certaine étendue au-dessus du sol, on donnera la préférence à ces dernières pour les terrains peu profonds, quelle que soit leur nature particulière Les variétés qui se recommandent surtout sous ce rapport sont la blanche à collet vert et la rouge longue à collet vert.

Climat et toi. — Climat. La carotte s'accommode de tous les climats de la France; toutefois elle donne ses plus belles récoltes dans le Centre et le Nord; elle supporte bien la sécheresse, mais sa végétation en reste suspendue, et Ton perd sur la quantité du produit.

Sol. Comme toutes les plantes à racines charnues, la carotte préfère les sols légers, susceptibles de retenir, en été, une suffisante quantité d'humidité. Dans les terrains compactes, très-argileux, sa racine y est ou pourrie par de l'humidité surabondante, ou, s'ils se dessèchent et se resserrent, elle y est étouffée. On évite aussi de la placer dans les terrains pierreux ou graveleux, parce qu'ils s'opposent au libre accroissement des racines et augmentent hors de toute proportion les dépenses de binage. Enfin, comme la racine de cette plante acquiert une longue ur lissez considérable, on la cultive de préférence dans les terrains un peu profonds.

Ce que nous venons de dire de la convenance des sols légers et de consistance moyenne pour la carotte est clairement démontré par les essais auxquels nous avons soumis cette plante. Si l'on compare, en effet, le produit total en racines et en feuilles de nos cinq variétés de carottes dans les divers terrains (p.. 88), on voit que :

Le sable rur d'alluvion a donné. 82k"728 de racines et 17"'124 de feuilles.

Le sol argileux 68 500 — 18 552 —

Le sable humifére 60 892 — H 216 —

Le sol calcaire 58 040 — 9 764 —

Le rendement très-faible qu'a donné le sol calcaire s'explique par la nature graveleuse de ce terrain.

La carotte peut être cultivée de deux manières, soit comme récolte principale, c'est-à-dire occupant seule le terrain, soit comme récolte dérobée, c'est-à-dire sur un terrain déjà chargé d'une autre récolte. Examinons séparément ces deux modes de culture.

Carotte cultivée comme récolte principale.

Place d'ans la rotation. — L ameublissement profond à donner au sol desliné à la recevoir, les façons nombreuses qu'il exige pendant la végétation de cette plante, la fumure abondante qu'il faut lui appliquer, tout, en un mot, indique que la carotte doit être placée, comme les espèces précédentes, au début de la rotation des cultures.

Si Ton opère sur un sol pour lequel on a adopté depuis quelque temps un îissolement alterne bien entendu, cette place pourra être donnée à la carotte sans inconvénient, parce que cet assolement aura eu pour effet de nettoyer convenablement la terre de mauvaises herbes; mais, s'il s'agit d'un assolement de trois ans, il y aura danger à la cultiver après les céréales ; car, sa première végétation étant très lente, on serait exposé à la voir bientôt envahie par les plantes nuisibles, dont on ne pourrait la débarrasser qu'à l'aide de nombreux sarclages à la main.

Il ne faut donc, dans ce cas, faire succéder la carotte qu'à une récolte qui aura bien nettoyé le sol, ou que Ton aura pu enlever d'assez bonne heure pour permettre aux graines nuisibles de germer et d'être détruites par des hersages et des binages successifs.

Toutes les plantes, pourvu qu'elles ne soient pas d'automne, peuvent utilement succéder à la carotte, car la récolte de celle-ci se fait trop tard pour que l'on puisse faire les ensemencements d'hiver. On a également constaté qu elle peut, sans inconvénient, se succéder à ellemême pendant plusieurs années.

Préparation du toi. — Il faut à la carotte un sol profondément ameubli, et surtout privé de plantes nuisibles. Pour remplir cette double condition, on donne à la terre un mode de préparation semblable à celui que nous avons recommandé pour la betterave ; avec cette différence que, les carottes s'enfoncant plus profondément, le labour de défoncement pratiqué avant l'hiver doit pénétrer à environ 0"40 de profondeur. Le labour ordinaire, donné au printemps, est suivi de hersages et de roulages destinés à diviser le plus complètement possible la surface du sol.

Engrais et amende menti. — L'analyse de la carotte 11 a pas encore été faite d'une manière complète. On sait seulement qu'elle contient du sucre, de l'albumine, un principe colorant rouge, de l'huile volatile, des matières grasses, de l'acide pectique, de la pectine, de l'amidon, de l'acide malique, des phosphates alcalins et terreux, des carhonates de chaux et de magnésie ; mais on ignore dans quelles proportions ces principes existent les uns par rapport aux autres, et surtout quel rapport se trouve entre les matières organiques et les sels minéraux. M. Boussingault a reconnu que la racine est moins riche en azote que les fanes; ainsi il y a 0,30 d'azote dans la racine fraîche et 0,85 dans les feuilles, ou 2.40 pour 100 d'azote dans la racine sèche et 2,94 dans les feuilles sèches. Ce chimiste estime qu'il faut 400 kil. de carottes pour nourrir autant que 100 kil. de foin. 11 porte à 0,17 pour 100 la quantité des matières grasses contenues dans cette racine. Sous tous les rapports, elle serait au moins aussi nutritive que la betterave.

Dans tous les cas, elle exige des engrais non moins abondants que celle-ci, mais, autant que possible, il est préférable de ne pas la mettre en contact direct avec des fumiers d'étable, qui fournissent toujours une masse de mauvaises plantes et communiquent aux racines une odeur désagréable. Le mieux, c'est de fumer abondamment la récolte qui la précède, ou d'employer des engrais pulvérulents, tourteaux, colombine, poudrette, noir animalisé, que l'on distribue uniquement dans les rayons où l'on répand la semence.

D'après de Crud, la carotte tient le milieu entre la pomme déterre et la betterave pour son absorption d'engrais dans le sol, c'est-à-dire qu'elle y puiserait l'équivalent de 75 kil. de fumier pour 100 de racines et fanes récoltées. Or, si l'on porte le rendement moyen d'un hectare à 37,000 kil. de racines et à 12,000 kil. de feuilles, ou en tout à 49,000 kil., il en résulte que cette récolte absorberait dans le sol 27,750 kil. de fumier, ou 50 pour 100 des racines et feuilles récoltées.

SemaJlle. — Choix et préparation des semences. Les cultivateurs doivent prendre pour les graines de la carotte les mêmes soins que pour celles de la betterave. Au moment de la récolte, on choisit les racines qui offrent au plus haut degré les caractères de la variété que l'on veut cultiver, et surtout qui ne présentent pas de bifurcations. On retranche les feuilles sans toucher au collet, puis on les conserve dans une cave sèche jusqu'au printemps, pour les repiquer à 0Œ80 de distance les unes des autres, dans un sul bien préparé. On peut aussi les repiquer avant l'hiver, pourvu qu'on les couvre de litière pour les garantir du froid. Ces plantes reçoivent plusieurs binages

AHT AGIUCOLE.

pendant l'été, et, vers le mois d'août, quand les ombelles de fruits sont mûres, on les coupe et on les suspend 'dans un endroit sec et abrité.

Les graines de carotte (page 86, lig. 487) sont munies de petites jointes recourbées en crochets, ce qui fait qu'elles s'attachent les unes aux autres; aussi est-il difficile de les répandre régulièrement dans les sillons. Pour éviter cet inconvénient, on expose les graines au soleil, puis on les frotte fortement entre les mains, alin d'en détacher les petites aspérités.

On ne doit employer que des graines récoltées l'année précédente : celles qui sont plus âgées ne germeraient pas. 11 arrive parfois que les carottes développent une tige et fructifient, Tannée même de leur ensemencement, au lieu de former une racine charnue. Comme ce vice de végétation est presque toujours héréditaire, on se gardera bien d'employer comme semence les graines venues sur ces plantes.

Époques des semailles. On peut semer la carotte dans le mois dé février; mais la germination est alors très-lente, irrégulière, et les jeunes plantes restent longtemps exposées à l'envahissement des herbes parasites; en outre, on a moins de temps pour préparer le sol. Il est donc préférable de ne semer que dans la première quinzaine de mars.

Mode de semailles. Comme la carotte exige des soins d'entretien plus minutieux et plus multipliés que les autres racines fourragères, un duit tout faire pour rendre ces travaux le moins coûteux possible, et c'est dans ce but qu'on la sème invariablement en lignes.

Si Pou se sert du semoir à brouette, on trace d'abord sur le sol, à l'aide du rayonneur, des sillons très-peu profonds, et distants les uns des autres de 0ra55. On y répand les graines de façon à laisser entre chacune d'elles un intervalle de 0*05 environ; puis on donne un léger hersage en travers avec une herse formée de branches d'épines (page 74 , fig. 475.) 11 est utile d'enterrer très-peu cette semence, sans quoi on retarderait la germination. Après le hersage, on donne un roulage, si le sol est léger.

Il faut, par hectare, 2 kil. £ de semence. Afin de hâter la germination et de faciliter son égale répartition, on pourra mêler la graine, un peu à l'avance, avec du sable légèrement humide, et la répandre avant que le germe ait commencé à paraître; mais il faudra la recouvrir tout de suite pour l'empêcher de se dessécher.

Soins d'entretien. — La première façon à donner est un sarclage à la main, pratiqué lorsque les plantes nuisibles ont déjà atteint un certain développement; l'expérience semble avoir démontré que ces dernières favorisent la première évolution des carottes : elles empêclient

le sol de se dessécher, de se tendre, et la germination s'en fait plus facilement.

On sarcle d'abord sur les lignes. Armes d'un couteau à sarcler, les travailleurs se mettent à genoux, coupent les mauvaises herbes entre deux terres; ils ont soin de marcher à reculons pour ne pas tasser la surface du sol, que cette opération ameublit. Quand les lignes sont sarclées, on nettoie les intervalles au moyen de la binette Lecouteux (page 71, fig. 476), ou de la ratissoire de jardin.

Quelques semaines après, lorsque les plantes nuisibles ont reparu et que les carottes ont développé plusieurs feuilles, on pratique, avec la binette Lecouteux, un premier binage sur les lignes; puis on bine l'intervalle de celles-ci, mais en se servant de la houe à cheval.

Bientôt après, les carottes prennent de la force et les lignes se dessinent bien. On exécute alors un deuxième binage, semblable au précédent, mais en supprimant les plantes qui, trop rapprochées sur les lignes, ne laissent pas entre elles un espace de 0m\b à 0m20.

Quelques cultivateurs ont mis en doute L'efficacité de ces suppressions; ils conviennent que les racines, venant à se toucher en grôssissant, sont repoussées à droite ou à gauche de la ligne et que cela les empêche de prendre un développement aussi remarquable; mais ils font observer qu'on obtient, en compensation, un plus grand nombre de racines, que le poids total de la récolte est souvent plus considérable, et que l'on a, en outre, diminué les frais de culture.

Nous avons voulu expérimenter ce mode; nous avons laissé une ligne de carottes de 30 mètres de long, prise au milieu du champ, sans l'éclaircir, et, lors de la récolte, nous en'avons obtenu 130 kilog. de racines, de grosseur moyenne. Ces racines s'étaient complètement tassées les unes contre les autres. Une ligne de même longueur, prise à- côté, et qui avait été éclaircie comme nous l'indiquons, n'a donné que 427 kilog. Nous ne pensons pas que cette seule expérience soit parfaitement concluante, mais nous la signalons à l'attention des cultivateurs.

Indépendamment de ces soins, selon le développement des plantes et l'état de la. surface du sol, on applique encore un ou deux binages à la houe à cheval. On enlève aussi avec soin les carottes qui montent en graines.

Il arrive parfois que des vides considérables se manifestent sur les lignes, soit parce que les graines n'ont pas germé, soit parce que les jeunes plantes ont été détruites; la carotte ne supportant pas le repiquage, il faudra alors labourer les espaces avec soin, puis y repiquer des betteraves. A cet effet, on établit à l'avance une petite pépinière qui fournit les plantes nécessaires.

AKT AGRICOLE.

Carotte cultivée en récolte dérobée.

La carotte pouvant effectuer sa première végétation au milieu d'autres plantes sans souffrir de leur voisinage, on la sème quelquefois dans d'autres récoltes très-richement fumées, et qui, enlevées de bonne heure, lui abandonnent ensuite complètement la teire.

Dans les sols secs et légers, on peut semer, avant l'hiver, sur une céréale d'hiver ou sur le colza; on recouvre la semence par un léger hersage. Mais l'époque d'ensemencement la plus générale est le printemps, depuis le 15 février jusqu'à la fin de mars. On profite du moment où la terre est encore ameublie par la gelée, ou de celui où elle est couverte d'un peu de neige.

On peut semer ainsi dans les céréales d'hiver, dans le colza, ou même encore dans les récoltes de printemps, la navette, le pavot, le lin, etc.; dans ces dernières; la semence doit être répandue à la volée en même temps que celle de ces plantes.

Dans le ?iord, on ne sème pas les carottes dans les céréales d'été à cause de leur maturité trop tardive; mais cet inconvénient ne se produit pas dans le Midi. Dans tous les cas, il faut, pour la culture dérobée, environ A kilog. de graines par hectare.

Aussitôt qu'on a enlevé la récolte dans laquelle on a semé la carotte, on donne à la terre deux hersages croisés pour détacher du sol les chaumes et les mauvaises herbes; après quoi on réunit celles-ci et on les transporte hors du champ. On fait ensuite un troisième hersage énergique qui équivaut à un binage. Les carottes ne souffrent pas de ces opérations.

S'il s'agit d'un champ de colza, de navette ou de pavot, on arrache les tiges à la main, puis on donne les hersages dont nous venons de parler. Quelques jours après, on pratique un sarclage à la main et l'on éclaircit les plantes trop rapprochées. Comme elles sont destinées à prendre moins de développement que les carottes cultivées en récolte principale, on laisse entre elles un espace de 0ro12 à 0ml 5 seulement. A ce moment, si l'on peut disposer d'une suffisante quantité d'engrais liquide, on en fera usage; cela donne un excellent résultat. On termine par un ou deux binages à la main.

Récolte. — Époque de maturité. Les earottes cultivées comme récolte principe ont ordinairement atteint, dans le Nord, leur plus grand développement vers la fin de septembre. Mais, si l'été a été très-sec, il arrive souvent que l'accroissement des racines est resté suspendu; si alors il survient en septembre des pluies abondantes, elles recommencent une nouvelle végétation, qui se continue jusqu'aux froids, et jiendant laquelle elles acquièrent un volume d'un

DE LA CAHOTrE. 97

tiers à moitié plus considérable que celui quelles avaient auparavant.

Cette suspension el cette recrudescence de végétation, qui ne se manifestent qu accidentellement dans les terres substantielles et un peu fraîcbes du Nord, sont habituelles dans les terrains secs et légei-s de cette région et dans tous ceux du Midi. Aussi y a-t-il, en général, avantage à retarder le plus possible la récolte; car on n'aura d autre chance à courir que de gagner sur la quantité, sans avoir à redouter sérieusement l'action d'une première gelée, puisque les carottes la supportent jusqu'à un certain point sans en souffrir.

Quant aux carotte» cultivées comme récolte dérobée, il y aura encore plus d'avantage à en retarder l'arrachage autant que possible, car leur végétation ayant été un peu entravée à son début, elle aura besoin de se prolonger plus longtemps. Dans l'un comme dans l'autre cas, les racines seront récoltées par un temps froid; l'expérience a démontré qu'elles se conservent mieux.

Arrachage. On emploie pour l'arrachage des carottes les mêmes procédés que pour la betterave. Mais la charrue dont nous avons conseillé l'emploi pour ces dernières est plus indispensable encore pour les carottes, car celles-ci s'enfoncent beaucoup plus profondément, et leur extraction est assez difficile. Malheureusement, on ne peut faire usage de la charrue que pour les carottes semées en lignes; pour' celles qui sont semées à la volée, on emploie une fourche, à dents longues el fortes.

DécoUetage. Aussitôt après l'arrachage, on procède au décolletage; cette opération consiste à enlever, à l'aide d'un instrument bien tranchait, 0m005 environ du sommet de la racine. On empêche ainsi la plante de se développer dans les caves ou les silos où on la conserve. Le produit de ce décolletage est consommé par les bestiaux.

Henlrée des racines. Les carottes des terrains légers sont laissées exposées au soleil pendant quelques heures seulement après le décolletage, puis on les rentre. Celles qui sont venues dans les sols argileux et compactes doivent rester, au contraire, exposées sur la terre pendant plusieurs jours, alîn que l'action de l'air et du soleil leur fasse acquérir un degré suffisant de siccité.

Rendement. — Le climat, la nature du sol, les soins de culture, font varier le produit. Il est, en moyenne, pour la carotte cultivée comme récolle principale dans un bon sol :

D'après Burger de 530 heclol. de racines par hectare.

— Schwerz 629 —

— Thaêr «47 —

— Schubarth 892 -

— De Dorobasle. . . 925 -

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